"Dommage, j'aurais quand même bien voulu savoir ce que vous entendiez par "don de soi total l'un l'autre". Serait-ce aussi indicible ?"
Je continue d'essayer de trouver une mise en explications qui puisse vous faire voir ce dont il s'agit.
Mais, encore une fois, pour vous donner une idée de la difficulté de l'exercice : essayez par exemple de nous expliquer ce qu'est l'amitié, rationnellement, mais comme si vous parliez à quelqu'un qui n'a pas d'amis, et ne sait même pas ce que c'est que la confiance.
Enfin, en attendant on peut, peut-être, essayer une autre approche ; vous aviez dit apprécier la théologie "par négations".
Peut-être on peut adapter ça ici, après tout. (je ne sais pas du tout ce que ça peut donner).
Voyons un peu, si on fait le point :
. Quelle limite physique marque le domaine des relations réservées au domaine conjugal ?
-> un examen gynécologique n'est pas une relation charnelle, mais échanger des œillades ou des effleurements d'épaule avec une jeune fille dans un bar, c'est déjà de l'infidélité.
-> Donc, la limite physique ne semble pas intervenir ; ça ne semble pas tenir dans une définition purement technique de "type de contact".
. Cependant, aller papouiller les fesses, les seines, ou entre les jambes, c'est quand-même beaucoup plus facilement et beaucoup plus souvent du domaine des relations charnelles, que la main sur l'épaule, qui peut souvent être un signe d'amitié ou de réconfort.
-> Donc, la limite physique, la localisation physique, semble tout de même intervenir pour une part.
. Et, donc, quand il s'agit des zones qui correspondent plus souvent à des actes anodins ou amicaux qu'à des actes érotiques,
on remarque également une certaine variation culturelle (dans certaines cultures, même s'embrasser sur la joue est considéré comme relativement intime, dans d'autres les baiser sur la bouche peut ne pas être érotique) (relisez Chrétien de Troyes),
alors que si on se rapproche des fesses, des seins, ou de l'entre-jambe, on note déjà beaucoup moins de variations culturelles, et tous ces endroits sont de toute façon associés à l'acte sexuel (je veux dire qu'ils l'évoquent ou l'appellent).
(Il y a assez peu de cultures dans lesquelles caresser entre les jambes veut dire "bonjour" tandis que s'embrasser sur la joue serait choquant)
C'est logique, puisque quelle que soit notre culture, nous sommes tous composés de la même façon sur le plan physiologique.
. Si l'examen gynéco n'est pas un acte érotique, charnel, mais que caresser une épaule peut l'être,
alors l'intention semble bien entrer en jeu.
. Coucher nu à nu avec une autre personne a de fortes chances d'être un acte érotique, charnel,
mais pas le contact d'une mère avec son enfant.
Il y semble donc également y avoir intervention, là encore, de l'intention.
. S'entraîner à désirer une autre personne que son épouse, est déjà de l'infidélité.
Ceci comprend également les fantasmes.
Bon, voilà, en fait je me rends compte qu'au final ça n'est pas de la "érotologie négative", mais juste une mise à plat de ce qui a été dit, avec la consigne "remets les morceaux ensembles".
Une sorte de bilan clinique. Mais c'est très bien comme ça, finalement.
