Vos questions sur la Somme théologique de St Thomas

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prodigal
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Re: Vos questions sur la Somme théologique de St Thomas

Message non lu par prodigal »

Je trouve que ce que vous dites est juste. :oui:
Il y a simplement une petite équivoque relative à la notion d'égalité. L'inégalité de condition ne saurait être une inégalité absolue. De fait, nous sommes tous égaux, en dignité, en tant qu'êtres humains pourvus de raison. Donc, même les inégaux (comme par exemple le capitaine et son lieutenant) sont égaux en un sens plus profond.
Bien entendu, l'homme et la femme sont égaux au sens absolu du terme, quoi qu'il en soit de leurs inégalités relatives.
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prodigal a écrit : jeu. 23 avr. 2026, 9:38 les derniers seront les premiers
Je trouve l’argument pertinent mais je suis obligé de le rejeter car cela fait tomber dans la Panglossisme : “Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.” Et dans ce cas, on peut justifier la Shoa, les purges de stalines… (je rejette les arguments du même genre (style au paradis la femme ne sera plus inférieure)).

--

Je pense que la véritable question n’est pas sur la subordination de la femme par l’homme mais sur la nature de cette subordination.
Les arguments de Anna sont bons mais est-ce qu’elle reflète la doctrine de STA ? moi, je pense que ce n’est pas la vision de STA.

Voici les hypothèses de STA :
- Il accepte la biologie d’Aristote : l’homme est le principe actif et la femme est le principe passif donc l’homme > à la femme et la femme est un homme manqué. Pour justifier cela, Aristote pense que l’homme apporte la vie et la femme la matière. Aujourd’hui, si on fait une relecture de ces critères à la lumière des connaissances actuelles, on obtiendrait la vérité inverse : la femme > à l’homme (puisqu’elle apporte autant d’ADN que l’homme et que c’est l’ovule qui permet de former l’enfant)
- Il part du principe que Dieu est derrière toute chose strictement
- Il part du principe que le monde doit être ordonné

A partir de ces hypothèses, il pense que la femme :
- Est moins bonne que l’homme dans toutes tâches (ref. question 92 A1) ;
- Si le monde est ordonné directement par Dieu alors ce constat indique qu’elle ne doit pas faire les tâches pour lesquelles un homme est plus capable (ce n’est pas ce que Dieu veut)
- Donc, son seul intérêt c’est de permettre à l’homme de ne pas gérer les enfants (la gestation)

A partir de ce moment, il préconise une subordination totale de la femme à l’homme : la fin de l’homme est Dieu, la fin de la femme est l’homme (il l’écrit telle quelle dans la somme).
- Le diable a corrompu la femme lors de la chute car elle est faible (il l’écrit tel quel dans la somme)
- La femme et l’homme sont à l’image de Dieu mais l’homme est une image plus parfaite de Dieu que la femme (il l’écrit tel quel dans la somme)
- La femme est inférieure corporellement et spirituellement à l’homme (il l’écrit tel quel dans la somme)
- La femme est un homme manqué…

Aujourd’hui, la compréhension est différente :
- On accepte que la nature de l’homme et de la femme soit différente ;
* On peut à partir des arguments de STA dire que la femme est une partie de l'homme (vu qu'elle est tirée de l'homme) mais du coup l'homme est parfait dans son unité homme/femme, c'est pour cela que mari et femme feront une seul chair (je ne sais pas si je suis clair)
- Mais la femme n’est pas moins capable que l’homme ;
* mais il n'y a pas de hiérarchie de valeur entre la femme et l'homme
- La subordination est strictement dans les deux sens (le principe de communion) ;
- La femme n’est pas cantonnée à la maternité et l’élevage (un peu d'humour svp) des enfants.

Vous pouvez me concéder que cette vision n’est pas celle de STA.

STA dit que la raison > gestation - vous vous dites pour corriger STA il suffit de dire raison = gestation. Sauf erreur, sa conclusion raison > gestation est plus solide que la biologie d'Aristote. Donc, est ce qu'une séparation des fonctions est une recherche réelle d'égalité ? pour moi non. C'est un peu court... Pour moi, c'est une stratégie pour maintenir le système.
Le calcul est faux mais le résultat est juste... (Et on fait appel à Edward Elric pour transformer le plomb en or).

