antioche a écrit :Bonjour à tous,
Pour avoir passé deux ans au séminaire (à plus de 35 ans) et, en connaissance de causes, je pose la question :
- comment se fait le discernement avant l'entrée dans les séminaires ? Ce qui se traduit plus directement par : y a t il toujours une réelle compétence dans le "recrutement" ?
Justement, comment se passe-t-il? Est-ce un entretien qui clôt une période d'apprentissage et d'observation de la personne, quelque chose comme ça? et dans ce qui est mis en place, sur quels critères observe-t-on la personne futur religieux?
Il y a aussi un autre aspect que l'église doit absolument circonscrire par une prise en charge: c'est que l'abus sexuel, la violence, sont des déviations (ça c'est pas un scoop). Les déviations sont le fait de personnes déviantes, et les personnes déviantes sont des personnes qui ont besoin, certes d'une sanction qui leur mette bien devant les yeux qu'il y a une ligne à ne pas franchir, qui ont encore plus besoin de soins médicalisés pour ne pas retomber dans leur déviance, pour comprendre l'engrenage qui les a amenés à la déviance. Sinon elles ne sortiront pas de leur schéma mental et recommenceront... pas forcément par goût, mais aussi par pauvreté psychologique qui ne leur ouvre que cette perspective d'action en réponse.
J'ai toujours trouvé que la doctrine catholique était exigeante, (et c'est très bien); la porter au monde en tant que berger me semble être une tâche dont l'ampleur me dépasse, aussi ai-je tendance à penser que d'une part il faut une forte personnalité, bien enracinée dans le bon sens, la fermeté et la patience pour se sentir la force d'être religieux, et à cela ajouter un sens de la prière, du don de soi et du renoncement qui permettent d'être vraiment ouvert à la grâce, et d'en faire la quintessence de sa vie.
En bref, je verrais bien les prêtres plutôt comme des fortes personnalités fortement empreintes de la grâce.
Dans la réalité, ce n'est pas toujours le cas... Le problème de la personne déviante c'est la fragilité de sa construction psychique, faite de failles importantes qui finissent par conditionner un comportement rigide, systématique et appauvri. Si sur une telle personne, on pose le poids de porter au monde une doctrine telle que la doctrine catholique, la pression d'une part, et le manque de souplesse et d'intelligence de la situation d'autre part peut engendrer chez une personne faible un comportement allant à l'encontre de l'esprit prôné par la religion. Ce qui serait chez les saints un dolorisme porteur, acceptation héroïque d'une souffrance qu'ils n'ont pas cherché, mais qu'ils acceptent et offrent pour la conversion du monde, peut devenir chez des personnes déviantes un dolorisme violent et nécessaire de façon systématique, un truc affreux.
Et pour finir les personnes déviantes sont des personnes qui souffrent, mais dont on a pas toujours toutes les clés pour les aider et les sortir de leur enfer, et qui n'ont rien à faire dans l'église. Leur drame, c'est de se voir rejetées (par excommunication) après avoir été acceptées, et cela ne les aide pas à faire le chemin de guérison de leur âme. Il vaudrait mieux les repérer avant de les recruter. En gardant à l'esprit que c'est avec des gens malléables qu'on fait les déviants, et avec des gens capables de s'interroger et un peu plus durs à cuire qu'on fait une armée forte.