Le sensus fidei

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Le sensus fidei

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I - ANALYSE DU SENSUS FIDEI.


Bonjour Gaudens,

Gaudens a écrit : sam. 07 oct. 2023, 18:55 Faudra-t-il montrer son diplôme de licencié ou de docteur en théologie pour avoir le droit d'exercer le sensus fidelium auquel est appelé chaque membre du peuple chrétien ? Si l'on avait attendu les théologiens au VIIIe siècle pour défendre la vénération des icônes contre les iconoclastes, nous prierions peut-être aujourd'hui dans des églises nues.

Pour comprendre de quoi il retourne quand on parle du sensus fidei, le mieux est de lire le document de la CTI intitulé Le sensus fidei dans la vie de l’Église, dont je masque des extraits (les titres gras entre parenthèses sont de moi). La CTI n'est pas un organe du magistère, mais une commission articulée à cet organe magistériel qu'est la CDF. Je n'ai guère de goût aux documents de la CTI, mais il se trouve qu'ici le sensus fidei est bien expliqué.


I - La distinction du sensus fidei fidelium et du sensus fidei fidelis.

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(I - La distinction du sensus fidei fidelis et du sensus fidei fidelium).

3. Comme concept théologique, le sensus fidei fait référence à deux réalités qui sont distinctes, bien qu’étroitement connexes ; le sujet propre de l’une est l’Église, « colonne et support de la vérité » (1 Tm 3,15), alors que le sujet de l’autre est le croyant individuel, qui appartient à l’Église par les sacrements de l’initiation et qui participe à la foi et à la vie de l’Église, en particulier au moyen de la célébration régulière de l’Eucharistie.

D’une part, le sensus fidei fait référence à l’aptitude personnelle qu’a le croyant, au sein de la communion de l’Église, de discerner la vérité de la foi.

D’autre part, le sensus fidei fait référence à une réalité communautaire et ecclésiale : l’instinct de la foi de l’Église elle-même
, par lequel elle reconnaît son Seigneur et proclame sa parole. Le sensus fidei entendu en ce sens se reflète dans le fait que les baptisés convergent dans une adhésion vitale à une doctrine de foi ou à un élément de la praxis chrétienne. Cette convergence (consensus) joue un rôle vital dans l’Église : le consensus fidelium est un critère sûr pour déterminer si une doctrine ou une pratique particulière appartient à la foi apostolique.

Dans le présent document, nous utiliserons le terme de sensus fidei fidelis pour faire référence à l’aptitude personnelle du croyant à effectuer un juste discernement en matière de foi, et celui de sensus fidei fidelium pour faire référence à l’instinct de la foi de l’Église elle-même. Selon le contexte, sensus fidei fera référence à l’un ou à l’autre sens, et pour le second sens, on utilisera aussi le terme de sensus fidelium.


(II - Le sensus fidei fidelium).

13. En Jérémie, une « nouvelle alliance » est promise qui comportera l’intériorisation de la parole de Dieu : « Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son prochain, chacun son frère, en disant : “Ayez la connaissance de Yahvé !” Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands — oracle de Yahvé, — parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché » (Jr 31,33-34). Il faut que le peuple de Dieu soit créé à neuf, en recevant « un esprit nouveau », afin d’être capable de connaître la loi et de la suivre (Ez 11,19-20). Cette promesse s’accomplit dans le ministère de Jésus et dans la vie de l’Église par le don du Saint-Esprit. Elle s’accomplit de façon très spéciale dans la célébration de l’Eucharistie, où les fidèles reçoivent la coupe qui est « la nouvelle alliance » dans le sang du Seigneur (Lc 22,20 ; 1 Co 11,25 ; cf. Rm 11,27 ; Hb 8,6-12 ; 10,14-17).

25. L’attestation de la période patristique a principalement trait au témoignage rendu par le peuple de Dieu dans son ensemble, quelque chose qui a un certain caractère objectif. Le peuple croyant considéré comme un tout ne saurait errer en matière de foi, soutenait-on, parce qu’il a reçu une onction du Christ, le Saint-Esprit qui lui avait été promis et qui l’équipe pour discerner la vérité. Certains Pères de l’Église ont aussi réfléchi à la capacité subjective des chrétiens, animés par la foi et en qui habite le Saint-Esprit, de maintenir la vraie doctrine dans l’Église et de rejeter l’erreur. Augustin, par exemple, attirait l’attention sur ce point lorsqu’il affirmait que le Christ, « le Maître intérieur », rend capables les laïcs aussi bien que leurs pasteurs non seulement de recevoir la vérité de la révélation, mais encore de l’approuver et de la transmettre.

30. Les théologiens de la Réforme catholique, s’appuyant sur les efforts antérieurs pour développer une ecclésiologie systématique, reprirent la question de la révélation, de ses sources et de leur autorité. Ils répondirent tout d’abord aux critiques auxquelles les réformateurs soumettaient certaines doctrines en faisant appel à l’infaillibilité in credendo de l’Église tout entière, laïcs et clergé ensemble. Et de fait, le concile de Trente fit appel de façon répétée au jugement de l’Église tout entière pour défendre les articles controversés de la doctrine catholique. Son décret sur le sacrement de l’Eucharistie (1551), par exemple, invoque spécifiquement « le sentiment universel de l’Église [universum Ecclesiæ sensum] ».

31. Melchior Cano (1509-1560), qui participa au concile, offrit pour la première fois un traitement développé du sensus fidei fidelium en défendant la valeur que les catholiques reconnaissent à la force probante de la Tradition dans l’argumentation théologique. Dans son traité De locis theologicis (1564), il reconnaissait dans l’assentiment commun actuel des fidèles l’un des quatre critères permettant de déterminer si une doctrine ou une pratique appartenait à la tradition apostolique

33. D’autres théologiens de la période post-tridentine continuèrent à affirmer l’infaillibilité de l’Ecclesia (par quoi ils entendaient l’Église tout entière, y compris ses pasteurs) in credendo, mais ils se mirent à distinguer de manière plutôt tranchée les rôles de « l’Église enseignante » et de « l’Église enseignée ». L’accent mis précédemment sur l’infaillibilité « active » de l’Ecclesia in credendo fut progressivement remplacé par un accent mis sur le rôle actif de l’Ecclesia docens. Il devint courant de dire que l’Ecclesia discens n’avait qu’une infaillibilité « passive ».

41. Au XXe siècle, les théologiens catholiques ont scruté la doctrine du sensus fidei fidelium dans le contexte d’une théologie de la Tradition, d’une ecclésiologie renouvelée et d’une théologie du laïcat. Ils ont souligné que « l’Église » ne s’identifiait pas à ses pasteurs ; que l’Église tout entière, par l’action du Saint-Esprit, était le sujet ou « l’organe » de la Tradition ; et que les laïcs avaient un rôle actif dans la transmission de la foi apostolique. Le magistère assuma ces développements à la fois lors de la consultation qui aboutit à la définition de la glorieuse Assomption de la Sainte Vierge Marie, et lorsque le IIe concile du Vatican rétablit et confirma la doctrine du sensus fidei.

47. Depuis le concile, le magistère a réaffirmé plusieurs points clefs de l’enseignement du concile sur le sensus fidei. Il a également traité d’une question nouvelle, à savoir qu’il est important de ne pas présupposer que l’opinion publique, que ce soit dans l’Église ou en dehors, est nécessairement identique au sensus fidei (fidelium). Dans son exhortation apostolique post-synodale Familiaris consortio (1981), le pape Jean-Paul II a examiné quels sont les rapports que « le sens surnaturel de la foi » peut avoir avec le « consensus des fidèles » et une opinion majoritaire telle qu’elle est déterminée par des enquêtes sociologiques et statistiques. Le sensus fidei, écrit-il, « ne consiste pas seulement ou nécessairement dans le consensus des fidèles ». Il revient aux pasteurs de l’Église « de promouvoir le sens de la foi chez tous les fidèles, d’examiner et de juger d’une manière autorisée l’authenticité de ses expressions, et de former les fidèles à un discernement évangélique toujours plus réfléchi ».


(III - Le sensus fidei fidelis).

48. Ce deuxième chapitre se concentre sur la nature du sensus fidei fidelis. Le cadre utilisé est en particulier celui des arguments et des catégories que fournit la théologie classique afin de comprendre comment la foi est mise en œuvre chez le croyant pris comme individu. Bien que la vision biblique de la foi soit plus large, la compréhension classique met en relief un aspect essentiel : l’adhésion de l’intellect, mû par l’amour, à la vérité révélée. Cette conceptualisation de la foi est toujours utile de nos jours pour éclaircir la compréhension du sensus fidei fidelis. Dans ce cadre, le chapitre considère également certaines manifestations du sensus fidei fidelis dans la vie personnelle des croyants, étant clair que les aspects personnels et ecclésiaux du sensus fidei sont inséparables.
Le sensus fidei fidelium est une réalité communautaire et ecclésiale : l’instinct de la foi de l’Église elle-même. Le sensus fidei fidelis est l’aptitude personnelle qu’a le croyant, au sein de la communion de l’Église, de discerner la vérité de la foi. Cette aptitude personnelle ou sensus fidei fidelis donne à chaque fidèle de pouvoir discerner, en une sorte d’instinct ou de flair, ce qui est conforme ou contraire à la foi.

« À la différence de la théologie, que l’on peut décrire comme une scientia fidei, le sensus fidei fidelis n’est pas une connaissance réflexive des mystères de la foi, qui mettrait en œuvre des concepts et qui utiliserait des procédures rationnelles pour atteindre ses conclusions. Comme l’indique son nom (sensus), il s’apparente plutôt à une réaction naturelle, immédiate et spontanée, comparable à un instinct vital ou à une sorte de ‘‘flair’’, par lequel le croyant adhère spontanément à ce qui est conforme à la vérité de la foi et évite ce qui s’y oppose. » (CTI, 54).

Ce discernement peut s’opérer dans des jugements pratiques ou théorétiques.

D’abord en des jugements théorétiques, par lesquels, par le sensus fidei fidelis, certains fidèles, alors que dépourvus de la juridiction magistérielle, explicitent droitement, sans recourir à la scientia fidei, des vérités de foi implicitement révélées, formellement ou virtuellement. Ce point est peu abordé par le document de la CTI, encore que le n. 73 y fasse clairement référence quant aux enseignements théorétiques moraux.

Ensuite en des jugements pratiques. « Par exemple, la personne qui a développé la vertu de chasteté possède une sorte de ‘’sixième sens’’, une sorte d’ ‘’instinct spirituel’’ qui lui permet de discerner quelle est la juste attitude à adopter même dans les situations les plus complexes, en percevant spontanément ce qu’il convient de faire et ce qu’il faut éviter. La personne chaste adopte ainsi comme instinctivement l’attitude juste, alors même que le raisonnement conceptuel du moraliste peut laisser perplexe et indécis. » (CTI, 52). C’est un cas classique de jugement par connaturalité.

Enfin en des jugements hybrides, à la fois théorétiques et pratiques. Par exemple quand, « Avertis par leur sensus fidei, les individus croyants peuvent aller jusqu’à refuser leur assentiment à un enseignement de leurs pasteurs légitimes s’ils ne reconnaissent pas dans cet enseignement la voix du Christ, le Bon Pasteur. ‘‘Les brebis le suivent [le Bon Pasteur], parce qu’elles connaissent sa voix. Elles ne suivront pas un étranger ; elles le fuiront au contraire, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers’’ (Jn. X, 4-5). Pour saint Thomas, un croyant, même sans compétence théologique, peut, et même doit, résister en vertu du sensus fidei à son évêque si ce dernier prêche des choses hétérodoxes. En un tel cas, le croyant ne s’érige pas lui-même en critère ultime de la vérité de foi ; au contraire, face à une prédication matériellement autorisée mais qui le trouble, sans qu’il puisse expliquer exactement pourquoi, il diffère son assentiment et en appelle intérieurement à l’autorité supérieure de l’Église universelle. » (CTI, 63). Ici le jugement pratique par lequel le fidèle refuse l’assentiment à certains énoncés du magistère faillible est à raison d’un jugement théorique de disconformité de cet enseignement à la foi, ce alors même que, privé de la scientia fidei, la science de la foi qu’est la théologie (scolastique), le fidèle serait incapable de justifier rationnellement son choix, ne pouvant ici que prétendre son choix juste car fondé sur le flair infaillible du sensus fidei, au risque évident de s’illusionner. En effet, « Résister par principe à l’enseignement du magistère est incompatible avec un authentique sensus fidei. » (CTI, 80). Car « Les sujets du sensus fidei sont les membres de l’Église qui tiennent compte des paroles de Jésus à ceux qu’il envoie : ‘‘Qui vous écoute m’écoute, qui vous rejette me rejette, et qui me rejette rejette Celui qui m’a envoyé’’ (Lc. X, 16). » (CTI, 98).

