Bonjour,
Perlum pimpum a écrit :
4 - Conclusion.
Dire qu'un Pape ne peut d'aucune manière doctrinalement errer, soit pour n'avoir jamais été Pape, soit pour avoir cessé de l'être avant de professer l'erreur, ce malgré le scandale de l'enseignement que, par ses gestes, Pierre, « qui ne marchait pas droit selon la vérité de l'Évangile », donna à Antioche (Ga. II, 11-14), voilà une réflexion que je vous laisse savourer.

Pour reprendre votre conclusion.
L'apôtre Pierre aurait donc été un
hérétique lui-même ou il aurait pu scandaliser des fidèles en tout cas, parce qu'il aurait pu délivrer à Antioche un enseignement contraire à la foi catholique, un enseignement faux du point de vue de l'Évangile ou de Jésus-Christ. Et il aurait fallu que Paul vienne corriger Pierre pour le sortir de son errement doctrinal faux.
Il me semble difficile de pouvoir comprendre autrement votre paragraphe de conclusion. L'idée que Pierre puisse être irréprochable en matière d'enseignement de la foi vous fait sourire.
J'en profiterai pour vous faire observer que c'est bien là un argument [l'incident d'Antioche] que savoure les protestants, eux qui comme vous le savez nient depuis toujours les prétentions catholiques au sujet de l'infaillibilité de l'Église et de ses enseignements doctrinaux. Ils disent que les papes donnent des enseignements faux. Vous seriez de cet avis ?
Autre chose : c'est là également comme le discours de la FSSPX, Perlum pim pum.
Vous devez bien savoir comment, à la FSSPX, nos tradis disent devoir faire comme saint Paul à Antioche. «Résistons» Il leur faut corriger le Pape, prendre le bon mais ignorer les faussetés doctrinales pouvant sortir de sa bouche à un moment ou l'autre. Vous seriez d'accord avec eux ?
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Pierre à Antioche
Examinons le contexte si vous voulez.
Dès le début du christianisme, certains faux frères tentèrent de judaïser l'Église. «Des faux frères s'étaient introduit dans l'Église, et s'étaient furtivement glisser parmi nous, pour observer la liberté que nous avons en Jésus-Christ, et pour nous réduire en servitude», en nous assujettissant de nouveaux au joug des prescriptions légales judaïques (
Galates II,4). Ces faux frères exigèrent des païens convertis au christianisme d'observer aussi les prescriptions de la loi de l'Ancien Testament. Au concile de Jérusalem, saint Pierre dit qu'il ne fallait pas obliger les païens à cette observance. Les participants de ce concile se rangèrent à l'avis du premier Pape (
Actes des Apôtres XV,1-29; Galates II, 1-6)
Pierre quitta Jérusalem pour aller à Antioche. Il n'observait plus les prescriptions légales du judaïsme. Mais, quelque temps après, arrivèrent à Antioche des chrétiens d'origine juive et venant de Jérusalem, qui pratiquaient encore l'ancienne loi. Saint Pierre mangea avec eux à la manière juive, pour ne pas les blesser. Cela lui valut un blâme de la part de saint Paul.
Paul lui-même raconte, dans son épitre aux Galates, comment se déroula l'incident d'Antioche.
«Quand Képhas [saint Pierre] vint à Antioche, raconte saint Paul, «je lui résistai en face, parce qu'il était répréhensible. Car, avant que quelques gens de l'entourage de Jacques fussent arrivés, il mangeait avec les gentils, mais après leur arrivée, il se retira et se sépara; craignant de scandaliser les circoncis. Et les autres Juifs l'imitèrent dans sa dissimulation, au point d'entraîner Barnabé lui-même, à dissimuler avec eux. Mais quand je vis qu'il ne marchait pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Képhas devant tout le monde : «Si toi, alors que tu es juif, tu vis comme les gentils, et non selon la loi juive, comment peux-tu [par ton exemple] pousser les gentils à judaïser ? [...] L'homme n'est pas justifié par les oeuvres de la loi [ancienne], mais seulement par la foi en Jésus-Christ» (
Galates II, 11-16)
Remarques :
Saint Pierre n'enseigne pas qu'il fallait judaïser. Il eut simplement un comportement allant en ce sens («ne marchait pas» selon l'Évangile, mais nullement «n'enseignait pas» selon l'Évangile). Pierre a commis un erreur de procédé, non de doctrine. En outre, ce fut par peur de scandaliser les chrétiens d'origine juive qu'il agit ainsi. Le mot «dissimulation» indique qu'il n'affiche pas sa véritable conviction qui était orthodoxe.
