Il me semble qu’Asellus ne dit rien d‘autre que ce qu’écrivit saint Jean et qui figure dans le NT :
1 Jean 4
…19Pour nous, nous l'aimons, parce qu'il nous a aimés le premier. 20Si quelqu'un dit: J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur; car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? 21Et nous avons de lui ce commandement: que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.
Il se situe sur un terrain concret où il n'est pas nécessaire de théoriser. Le risque de théoriser, c’est d’en exiger trop et de juger des élans du cœur là où il a absorbé l’amour divin comme une éponge et n’a plus besoin de le revendiquer vu qu’il en vit. Il n’y a pas besoin de savoir d’où vient l’amour (lui le sait !) et surtout cette ignorance n’a rien d’idolâtre et ne mérite pas un rappel à l’ordre.
Cela rappelle aussi à contrario la façon dont les traditionalistes interprètent les textes, comme s’il fallait sans arrêt rappeler les données de départ quand on est dans leur développement et que sinon on les oublierait, alors qu’en réalité cela empêche l’approfondissement.
Les habituelles références Croisées du texte de Jean sont intéressantes :
Jean 13:35
A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres.
1 Pierre 1:8
lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore, vous réjouissant d'une joie ineffable et glorieuse,
1 Jean 1:6
Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons, et nous ne pratiquons pas la vérité.
La dernière ici citée peut paraître dure si Asellus l’évoque. Je pense qu’elle devient vraie si son contradicteur ne reconnaît pas dire au fond la même chose autrement. Surtout s’il va jusqu’à prendre le risque d’encourir la sanction de cette autre parole :
1 Jean 1:8
Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous.
Et s’il semble comme rechercher l’opposition ou se vexer pour défendre une théorie au lieu de céder pour ne pas offenser la charité :
1 Jean 2:4
Celui qui dit: Je l'ai connu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n'est point en lui.
car
1 Jean 4:12
Personne n'a jamais vu Dieu; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous.
Et que
1 Jean 2:9
Celui qui dit qu'il est dans la lumière, et qui hait son frère, est encore dans les ténèbres.
Est-ce le cas ?
Or cette conversation en impasse est à l’image de ce fil, où l’on frôle la masturbation intellectuelle, où l’élève prend le rôle du professeur, et vice versa, où se gratte la guitare un peu de trop alors que cela ne présente plus aucun intérêt de s’y exercer (comment justifier certaines pinailles autrement que par l'orgueil ou le jeu quand elles sont gratuites : le sujet mérite-t-il le jeu ?).
Les musiciens connaissent bien ce phénomène qui ressemble à l’obsession, une sorte de vengeance contre l’ennui de devoir passer autant de temps à s’exercer, alors qu’on y a pris plaisir et qu’à force, on ne saurait pas comment sinon occuper son temps.
Où l’on a perdu de vue le pourquoi et s’obsède de technique maîtrisée.
Quand le charme s’est perdu mais qu’il en reste ce qui l’a donné et qui tourne à la vacuité.
C’est en effet une forme possible d’orgueil : je maîtrise l’instrument. Alors qu’il y a tant d’autres mélodies à découvrir pour d’autres moments mais que ce n’est pas le moment de les apprendre. Alors on remplace l’âme d’une composition par son exécution idiote.
Alors il faut en revenir à des mantras qui fonctionnent encore dans les ténèbres. Ainsi :
1 Jean 2:11
Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres, il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.
1 Jean 3:17
Si quelqu'un possède les biens du monde, et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeure-t-il en lui?
La première citation n’a même plus besoin de citer Dieu car il n’est pas ou plus là. Il n’est pas concerné et semble disparu, neutre. L’idée qu’il est en chacun s’est évaporée : nous n‘en savons plus rien, il faudrait l’analyser, y réfléchir.Faut-il tenter Dieu et l'appeler par un subterfuge ?
Il n'y a pas forcément de péché mais si on ne se sent pas être dans une situation dangereuse, il y a un réel danger, un signe d'imperfection qui, comme pour la parole de Jésus sur les eunuques, n'est pas compréhensible par tous et empêche d'accéder à mieux.