On le voit, exciper du sensus fidei peut être des plus problématiques toutes les fois où, alors même qu’il impose la docilité aux enseignements du magistère suprême simplement authentique, il impose encore de s’y soustraire. Comment donc savoir si la soustraction est réellement légitime car réellement fondée sur le sensus fidei plutôt que sur sa négation-même ? « La difficulté à discerner le sensus fidelium authentique dans des cas comme ceux que l’on vient de citer souligne la nécessité d’identifier quelles sont les dispositions requises pour participer de façon authentique au sensus fidei ; ces dispositions peuvent à leur tour servir de critères pour discerner le sensus fidei authentique. » (CTI, 73).

La question cruciale est relative au sensus fidei fidelis. Que se passe-t'il si l'aptitude, autrement dit la capacité, la faculté de discerner les vérités de la foi, est mise en échec en tous les cas où, sous couvert de discerner la foi, le discernement aboutit à une négation de la foi ? La réponse suppose d’approfondir, par l’analyse théologique (sciencia fidei), ce qu’est le sensus fidei fidelis.



II - Trois aspects du sensus fidei fidelis doivent être distingués.

1. Le sensus fidei fidelis dans sa connexion aux vertus théologales de foi et de charité.
2. La connexion du sensus fidei fidelis au sensus fidei fidelium et à la scientia fidei.
3. L’infaillibilité du sensus fidei fidelis comme fruit du Saint-Esprit.


1. Le sensus fidei fidelis dans sa connexion aux vertus théologales de foi et de charité.

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48. Ce deuxième chapitre se concentre sur la nature du sensus fidei fidelis. Le cadre utilisé est en particulier celui des arguments et des catégories que fournit la théologie classique afin de comprendre comment la foi est mise en œuvre chez le croyant pris comme individu. Bien que la vision biblique de la foi soit plus large, la compréhension classique met en relief un aspect essentiel : l’adhésion de l’intellect, mû par l’amour, à la vérité révélée. Cette conceptualisation de la foi est toujours utile de nos jours pour éclaircir la compréhension du sensus fidei fidelis. Dans ce cadre, le chapitre considère également certaines manifestations du sensus fidei fidelis dans la vie personnelle des croyants, étant clair que les aspects personnels et ecclésiaux du sensus fidei sont inséparables.

49. Le sensus fidei fidelis est une sorte d’instinct spirituel qui permet au croyant de juger de façon spontanée si tel enseignement particulier ou telle pratique particulière est ou n’est pas conforme à l’Évangile et à la foi apostolique. Il est intrinsèquement lié à la vertu de foi elle-même ; il découle de la foi et en constitue une propriété. On le compare à un instinct, parce qu’il n’est pas d’abord le résultat d’une délibération rationnelle, mais qu’il prend plutôt la forme d’une connaissance spontanée et naturelle, une sorte de perception (aisthêsis).

50. Le sensus fidei fidelis provient d’abord et surtout de la connaturalité que la vertu de foi établit entre le sujet croyant et l’objet authentique de la foi, à savoir la vérité de Dieu révélée dans le Christ Jésus. De façon générale, la connaturalité fait référence à une situation où une entité A entretient avec une autre entité B une relation si intime que A prend part aux dispositions naturelles de B comme s’il s’agissait des siennes propres. La connaturalité permet une forme de connaissance originale et profonde. Dans la mesure, par exemple, où deux amis sont unis, le premier devient capable de juger de façon spontanée ce qui convient à l’autre, parce qu’il partage les inclinations mêmes de l’autre et comprend ainsi par connaturalité ce qui est bon ou mauvais pour lui. Autrement dit, il s’agit d’une connaissance d’un autre ordre que la connaissance objective, laquelle procède par manière de conceptualisation et de raisonnement. C’est une connaissance par empathie, ou une connaissance du cœur.

51. Toute vertu connaturalise son sujet, c’est-à-dire celui qui la possède, à son objet, c’est-à-dire à un certain type d’action. Par vertu, on entend ici une disposition stable (ou habitus) de la personne à exercer un certain type de comportement dans l’ordre intellectuel ou moral. La vertu est une sorte de « seconde nature » par laquelle la personne humaine se construit elle-même en actualisant librement et d’une manière conforme à la droite raison les dynamismes inscrits dans la nature humaine. Elle donne ainsi une orientation déterminée et stable à l’activité des facultés naturelles ; elle dirige celles-ci vers des comportements que la personne vertueuse accomplira désormais « naturellement », avec « facilité, maîtrise et joie ».

52. Toute vertu a un double effet : premièrement, elle incline naturellement la personne qui la possède vers un objet (un certain type d’action), et deuxièmement, elle l’éloigne spontanément de tout ce qui est contraire à cet objet. Par exemple, la personne qui a développé la vertu de chasteté possède une sorte de « sixième sens », une sorte d’« instinct spirituel » qui lui permet de discerner quelle est la juste attitude à adopter même dans les situations les plus complexes, en percevant spontanément ce qu’il convient de faire et ce qu’il faut éviter. La personne chaste adopte ainsi comme instinctivement l’attitude juste, alors même que le raisonnement conceptuel du moraliste peut laisser perplexe et indécis.

53. Le sensus fidei est la forme que revêt cet instinct qui accompagne toute vertu dans le cas de la vertu de foi. « De même que par les autres habitus vertueux l’homme voit ce qui lui convient conformément à cet habitus, de même par l’habitus de la foi l’esprit de l’homme est incliné aussi à donner son assentiment à ce qui est convient à la vraie foi, et non au reste. » La foi, en tant que vertu théologale, rend le croyant capable de participer à la connaissance que Dieu a de lui-même et de toutes choses. Chez le croyant, elle prend la forme d’une « seconde nature ». Par la grâce et les vertus théologales, les croyants deviennent « participants de la nature divine » (2 P 1,4) et sont de quelque manière connaturalisés à Dieu. Par conséquent, ils réagissent spontanément en fonction de cette nature divine participée, à la manière dont les êtres vivants réagissent instinctivement à ce qui convient ou non à leur nature.

56. Le sensus fidei fidelis découle de la vertu théologale de foi. Cette vertu est une disposition intérieure, suscitée par l’amour, à adhérer sans réserve à la totalité de la vérité révélée par Dieu aussitôt que celle-ci est perçue comme telle. La foi n’implique donc pas nécessairement une connaissance explicite de la totalité de la vérité révélée. Il s’ensuit qu’une certaine forme de sensus fidei peut exister chez « les baptisés qui portent le beau nom de chrétiens sans professer pourtant intégralement la foi ». L’Église catholique doit donc être attentive à ce que l’Esprit peut lui dire par l’intermédiaire des croyants des Églises et des communautés ecclésiales qui ne sont pas pleinement en communion avec elle.

57. Étant une propriété de la vertu théologale de foi, le sensus fidei fidelis se développe en proportion du développement de la vertu de foi. Plus la vertu de foi s’enracine dans le cœur et dans l’esprit des croyants et informe leur vie quotidienne, plus le sensus fidei fidelis se développe et se fortifie en eux. Or, puisque la foi, comprise comme une forme de connaissance, est fondée sur l’amour, la charité est requise pour l’animer et pour l’informer, afin d’en faire une foi vivante et vécue (fides formata). L’intensification de la foi chez le croyant dépend donc particulièrement de la croissance en lui de la charité, et le sensus fidei fidelis est pour cette raison proportionnel à la sainteté de sa vie. Saint Paul enseigne que « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné » (Rm 5,5). Il s’ensuit que le développement du sensus fidei dans l’esprit du croyant est particulièrement dû à l’action du Saint-Esprit. En tant qu’Esprit d’amour, qui infuse l’amour dans le cœur humain, le Saint-Esprit ouvre aux croyants la possibilité d’une connaissance plus profonde et plus intime du Christ Vérité, sur la base d’une union de charité : « Montrer la vérité convient en propre au Saint-Esprit, parce que c’est l’amour qui révèle les secrets. »

58. La charité permet chez les croyants le déploiement des dons du Saint-Esprit qui les conduisent à une compréhension supérieure des choses de la foi « en toute sagesse et intelligence spirituelle » (Col 1,9). En effet, les vertus théologales ne donnent leur pleine mesure dans la vie du croyant que pour autant que celui-ci se laisse conduire par le Saint-Esprit (cf. Rm 8,14). Les dons de l’Esprit sont précisément les dispositions intérieures gratuites et infuses qui servent de point d’appui à l’action de l’Esprit dans la vie du croyant. Par ces dons de l’Esprit, spécialement ceux d’intelligence et de science, les croyants sont rendus capables de comprendre intimement « les choses spirituelles qu’ils éprouvent » et de rejeter toute interprétation contraire à la foi.

59. Il y a en chaque croyant une interaction vitale entre le sensus fidei et la façon dont il vit la foi dans les divers contextes de sa vie personnelle. D’une part, le sensus fidei illumine et guide la façon dont le croyant met sa foi en pratique. De l’autre, du fait qu’il garde les commandements et qu’il met en pratique sa foi, le croyant acquiert une intelligence plus profonde de celle-ci : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu » (Jn 3,21). La mise en pratique de la foi dans la réalité concrète des situations existentielles dans lesquelles il se trouve placé par ses relations familiales, professionnelles et culturelles, enrichit l’expérience personnelle du croyant. Cela lui permet de voir avec plus d’acuité la valeur et les limites d’une doctrine donnée, et de proposer les voies d’une formulation plus adaptée. Voilà pourquoi ceux qui enseignent au nom de l’Église doivent prêter la plus grande attention à l’expérience des croyants, spécialement à celle des laïcs qui s’efforcent de mettre en pratique l’enseignement de l’Église dans les secteurs où ils jouissent d’une expérience et d’une compétence spécifique.
Le sensus fidei fidelis est un jugement de co-surnaturalité de l'intellect surélevé par la foi vivifiée par la charité à l'objet même de la foi. En d'autres termes, c'est une intelligence de la foi par mode illuminatif. Le sensus fidei fidelis est donc sinon assimilé du moins équiparé au jugement d'illumination mystique. La différence est qu'en le jugement qui procède d'une illumination mystique (comme espèce du genre illuminatif), celle-ci surajoute de nouvelles lumières infuses permettant de mieux cerner les vérités connues à la lumière de la foi. Dans le cas du sensus fidei fidelis, le surcroit de lumière résulte non de l'infusion de nouvelles lumières, mais d'un surcroit d'intensité de la lumière infuse de la foi à raison de l'embrasement plus intense du feu de la charité (le sensus fidelis relève donc du genre illuminatif sans s’assimiler à l’espèce illuminative précédemment décrite : c’est une autre espèce du genre). Il est nécessaire de distinguer spécifiquement ces deux modes illuminatifs d'intelligence de la foi, le premier pouvant être donné à celui dont la foi est informe ou formée, le second qu'à celui dont la foi est formée par la charité. Mais leur véritable différence est que même à être en état de grâce et charité, le récipiendaire du premier mode illuminatif reçoit l’infusion de nouvelles lumières lui donnant une meilleure intelligence de la foi, le second un surcroit d’intensité de la lumière de foi déjà infuse : « le sensus fidei fidelis se développe en proportion du développement de la vertu de foi » (CTI, 57) ; il « « découle de la foi et en constitue une propriété » (CTI, 49). Cet accroissement dans l'intelligence de la foi ne résulte donc pas du mode discursif propre à la théologie (scolastique) comme science, scientia fidei : « à la différence de la théologie, que l’on peut décrire comme une scientia fidei, le sensus fidei fidelis n’est pas une connaissance réflexive des mystères de la foi, qui mettrait en œuvre des concepts et qui utiliserait des procédures rationnelles pour atteindre ses conclusions. » (CTI, 54).

Cette incidence nécessaire de la charité dans le sensus fidei fidelis est affirmée aux numéros 48 et 50 du document. « Bien que la vision biblique de la foi soit plus large, la compréhension classique met en relief un aspect essentiel : l’adhésion de l’intellect, mû par l’amour, à la vérité révélée. » (CTI, 48). « Autrement dit, il s’agit d’une connaissance d’un autre ordre que la connaissance objective, laquelle procède par manière de conceptualisation et de raisonnement. C’est une connaissance par empathie, ou une connaissance du cœur. » (50). Il était normal que la CTI parle d'une connaissance par le cœur, puisqu'elle fait du sensus fidel fidelis une connaissance par co-[sur]naturalité, qui suppose l'expérience spirituelle des réalités surnaturelles ainsi surnaturellement jugées. En d’autres de ses autres affirmations, la CTI parle du sensus fidelis sans le référer explicitement à la charité, pour envisager le sensus fidei fidelis dans son rapport à la vertu de foi. Mais s'il est vrai que le sensus fidei fidelis « découle de la foi et en constitue une propriété » (CTI, 49) à raison de « la connaturalité [co-(sur)naturalité aurait été un terme plus exact] que la vertu de foi établit entre le sujet croyant et l’objet authentique de la foi » (CTI, 50), la situation est radicalement différente selon que la foi soit formée ou informe, c'est à dire vivifiée par la charité ou laissée à elle-même. Si la vertu de foi est le principe inchoactif du sensus fidei fidelis, la vertu de charité est, en tant que vivifiant celle de la foi, son principe terminatif ou complétif : sans la charité, le sensus fidei fidelis n'existe pas. Ce rôle essentiel de la charité dans la constitution du sensus fidei fidelis est explicitement affirmé par la CTI aux numéros 56-58. Relevons l'assertion principale : « Étant une propriété de la vertu théologale de foi, le sensus fidei fidelis se développe en proportion du développement de la vertu de foi. Plus la vertu de foi s’enracine dans le cœur et dans l’esprit des croyants et informe leur vie quotidienne, plus le sensus fidei fidelis se développe et se fortifie en eux. Or, puisque la foi, comprise comme une forme de connaissance, est fondée sur l’amour, la charité est requise pour l’animer et pour l’informer, afin d’en faire une foi vivante et vécue (fides formata). L’intensification de la foi chez le croyant dépend donc particulièrement de la croissance en lui de la charité, et le sensus fidei fidelis est pour cette raison proportionnel à la sainteté de sa vie. » (CTI, 57).