STA a raison si la biologie d’Aristote est vraie et si Dieu est directement derrière toute chose (ce qui me semble contraire à l’enseignement de Job – mais cette dernière hypothèse peut être acceptable). Mais je pense que la biologie d’Aristote est fausse donc son système est faux (je ne parle que de la femme – après le reste de la somme je ne l’ai pas encore lu).

Mais pour aller plus loin, chez certains la justification du système n'est pas démontrée mais on garde le système... Aujourd'hui si quelqu'un me dit que la femme est inférieure à l'homme il faut qu'il m'explique pourquoi (parce que STA le dit...).

PS : La somme est très intéressante car elle a permis de poser l'idée très clairement pour en débattre.
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prodigal
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Re: Vos questions sur la Somme théologique de St Thomas

Message non lu par prodigal »

Vous savez, je ne connais pas la Somme Théologique par cœur! Je ne saurais donc pas commenter les passages auxquels vous faites allusion. Mais, à ma connaissance (donc je dis ça avec un fort risque d'erreur!), il n'existe aucun article qui traiterait directement la question pour conclure par l'infériorité de la femme. Avez-vous une référence précise? J'entends bien qu'il arrive à Thomas d'utiliser l'infériorité supposée de la femme en tant que moment de son argumentation, puisque c'est ce que nous avons rencontré dans l'un des deux articles qui ont été scrutés sur ce fil. Mais pas comme conclusion prétendument démontrée. Je crois que sa pensée n'est qu'un écho de la doctrine paulinienne : Femmes, obéissez à vos maris ; maris, aimez vos femmes, sans prétention d'y ajouter quoi que ce soit, ni dans un sens ni dans un autre.
En ce qui concerne les deux textes que nous avons cités longuement, vous reconnaissez, n'est-ce pas, que l'un démontre que le féminin n'est pas superflu, le second qu'il n'est pas provisoire. Le deuxième texte, à propos de la résurrection, dit même très clairement qu'une femme peut être supérieure à un homme du seul point de vue qui compte, celui du mérite.
Je pense donc que saint Thomas d'Aquin, est victime du soupçon qui pèse sur lui dans votre esprit, et qui tient sans doute à la fréquentation de personnes se réclamant du thomisme, dont le sectarisme vous a heurté, à juste titre. Est-ce que je me trompe?
Pour le reste, je suis preneur, encore une fois, d'extraits que je ne connais pas. Mais je reconnais être agaçant : j'ai besoin de preuves. Par exemple, je ne lis nulle part dans l'article 92 que la femme "soit moins bonne que l'homme dans toutes tâches". Toutes? Vraiment? Qu'est-ce qui vous fait dire cela? Je ne lis que l'affirmation selon laquelle l'homme est mieux disposé à la raison, ce qui est une bêtise de trop, je vous l'accorde, fût-elle si souvent, et encore aujourd'hui, commise. Mais cette séparation symbolique (l'ordre de l'esprit masculin, l'ordre du vital féminin) ne doit pas nous empêcher de lire le reste, ne serait-ce que pour approfondit cette prétendue portée symbolique du masculin et du féminin, question très intéressante je trouve.
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prodigal a écrit : ven. 24 avr. 2026, 10:21
Je pense donc que saint Thomas d'Aquin, est victime du soupçon qui pèse sur lui dans votre esprit, et qui tient sans doute à la fréquentation de personnes se réclamant du thomisme, dont le sectarisme vous a heurté, à juste titre. Est-ce que je me trompe?
Vous vous trompez. Quand j'ouvre la somme, je ne me dis pas à je vais disqualifier STA. En vérité, quand je suis au contact du monde tradi tout le monde l'invoque. Lors de ma préparation au mariage (FSSP), le prêtre avait eu des remarques assez tranché avec ma femme. Je vis avec des sous-entendu à droite et à gauche (J'écoute radio france... qui parle a longueur de journée des droits des femmes).
Mais, je lis STA avec une neutralité absolu. J'essaye de comprendre son argumentation de manière passionnelle (parce qu'après avoir tant entendu sur le sujet, je suis très content de tomber sur le code source).
De plus, je ne suis absolument pas fermé à la vision traditionnelle de l'homme et de la femme.

