Re,
Comme promis je prends le temps de répondre à notre cher militant du front national, qui a l'air quelques peu choqué par mes propos.
Charles a écrit :Ne pas commettre le mal pour "s'épargner" la culpabilité... ce serait un mauvais calcul ? D'où sortez-vous ?
Pourquoi réécrivez-vous ma phrase ?
"
Abstention" n'est pas synonyme de "
ne pas commettre le mal". La preuve : Ponce Pilate s'est abstenu.
"
Pour s'épargner une complicité" n'est pas synonyme de "
Pour s'épargner une culpabilité". Mais c'est d'un moindre intérêt.
Je parle de complicité dans le sens, que vous avez critiqué par ailleurs et sur lequel je vais revenir, où se croire non complice du péché dans ce monde c'est se croire déjà saint. Les mentalités politiques ne naissent pas ex-nihilo. Il y a dans les programmes politiques actuels le reflet de nos errances actuelles. Et ce n'est pas parce que vous prendrez le parti d'un extrême que vous vous dédouanerez pour autant de votre part de responsabilité dans les errances de la majorité. C'est fou le nombre de catholiques avec qui je discute en ce moment qui sont d'emblée persuadé qu'ils sont des saints et qu'ils ne sont en rien responsable des problèmes du monde !!! Je ne sais plus qui a dit sur ce forum, dans un autre sujet : "il faut balayer devant sa porte" ! Mince, l'orgueil a encore de beaux jours devant lui.
La vérité, c'est plutôt que vous préférez le monde au Christ. En fait, "il faut réussir à se dire" que le monde n'est pas si mauvais que cela même s'il hait le christ et ceux qui veulent le suivre. De plus pour Sarkozy, il n'est pas question de revenir sur l'avortement, il en est plutôt a regretter que l'UMP n'ait pas voté le PACS (ainsi qu'il l'a déclaré). Mais par contre, lui donner son suffrage ou aux candidats de son parti, c'est plus que consentir, c'est le choisir pour continuer à faire ce qu'ils font : avortement, homoparentalité, PACS, travail le dimanche, suppression du lundi de Pentecôte férié, vol de l'argent des français par les intérêts de la dette, etc.
J'aime le monde mais je ne le préfère pas au Christ. Mais j'aime le monde oui. Pour autant je n'aime pas le péché. Vous comprenez la nuance ? Ne venez pas me donner des leçons sur ce que je préfère ou pas, vous ne me connaissez pas.
Ensuite, bien sur que voter pour un candidat de droite ou de gauche c'est consentir à l'avortement, etc ... Mais vivre dans ce pays, tranquillement chez vous en ne faisant pas barrage de votre corps devant les centres d'avortement c'est déjà consentir. Arrêtez de tout mélanger. Je ne souhaite pas l'avortement mais dans ma position je reconnais humblement que je laisse faire, tout comme vous et la plupart de ceux qui se disent contre l'avortement. Que faites-vous concrètement pour empêcher l'avortement ? Parce que mettre un billet dans une urne c'est quand même un peu frileux, non ?
Charles a écrit :Désolé mais vous dites n'importe quoi, il n'y a aucune nécessité morale de voter pour eux, et ce ne sont pas ces "miettes" qui pourraient y changer quoi que ce soit. La nécessité morale, c'est de ne pas voter pour des criminels et des voleurs, ce qu'ils sont.
Je n'ai pas dit qu'il y avait nécessité moral. Je dis que rejeter tout un programme parce qu'un point dérange votre foi vous pousse nécessairement à rejeter en bloc la politique et toutes les formes de gouvernement humains. Ca tombe sous le sens, et si vous étiez cohérent avec vous-même vous le verriez. En effet, je vous l'ai demandé : pour vous Jean-Marie Le Pen est-il Saint ? Sa politique est-elle sainte ? Si oui, il faut absolument que l'Eglise statue sur ce point. Si non, j'en déduis qu'en votant pour lui vous vous rendez complice de tous les péchés dont sa politique sera la cause. Et pour ce qui est de l'option "abstention", j'en ai parlé juste avant : "je m'en lave les mains" nous rend tout autant complice du péché commis : c'est un enseignement de la tradition inspiré des évangiles.
La charité chrétienne nous oblige à choisir la justice, pas à nous rendre complice de crimes et de vols. Et aussi à avoir le courage de notre foi, même si c'est dans une société qui lui est devenu complètement étrangère et désormais même hostile.