2. La connexion du sensus fidei fidelis au sensus fidei fidelium et à la scientia fidei.
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48. Ce deuxième chapitre se concentre sur la nature du sensus fidei fidelis. Le cadre utilisé est en particulier celui des arguments et des catégories que fournit la théologie classique afin de comprendre comment la foi est mise en œuvre chez le croyant pris comme individu. Bien que la vision biblique de la foi soit plus large, la compréhension classique met en relief un aspect essentiel : l’adhésion de l’intellect, mû par l’amour, à la vérité révélée. Cette conceptualisation de la foi est toujours utile de nos jours pour éclaircir la compréhension du sensus fidei fidelis. Dans ce cadre, le chapitre considère également certaines manifestations du sensus fidei fidelis dans la vie personnelle des croyants, étant clair que les aspects personnels et ecclésiaux du sensus fidei sont inséparables.

54. À la différence de la théologie, que l’on peut décrire comme une scientia fidei, le sensus fidei fidelis n’est pas une connaissance réflexive des mystères de la foi, qui mettrait en œuvre des concepts et qui utiliserait des procédures rationnelles pour atteindre ses conclusions. Comme l’indique son nom (sensus), il s’apparente plutôt à une réaction naturelle, immédiate et spontanée, comparable à un instinct vital ou à une sorte de « flair », par lequel le croyant adhère spontanément à ce qui est conforme à la vérité de la foi et évite ce qui s’y oppose.

55. Le sensus fidei fidelis est infaillible de lui-même en ce qui concerne son objet, la vraie foi. Cependant, dans l’univers mental concret du croyant, les justes intuitions du sensus fidei peuvent se trouver mélangées à diverses opinions purement humaines, ou même à des erreurs liées aux étroitesses d’un contexte culturel déterminé. « Si donc la foi théologale en tant que telle ne peut se tromper, le croyant peut par contre avoir des opinions erronées, car toutes ses pensées ne procèdent pas de la foi. Les idées qui circulent dans le Peuple de Dieu ne sont pas toutes en cohérence avec la foi. »
(1) Le rapport du sensus fidelis au sensus fidelium.

Si le sensus fidei fidelium est partagé par l'ensemble des fidèles, tous peuvent comprendre que le sensus fidei fidelis de la plupart des fidèles ne va pas aussi loin que le sensus fidei fidelis des plus éminents d’entre les saints pérégrinant ici-bas. Autrement dit, si le sensus fidei fidelis est « l’aptitude personnelle qu’a le croyant, au sein de la communion de l’Église, de discerner la vérité de la foi » sous l’influence vivifiante de la charité, cette aptitude est corrélative à son degré d'illumination mystique (en tant que le sensus fidelis est une des espèces de la connaissance par mode d’illumination). Si donc « les aspects personnels et ecclésiaux du sensus fidei sont inséparables » (CTI, 48), la faiblesse ou la force de la charité et conséquemment du sensus fidei fidelis de tel fidèle rejaillira sur son degré de participation au sensus fidei fidelium de toute l’Église.

(2) Le rapport du sensus fidei fidelis à la scientia fidei.

Mais le sensus fidei fidelis ne doit pas seulement être envisagé en lui-même, comme fruit de la charité, mais aussi en son rapport à la scientia fidei. Et sous ce rapport, le défaut de science théologique ne peut que risquer d’altérer profondément le sens de la foi du fidèle (sensus fidei fidelis).

C'est bien de la scientia fidei qu'il est question quand la CDF affirme que la vocation ecclésiale du théologien scolastique est d’œuvrer « par une réflexion toujours plus approfondie, guidée par l'Esprit Saint, sur le contenu de la foi elle-même… qui, d'une manière particulière, a pour fonction d'acquérir, en communion avec le Magistère, une intelligence toujours plus profonde de la Parole de Dieu contenue dans l'Écriture inspirée et transmise par la Tradition vivante de l'Église. De par sa nature, la foi tend à l'intelligence, car elle ouvre à l'homme la vérité concernant sa destinée et la voie pour l'atteindre. Même si la vérité révélée surpasse notre discours, et si nos concepts sont imparfaits face à sa grandeur à la fin du compte insondable, elle invite pourtant notre raison - don de Dieu pour percevoir la Vérité - à entrer en sa lumière et à devenir ainsi capable de comprendre dans une certaine mesure ce qu'elle croit. La science théologique, qui recherche l'intelligence de la foi en réponse à la voix de la Vérité qui appelle, aide le Peuple de Dieu, selon le commandement apostolique, à rendre compte de son espérance à ceux qui le demandent… La théologie, qui recherche la ‘‘raison de la foi’’ et offre cette raison comme une réponse à ceux qui cherchent, fait intégralement partie de l'obéissance à ce commandement, car les hommes ne peuvent devenir disciples si la Vérité contenue dans la parole de foi ne leur est pas présentée… Au cours des siècles, la théologie s'est progressivement constituée en un véritable savoir scientifique. Il est donc nécessaire que le théologien soit attentif aux exigences épistémologiques de sa discipline... » CDF, Instruction Donum Veritatis, extraits.

La question est maintenant celle du rapport du sensus fidelis à la scientia fidei. On l’a vu, « à la différence de la théologie, que l’on peut décrire comme une scientia fidei, le sensus fidei fidelis n’est pas une connaissance réflexive des mystères de la foi, qui mettrait en œuvre des concepts et qui utiliserait des procédures rationnelles pour atteindre ses conclusions. » (CTI, 54). Mais si le sensus fidelis est par mode illuminatif, à proportion de la sanctification du fidèle, la maitrise discursive lui sera sinon nécessaire du moins souhaitable, pour formuler en termes théologiquement exacts les impresses illuminatives que le Ciel lui octroie. Bref, sans aucunement nier le primat de la voie illuminative sur la voie discursive, l’incapacité discursive (par défaut de science théologique) est un obstacle à l’expression mystique des saints. Il ne s’agit évidemment pas de dire que les saints ne pourraient légitimement s’exprimer qu’à être des docteurs en théologie scolastique, mais seulement qu’à défaut d’être formés à la théologie scolastique, leurs discours risquent d’être contaminés d’erreurs. « Si donc la foi théologale en tant que telle ne peut se tromper, le croyant peut par contre avoir des opinions erronées, car toutes ses pensées ne procèdent pas de la foi. Les idées qui circulent dans le Peuple de Dieu ne sont pas toutes en cohérence avec la foi. » (CTI, 55). Aussi, « Il revient aux pasteurs de l’Église de promouvoir le sens de la foi chez tous les fidèles, d’examiner et de juger d’une manière autorisée l’authenticité de ses expressions » (CTI, 47).

Je suis contraint de passer par le détour de la scolastique pour vous expliquer les limites du sensus fidei fidelis et l’importance de sa connexion à la scientia fidei. Fixons d’abord la terminologie. Si le mot « espèce » peut signifier un prédicable constitué du genre prochain et de la différence spécifique (universel in mente ; par exemple « humanité » définie par le genre « animal » et la différence spécifique supposée « rationnel »), et corrélativement la réalité spécifique de l’individu (universel in re ; tel individu singulier est un homme, réalise en son individualité, par sa forme substantielle unie à la matière envisagée abstraction faite des caractères individuants propre à cet individu, l’humanité commune, raison pourquoi cet individu est dit être « homme »), le mot désigne encore, dans la psychologie réaliste de la connaissance, une représentation sensible ou intelligible du réel. Dans le processus intellectuel, l’intellect agent abstrait l’intelligible virtuellement présent dans les espèces sensibles, pour transmuter l’espèce intelligible ainsi abstraite en l’intellect patient. On parle alors d’espèce impresse, l’intellect agent imprimant l’espèce intelligible abstraite du sensible en l’intellect patient. Mais l’intellect patient informé par l’espèce impresse réagit vitalement pour produire une espèce expresse, une espèce exprimant intelligiblement l’espèce impresse. Dans l’illumination mystique, Dieu se substitue à l’intellect agent pour imprimer en l’intellect une espèce intelligible d’ordre surnaturel, et laisse l’intellect ainsi surélevé produire son expresse : la production de l’expresse est seulement l’œuvre de l’intellect créé (l’incidence de Dieu sur la production de l’expresse n’étant que celle du concours général de Dieu – c'est-à-dire celle relevant de la causalité universelle de Dieu sur tout ce qui est). Tout à l’inverse, dans l’inspiration (scripturaire), l’action surnaturelle se prolonge à la production de l’expresse, raison pour laquelle Dieu est littéralement l’Auteur de toute l’Écriture (en synergie aux différents écrivains sacrés). Et parce que l’illumination se termine aux impresses, l’Église a confié aux théologiens, notamment ceux de l’Inquisition, le soin de contrôler les expresses de ceux se prétendant mystiques, soit pour débusquer les faux-mystiques illusionnés par la puissance préternaturelle satanique, soit pour vérifier l’orthodoxie des assertions des véritables mystiques. En effet, l’illumination se terminant à l’impresse, l’expresse peut être erronée à raison des limitations de l’intellect produisant l’expresse. De même, le sensus fidei fidelis étant d’ordre illuminatif, l’intelligence surnaturelle de la foi qu’il procure ne dépasse pas de soi le cadre de l’espèce impresse surnaturelle. De sorte que même à être mû par la charité, l’intellect peut errer.

En définitive, si le sensus fidei fidelis réfère « à l’aptitude personnelle du croyant à effectuer un juste discernement en matière de foi » (CTI, 3), et si, parce qu'il est un jugement de co-surnaturalité, il participe de l’infaillibilité de la vertu théologale infuse de foi, le plus souvent cette participation n’est pas telle qu’elle communique l’infaillibilité de la foi au discours du fidèle. « Le sensus fidei fidelis est infaillible de lui-même en ce qui concerne son objet, la vraie foi. Cependant, dans l’univers mental concret du croyant, les justes intuitions du sensus fidei peuvent se trouver mélangées à diverses opinions purement humaines, ou même à des erreurs liées aux étroitesses d’un contexte culturel déterminé. Si donc la foi théologale en tant que telle ne peut se tromper, le croyant peut par contre avoir des opinions erronées, car toutes ses pensées ne procèdent pas de la foi. Les idées qui circulent dans le Peuple de Dieu ne sont pas toutes en cohérence avec la foi. » (CTI, 55).

Bref, alors même qu’ayant son principe dans la grâce de la foi et de la charité, le sensus fidei fidelis ne sera véritablement sensus fidei qu’à ce que ses expressions soient orthodoxes. De sorte que là où la scientia fidei fait défaut sans que l’Esprit y supplée (cf. infra), le sensus fidei fidelis s'exerçant en des jugements théorétiques sera rendu inopérant à raison des expresses erronées visant à l’exprimer. Bref, il ne suffit pas d’aimer Dieu pour que les délires doctrinaux de l'amant relèvent du sensus fidei fidelis. Certes, il n’est aucunement nécessairement besoin d’être théologien pour être orthodoxe. Certes encore, si la scientia fidei des théologiens s'enracine dans leur sensus fidei, le sensus fidei fidelis n'implique aucunement de soi, comme condition nécesaire à son existence, la scientia fidei. Mais il serait risqué de s’en passer. À n'avoir qu'une intelligence discursive de la foi des plus restreintes par défaut d'une formation théologique orthodoxe idoine, l’absence de scientia fidei fera obstacle à l’exercice du sensus fidei fidelis toutes les fois où l’Esprit ne viendra pas suppléer à l’absence de maitrise du discours théologique scolastique en les jugements théorétiques du fidèle. Et l’affaiblissement du sensus fidei fidelis par défaut de scientia fidei rejaillira inexorablement sur le degré de participation du fidèle au sensus fidei fidelium : « les aspects personnels et ecclésiaux du sensus fidei sont inséparables ». (CTI, 48).


3. L’infaillibilité du sensus fidei fidelis comme fruit du Saint-Esprit.

En définitive, l’infaillibilité en acte du sensus fidei fidelis relève moins des vertus surnaturelles de foi et de charité que des dons du Saint-Esprit.

(1) Le rapport des vertus théologales aux dons du Saint-Esprit.