Les citations exactes, je vous les donnerais dans un autre message (je vous donnerais également une citation à décharge (ou il dit que la femme n'est pas tirée du pied donc elle n'est pas méprisable). Je pense que la principale citation à comprendre est celle du 92 a1.
Réponse :
Il était nécessaire que la femme fût faite, comme dit l’Écriture, pour aider l’homme. Non pas pour
l’aider dans son travail, comme l’ont dit certains, puisque, pour n’importe quel autre travail,
l’homme pouvait être assisté plus convenablement par un autre homme que par la femme, mais pour
l’aider dans l’œuvre de la génération.
Dans le système de pensée de STA, quand il dit ca :
- Dieu a fait et ordonné directement toute chose
- Biologie de Aristote (la femme est imparfaite - ce qui est jugement de valeur pour lui (et pour aristote aussi))

Quand il dit : "Non pas pour l’aider dans son travail, comme l’ont dit certains, puisque, pour n’importe quel autre travail,", il ne dit pas que la femme est moins capable que l'homme en réalité, il dit la femme n'est pas faite pour le travail (ce n'est pas la volonté de Dieu vous qu'elle est moins capable que l'homme - vous n'arrivez pas à lire cette phrase : "Non pas pour
l’aider dans son travail, comme l’ont dit certains") : il l'a disqualifie tout simplement.

"mais pour l’aider dans l’œuvre de la génération" - idem, ici il la qualifie.

Et après, il continue son raisonnement :

à ceux qui me dise que Dieu aurait pu faire l'homme comme des végetaux pour qu'il soit parfait (et qu'il n'ait pas besoin de la femme pour se reproduire). Dieu a jugé bon la femme car elle permet à l'homme de ne pas perdre trop de temps de la génération d'autres homme, puisque l'activité intellectuelle est plus noble. Et donc, par ce fait l'homme est bien parfait.
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Re: Vos questions sur la Somme théologique de St Thomas

Message non lu par prodigal »

Réponse :
Il était nécessaire que la femme fût faite, comme dit l’Écriture, pour aider l’homme. Non pas pour
l’aider dans son travail, comme l’ont dit certains, puisque, pour n’importe quel autre travail,
l’homme pouvait être assisté plus convenablement par un autre homme que par la femme, mais pour
l’aider dans l’œuvre de la génération.
Saint Thomas d'Aquin
Je vous remercie vivement, cette fois c'est précis. Mais, pardonnez-moi, je crois que vous commettez une erreur d'interprétation.
Il s'agit ici de réfuterune idée fausse. Laquelle? Celle qui dit exactement le contraire de la conclusion à laquelle saint Thomas va nous conduire! C'est-à-dire? La proposition fausse qu'il faut réfuter est la suivante : la création de la femme est superflue.
Or, en bon philosophe Thomas sait que pour bien réfuter une idée fausse il faut d'abord comprendre pourquoi certains ont pu y croire, en retirer éventuellement la part de vérité, puis montrer en quoi elle n'est pas tenable.
Ce qui est vrai, c'est que la femme est nécessaire à l'homme. Pourquoi?
Que pensent ceux qui pensent le contraire, désignés ici par "certains"? Je me répète : c'est la démarche normale de tout bon philosophe que de se poser cette question.
Ceux qui pensent le contraire concèdent que la femme peut être utile pour aider l'homme dans son travail, mais ils pourront faire remarquer que l'on aurait tout aussi bien pu faire en sorte que l'aide provienne d'un autre homme, et donc qu'il n'y avait pas besoin de femmes.
La nécessité de la femme est donc liée à la génération, fondée chez les animaux supérieurs sur la différence des sexes.
Il reste à prouver que Dieu n'a commis aucune sottise en créant ce mode de génération qui rend la femme indispensable, et c'est la suite. Mais on se doute que Dieu étant parfait ne peut faire de sottises, et donc cette nécessité de la femme est bonne.
Petite remarque en passant : de nos jours, c'est plutôt la nécessité de l'homme qui pourrait être remise en question. Mais un même raisonnement pourrait s'appliquer.
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Re: Vos questions sur la Somme théologique de St Thomas

