Lorsqu'il y a une erreur, il y a toujours une cause à cette erreur. Dès lors que cette cause existe, l’erreur devient explicable. Et si elle est explicable, elle serait donc excusable ? Un tel raisonnement réduit à néant la responsabilité personnelle de chacun.
Certes, Lumen Gentium 16 fait preuve d'une grande diplomatie. Effectivement, les musulmans sont des hommes ; effectivement, on peut trouver dans l’islam des pratiques religieuses communes avec le christianisme. Toutefois, l’islam contient également des erreurs majeures. Lorsque ces erreurs s'opposent aux fondements mêmes du christianisme, il est légitime de s’interroger. Par exemple, il s'avère qu'il est permis à un musulman de mentir à un non-musulman (à travers le concept de la taqiya). Or, savoir que le mensonge est un mal ne relève pas d'une révélation complexe, mais de l’éthique universelle et de la loi naturelle.
Le paragraphe 16 de Lumen Gentium peut être compris – à tort, selon moi – comme la reconnaissance d’un déterminisme excusable. Si l'on acceptait cette lecture "angélique", nous ne serions plus que des robots, privés de toute possibilité de sortir de nos ornières culturelles. C'est tout l'inverse : notre conscience, conjuguée à nos facultés rationnelles, rend notre volonté pleinement autonome.
C’est pourquoi je ne pense pas que Lumen Gentium 16 affirme que les musulmans sont sauvés en tant que tels, car leur foi est contraire à la conscience.
Certes, les différentes traditions religieuses contiennent et proposent des éléments de religiosité qui procèdent de Dieu,85 et font partie de « ce que l'Esprit fait dans le cœur des hommes et dans l'histoire des peuples, dans les cultures et les religions ».86 De fait, certaines prières et certains rites des autres religions peuvent assumer un rôle de préparation évangélique, en tant qu'occasions ou enseignements encourageant le cœur des hommes à s'ouvrir à l'action divine.87 On ne peut cependant leur attribuer l'origine divine et l'efficacité salvifique ex opere operato qui sont propres aux sacrements chrétiens.88 Par ailleurs, on ne peut ignorer que d'autres rites naissent de superstitions ou d'erreurs semblables (cf. 1 Co 10,20-21) et constituent plutôt un obstacle au salut.89
Source : DÉCLARATION "DOMINUS IESUS", 2000
Ainsi, oui, les musulmans sont des hommes ; oui, nous portons une responsabilité missionnaire à leur égard. Mais les musulmans ont aussi une responsabilité individuelle. S'il faut évidemment dialoguer avec les personnes, d’un point de vue chrétien, l’islam en tant que religion reste un problème : il contient des éléments qui sont objectivement contraires au salut et au vivre-ensemble.
Cela met en lumière une tension permanente entre la reconnaissance de la liberté religieuse — à laquelle je crois fermement et qui s'impose de toute façon comme un fait — et sa mise en œuvre pratique, qui s'avère particulièrement délicate. Que faire, par exemple, face à un projet de construction de mosquée ? Comment peut-on, d'un côté, souscrire à la liberté de culte et, de l'autre, accepter de rester les bras croisés face à ce que nous considérons comme l'erreur ?
En réalité, je pense que ces questions abstraites ne se posent pas ainsi aux fidèles. Il nous faut plutôt imiter Marie et Marthe face à la mort de leur frère : savoir pleurer les souffrances du monde, tout en continuant à combattre l’erreur dans les limites de ce que Dieu nous permet de faire. Lumen Gentium 16 est un écrit diplomatique qui s’adresse au monde, mais pas directement à la vie de foi des fidèles. Qu'un musulman soit plus proche du salut qu’un juif ou qu’un bouddhiste, en tant que croyant en Jésus-Christ, je ne le crois absolument pas. Sinon, si on croit que l'éthique musulmane ne comporte pas d'erreur objective ou qu'elle est meilleur que l'éthique chrétienne autant se convertir...
Mais, il est vrai que j'ai souvent entendu : je suis chrétien car né dans une terre chrétienne mais si j'étais né chez les musulman alors je serais musulman. Croire en cela, c'est croire que l'éthique chrétienne est au moins équivalente à l'éthique musulmane (en tout cas, c'est ce que je pense que les personnes veulent exprimer quand elle disent cela (elles ne veulent pas dire que leur adhésion est un accident de naissance)). Or, si je ne me trompe pas l'éthique musulmane contredit l'éthique chrétienne et pas qu'un peu...