La distinction des vertus théologales de foi et de charité d’avec les dons du Saint-esprit est bien expliquée par saint Thomas d’Aquin : « Donc, dans la mesure où le moteur est élevé, il est nécessaire que le mobile lui soit proportionné par une disposition plus parfaite ; ainsi voyons-nous que l'élève doit être préparé plus parfaitement pour recevoir de son maître un enseignement plus élevé. Or il est manifeste que les vertus humaines perfectionnent l'homme en tant qu'il est apte par nature à être mû par la raison dans ses actes intérieurs ou extérieurs. Il faut donc qu'il y ait en lui des perfections plus hautes qui le disposent à être mû par Dieu. Et ces perfections sont appelées des dons, non seulement parce qu'elles sont infusées par Dieu, mais parce que, grâce à elles, l'homme est disposé à subir promptement l'impulsion de l'inspiration divine. C'est ce qui est écrit en Isaïe (L, 5) : "Le Seigneur m'a ouvert l'oreille ; et moi je n'ai pas résisté, je ne me suis pas dérobé." Le Philosophe dit encore que les hommes mus par un instinct divin ne doivent pas délibérer selon la raison humaine, mais suivre leur instinct intérieur, parce qu'ils sont mus par un principe meilleur que la raison humaine. Et c'est ce que disent certains : les dons perfectionnent l'homme pour des actes plus élevés que les actes des vertus. » (ST, I-II, 68, 1, co). Mais comment les dons pourraient-ils être supérieurs à la charité ? Comme suit : « Les dons dépassent la perfection commune des vertus, non quant au genre d'œuvres, de la manière dont les conseils dépassent les préceptes, mais quant à la manière d'agir, selon qu'on est mû par un principe plus élevé. » (ST, I-II, 68, 2, ad.1). « Par les vertus théologales et morales l'homme n'est pas perfectionné à l'égard de la fin ultime à ce point qu'il n'ait pas toujours besoin d'être mû par une impulsion supérieure du Saint Esprit, pour la raison déjà dite. (ST, I-II, 68, 2, ad.2). Le primat reste pourtant à la charité : L’homme est uni à Dieu par la charité, donc « nous concédons qu'elle est supérieure aux dons » (ST, I-II, 68, 8, ad.1). Car les dons sont au service de la charité. « Comme on vient de le dire, les dons sont pour l'homme des perfections qui le disposent à bien suivre l'impulsion divine. » (ST, I-II, 68, 1, co). Les dons sont donnés pour que la volonté humaine coopérant aux motions de la grâce soit rendue si parfaitement soumise à ces motions par les dons du Saint-Esprit que l’homme puisse dire : « si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi » (Ga. II, 20).

Bref, les fruits du Saint-Esprit sont en conséquence de ses dons : « La fin de toute réalité, c'est son fruit. »
(ST, II-II, 8, 8, sc). « Comme il a été dit plus haut lorsqu'il s'est agi des fruits, on appelle fruits de l'Esprit certaines activités ultimes et délectables qui proviennent en nous de la vertu [= de la puissance opérative] de l'Esprit Saint. Or, l'ultime délectable a raison de fin, et la fin, c'est l'objet propre de la volonté. Voilà pourquoi il faut que ce qui est dernier et délectable dans l'ordre de la volonté soit en quelque sorte le fruit de toutes les autres activités qui se rattachent aux autres puissances. Ainsi, le don ou la vertu qui perfectionne une puissance peut donc offrir un double fruit : l'un se rattache à sa puissance propre ; mais il y en a un autre, quasi ultime, qui se rattache à la volonté. Selon cette distinction, il faut conclure qu'au don d'intelligence correspond, comme fruit propre, la foi, c'est-à-dire la certitude de foi ; mais, comme fruit ultime, à l'intelligence répond la joie, qui se rattache à la volonté. » (ST, II-II, 8, 8, co).

(2) Le sensus fidei fidelis est un fruit du Saint-Esprit.

« Saint Paul enseigne que ‘‘l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné’’ (Rm. V, 5). Il s’ensuit que le développement du sensus fidei dans l’esprit du croyant est particulièrement dû à l’action du Saint-Esprit. » (CTI, 57). « La charité permet chez les croyants le déploiement des dons du Saint-Esprit qui les conduisent à une compréhension supérieure des choses de la foi ‘‘en toute sagesse et intelligence spirituelle’’ (Col. I, 9). En effet, les vertus théologales ne donnent leur pleine mesure dans la vie du croyant que pour autant que celui-ci se laisse conduire par le Saint-Esprit (cf. Rm. VIII, 14). Les dons de l’Esprit sont précisément les dispositions intérieures gratuites et infuses qui servent de point d’appui à l’action de l’Esprit dans la vie du croyant. Par ces dons de l’Esprit, spécialement ceux d’intelligence et de science, les croyants sont rendus capables de comprendre intimement les choses spirituelles qu’ils éprouvent et de rejeter toute interprétation contraire à la foi. » (CTI, 58).

Bref, l’infaillibilité du sensus fidei fidelis, qui s’enracine dans les vertus théologales de foi et de charité, suppose que le fidèle soit si intensément surnaturalisé par les dons du Saint-Esprit que ses paroles soient préservées d’erreur, soit que Dieu les prononce par lui, soit du moins que Dieu les prémunise de toute erreur expressive. Mais de combien de fidèles ayant la foi et la charité pourrait-on dire sans exagération manifeste qu’ils sont tels la lyre ou la harpe de l’Esprit Saint ?

(3) Conclusion.

:!: Toutes les fois où l’Esprit ne viendra pas suppléer à l’absence de maitrise du discours théologique scolastique en conférant l’infaillibilité en acte du sensus fidei fidelis s'exerçant en des jugements théorétiques, il sera impossible de parler de sensus fidei fidelis, infaillible de sa nature-même puisque s’enracinant dans la vertu théologale infuse de foi et s’exerçant par la puissance de l’Esprit. Si donc « le sensus fidei fidelis est infaillible de lui-même en ce qui concerne son objet, la vraie foi » (CTI, 55), si un fidèle, quelque croyant et aimant qu’il soit, n’est pas si tellement perfectionné par les dons du Saint-Esprit, si totalement rendu docile à l’action de l’Esprit-Saint, que l’Esprit parle par lui, ne sera qu’illusion à réputer son discours relever du sens fidei fidelis.


Ainsi, que vous soyez de sensibilité traditionaliste, conservatrice, progressiste, néo-moderniste, vous inclurez assez spontanément dans le sensus fidei les doctrines de votre mouvance en excluant celles des mouvances antagonistes. Si des progressistes ou des néo-modernistes excipaient du sensus fidei pour réclamer l'ordination des femmes, affirmer la légitimité des moyens contraceptifs ou celle des unions homosexuelles, comment leur démontrer qu'ils se trompent ? Si, à leur affirmation que « le sensus fidei implique de dire ça », la seule réponse est de dire que « le sensus fidei implique de ne pas dire ça », on opposera seulement sa pétition de principe à la leur. Bref, si l’on souhaite ruiner leurs délires, il faudra argumenter rationnellement à partir du donné révélé et de ses explications magistérielles et théologiques, ce qui suppose un minimum de connaissances acquises (vs. infuses).

Ou encore, si contaminé par les fruits corrompus d'une certaine théologie contemporaine germano-ignatienne qui, par le travail de subversion de l'intelligence de la foi (= de la théologie comme science) qu'elle opère, aboutit à professer un monophysisme inversé en conséquence d'une prétendue kénose intra-divine, vous basculez vous-même dans la niaiserie doctrinale en professant des affirmations monstrueuses telles que l'humilité de Dieu en sa divinité, vous pourrez réputer autant que vous voudrez ce salmigondis doctrinal relever du sensus fidei, il n'en sera pourtant rien, malgré qu'il répande sa contamination en des pans entiers de l’Église.

Ou encore, si ne comprenant pas que la charité est essentiellement un amour pour le vrai Dieu de la foi théologale, vous excipez de ce que Dieu est amour pour nier cette Charité divine au principe des peines sempiternelles qu’elle inflige à ceux trouvés à leur mort en désamour de Dieu, ou si encore, intervertissant l’ordre de la charité, vous assimilez les actes de philanthropie naturelle à la charité surnaturelle pour le prochain, vous ne ferez que nier la charité sous couvert de la reconnaitre, quand bien même vous diriez cette confusion doctrinale relever du sensus fidei ou de l’esprit de finesse…

En définitive, si, quant au sensus fidei fidelium, « le peuple croyant considéré comme un tout ne saurait errer en matière de foi », puisqu'il engage « l’infaillibilité in credendo de l’Église tout entière, laïcs et clergé ensemble », n'en demeure pas moins que le tout est plus que la somme de ses parties, ce que rappelle opportunément le n. 47 précité du document de la CTI.
[+] Texte masqué

47. Depuis le concile, le magistère a réaffirmé plusieurs points clefs de l’enseignement du concile sur le sensus fidei. Il a également traité d’une question nouvelle, à savoir qu’il est important de ne pas présupposer que l’opinion publique, que ce soit dans l’Église ou en dehors, est nécessairement identique au sensus fidei (fidelium). Dans son exhortation apostolique post-synodale Familiaris consortio (1981), le pape Jean-Paul II a examiné quels sont les rapports que « le sens surnaturel de la foi » peut avoir avec le « consensus des fidèles » et une opinion majoritaire telle qu’elle est déterminée par des enquêtes sociologiques et statistiques. Le sensus fidei, écrit-il, « ne consiste pas seulement ou nécessairement dans le consensus des fidèles ». Il revient aux pasteurs de l’Église « de promouvoir le sens de la foi chez tous les fidèles, d’examiner et de juger d’une manière autorisée l’authenticité de ses expressions, et de former les fidèles à un discernement évangélique toujours plus réfléchi ».
:!: L’infaillibilitas in credendo par le sens surnaturel de la foi de tout le peuple en marche suppose précisément que les individus qui le composent restent fidèles au sensus fidei, pas qu’ils s’en séparent en des discours hétérodoxes captieusement travestis du voile de l’orthodoxie, en excipant d'un sensus fidei fidelis erroné pour attenter au sensus fidei fidelium dont ils se séparent.





II - L'USAGE BERGOGLIEN DU SENSUS FIDEI.

J'y reviendrais ultérieurement, en analysant la conception bergoglienne du sensus fidei fidelis dans sa connexion à sa conception du polyèdre eclésial, que le synode sur la synodalité a pour finalité de mettre en place.
« L’âme bavarde est vide intérieurement. Il n’y a en elle ni vertus fondamentales ni intimité avec Dieu. Il n’est donc pas question d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure Dieu. L’âme qui n’a jamais goûté la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet et elle trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui sont dans les gouffres de l’Enfer pour n’avoir pas gardé le silence. »
Gaudens
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Re: Le sensus fidei

Message non lu par Gaudens »

Bonjour Perlim Pimpum,
J’ai à peu près achevé la lecture de votre contribution. Non sans mal : soyons francs, votre langage si particulier,en tout cas si différent de la langue employée par la plupart d’entre nous,même sous une forme littéraire, risque de décourager bon nombre des lecteurs de ce forum et au-delà. Ne serait-ce que par l’emploi de mots rarissimes et très spécifiques, apparemment synonymes de mots plus courants,tels « équiparé à » pour « équivalent à « ou « théoritique » pour théorique,etc…
Evidemment,encore une fois,il faudrait savoir qui nous lit pour l’affirmer avec plus de certitude.Des clercs, théologiens ou canonistes,vous liront-ils ? Des professeurs de séminaire ,ce que vous êtes ou étiez peut-être vous même, pourraient certes se sentir à l’aise mais guère au-delà,je le crains. Pas le peuple chrétien qu’il s’agit pourtant de rendre vigilant à ce qui pourrait heurter aujourd'hui ou demain son sensus fidei, en tous cas.

J’aimerais donc me risquer (aiee !) à résumer votre démonstration comme suit dans la langue vulgaire :
Le sensus fidei serait l’intuition propre à chaque fidèle alors que le sensus fidei fidelium le dépasserait en quantité et en qualité,il serait plus solide * que le sensus fidei ,fragile par définition et risquant toujours de tomber dans le libre examen à la protestante. Il serait plus solide aussi car appuyé sur le sensus fidei fidelis,celui-ci bénéficiant de l’éclairage savant de théologiens et/ou du magistère. Vous nous diriez si c’est à peu près cela.A la réserve près d’ailleurs que ce sensus fidei fidelis continue à s’exprimer sous votre plume en termes pas nécessairement intellectuels ou scolastiques :
« Cet accroissement dans l'intelligence de la foi ne résulte donc pas du mode discursif propre à la théologie (scolastique) comme science, scientia fidei : « à la différence de la théologie, que l’on peut décrire comme une scientia fidei, le sensus fidei fidelis n’est pas une connaissance réflexive des mystères de la foi, qui mettrait en œuvre des concepts et qui utiliserait des procédures rationnelles pour atteindre ses conclusions. » (CTI, 54). »

* « En définitive, si, quant au sensus fidei fidelium, « le peuple croyant considéré comme un tout ne saurait errer en matière de foi », puisqu'il engage « l’infaillibilité in credendo de l’Église tout entière, laïcs et clergé ensemble », n'en demeure pas moins que le tout est plus que la somme de ses parties, ce que rappelle opportunément le n. 47 précité du document de la CTI. »

Ce raccourci une fois osé, j’ai noté certaines de vos indications qui me paraissaient particulièrement fortes voire éclairantes – ou discutables-.