Message non lu par patatedouce »

prodigal a écrit : ven. 24 avr. 2026, 11:51

Ceux qui pensent le contraire concèdent que la femme peut être utile pour aider l'homme dans son travail, mais ils pourront faire remarquer que l'on aurait tout aussi bien pu faire en sorte que l'aide provienne d'un autre homme, et donc qu'il n'y avait pas besoin de
Pour moi vous avez bien résumé le coeur de la pensée de STA. C'est exactement ce que je dit de ce que dit STA.

prodigal a écrit : ven. 24 avr. 2026, 11:51
Petite remarque en passant : de nos jours, c'est plutôt la nécessité de l'homme qui pourrait être remise en question. Mais un même raisonnement pourrait s'appliquer.
Si on refait le même raisonnement avec les données de la science moderne, on obtient le postulat inverse la femme (élément actif) > l'homme (élément passif). C'est ce que je dit.
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Re: Vos questions sur la Somme théologique de St Thomas

Message non lu par prodigal »

Pour être précis, je n'ai contesté que votre interprétation de saint Thomas, mais je n'ai rien dit d'autre, et n'ai exprimé aucune opinion au sujet de la femme. Mais je ne suis pas entièrement sûr que nous soyons d'accord , et je voudrais vérifier, peut-être pour ensuite avancer sur la question de fond.
La pensée de saint Thomas c'est que la nécessité de la femme est liée à la génération, et non au travail. Et cela est juste et bon. Ceux qui par misogynie regretteraient de ne pas se reproduire par scissiparité en sont pour leurs frais! Mais ceux qui ont renoncé à se reproduire peuvent en effet faire le choix de la vie monastique, et se passer de femmes.
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Re: Vos questions sur la Somme théologique de St Thomas

Message non lu par patatedouce »

prodigal a écrit : ven. 24 avr. 2026, 12:14
la nécessité
Je vois que vous avez basculé sur la nécessité. En disant que STA dit que la femme est nécessaire pour la génération.

Vous pensez que je sur-interprète STA et moi je pense que vous minimisez.

Et je pense que vous minimisez car selon moi STA veut que l'on respecte la volonté de Dieu (et que toute chose doit être ordonné à sa seule finalité). Donc faire le "travail" d'un homme est un désordre.

Attention, je n'ai jamais dit que STA est misogyne. Pour moi, il fait un manuel de théologie pour les séminariste mais il essaye aussi d'établir l'ordre divin.

Après, c'est vrai qu'on peut penser que St Paul dit la même chose que STA. Mais est-ce que st Paul ne fait que ancrer son propos dans la société romaine qui est patriarcale ? (Par exemple, le soyez soumis de la lettre de Pierre, je l'interprète comme un soyez soumis à l'ordre civil). Mais c'est un autre débat. En tout cas, il me semble que STA ne justifie jamais son système par les épitres de Paul, et plus precisement celui sur la soumission au chef.
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Re: Vos questions sur la Somme théologique de St Thomas

Message non lu par patatedouce »

Après, si on réfléchit.

Si Jésus est pleinement Dieu et pleinement Homme, alors Marie est principe actif. Donc, la femme est aussi parfaite que l'homme selon la logique de STA.
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Re: Vos questions sur la Somme théologique de St Thomas

Message non lu par Anna2003 »

Je trouve cette discussion très intéressante, même si je ne me suis jamais sérieusement penché sur STA. Dans ma tête, il est le philosophe 'officiel' de l'Eglise.

Dans ce que vous dites là, je reconnais qu'une grande partie de mon éducation/catéchisme s'est inconsciemment ancrée en moi comme une vérité.
Surtout les éléments où l'éducation reçue dans ma famille est exactement à l'opposé de la pensée actuelle dans la société.
Je comprends pourquoi ma mère a essayé de m'éloigner des médias, des films et d'Internet qui promeuvent la culture moderne.


Trois points que je reconnais dans ce que vous dites:
1) Même si je n’ai jamais pensé qu’élever des enfants était la seule finalité dans la vie d’une femme, dès mon plus jeune âge, mon rêve principal était d’avoir un bébé dès que possible, et c’est pourquoi je me suis mariée si jeune. Il m’était totalement inconcevable qu’une femme reste sans enfants. Et dès mon plus jeune âge, avant même d’aller à l’école primaire, je trouvais très étrange ce que faisaient les religieuses...

