cmoi a écrit : ↑mar. 25 févr. 2025, 17:55
Vous oubliez que le rôle et la fonction principale du sanhédrin était précisément d’identifier le Messie. A partir de là, un juif de l’époque pouvait avoir tous les espoirs et croire au miracle.
Pour l’argent, il satisfaisait au passage sa cupidité, simplement.
C'est effectivement l'un des rôles du sanhédrin, mais vu que celui-ci voulait mettre à mort Jésus, ne s'en cachait pas et que de toutes façons Jésus jusque là leur échappait à chaque fois, je ne suis pas convaincu par cette explication. On peut, comme vous le faites, estimer que Judas pouvait espérer que cette fois, ça se passe autrement, mais ça aurait été, selon moi, absurde de sa part.
cmoi a écrit : ↑mar. 25 févr. 2025, 17:55
Pour moi cela suffit. Il y a à mes yeux quelque chose de captieux à vouloir que l’acte de couper la corde ne soit pas « en soi » mauvais, et à « découper » ensuite les choses de sorte à ce que « cela colle ».
Sur ce point comme sur ce qui va suivre, je ne développerai pas ici d’explication car point trop n’en faut, ce sera pour plus tard car je me doute que vous aurez une réponse.
Peut-être cela vous semble-t-il fallacieux comme raisonnement, mais c'est pourtant ce principe qui permet un certain nombre de choses comme l'avortement indirect ou tout un tas de choses en bioéthique. Puisque vous en parlez par la suite, c'est également ce principe qui autorise de tuer en cas de légitime défense (historiquement, c'est même à travers cet exemple qu'a été développée cette doctrine).
cmoi a écrit : ↑mar. 25 févr. 2025, 17:55
Sauf en légitime défense, or là il se tuait pour sauver ses compagnons.
Il y a aussi autre chose, c’est que cela s’inscrit dans un cadre « de guerre » et relève de la solidarité. Chaque soldat doit être prêt à sacrifier sa vie pour la victoire, serait-elle limitée, partielle, etc. Les petits ruisseaux font les grandes rivières. De même, un prisonnier de guerre a le droit de tuer ses geôliers pour s’évader, même s’il est loin du front.
Il s’avère que l’histoire a donné raison à ces résistants : ils étaient bien encore en guerre.
Non, justement; la légitime défense consiste à se défendre ou à défendre autrui en s'attaquant à la menace; dans ce cas, la menace n'est pas le résistant, mais bien la personne qui veut le faire parler; de plus, comme la légitime défense entre dans le cadre d'un acte à double effet, l'effet bon ne doit pas découler de l'effet mauvais. Or on est en plein dedans.
Plusieurs choses sont à prendre en compte dans ce que vous dites dans la deuxième partie. La morale en temps de guerre ne change pas dans l'absolu; c'est juste des applications particulières des principes généraux. Ainsi, le soldat n'est toujours pas exempté de l'interdiction de tuer dans l'absolu, mais dans le cadre d'une guerre juste, il agit au nom de son pays qui a des prérogatives qu'il n'a pas (emploi de la force et de la violence dans certains cas). Le problème des résistants, mais là encore, on dévie un peu, c'est que formellement, ils n'agissaient pas vraiment au nom de l'état Français; ils n'avaient pas reçu de délégation de pouvoir pour faire ce qu'ils faisaient; mais en même temps, l'occupation allemande n'était pas légitime. On peut également ajouter que même si la résistance en elle-même était légitime, cela n'autorise pas pour autant le assassinat gratuits comme il y a pu en avoir. Le sujet est très complexe et mériterait un fil en lui-même (si vous voulez en ouvrir un, je serai très heureux d'en discuter avec vous

).
En revanche, j'ai beaucoup de mal avec " l’histoire a donné raison à ces résistants"; ce sont les vainqueurs qui écrivent l'Histoire, ce n'est donc pas un vrai argument pour valider leurs actions. D'ailleurs, formellement, quelle est la différence entre les résistants français pendant l'occupation française et les Talibans en Afghanistan? ou avec les vendéens pendant la révolution française?
cmoi a écrit : ↑mar. 25 févr. 2025, 17:55
Là encore, j’analyse les choses autrement. L’effet bon est seulement de ne pas trahir et de sauver ses compagnons, et la mort ne fait que découler de cette intention si elle se réalise. J’exclus tout autre scénario.
La chronologie des faits ne vaut pas comme chronologie pour le raisonnement.