« On le voit, exciper du sensus fidei peut être des plus problématiques toutes les fois où, alors même qu’il impose la docilité aux enseignements du magistère suprême simplement authentique, il impose encore de s’y soustraire. Comment donc savoir si la soustraction est réellement légitime car réellement fondée sur le sensus fidei plutôt que sur sa négation-même ? « La difficulté à discerner le sensus fidelium authentique dans des cas comme ceux que l’on vient de citer souligne la nécessité d’identifier quelles sont les dispositions requises pour participer de façon authentique au sensus fidei ; ces dispositions peuvent à leur tour servir de critères pour discerner le sensus fidei authentique. » (CTI, 73).
« Les dons de l’Esprit sont précisément les dispositions intérieures gratuites et infuses qui servent de point d’appui à l’action de l’Esprit dans la vie du croyant. Par ces dons de l’Esprit, spécialement ceux d’intelligence et de science, les croyants sont rendus capables de comprendre intimement les choses spirituelles qu’ils éprouvent et de rejeter toute interprétation contraire à la foi. » (CTI, 58). »

Ce paragraphe me semble justifier la perception que j’ai de ces dons , c a d que les fidèles peuvent et doivent les cultiver même sans accès à une théologie scolastique telle que vous la pratiquez (ou toute autre méthodologie théologique, d’ailleurs).Et elle aborde le point crucial de ,l’obéissance/non obéissance au magistère suprême (pour un catholique, le pape et quand il a lieu, le concile.

"La question cruciale est relative au sensus fidei fidelis. Que se passe-t'il si l'aptitude, autrement dit la capacité, la faculté de discerner les vérités de la foi, est mise en échec en tous les cas où, sous couvert de discerner la foi, le discernement aboutit à une négation de la foi ? La réponse suppose d’approfondir, par l’analyse théologique (sciencia fidei), ce qu’est le sensus fidei fidelis. »
Je dois dire que cette dernière phrase m’a fait penser à la démarche de notre ami Coco Lapin dont je me demande s’il ne suit pas involontairement ce parcours du discernement vers la négation (qu’il veuille bien me pardonner cette hypothèse).
En tous cas on dirait bien qu’un paragraphe de la CTI (ou de vous-même) dit que le recours à la science théologique est nécessaire pour aboutir au sensus fidelium et un autre qu’il ne le serait pas, remplacé par de mystérieuses dispositions,peut-être justement la charité comme vous l’évoquez, celle -ci commençant et prenant sa source dans l’amour pour Dieu.
Du reste,votre conclusion ci-dessous parait bien ne pas conclure justement puisque vous n’excluez pas que l’assistance de l’Esprit-Saint suffise tout en montrant le chemin de la science théologique « toutes les fois où « l’Esprit ne viendra pas y suppléer ».

"(3) Conclusion.

Toutes les fois où l’Esprit ne viendra pas suppléer à l’absence de maitrise du discours théologique scolastique en conférant l’infaillibilité en acte du sensus fidei fidelis s'exerçant en des jugements théorétiques, il sera impossible de parler de sensus fidei fidelis, infaillible de sa nature-même puisque s’enracinant dans la vertu théologale infuse de foi et s’exerçant par la puissance de l’Esprit. Si donc « le sensus fidei fidelis est infaillible de lui-même en ce qui concerne son objet, la vraie foi » (CTI, 55), si un fidèle, quelque croyant et aimant qu’il soit, n’est pas si tellement perfectionné par les dons du Saint-Esprit, si totalement rendu docile à l’action de l’Esprit-Saint, que l’Esprit parle par lui, ne sera qu’illusion à réputer son discours relever du sens fidei fidelis.


Reste,et je ne peux qu’être d’accord, que si les fidèles veulent défendre publiquement ce qu’est leur sensus fidei ,il leur faut des arguments et pas seulement une affirmation face à une autre affirmation.Il n’y a a sans doute pas d’hésitation à avoir là-dessus et nous devons essayer de développer notre discernement en ce domaine :

« Ainsi, que vous soyez de sensibilité traditionaliste, conservatrice, progressiste, néo-moderniste, vous inclurez assez spontanément dans le sensus fidei les doctrines de votre mouvance en excluant celles des mouvances antagonistes. Si des progressistes ou des néo-modernistes excipaient du sensus fidei pour réclamer l'ordination des femmes, affirmer la légitimité des moyens contraceptifs ou celle des unions homosexuelles, comment leur démontrer qu'ils se trompent ? Si, à leur affirmation que « le sensus fidei implique de dire ça », la seule réponse est de dire que « le sensus fidei implique de ne pas dire ça », on opposera seulement sa pétition de principe à la leur. Bref, si l’on souhaite ruiner leurs délires, il faudra argumenter rationnellement à partir du donné révélé et de ses explications magistérielles et théologiques, ce qui suppose un minimum de connaissances acquises (vs. infuses). «

Et enfin,j’apprécie ce que vous écrivez d’un « monophysisme inversé » qui nous menace car c’est bien cela :une divinité du Christ tellement absorbée, comme fondue, dans son humanité,qu’il n’en resterait au fond pas grand-chose.Du monophysisme inversé,tout à fait.

« Ou encore, si contaminé par les fruits corrompus d'une certaine théologie contemporaine germano-ignatienne qui, par le travail de subversion de l'intelligence de la foi (= de la théologie comme science) qu'elle opère, aboutit à professer un monophysisme inversé en conséquence d'une prétendue kénose intra-divine, vous basculez vous-même dans la niaiserie doctrinale en professant des affirmations monstrueuses telles que l'humilité de Dieu en sa divinité, vous pourrez réputer autant que vous voudrez ce salmigondis doctrinal relever du sensus fidei, il n'en sera pourtant rien, malgré qu'il répande sa contamination en des pans entiers de l’Église. »


La conclusion de tout cela me parait se trouver dans votre passage ci-dessous :
» L’infaillibilitas in credendo par le sens surnaturel de la foi de tout le peuple en marche suppose précisément que les individus qui le composent restent fidèles au sensus fidei, pas qu’ils s’en séparent en des discours hétérodoxes captieusement travestis du voile de l’orthodoxie, en excipant d'un sensus fidei fidelis erroné pour attenter au sensus fidei fidelium dont ils se séparent.



J’apprécie moins par contre, le paragraphe suivant qui se discute dans d’autres fils que celui-ci (je ne le ferai donc pas) :
« Ou encore, si ne comprenant pas que la charité est essentiellement un amour pour le vrai Dieu de la foi théologale, vous excipez de ce que Dieu est amour pour nier cette Charité divine au principe des peines sempiternelles qu’elle inflige à ceux trouvés à leur mort en désamour de Dieu, ou si encore, intervertissant l’ordre de la charité, vous assimilez les actes de philanthropie naturelle à la charité surnaturelle pour le prochain, vous ne ferez que nier la charité sous couvert de la reconnaitre, quand bien même vous diriez cette confusion doctrinale relever du sensus fidei ou de l’esprit de finesse…
«

Et pour le polyèdre,nous verrons bien ultérieurement,je suppose !
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Re: Le sensus fidei

Message non lu par Perlum Pimpum »

Bonsoir Gaudens,


1. Pour ce qui est des vocables.

Vous me reprochez d’user de verbes ou d’épithètes étrangers à votre lexique. Mais ces termes sont pour moi d’emploi courant. Je les exprime comme je les pense. De sorte qu’ici, me reprocher mon lexique, c’est me reprocher d’être moi-même ; c’est reprocher à l’autre son altérité. Quant aux vocables proprement théologiques, ils sont le fruit d’une culture théologique. Or remarquez la difficulté. Il faut certes rester audible, s’il s’agit de vulgariser. Mais s’il s’agit d’exposer précisément ce qu’est le sensus fidei, est nécessaire d’être précis. D’autant qu’il s’agissait d’un message introductif où les concepts devaient être posés avant d’aborder l’usage bergoglien du sensus fidei. Et soyons francs, loin d’être ésotérique, le message était compréhensible, même si sa longueur demandait un effort d’attention proportionnel à celui qu’il fallu pour l’écrire.

D’une façon générale, nous aurons à répondre de chaque parole sans fondement. S’il s’agit d’aborder des sujets théologiques, je m’impose d’être le plus précis possible ; du moins j’essaye, à la mesure de mes maigres capacités. M’est moralement impossible de les aborder dans l’imprécision des vocables. Ce serait mal parler de Dieu ou des choses de Dieu, à quoi la crainte filiale s’oppose. Ce serait encore risquer l’erreur induite par l’imprécision, la fausseté de son propre discours et la corruption de l’intelligence du prochain. En définitive, la précision scolastique est, du moins pour moi, une nécessité pour l’intelligence de la foi, une exigence morale devant Dieu qui soupèse chacune de nos paroles, et une charité de l’intelligence pour le prochain


2. Pour ce qui est de la distinction du sensus fidei fidelium et du sensus fidei fidelis.

Le sensus fidei fidelium est l’infaillibilité en acte de tout le peuple de Dieu. En d’autres termes, c’est une propriété de l’Église en tant qu’elle est le Corps Mystique du Christ. Mais aucun des membres composant ce Corps n’est l’ensemble du Corps. Le seul individu dont on puisse dire qu’il est le Corps, c’est le Christ, qui nous ente mystiquement sur Lui par sa grâce, pour faire de nous des membres de son Corps. De sorte que passant de l’infaillibilité en acte du Corps Mystique à celle de tel ou tel de ses membres, autrement dit passant du sensus fidei fidelium au sensus fidei fidelis, l’infaillibilité disparaît, sauf à ce que le membre y soit conduit par la puissance de l’Esprit. Le formel de la sainteté est dans l’amour pour Dieu, et le sensus fidei fidelis croît à proportion de la sainteté du fidèle. C’est pourquoi, au final, il est un fruit de l’Esprit : le croyant est infaillible quand l’Esprit parle par lui. Et parce que le sensus fidei fidelis est un sentire cum Ecclesia, il est soumis au discernement de l’Église, qui jugera de la personne à la sainteté de sa vie, et de son discours à sa conformité à la foi et à la science de la foi.

Mais la science théologique n’est aucunement requise comme condition d’existence ou d’exercice du sensus fidei fidelis. La science n’est requise que pour discerner si le sensus fidei a été authentiquement exercé, encore que ce discernement puisse aussi s’exercer par le sensus fidei véritablement authentique. Bref, le discernement des esprits peut se faire par l’Esprit ou par la raison théologique. Mais bien évidemment, il ne suffit pas de prétendre qu’on agit par l’Esprit pour être agit par l’Esprit. De sorte que toutes les fois où la raison théologique démontre la fausseté d’une position doctrinale, l’inauthenticité du sensus fidelis frauduleux est établie. La négation de l’ordre de la charité aboutissant à la négation de l’essence-même de la charité, je concluais en conséquence.


3. Pour le polyèdre, ça viendra. Là, j’ai un peu la flemme, mais ça va passer. :)


Cordialement.
« L’âme bavarde est vide intérieurement. Il n’y a en elle ni vertus fondamentales ni intimité avec Dieu. Il n’est donc pas question d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure Dieu. L’âme qui n’a jamais goûté la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet et elle trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui sont dans les gouffres de l’Enfer pour n’avoir pas gardé le silence. »
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Re: Le sensus fidei

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Magnifique, Perlim Piumpum.Je ne sais si c'est spontané ou le fruit d'un long travail hier mais votre post d'hier soir est exprimé dans un langage tout à fait clair et compréhensible pour chacun ! Et votre clarification me semble excellente.
Je suis désolé d'avoir eu l'air d'attaquer votre personnalité avec mes remarques mais vous conviendrez que la fonction première d'une langue est de communiquer avec les autres ,secondairement l'adéquation avec l'individualité de celui qui parle (sauf en littérature,sans doute).
Les temps troublés où nous sommes entrés méritent bien des efforts en ce sens pour que chaque personne puisse être consciente de ce genre d'enjeu.
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Re: Le sensus fidei

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Bonsoir Gaudens,

Dans le premier message, j’essayais d’être exhaustif.
Dans le second, je répondais aux points qui semblaient vous poser problème.
« L’âme bavarde est vide intérieurement. Il n’y a en elle ni vertus fondamentales ni intimité avec Dieu. Il n’est donc pas question d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure Dieu. L’âme qui n’a jamais goûté la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet et elle trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui sont dans les gouffres de l’Enfer pour n’avoir pas gardé le silence. »
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Re: Le sensus fidei

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Bonjour,
Perlum Pimpum a écrit : lun. 16 oct. 2023, 22:42Et parce que le sensus fidei fidelis est un sentire cum Ecclesia, il est soumis au discernement de l’Église, qui jugera de la personne à la sainteté de sa vie, et de son discours à sa conformité à la foi et à la science de la foi.
Il me semble qu'en ce sens, il n'y a pas de différence fondamentale avec la conception bergoglienne dès lors que sous couvert de synodalité incorrectement comprise, il est évident qu'au final, c'est le Souverain Pontife qui tranchera, et qu'il sera le seul responsable, le cas échéant, d'une erreur de discernement. Tout le reste n'est que de la communication. En témoigne suffisamment, à mon sens, la modification apportée par le Souverain Pontife aux règles applicables aux conclusions du Synode, que j'ai exposé ailleurs : ces conclusions n'acquièrent pas d'autorité magistérielle par elle-même mais uniquement à raison de leur assomption ou approbation par celui-ci.