Montrez-moi la justice parfaite et complète et je voterai pour elle ! Le problème c'est que vous me proposer de rejeter un pécheur pour en élire un autre. Voyez-vous le problème, c'est que moralement Sarkozy et Le Pen ne valent pas mieux l'un que l'autre. Vous fixer sur un discernement binaire devrait normalement vous inciter uniquement à vous présenter aux élections et à voter pour vous, mais pas à prendre un parti plutôt qu'un autre.
Charles a écrit :"vous êtes complice du mal de toute façon" : je ne vous permets pas cette accusation. Je ne vote pas pour les candidats des partis criminels et voleurs, et je suis en cela les recommandation de l'Eglise à laquelle j'appartiens. Si vous le faites, c'est votre problème, pas le mien. Non, mais vous vous croyez où ? Parce que vous avez la lâcheté de voter pour des avorteurs, vous vous croyez permis de dire que tout le monde est aussi coupable que vous ? C'est cela, oui...
Et voilà l'orgueil : Moi, je ne suis pas complice du mal ! Je suis innocent ! Si il n'y avait le péché originel, je ne serai pas pécheur, car je suis saint !
A moins que je sois dans l'ignorance totale de ce qu'il en est, je ne crois pas que l'Eglise ait des recommandations particulière sur les personnes à élire. Sur les principes qui orientent notre vote oui : foi, conscience chrétienne, etc... Mais elle ne nous dit pas si on doit choisir Juda-1 ou Juda-2. Votre problème c'est que vous réduisez la politique à certaines questions en éludant totalement les autres. Et ça vous pousse vers celui qui répond bien à ces questions, au dépend de toutes les autres.
Que faites-vous par exemple du négationnisme de Le Pen fermement condamné par l'Eglise ? Et ne dites pas que cela n'a aucun impact sur la politique, c'est la source même de son parti prit dans le conflit israelo-palestinien. Et sa politique d'émigration, ou globalement son nationalisme, est tout simplement contraire à l'évangile : ça suppose un "chacun ses problèmes, que les autres se démerdent avec les leurs". Bel exemple de charité. Et là c'est complètement central car c'est ce qui détermine le modèle social. Voulez-vous un modèle d'universalité évangélique, ou un modèle électif, façon "peuple élu" tranquille chez soi et "qu'on vienne pas nous déranger sinon on vous renvoi chez vous".
Bref, on pourrait passer des heures à montrer que Le Pen a une politique qui n'est pas moins en contradiction avec la foi catholique que les autres. Enfin vous devez avoir raison, je suis un lâche, sinon je me serai déjà engagé dans la politique pour me présenter, moi ou quelqu'un d'autre, qui soit plus en accord avec la foi catholique. Car pour tout dire, je n'ai pas voté pour Sarkozy, j'étais plutôt sur une direction plus à gauche, bien que j'en rejette aussi les valeurs profondément athées et d'un autre totalitarisme. Mais c'est cornélien de toute façon cette histoire, parce qu'aucun choix n'est le bon. Moi si on devait me remettre encore en encore les mêmes candidats à l'élection, je finirai par sombrer dans la folie, tant c'est absurde.
Charles a écrit :Vous recommandez de violer sa propre conscience morale. Pour être de son temps, pour être "bien dans son époque", il faut réussir à se dire d'autres choses que ce que nous dit la conscience... Vous êtes d'une banalité, finalement.
Et puis appliquer votre méthode pourrait être très intéressant dans les tribunaux : Monsieur le juge, vous devez réussir à vous dire que mon client n'est pas l'inventeur du vol à main armée...
En fait vous interprétez mal mes propos. "
il faut réussir à se dire" ne veut dire "
il faut violer sa conscience morale". Cela veut dire qu'il faut essayer de sortir de sa vision étriquée des choses, prendre du recul et se remettre en cause, en ne croyant pas a priori comme absolument vraie toutes les idées qui nous viennent. Enfin toute les démarches qui éveillent naturellement l'intelligence, quoi. Je sais c'est très banal de se remettre en cause, mais jusqu'ici ça a toujours fait ses preuves.
Quand à la suite, je maintiens : l'homme politique agit sous l'autorité du peuple qui l'a élu. Il n'en est que le représentant. Le mal que vous y voyez n'est que le mal inhérent à la société assorti de quelques variantes personnelles. Sinon, pour reprendre votre exemple du voleur : je suis désolé, au risque de me faire l'avocat du diable, le président n'est pas l'avorteur. Je ne dis pas que cela le dédouane au niveau responsabilité dans les avortements, mais votre analogie avec le voleur est parfaitement hors de propos.