2) Ma grand-mère considère mon grand-père presque comme une « figure divine ».
Et j’avoue que même si mon mari ne vit pas toujours selon les enseignements de l’Église, j’ai du mal à remettre en question sa volonté ou à faire passer les enseignements chrétiens avant sa volonté et ses souhaits. Je sais que c’est mal, mais c’est un réflexe chez moi. Et j'adore mon mari!!

3) Ma mère m’a toujours dit qu’un homme peut toucher le fond dans sa vie dès que sa femme le lui permet. En d’autres termes, le comportement décadent d’un homme est dû aux actions (ou à l’inaction) d’une femme.
Je ressens cela comme une grande responsabilité.
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Re: Vos questions sur la Somme théologique de St Thomas

Message non lu par prodigal »

Je peux vous faire une confidence : ce n'est pas ainsi que je conçois les relations entre époux! :)
En ce qui concerne Thomas d'Aquin, on peut rappeler qu'il démontre la supériorité de la virginité sur le mariage, en même temps qu'il affirme la valeur de celui-ci. Les femmes ne sont donc pas condamnées à subir un homme. :D
On doit préférer la virginité à la continence conjugale, puisqu’elle a pour but le bien de l’âme qui résulte de la vie contemplative.
saint Thomas d'Aquin, question 152, article 4 de la somme théologique
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Re: Questions sur un développement de la Somme Théologique de St Thomas

Message non lu par Perlum Pimpum »

Ictus2b a écrit : dim. 30 déc. 2018, 22:20 Bonjour à tous,

Je n'arrive pas à saisir la substance de la thèse de St Thomas concernant la réprobation divine. Voici le raisonnement (texte disponible sur le site de l'Institut Docteur Angélique.
Dieu réprouve certains. On a dit en effet plus haut que la prédestination est une part de la providence. Or il appartient à la providence de permettre quelque défaillance dans les choses qui lui sont soumises, comme on l’a dit précédemment. Aussi, puisque les hommes sont ordonnés à la vie éternelle par la providence divine, il appartient également à la providence de permettre que certains manquent cette fin, et c’est cela qu’on appelle réprouver.

Donc, de même que la prédestination est une part de la providence à l’égard de ceux qui sont ordonnés par Dieu au salut éternel, la réprobation à son tour est une part de la providence à l’égard de ceux qui manquent cette fin. D’où l’on voit que la réprobation ne désigne pas une simple prescience ; elle y ajoute quelque chose selon la considération de la raison, comme on l’a dit plus haut de la providence. Car de même que la prédestination inclut la volonté de conférer la grâce et la gloire, ainsi la réprobation inclut la volonté de permettre que tel homme tombe dans la faute, et d’infliger la peine de damnation pour cette faute.

Solutions :

1. Dieu aime tous les hommes et même toutes ses créatures, en ce sens qu’il veut du bien à toutes. Mais il ne veut pas tout bien à toutes. Donc, en tant qu’il ne veut pas pour certains ce bien qu’est la vie éternelle, on dit qu’il les a en haine ou qu’il les réprouve.

2. Au point de vue de la causalité, la réprobation n’est pas comparable à la prédestination. Car la prédestination est cause aussi bien de ce qu’attendent les prédestinés dans l’autre vie, qui est la gloire, que de ce qu’ils reçoivent en celle-ci, qui est la grâce. La réprobation n’est pas cause de ce qui lui correspond dans le présent, à savoir la faute ; elle est cause du délaissement par Dieu . Mais elle est cause de la sanction future, à savoir la peine éternelle. La faute, elle, provient du libre arbitre chez celui qui est réprouvé et que la grâce délaisse. Et ainsi se vérifie le mot du prophète : “ Ta perdition vient de toi, Israël. ”

3. La réprobation de Dieu ne diminue en rien le pouvoir d’agir des réprouvés. Aussi, lorsque l’on dit que le réprouvé ne peut obtenir la grâce, il faut l’entendre d’une impossibilité non pas absolue, mais conditionnée ; comme on a dit plus haut que, s’il est nécessaire que le prédestiné soit sauvé, c’est d’une nécessité conditionnée, qui ne supprime pas le libre arbitre. Aussi, bien que l’homme réprouvé par Dieu ne puisse obtenir la grâce, cependant, le fait qu’il tombe dans tel péché ou dans un autre, cela provient de son libre arbitre, et c’est donc à juste titre qu’il en est jugé coupable.
Le magistère a une position sur la question ?