En quelque sorte, le sensus fidei n'existe qu'en étant reconnu comme tel par les autorités légitimes de l'Eglise. Par conséquent, prétendre que le sensus fidei émergerait de la majorité d'une assemblée quelconque et qu'à cette cause, il devrait nécessairement être reconnu comme tel par ces autorités est un mensonge. Les autorités légitimes de l'Eglise, i.e. le Souverain Pontife en dernière instance, ne peut valablement se défausser de cette manière, même si les discours que l'ont entend depuis Rome semblent prétendre le contraire.

Qui aurait imaginé que l'on pourrait en venir à dire un jour de Rome ce que les Juifs disaient en leur temps de Bethléem ? :(

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Re: Le sensus fidei

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De Bethléem ou de Nazareth,Olivier JC ? "Quelque chose de bon peut-il venir de Nazareth? "
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Re: Le sensus fidei

Message non lu par Olivier JC »

Bonjour,
Gaudens a écrit : mer. 18 oct. 2023, 10:50 De Bethléem ou de Nazareth,Olivier JC ? "Quelque chose de bon peut-il venir de Nazareth? "
Décidément, je suis fâché avec mon clavier en ce moment :siffle: Il s'agit bien sûr de Nazareth...

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Re: Le sensus fidei

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Olivier JC a écrit : mer. 18 oct. 2023, 8:19 Il n'y a pas de différence fondamentale avec la conception bergoglienne dès lors que sous couvert de synodalité incorrectement comprise, il est évident qu'au final, c'est le Souverain Pontife qui tranchera, et qu'il sera le seul responsable, le cas échéant, d'une erreur de discernement. Tout le reste n'est que de la communication. En témoigne suffisamment, à mon sens, la modification apportée par le Souverain Pontife aux règles applicables aux conclusions du Synode, que j'ai exposé ailleurs : ces conclusions n'acquièrent pas d'autorité magistérielle par elle-même mais uniquement à raison de leur assomption ou approbation par celui-ci.

I - Le synode.

Le synode des évêques pour l’Église universelle été créé par Paul VI par le Motu Proprio Apostolica sollicitudo. C'est une assemblée non pas délibérative et normative (comme l'est un Concile Œcuménique) mais purement consultative.

C'est pourquoi, après mûre réflexion, en raison de Notre estime et de Notre respect pour tous les évêques catholiques, et pour qu'il leur soit donné de participer d'une façon plus manifeste et plus efficace à Notre sollicitude envers l'Église universelle, de Notre propre mouvement, et en vertu de Notre autorité apostolique, Nous érigeons et constituons en cette ville [...] ce Synode qui, comme toutes les institutions humaines, pourra être perfectionné par la suite, sera régi par les règles générales suivantes.

I - Le Synode d'évêques, où des évêques choisis dans les différents pays du monde apporteront une aide efficace au Pasteur suprême de l'Église, sera constitué de telle sorte qu'il soit: a) un organisme ecclésiastique central; b) représentatif de tout l'épiscopat catholique; c) d'un caractère perpétuel; d) d'une structure telle que sa fonction s'exercera d'une façon temporaire et occasionnelle.

II - De par sa nature même, le Synode des Évêques a pour mission d'informer et de conseiller. Il pourra également avoir pouvoir délibératif lorsque ce pouvoir lui sera donné par le Souverain Pontife, auquel il reviendra, dans ce cas, de ratifier la décision du Synode.


(1) Validité canonique du synode sur la synodalité.

Le Pape Bergoglio a modifié les règles de composition synodale, en invitant des laïcs à participer au synode sur la synodalité. Ce faisant, il n’a fait que modifier une « institution humaine » ayant pour finalité de permettre à certains, et d’abord ceux des évêques qui y sont nommés, « de participer d'une façon plus manifeste et plus efficace » à la sollicitude du Pape pour l’Église universelle, en permettant à des laïcs d’apporter eux aussi « une aide efficace au Pasteur suprême de l'Église » en exerçant la « mission d'informer et de conseiller » le Pape. On notera que cette mission synodale, dévolue à l’ensemble des membres du synode, est de soi consultative, quoiqu’elle puisse devenir délibérative et normative « lorsque ce pouvoir lui sera donné par le Souverain Pontife ».

Mais qu’il s'agisse d'un synode consultatif ou d’un synode délibératif et normatif, l'absence de juridiction épiscopale des participants au synode est-elle problématique ? De jure, non.

Tout d'abord, malgré qu'un Concile Œcuménique soit l'assemblée solennelle des évêques du monde entier, il n'est point besoin à l’œcuménicité d’un Concile que tous les évêques catholiques y participent, suffisant que ceux y participant soient en union au Pape le réunissant ou le confirmant comme œcuménique. Ensuite, n'est pas besoin que seuls des évêques y participent, suffisant que des évêques y participent. « Aujourd'hui, par privilège et en vertu de la coutume, sont également convoqués et ont droit de vote : 1. les cardinaux, ne fussent-ils que prêtres ou diacres ; 2. les abbés et autres prélats réguliers ayant juridiction quasi-épiscopale avec territoire séparé ; 3. les abbés généraux de monastères groupés en congrégation et les supérieurs généraux d'ordres [religieux]. » (DTC, Conciles, col. 642).

On le voit, le fait que des non-évêques puissent avoir le droit de vote dans un Concile Œcuménique, comme par exemple lors du Concile de Trente, n'est pas de soi problématique, ce malgré qu’ils ne soient pas sujets de la succession apostolique ni donc titulaires de la juridiction épiscopale (qui confère à ses titulaires le pouvoir d’enseigner comme Pasteurs de l’Église). Car d’une, ils reçoivent du Pape une juridiction déléguée, un peu à la manière des Congrégations romaines, mais pour le seul temps du Concile auquel ils sont appelés à délibérer. De deux, puisqu’ils ne sont pas évêques, s’ils n’exercent pas l’infaillibilité en tant que successeurs des Apôtres unis au successeur de saint Pierre, nonobstant, en tant qu’ils sont unis au pape et aux évêques, ils co-exercent l’infaillibilité in credendo de l’ensemble de l’Église par leur union au magistère infaillible de l’Église enseignante s’exerçant par mode de définitions solennelles en les Conciles auxquels le Pape, titulaire de la plénitude de juridiction directe et immédiate sur l’ensemble de l’Église, les a invités à participer en leur conférant la juridiction nécessaire à cette fin.

De simples laïcs pourraient donc aussi participer avec voie dêlibérative à un Concile Œcuménique. Et donc, a fortiori, à une simple assemblée synodale consultative. François n’a donc aucunement attenté à la divine constitution de l’Église.


(2) Valeur doctrinale des futurs avis du synode sur la synodalité.

On regrettera certes que la science théologique (scientia fidei) ou la profondeur spirituelle (sensus fidei fidelis) de ces laïcs ne soit pas aussi certaine que le seraient celles des abbés généraux des congrégations monastiques et des supérieurs généraux d’ordres religieux. Est-ce inquiétant ? Pas vraiment. Pourquoi ? Parce que, de fait, les participants au synode sur la synodalité n’ont qu’un rôle consultatif. Ce synode n’ayant aucun pouvoir délibératif, ses conclusions ne relèveront aucunement du magistère enseignant, sauf à ce que le Souverain Pontife les fasse siennes en les approuvant en forme spécifique, pour en faire un enseignement pontifical faillible. Mais normalement les choses se passeront autrement. Une fois que la Relatio du Synode aura été faite (en amont de l’intervention pontificale), viendra le temps d’une Exhortation post-synodale pontificale. C’est elle qu’il faudra scruter, car c’est en elle que se trouvera l’enseignement magistériel faillible de François.

Alors pourquoi avoir choisi de faire précéder cette Exhortation d’un long et inédit et incongru chemin synodal qui ne se terminera que l’année prochaine ? Pourquoi n’avoir pas d’emblée choisi d’intervenir par une Lettre Encyclique ?


(3) Quelle est l’utilité réelle du synode sur la synodalité ?

1) Réponse officielle.

Le synode sur la synodalité étant purement consultatif, la réponse officielle sera de dire que le Pape a voulu écouter ce que pense la base de l’Église, en application de sa « théologie du Peuple » (cf. infra, message suivant).

Mais les participants au synode ont été soigneusement choisis, et personne ne peut dire qu’ils représenteraient fidèlement l’ensemble des sensibilités catholiques au prorata de ce qu’elles sont chacune. Ensuite, malgré l’incessante évocation de l’Esprit, est strictement impossible que ses conclusions soient assurément celles de l’Esprit. Car d’une, ses conclusions ne seront pas normatives. N’est donc aucune garantie qu’elles ne s’écarteront pas de la foi (il leur faudrait être des définitions solennelles d’un Concile Œcuménique, posées dans le cadre d’un synode normatif confirmé par le Pape). N’est donc aucune garantie qu’elles relèvent du sensus fidei fidelium. De deux, n’est aucune garantie que le sensus fidei fidelis de chaque participant soit tel que l’Esprit parle par lui (on peut légitimement présumer du contraire). Et donc…

Nous sommes donc confrontés à un bidouillage sui generis, que la novlangue ecclésiastique * du « dialogue loyal » et du « voyage ensemble » entre participants potentiellement hérétiques assimilera idéologiquement à un lieu théologique de l’action de l’Esprit-Saint, en excipant frauduleusement de Mt. XVIII, 20, comme s’il suffisait que le Christ soit au milieu de nous (par la foi et la charité) pour que nous soyons tels des organes du Saint-Esprit (par les dons et les fruits du Saint-Esprit). S’il suffisait de rencontrer simultanément deux trois pieuses paroissiennes pour être élevé aux plus hautes demeures mystique, ça se saurait…
[+] Texte masqué

* NOVLANGUE.

Quant au syndode sur la synodalité, le seul critère requis est le sensus fidei fidelis présumé de ceux soigneusement choisis pour participer au synode. Il s'agit de se laisser l'Esprit parler, et de se mettre dans les dispositions pour l'entendre. Comment ? Le cardinal Mario Grech, secrétaire général du synode sur la synodalité, a expliqué à la Vie, en un entretien du 7 septembre 2021 publié le 12, ce que sera l’esprit du synode : « La synodalité veut dire que l’on marche ensemble en partageant les poids, les doutes et les peurs de chacun ». « Nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur les mots, nous avons juste besoin de nous rencontrer… Le chemin synodal doit être une expérience vécue, plus qu’un concept ou une idée. C’est faire le voyage ensemble », « dialogue pour partager ce que l’on ressent de l’Esprit-Saint en soi, ce que l’on entend que l’Esprit-Saint dit en nous », « par ce discernement commun, un nouveau sens de la foi peut être découvert, au-delà des perspectives des individus impliqués ».

Bienvenus chez les fous…
En conclusion, le problème n'est pas dans le fait que de simples laïcs puissent participer à un synode consultatif ou délibératif. Le problème est celui de leur compétence théologique et/ou de leur profondeur spirituelle, suspecte. De ce point de vue, le synode sur la synodalité n’a aucun intérêt. Et donc, puisque ce qui comptera sera l’Exhortation post-synodale, pourquoi avoir choisi un tel format synodal, assurement inédit ?

(2) Réponse dissidente

Les détracteurs du synode sur la synodalité diront que les participants au synode ayant été soigneusement choisis, ils l’ont été comme instruments d’un battage médiatique préparatoire à des innovations doctrinales. Mais tant que l’Exhortation post-synodale n’aura pas été donnée, cette affirmation relève du procès d’intention.

Que certains aient des craintes à raison du désagrément que leur causèrent les précédents enseignements de François, qu’ils craignent que François cherche à manœuvrer pour tenter de légitimer des vues hétérodoxes, qu’ils se préparent conséquemment à la confrontation, ne doit pas leur masquer qu’ils ne peuvent présumer du contenu de la future Exhortation post-synodale. Qu’ils soient vigilants et manifestent leurs inquiétudes, soit ; qu’ils préjugent indûment, non.


II - Le polyèdre ecclésial.

Ce qui a été démontré quant à la validité canonique du synode sur la synodalité permet de comprendre que les contours du « polyèdre ecclésial » ne sont pas de soi en opposition à la structure essentiellement pyramidale de l’Église enseignante. Mais ils poseront de graves problèmes si le Pape conférait aux laïcs des assemblées diocésaines ou paroissiales une juridiction concurrentielle à celle des évêques.

J’y reviendrais en traitant de la « théologie du Peuple » chère à François.
« L’âme bavarde est vide intérieurement. Il n’y a en elle ni vertus fondamentales ni intimité avec Dieu. Il n’est donc pas question d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure Dieu. L’âme qui n’a jamais goûté la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet et elle trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui sont dans les gouffres de l’Enfer pour n’avoir pas gardé le silence. »
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Re: Le sensus fidei

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Salut Perlum Pimpum,

si vous relisez bien le motu proprio que vous citez, chapitre II, alors vous verrez que le Pape pourra donner un pouvoir délibératif aux Evêques du Synode, et dans ce cas le Pape devra ratifier la décision du Synode pour valider tout ça, ou pas.
Donc ce synode n'est pas "purement" consultatif... cf. chapitre II.