La dernière semble là pour indiquer : « pas besoin ».
C’est ainsi que la foi conduit aux œuvres. Elle n’a plus besoin de savoir en quoi elle croit, elle le vit.
Et qu’est-ce que nous disent ces œuvres ?
Que la limite à l’amour universel se trouve dans Mathieu (18 : 15-17) :
« Si ton frère a fauté à ton égard, va, et réprouve-le entre 4 yeux. S’il t’écoute, tu l’auras gagné. S’il ne t’écoute pas, emmène avec toi un ou deux frères pour que par la bouche de 2 ou 3 témoins soit établie toute l’affaire. S’il ne les écoute pas davantage, confie-toi à l’Eglise. S’il n’écoute donc pas non plus l’Eglise, qu’il soit pour toi comme le percepteur d’impôts ou comme le païen. »
Car cette parole, qui est à modérer par Mathieu (5 : 23-24)
« Tu auras beau offrir ton offrande sur l’autel, si là tu te souviens que ton frère a un grief particulier contre toi, laisse là ton offrande sur l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; ensuite tu offriras ton offrande. »
et qui la contient, ne dispense pas non plus du pardon, car il n’est pas vrai comme trop l’affirment qu’il faille que notre pardon soit accepté pour pardonner.
C’est une de ces fausses sagesses du monde.
Cette parole toutefois semble nous dispenser d’avoir ensuite à exercer la charité envers ce frère, comme si elle conduisait à bouder son existence ou à y être indifférent. Ou à l’exercer le dos tourné, sans s’y investir.
C’est encore une erreur ! Et ceux dont les sentiments se trouvent en harmonie avec le comportement qu’elle semble indiquer ou qui y trouvent refuge sont dans cette erreur.
Jésus-Christ nous a montré une autre voie et qui a culminé dans la crucifixion. Que les béatitudes résolvent autrement qu’intellectuellement.
A un moment ou à un autre, ceux qui privilégient l’intellect (ou la raison) se trompent. Même s’il « sonnent » formellement juste et ne font pas de fausse note. Ce n’est pas à cela que doit servir de s’exercer quand on est déjà un musicien entrainé.
Et l’amusement qui consiste à se faire passer pour un débutant ne doit pas durer plus de temps qu’une bonne blague, sinon cela devient malsain et pédant, un risque d’offenser l’humilité. A moins que ce soit pour en confondre un autre qui se croirait meilleur et qui le mériterait, ou se justifier de ne plus avoir à chercher à progresser, ou… l’ennui autorise tant d’explications quand le charme s’est perdu, et l’on pourra toujours prétendre que nous ne faisons que jouer, et en passant, ou que c’est trop sérieux pour cela et afin de s’enfermer dans un splendide isolement !
Comment prétendre après cela que nous n’avons besoin de rien, alors que nous manquons de tout en l’absence de Dieu…Il n’y a que l’amour qui puisse le remplacer.
Est-il à prendre, ou à donner ? C’est à ses fruits que l’arbre sera jugé, mais beaucoup trop prennent leurs feuilles (et parfois celles des autres) pour des fruits, et malheur à qui le remarque !
Comment peut-on en venir à des attitudes d’exclusion pour si peu, alors que l’on était censé rechercher l’édification !?
Dans certains cas, se tenir à l'écart est un acte de charité, quand notamment ce n'est pas dissimuler et que ce n'est pas l'aveu d'un sentiment grossier (indifférence, mépris, colère, supériorité...) ce qui peut parfois obliger à vivre sur une corde raide.
A toutes fins utiles je signale que Asellus avait écrit :
Asellus a écrit : ↑dim. 17 sept. 2023, 12:57
c’est-à-dire par Dieu, présent au fond de chaque cœur… vous suivez ?
Et non : "au fond de son coeur". autrement dit c'était un rappel presque superflu, une concession pour amadouer et rechercher le consensus car nous vivons tous en Dieu.
Dès qu'i faut trop faire de théologie pour s'expliquer, il y a un risque d'être mal compris ; mais il a essayé de "faire simple".