Que dit vraiment St Thomas ? Que Dieu laisse des hommes se damner ?

Merci d'avance pour vos éclairages !

Fraternellement
https://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?t=49711
« L’âme bavarde est vide intérieurement. Il n’y a en elle ni vertus fondamentales ni intimité avec Dieu. Il n’est donc pas question d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure Dieu. L’âme qui n’a jamais goûté la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet et elle trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui sont dans les gouffres de l’Enfer pour n’avoir pas gardé le silence. »
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Re: Vos questions sur la Somme théologique de St Thomas

Message non lu par patatedouce »

Je voudrais revenir sur mon message.

Je pense que vous avez raison, Prodigal, sur un point : j’ai peut-être durci la lecture de saint Thomas. Il utilise le vocabulaire du « convenable », ce qui laisse place à deux interprétations. Selon ma première lecture, si une femme accomplit un « travail » d’homme, cela relèverait d’un certain désordre. Selon la vôtre, cela serait simplement moins convenable dans l’ordre envisagé par saint Thomas, mais non absolument impossible ni moralement condamnable. Je reconnais donc que ma formulation précédente était peut-être trop catégorique.

---

Je voudrais aussi ajouter que, ce matin, l’abbé de la FSSPX a évoqué la biologie d’Aristote dans son homélie. Selon lui, dans la perspective de saint Thomas d’Aquin, l’âme et le corps étaient bons avant la chute ; après la chute, ils demeurent bons, mais le corps est blessé par le péché originel. Cela m’a intéressé, car cela montre que la référence à Aristote et à saint Thomas reste très présente dans certains raisonnements catholiques.

---

Pour en revenir à la question 92, article 1, je trouve néanmoins qu’il demeure une difficulté dans la réponse de saint Thomas.
La femme y est pensée principalement relativement à l’homme, et plus précisément relativement à l’œuvre de la génération. Saint Thomas explique qu’elle n’a pas été créée pour aider l’homme dans n’importe quel travail, puisqu’un autre homme aurait pu l’aider plus convenablement, mais pour l’aider dans la génération.

Or cela pose une difficulté plus profonde. Saint Thomas semble prendre le processus naturel de génération comme une donnée, puis expliquer la femme à partir de cette donnée. Mais si Dieu est créateur de toute chose, la génération elle-même doit aussi être interrogée théologiquement. Pourquoi Dieu a-t-il voulu un processus de génération sexué, long, corporel et dépendant ? Pourquoi ne pas avoir choisi un mode de génération plus simple, plus rapide, ou moins absorbant ?

Autrement dit, saint Thomas explique la femme par la génération, mais il n’explique pas vraiment pourquoi Dieu a voulu cette forme de génération. On a parfois l’impression que la nature impose à Dieu un cadre préalable, comme si Dieu devait composer avec un processus biologique déjà donné. Pourtant, si Dieu est supérieur à la nature, ce processus lui-même doit avoir un sens.

C’est ici que je vois une limite dans le raisonnement. Saint Thomas veut expliquer l’ordre divin par la finalité, mais le but de Dieu semble alors être la perfection de l’homme, au sens masculin du terme : l’homme serait ordonné à l’activité intellectuelle, plus noble, tandis que la femme serait nécessaire pour assumer l’œuvre de la génération.

Mais si la génération est moins noble que l’activité intellectuelle, pourquoi Dieu a-t-il voulu un processus de génération aussi long, corporel et engageant ? Et si la femme est pensée comme moins parfaite que l’homme, pourquoi Dieu a-t-il voulu que l’humanité passe précisément par elle ?

Il me semble que cette difficulté remet en cause la solution de saint Thomas. La vraie réponse ne se trouve peut-être pas dans la seule utilité de la femme pour la génération, mais dans la communion. Dieu n’aurait pas créé la femme simplement pour permettre à l’homme de poursuivre sa perfection intellectuelle ; il aurait créé l’humanité homme et femme parce que l’être humain est fait pour la relation. De même, la gestation longue et dépendante ne serait pas seulement une nécessité biologique, mais le signe que l’humain vient au monde par l’accueil, le don, la dépendance et la communion.