PS: bon courage pour aborder la " théologie du peuple "...
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Re: Le sensus fidei

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Bonsoir Léon,

Ce synode est purement consultatif, précisément parce que le Pape ne lui a pas conféré le pouvoir délibératif.
« L’âme bavarde est vide intérieurement. Il n’y a en elle ni vertus fondamentales ni intimité avec Dieu. Il n’est donc pas question d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure Dieu. L’âme qui n’a jamais goûté la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet et elle trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui sont dans les gouffres de l’Enfer pour n’avoir pas gardé le silence. »
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Re: Le sensus fidei

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Bonjour Perlim Pimpum,

Votre contribution montre bien que les deux sujets du synode en cours et du sensus fidelium sont très imbriqués.Derrière cela encore, on trouve la notion de « réception « dans l’Eglise des conclusions d’un Concile et/ou d’un synode, une question qui a quasiment empoisonné la vie ecclésiale catholique depuis cinquante ans…

Cela dit, tout simple laic dénué de sciencia fidei que je sois,je ne peux que réfuter plusieurs de vos affirmations.

Vous commencez par poser le problème comme suit :
« Le Pape Bergoglio a modifié les règles de composition synodale, en invitant des laïcs à participer au synode sur la synodalité. Ce faisant, il n’a fait que modifier une « institution humaine » ayant pour finalité de permettre à certains, et d’abord ceux des évêques qui y sont nommés, « de participer d'une façon plus manifeste et plus efficace » à la sollicitude du Pape pour l’Église universelle, en permettant à des laïcs d’apporter eux aussi « une aide efficace au Pasteur suprême de l'Église » en exerçant la « mission d'informer et de conseiller » le Pape. On notera que cette mission synodale, dévolue à l’ensemble des membres du synode, est de soi consultative, quoiqu’elle puisse devenir délibérative et normative « lorsque ce pouvoir lui sera donné par le Souverain Pontife ».

Ainsi pour vous,un synode n’est qu’une institution humaine,créée à volonté par le pape dans un but utilitaire et fonctionnel .Vous faites comme si cette « institution humaine » avait été inventée ( et non redécouverte) il y a cinquante ans et serait du même ordre qu’une Congrégation,un conseil ou un dicastère romains. Eh bien non,les synodes sont une institution antique dans l’Eglise qui a subsisté jusqu’à la fin du Moyen Age (et au-delà pour les synodes diocésains),une institution que les Orientaux ont soigneusement conservée jusqu’à aujourd’hui comme un prolongement de l’institution conciliaire elle-même .Du reste synodos en grec et concilium en latin ne signifient-ils pas exactement la même chose ?
Sur le caractèrec consultatif opposé au caractère délibératif, on notera que les synodes de l’Eglise indivise du premier millénaire étaient plutôt voire totalement délibératifs :ils le sont toujours dans l’Eglise orthodoxe (voir le rappel du Métropolite Job que je notais dans le fil consacré au synode)..

Vous continuez par :
« Ensuite, n'est pas besoin que seuls des évêques y (=au Concile œcuménique) participent, suffisant que des évêques y participent. « Aujourd'hui, par privilège et en vertu de la coutume, sont également convoqués et ont droit de vote : 1. les cardinaux, ne fussent-ils que prêtres ou diacres ; 2. les abbés et autres prélats réguliers ayant juridiction quasi-épiscopale avec territoire séparé ; 3. les abbés généraux de monastères groupés en congrégation et les supérieurs généraux d'ordres [religieux]. » (DTC, Conciles, col. 642) ….
On le voit, le fait que des non-évêques puissent avoir le droit de vote dans un Concile Œcuménique, comme par exemple lors du Concile de Trente, n'est pas de soi problématique, ce malgré qu’ils ne soient pas sujets de la succession apostolique ni donc titulaires de la juridiction épiscopale (qui confère à ses titulaires le pouvoir d’enseigner comme Pasteurs de l’Église Pape une juridiction déléguée, un peu à manière des Congrégations romaines, mais pour le seul temps du Concile auquel ils sont appelés à délibérer. »

« De simples laïcs pourraient donc aussi participer avec voie dêlibérative à un Concile Œcuménique. Et donc, a fortiori, à une simple assemblée synodale consultative. François n’a donc aucunement attenté à la divine constitution de l’Église. »


Sur ce point, je diverge également d’avec vous : le Concile oecuménique donne un droit de vote exclusivement aux évêques,territoriaux ou pas, c’est-à-dire ceux qui ont reçu la consécration épiscopale et sont collégialement successeurs des Apôtres.Les cardinaux dits « prêtres ou diacres » sont tous en fait évêques . Dans les cas rarissimes (Danielou, de Lubac,etc…) de nouveaux cardinaux non évêques on donne immédiatement la consécration épiscopale aux nouveaux cardinaux. Les abbés généraux d'ordre monastiques étaient assimilés aux évêques.Seule exception rarissime des conciles d'autrefois: la présence de délégués des grandes Universités ,type Sorbonne ou Bologne mais avaient-ils droit de vote ? Le présent « synode » dont entre un quart ou un tiers des membres votants ne sont pas évêques, constitue donc une novation totale par rapport à la tradition de l’Eglise tant orthodoxe que catholique. Il ressemble ainsi davantage aux « synodes » des communautés protestantes.La présence de non - évêques n’étant pas choquante en soi mais bien leur droit d’opiner à l’égal des évêques.
Mais j’ai l’impression que votre propos est de rabaisser aussi les Conciles œcuméniques au rang d’institutions humaines « à la manière des Congrégations romaines », ce qui est encore plus contraire à la Tradition de l’Eglise,ramenée à une organisation bureaucratique qu’on pourrait bien appeler papiste plus que catholique.L’Eglise n’est pas née au Concile de Trente et encore moins en 1871, pas plus qu'elle n'est née en 1965 .

Enfin votre conclusion est probablement imprudente :
« Une fois que la Relatio du Synode aura été faite (en amont de l’intervention pontificale), viendra le temps d’une Exhortation post-synodale pontificale. C’est elle qu’il faudra scruter, car c’est en elle que se trouvera l’enseignement magistériel faillible de François. »

Léon vous a bien fait remarquer qu’il n’était pas exclu que le pape , a priori ou a posteriori, décide de lui attribuer une valeur liante, en se passant de toute exhortation apostolique postérieure, habituelle en ce cas.Le motu proprio auquel Léon se référait n’a pas été écrit par hasard.

Le seul, point où je vous rejoins est ce qui concerne la « novlangue ecclésiastique,etc….) qui en fait recouvre probablement des techniques de manipulation psycho-sociale que l’Instrumentum laboris avoue d’ailleurs franchement(voir le fil dédié au synode) .
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Re: Le sensus fidei

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Bonjour Gaudens,

tout simple laic dénué de sciencia fidei que je sois,je ne peux que réfuter plusieurs de vos affirmations.
Le défaut de culture théologique est précisément ce qui rend votre intervention très problématique. Vos propos attestent d’une ignorance manifeste de la doctrine catholique.

Le désagrément où je suis d’avoir à vous répondre longuement pour vous manifester vos erreurs est assurément compensé par la satisfaction de pouvoir offrir un substantiel exposé de la doctrine catholique à ceux qui feront l’effort de nous lire. Ainsi, malgré qu’il me faille perdre du temps pour réfuter vos erreurs, m’est loisible d’espérer que ce temps ne sera pas perdu, mais servira à l’édification de ceux avides de s’instruire ; et conséquemment à la rémission de mes fautes, car « l’aumône sauve de la mort et purifie de tout péché » (Tb. XII, 9). Pour ceci, soyez remercié.

Enfin, m’ayant précédemment signifié le déplaisir que vous causait ma signature, j’y substitue la nouvelle, en l’espérant plus à votre goût.

Ainsi pour vous,un synode n’est qu’une institution humaine,créée à volonté par le pape dans un but utilitaire et fonctionnel
C’est exactement ce qu’est le synode permanent des évêques, aux termes-mêmes du motu proprio de Paul VI, par lequel cette institution humaine a été créé : « C'est pourquoi, après mûre réflexion, en raison de Notre estime et de Notre respect pour tous les évêques catholiques, et pour qu'il leur soit donné de participer d'une façon plus manifeste et plus efficace à Notre sollicitude envers l'Église universelle, de Notre propre mouvement, et en vertu de Notre autorité apostolique, Nous érigeons et constituons en cette ville [...] ce Synode qui, comme toutes les institutions humaines, pourra être perfectionné par la suite, sera régi par les règles générales suivantes. »

Et remarquez bien ce qu’est ce synode : un simple conseil pontifical, encore que le Pape puisse ponctuellement lui conférer le pouvoir délibératif : « I - Le Synode d'évêques, où des évêques choisis dans les différents pays du monde apporteront une aide efficace au Pasteur suprême de l'Église, sera constitué de telle sorte qu'il soit : a) un organisme ecclésiastique central ; b) représentatif de tout l'épiscopat catholique ; c) d'un caractère perpétuel ; d) d'une structure telle que sa fonction s'exercera d'une façon temporaire et occasionnelle. II - De par sa nature même, le Synode des Évêques a pour mission d'informer et de conseiller. Il pourra également avoir pouvoir délibératif lorsque ce pouvoir lui sera donné par le Souverain Pontife, auquel il reviendra, dans ce cas, de ratifier la décision du Synode. »

En d’autres termes, qu’il soit consultatif ou qu’il soit rendu délibératif-normatif par la volonté du Pape, le « synode permanent », c'est-à-dire « perpétuel » quoique s'exerçant « d'une façon temporaire et occasionnelle », est d’institution humaine.

.Vous faites comme si cette « institution humaine » avait été inventée ( et non redécouverte) il y a cinquante ans et serait du même ordre qu’une Congrégation,un conseil ou un dicastère romains. Eh bien non,les synodes sont une institution antique dans l’Eglise qui a subsisté jusqu’à la fin du Moyen Age (et au-delà pour les synodes diocésains),une institution que les Orientaux ont soigneusement conservée jusqu’à aujourd’hui comme un prolongement de l’institution conciliaire elle-même
D’une, et pour mémoire, les synodes diocésains sont consultatifs.

De deux, l’institution du synode permanent a été inventée par Paul VI. Les synodes précédents n’étaient pas permanents.

De trois, toute antique que soit l’institution synodale, c’est une institution humaine : l’institution conciliaire est de droit ecclésiastique, non de droit divin.

  • Les conciles œcuméniques sont donc eux-mêmes d’institution humaine.

    « Il n’y a rien d’étonnant, ni surtout rien de troublant à cela. Les conciles, en effet ne font pas partie de la structure essentielle de l’Église, comme par ex. les sacrements ou la primauté de Pierre. Ils sont d’institution ecclésiastique, tout au plus d’institution apostolique, et relèvent du pouvoir canonique de l’Église, non strictement du droit divin. » (Catholicisme, Concile, col. 1439-1440).

    « Nul concile n’est ni ne peut être nécessaire à l’Église d’une nécessité absolue, d’une nécessité pure et simple. L’enseignement et le gouvernement, ces deux grandes fonctions confiées par Jésus-Christ à ses apôtres et à leurs successeurs jusqu’à la fin des siècles, s’accompliront habituellement par le pape et les évêques résidant chacun en son propre siège : c’est ce que l’on nomme l’Église enseignante dispersée, le magistère ecclésiastique dispersé. Cette forme d’enseignement et d’administration est en soi la plus naturelle, puisqu’elle laisse chaque pasteur au milieu de son troupeau. Elle suffit, rigoureusement parlant, à tous les besoins de l’Église enseignante ; car, soit séparé, soit réuni, le corps épiscopal est investi de la même plénitude de pouvoir et de la même infaillibilité doctrinale, qui se retrouvent d’ailleurs identiques dans son chef pris à part. Ces considérations valent pour tous les conciles en général, elles valent en particulier pour les conciles œcuméniques. L’Église possède, dans la primauté du pontife romain, l’organe à la fois ordinaire et essentiel de l’autorité suprême, et cet organe a par lui-même puissance et grâce pour décider toutes les questions, pour porter des lois universelles, pour parer à toutes les difficultés… Les conciles œcuméniques, et à plus forte raison les conciles particuliers, ne doivent donc pas être considérés comme un élément constitutif ordinaire de l’organisme surnaturel de l’Église. Ce n’est pas sur les bases d’un régime parlementaire qu’elle a été fondée… elle est essentiellement monarchique… Il est vrai que des théologiens et des canonistes, catholiques admettent une institution divine des conciles œcuméniques… Mais qu’on se garde de prendre cette assertion en un sens différent de celui que ces auteurs ont en vue. D’après leurs explications, elle ne veut dire autre chose sinon que le corps épiscopal avec et sous le pontife romain est la continuation du collège apostolique ayant Pierre à sa tête, et que le concile œcuménique est une expression parfaite, la plus éclatante, du corps épiscopal. Rien ne prouve d’ailleurs que le corps épiscopal, pas plus que le collège apostolique, ait reçu, pour n’importe quelles époques, la consigne [divine] de n’agir qu’en se réunissant et en associant ses membres dans une opération visiblement commune. » (Dictionnaire apologétique de la foi catholique, Conciles, col. 607-608).