Ensuite, en écoutant sans mot dire les reproches de Paul et en modifiant ensuite son attitude, il donna à tous une grande leçon d'humilité.
Si l'on résume :
A Jérusalem, les chrétiens d'origine juive observaient encore les prescriptions légales, tandis qu'à Antioche, les chrétiens d'origine juive les avaient abandonnées. Pourquoi ? Parce qu'à Jérusalem, les habitants étaient tous Juifs, tandis qu'à Antioche, la population était mixte : voyant que les chrétiens gentils d'Antioche ne pratiquaient point la loi judaïque, les chrétiens juifs d'Antioche s'étaient laissés entraîner eux-mêmes à abandonner leurs anciennes habitudes judaïques. Afin de ménager la susceptibilité de la communauté chrétienne de Jérusalem, faisait remarquer saint Jean Chrysostome :
«Pierre n'osait pas dire clairement et ouvertement à ses disciples qu'il fallait les abolir entièrement. Il craignait, en effet, que s'il cherchait prématurément à supprimer ces habitudes, il ne détruisit en même temps chez eux la foi du Christ, car l'esprit des Juifs, depuis longtemps imbu des préjugés de leur loi, n'était point préparé à entendre de tels conseils. Aussi saint Pierre les laissait suivre les traditions judaïques» (Saint Jean Chrysostome,
Commentaires sur l'épitre aux Galates).
A la décharge de Pierre, son attitude était initialement inspiré par un motif noble. «Il craignait que s'Ils éprouvaient un scandale, ils ne rejetassent la foi», disait Jean Chrysostome.
Saint Thomas d'Aquin :
«Il agissait ainsi, parce qu'il craignait ceux qui venaient d'entre les circoncis (Galates II, 12), c'est à dire, les Juifs, , non si l'on veut d'une crainte humaine ou mondaine, mais d'une crainte inspirée par la charité, c'est à dire pour qu'ils ne fussent point scandalisés, dit la Glose. Pierre est donc devenu par cette conduite comme juif avec les Juifs, feignant avec ceux qui étaient faibles de penser comme eux. Toutefois, cette crainte de sa part était opposée à l'ordre, parce que l'on ne doit jamais abandonner la vérité par crainte du scandale (
Saint Thomas,
Commentaires sur les épitres de saint Paul)
Saint Jérôme :
«Il s'en retirait et s'en séparait, craignant les reproches des circoncis. Il appréhendait que les Juifs, dont il était l'apôtre, ne s'éloignassent de la foi du Christ à l'occasion des gentils. Imitateur du Bon Pasteur, il tremblait de perdre le troupeau confié à ses soins» (
Saint Jérôme,
Lettre adressée à saint Augustin en 404).
Ma conclusion :
Jamais l'apôtre Pierre n'enseigne à tous qu'il faille judaïser ou que les païens se convertissant devraient eux aussi mettre en pratique les préceptes de la loi de Moïse. A moins de vouloir diffamer sa mémoire, il n'a jamais fait cela. Il n'a pas du tout enseigné cette erreur contraire à la révélation reçue du Christ à lui-même. Certainement pas ! Et l'incident d'Antioche avec Pierre ne sert pas à démontrer que les Papes en général pourraient "eux aussi" enseigner doctrinalement des faussetés contraires à la révélation divine.