Ainsi, la perfection ne serait plus uniquement masculine mais aussi féminine. La femme et l’homme seraient une image aussi parfaite de Dieu.
Il convenait que la femme, dans la première institution des choses, fût formée à partir de l’homme
et cela beaucoup plus que chez les autres animaux. 1°. Ainsi serait accordée au premier homme
cette dignité d’être, à la ressemblance de Dieu, le principe de toute son espèce, comme Dieu est le
principe de tout l’univers. Ce qui fait dire à S. Paul (Ac 17, 26) que Dieu " d’un être unique fit tout
le genre humain ".

Question 92 article 2
Mais, pour ce qui est de certains traits secondaires, l’image de Dieu se trouve dans l’homme d’une façon qui ne se vérifie pas dans la femme ; en effet, l’homme est principe et fin de la femme, comme Dieu est principe et fin de toute la création.

Question 93 article 4
Pour moi, STA veut dire que la femme fait partie du genre humain, mais qu'elle en reste dérivée (ce n'est pas l'idéal).

PS : Ce qui m'intrigue, c'est la double lecture possible du mythe d'Adam et Ève : au-delà de la vision classique d'un homme et d'une femme, on peut y voir le récit d'un conflit intérieur au sein d'une seule et même personne.
Et peut être que l'une ne contredit pas l'autre...
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Re: Vos questions sur la Somme théologique de St Thomas

Message non lu par prodigal »

Cher patatedouce,
je vous remercie de ce message, soucieux de faire progresser la discussion.
Je crois qu'il ne sert à rien de scruter le for intérieur de saint Thomas quant à la question, anachronique, du féminisme, et il me semble que nous sommes d'accord là dessus.
Il me paraît essentiel, pour bien comprendre tel ou tel article de la Somme Théologique, de repérer la question, et ce que pense celui qui se trompe, qui parle toujours en premier dans ces articles. Ici, la question est celle de la nécessité de la création de la femme, et l'adversaire est celui qui pense que Dieu aurait tout aussi bien pu ne pas créer la femme (voire il aurait fait mieux}. Pour que le raisonnement soit concluant, il faut montrer que même si la femme est inférieure à l'homme, sa création était quand même nécessaire et bonne, et c'est ce que fait Thomas.
Par ailleurs, j'aime beaucoup ce que vous écrivez ensuite. C'est vrai, c'est bien dit, félicitations! :D
patatedouce a écrit : dim. 26 avr. 2026, 22:01 Mais si la génération est moins noble que l’activité intellectuelle, pourquoi Dieu a-t-il voulu un processus de génération aussi long, corporel et engageant ? Et si la femme est pensée comme moins parfaite que l’homme, pourquoi Dieu a-t-il voulu que l’humanité passe précisément par elle . La vraie réponse ne se trouve peut-être pas dans la seule utilité de la femme pour la génération, mais dans la communion. Dieu n’aurait pas créé la femme simplement pour permettre à l’homme de poursuivre sa perfection intellectuelle ; il aurait créé l’humanité homme et femme parce que l’être humain est fait pour la relation. De même, la gestation longue et dépendante ne serait pas seulement une nécessité biologique, mais le signe que l’humain vient au monde par l’accueil, le don, la dépendance et la communion.

Ainsi, la perfection ne serait plus uniquement masculine mais aussi féminine. La femme et l’homme seraient une image aussi parfaite de Dieu.
Je voudrais ajouter un point. L'infériorité de la femme a très souvent été affirmée chez les catholiques. Mais c'est une lecture vraiment très biaisée et très incomplète du christianisme. Cette infériorité n'est que relative, et n'a donc pas de sens si on la porte à l'absolu. C'est pourquoi saint Thomas peut écrire sans se contredire :
La femme est inférieure à l’homme à cause de sa faiblesse, corporelle et spirituelle. Mais, après
la résurrection, ce sont surtout les mérites qui feront la différence entre les élus, quels qu’ils soient.
Donc, même s'il a tort (selon moi} de penser que la femme a moins de capacités que l'homme, je plaide pour que Thomas soit relaxé de l'accusation de sexisme. :)
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu
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