    « C’est au pape à l’exclusion de toute autre autorité qu’appartient proprement et en soi le droit de convoquer un concile œcuménique. Il s’agit d’une assemblée essentiellement ecclésiastique par ses membres et par son objet, dont les délibérations et les décisions… sont d’ordre strictement religieux. Seule l’Église à compétence pour dé idée et exécuter une entreprise de ce genre ; seul dans l’Église le successeur de Pierre, le pasteur des pasteurs, a, de par Dieu, qualité et puissance… pour pour obliger les évêques du monde entier à se réunir en un lieu et un temps déterminés… Là, chaque évêque concourt à un acte collectif d’autorité universelle… non plus pour ses diocésains seulement mais pour l’Église entière ; l’exercice de sa juridiction se trouve étendu à toute la catholicité. D’où peut lui venir cette compétence sans limite locale ? Elle ne lui appartient pas en vertu de sa consécration, il ne la détient pas par le droit divin ; de droit divin, il n’est pasteur que d’un unique diocèse… Celui-là seul qui possède en propre semblable autorité peut y faire participer ses frères dans l’épiscopat. Et qu’on le remarque bien, cette conclusion est indépendante de toute théorie spéciale sur la genèse de la juridiction épiscopale ordinaire. Que celle-ci descende directement de Dieu sur ses détenteurs ou qu’elle leur soit transmise par l’intermédiaire du souverain pontife, toujours est-il certain qu’elle demeure restreinte à un diocèse particulier ; pour qu’elle puisse atteindre l’Église du Christ dans son universalité, l’intervention du successeur de Pierre est indispensable. » (Dictionnaire de théologie catholique, col. 643-644).

    « Les conciles œcuméniques ne sont pas nécessaires à l’Église, j’entends d’une nécessité absolue, d’une nécessité pure et simple. La raison théologique, comme l’histoire, nous le dit. L’Église possède dans la primauté du pontife romain l’organe à la fois ordinaire et essentiel de l’autorité suprême… D’autre part, il est évident que des assemblées universelles du corps épiscopal sont souvent fort utiles, que même, dans certaines conjonctures, elles deviendront indispensables pour assurer efficacement la répression des erreurs ou des abus, le triomphe du droit et de la vérité… Dans ce sens, on doit dire que les conciles œcuméniques peuvent être nécessaires d’une nécessité relative, d’une nécessité non pas fondée immédiatement sur la constitution organique de l’Église, mais résultant de l’obligation qui s’impose à l’Église elle-même, qui s’impose donc aussi aux papes, de tendre dans chaque cas à la sauvegarde de la vérité et à la réalisation du bien par la meilleure voie possible. » (Dictionnaire de théologie catholique, col. 669-670).
De quatre, même à supposer faussement que les conciles œcuméniques seraient d’institution divine, n’en demeurera pas moins que, comme pour les sacrements, l’Église pourra y rajouter des dispositions de droit ecclésiastique. Ainsi quant au sacrement de l’Autel, l’Église a, par ses prescriptions, ajouté au canon de la messe les rites liturgiques qui l’enchassent. De même encore, quant au sacrement du mariage, l’Église a ajouté aux prescriptions de droit divin des prescriptions de droit ecclésiastique. De même donc, en la fausse hypothèse du droit divin des conciles œcuméniques, l’Église, par le pape titulaire de la plénitude de juridiction sur l’Êglise entière, sera légitime à légiférer relativement à leur composition, pour conférer à de non-évêques la juridiction en conséquence de laquelle ils auront voix délibérative… Bref, outre que fausse, votre remarque était hors-sujet.

On le voit, le fait que des non-évêques puissent avoir le droit de vote dans un Concile Œcuménique, comme par exemple lors du Concile de Trente, n'est pas de soi problématique, ce malgré qu’ils ne soient pas sujets de la succession apostolique ni donc titulaires de la juridiction épiscopale (qui confère à ses titulaires le pouvoir d’enseigner comme Pasteurs de l’Église Pape une juridiction déléguée, un peu à manière des Congrégations romaines, mais pour le seul temps du Concile auquel ils sont appelés à délibérer. »

De simples laïcs pourraient donc aussi participer avec voie dêlibérative à un Concile Œcuménique. Et donc, a fortiori, à une simple assemblée synodale consultative. François n’a donc aucunement attenté à la divine constitution de l’Église. »
Sur ce point, je diverge également d’avec vous : le Concile oecuménique donne un droit de vote exclusivement aux évêques,territoriaux ou pas, c’est-à-dire ceux qui ont reçu la consécration épiscopale et sont collégialement successeurs des Apôtres.Les cardinaux dits « prêtres ou diacres » sont tous en fait évêques . Dans les cas rarissimes (Danielou, de Lubac,etc…) de nouveaux cardinaux non évêques on donne immédiatement la consécration épiscopale aux nouveaux cardinaux. Les abbés généraux d'ordre monastiques étaient assimilés aux évêques.Seule exception rarissime des conciles d'autrefois: la présence de délégués des grandes Universités ,type Sorbonne ou Bologne mais avaient-ils droit de vote ? Le présent « synode » dont entre un quart ou un tiers des membres votants ne sont pas évêques, constitue donc une novation totale par rapport à la tradition de l’Eglise tant orthodoxe que catholique. Il ressemble ainsi davantage aux « synodes » des communautés protestantes.La présence de non - évêques n’étant pas choquante en soi mais bien leur droit d’opiner à l’égal des évêques.
D’une, votre propos méconnaît le droit de l’Église.

  • CIC 1917, canon 223 :
    §1. Sont appelés au Concile et y ont voix délibérative :
    1° Les cardinaux, même non évêques
    2° Les patriarches, les primats, les archevêques, les évêques résidentiels, même non consacrés.
    3° Les abbés nullius et les prélats nullius.
    4° L'abbé primat, les abbés supérieurs des congrégations monastiques, les supérieurs généraux des ordres exempts de prêtres, mais non ceux des autres ordres, à moins que le décret de convocation ne statue autrement.
    §2. Les évêques titulaires, convoqués au concile, obtiennent eux aussi voix délibérative, à moins que la convocation n'exprime expressément le contraire.
    §3. Les théologiens et les canonistes qui peuvent être invités n'y ont que voix consultative.
  • CIC 1983, canon 339 :
    § 1. Tous les Évêques qui sont membres du Collège des Évêques et eux seuls ont le droit et le devoir de participer au Concile Œcuménique avec voix délibérative.
    § 2. Quelques autres personnes non revêtues de la dignité épiscopale peuvent être appelées au Concile Œcuménique par l'autorité suprême de l'Église à qui il appartient de préciser leur participation au Concile.
Le canon 223 §1 4° du CIC 1917 octroyait à des abbés autres que nullius, donc dépourvus de la juridiction quasi-épiscopale, le droit de vote, donc le pouvoir délibératif, aux conciles œcuméniques. Le canon 339 §2 du CIC 1983 octroie à de non-évêques de pouvoir participer aux conciles œcuméniques, en laissant au souverain pontife de décider s’ils y participeront avec ou sans voix délibérative. Et d’ailleurs, le pape n’est pas tenu par les prescriptions du droit canon. En effet, étant titulaire de la plénitude de juridiction, il n’est pas, comme pape, sujet de la loi ecclésiastique. Il n’est donc pas juridiquement tenu à observer les lois ecclésiastiques, auxquelles il peut donc déroger autant qu’il lui plaira, quoiqu’il soit moralement tenu de respecter les lois directives, afin de satisfaire au bon ordre et ainsi au bien commun dont il a la charge. Au final donc, votre propos aboutit à nier la plénitude de juridiction du pontife romain…

De deux, votre propos méconnaît la doctrine catholique en méconnaissant que les conciles œcuméniques sont d’institution humaine, conséquemment à quoi le titulaire de la plénitude de juridiction directe et immédiate sur l’ensemble de l’Église est légitime à conférer une juridiction provisoire à de non-évêques pour leur permettre d’assister à un concile œcuménique avec voie délibérative. D’ailleurs, même à supposer faussement que les conciles soient d’institution divine, d’où seriez-vous légitime à affirmer que le pape ne pourrait, alors que titulaire de la plénitude de juridiction, conférer ad hoc, le temps d’un concile, la juridiction délibérative à de non-évêques ? Au final donc, votre propos aboutit à nier la plénitude de juridiction du pontife romain…


Du reste synodos en grec et concilium en latin ne signifient-ils pas exactement la même chose ? Sur le caractèrec consultatif opposé au caractère délibératif, on notera que les synodes de l’Eglise indivise du premier millénaire étaient plutôt voire totalement délibératifs .
Oui, et alors ?

Mais j’ai l’impression que votre propos est de rabaisser aussi les Conciles œcuméniques au rang d’institutions humaines « à la manière des Congrégations romaines », ce qui est encore plus contraire à la Tradition de l’Eglise,ramenée à une organisation bureaucratique qu’on pourrait bien appeler papiste plus que catholique.
J’ose espérer qu’à la lecture de ce qui précède vous rétracterez ce propos…

Enfin votre conclusion est probablement imprudente :
« Une fois que la Relatio du Synode aura été faite (en amont de l’intervention pontificale), viendra le temps d’une Exhortation post-synodale pontificale. C’est elle qu’il faudra scruter, car c’est en elle que se trouvera l’enseignement magistériel faillible de François. »

Léon vous a bien fait remarquer qu’il n’était pas exclu que le pape , a priori ou a posteriori, décide de lui attribuer une valeur liante, en se passant de toute exhortation apostolique postérieure, habituelle en ce cas.Le motu proprio auquel Léon se référait n’a pas été écrit par hasard.
D’une, loin d’être imprudente, la conclusion s’autorise de la pratique de François : Amoris lætitia, Christus vivit, et Querida Amazonia sont des Exhortations post-synodales… Elle s’autorise encore du fait que François n’a pas conféré de pouvoir délibératif aux participants au synode…

De deux, le pape pourra : 1° soit octroyer la voie délibérative aux participants de la prochaine session du synode (celle de l’année prochaine), auquel cas, s’il en ratifie ensuite les conclusions, le synode deviendra un concile général, autrement dit œcuménique ; 2° soit continuer de ne pas conférer le pouvoir délibératif, tout en approuvant ultimement en forme spécifique les avis du synode ; soit se contenter d’une exhortation post-synodale. Mais même à supposer le premier cas, vous êtes désormais suffisamment instruit pour savoir que rien dans la doctrine ou dans le droit ne s’oppose à la dévolution par le pape du pouvoir délibératif à des laïcs participants à un concile œcuménique.


:lecteur: :pape:
« L’âme bavarde est vide intérieurement. Il n’y a en elle ni vertus fondamentales ni intimité avec Dieu. Il n’est donc pas question d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure Dieu. L’âme qui n’a jamais goûté la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet et elle trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui sont dans les gouffres de l’Enfer pour n’avoir pas gardé le silence. »
Toto2
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Re: Le sensus fidei

Message non lu par Toto2 »

malgré qu’il me faille perdre du temps pour réfuter vos erreurs, m’est loisible d’espérer que ce temps ne sera pas perdu, mais servira à l’édification de ceux avides de s’instruire ; et conséquemment à la rémission de mes fautes, car « l’aumône sauve de la mort et purifie de tout péché » (Tb. XII, 9). Pour ceci, soyez remercié.
Bonjour Perlum Pimpum,

Même si je n'interviens plus du tout sur ce forum, je vous assure que je vous lis avec grand intérêt, même s'il peut m'arriver à quelque occasion de ne pas comprendre tel ou tel point de votre message.
Du coup, votre temps, du moins en ce qui me concerne, n'est pas perdu.

Bonne journée
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Olivier JC
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Re: Le sensus fidei

Message non lu par Olivier JC »

Bonjour,
Perlum Pimpum a écrit : jeu. 26 oct. 2023, 9:49De deux, le pape pourra : 1° soit octroyer la voie délibérative aux participants de la prochaine session du synode (celle de l’année prochaine), auquel cas, s’il en ratifie ensuite les conclusions, le synode deviendra un concile général, autrement dit œcuménique ; 2° soit continuer de ne pas conférer le pouvoir délibératif, tout en approuvant ultimement en forme spécifique les avis du synode ; soit se contenter d’une exhortation post-synodale. Mais même à supposer le premier cas, vous êtes désormais suffisamment instruit pour savoir que rien dans la doctrine ou dans le droit ne s’oppose à la dévolution par le pape du pouvoir délibératif à des laïcs participants à un concile œcuménique.
Tout d'abord, soyez remercié pour toutes ces précisions très intéressantes.

Le premier point évoqué dans le paragraphe cité ci-dessus m'étonne quelque peu. Si synode et concile sont des institutions humaines, n'est-il pas nécessaire que le changement de qualification de l'un vers l'autre résulte d'un acte positif, sans pouvoir être implicitement déduit de l'octroi d'un pouvoir délibératif aux participants et de la ratification pontificale ?

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MOTUS IN FINE VELOCITOR
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