Pas d'accord, c'est le principe de causalité: on ne trahit pas ses compagnons parce qu'on est mort et dans l'incapacité de le faire même sous la torture. L'intention est bonne, mais le moyen employé est mauvais. l'intention est hors de la chronologie des faits, certes, mais, eux découlent bien de quelque chose, indépendamment de l'intention. Il y a 3 choses à prendre en compte dans un acte, c'est l'acte en lui-même, l'intention avec lequel il a été posé et les effets qu'il aura. On peut étudier indépendamment chacun de ces aspects, mais pour juger de la moralité d'un acte, il faut considérer les 3.
cmoi a écrit : ↑mar. 25 févr. 2025, 17:55
C’est là que mon avis diverge. A partir du moment où l’acte, quelle que soit la gravité de sa matière, n’entraîne pas un plein consentement et que pour des raisons extérieures à notre volonté, il est la seule alternative pour obtenir un bien, j’estime que nous sommes dans un de ces cas où « il est parfois licite de tolérer un moindre mal moral afin d'éviter un mal plus grand ou de promouvoir un bien plus grand ».
Ce moindre mal vient de ce qu’il n’est pas mortel, il lui manque notre consentement, tandis que le mal plus grand évité est flagrant.
Vous me direz que le péché évité est celui de l'autre et non le nôtre, mais ... et la communion des saints ? Ici se rejoint encore l'idée que certaines erreurs (ne pas oser par crainte que ce soit un péché grave) ont plus de conséquences mauvaises qu'un péché...
J'ai du mal à comprendre comment on peut poser un acte en pleine connaissance mais sans plein consentement, à moins que quelqu'un de vienne vous tenir la main.. Je suis d'accord avec votre phrase "il est parfois licite de tolérer un moindre mal moral afin d'éviter un mal plus grand ou de promouvoir un bien plus grand", mais tolérer, c'est laisser faire, pas faire. Cette nuance est essentielle. d'ailleurs, la suite de la citation est "il n’est pas permis, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu’il en résulte un bien" (cf. Romains 3, 8).
Ensuite, si je ne nie pas la communion des Saints, je dirais que Charité bien ordonnée commence par soi même, à savoir que nous sommes sur terre pour nous sauver en premier lieu.
Enfin, au sujet votre dernière phrase, quelles que soient les conséquences terrestres de nos actes, elles ne pourront pas être plus mauvaises que celles d'un péché, même véniel. Un péché étant une offense à Dieu, par définition, son mal est infini.
cmoi a écrit : ↑mar. 25 févr. 2025, 17:55
Les exemples que vous donnez ensuite ne me semblent pas juste car ils ne portent pas sur des « occasions prochaines », entre le désir d’Hitler que vous exprimez par exemple, et le fait de gazer les juifs ou d’envahir ses voisins, il intervient autre chose : cela n’était pas strictement nécessaire. Son pays pouvait atteindre au même résultat par sa culture, son développement industriel, etc.
Les moyens que vous évoquez sont certes possibles (et d'ailleurs, il les a mis en place), mais comme il considérait que les Juifs, les Roms... étaient responsables du déclin du peuple allemand, il lui fallait donc s'en débarrasser. En tout état de cause, son intention primaire n'était pas mauvaise en soi, même s'il a totalement fait n'importe quoi sur les moyens d'y arriver (entre autre parce qu'il se trompait sur les causes du déclin allemand).
cmoi a écrit : ↑mar. 25 févr. 2025, 17:55
Encore une fois, le cas de Saül est complexe (peut-être est-ce celui qui l’est le plus dans l’AT, en tout cas au titre de l’intérêt), et je le crois moins en danger de damnation que Salomon par exemple (sa fin mise à part pour le moment qui pourrait sans quoi affirmer péremptoirement le contraire).
Concernant Abimélech, il a tué 70 demi-frères pour devenir roi, mais peu importe, cela ne compte pas ici.
Il ne faut jamais oublier que tout homme peut à tout moment redevenir bon – ou le contraire !
Et le cas de suicide que je n’ai pas évoqué est celui de ce conseiller (même prophète si je ne me trompe !) de David qui aura changé de camp en faveur d’Absalom, mais désavoué par ce dernier (qui aura été joué par un autre conseiller de David envoyé par ce dernier pour le contrer, car David se doutait de cette trahison et en craignait les effets) se sera donné la mort après avoir mis ses affaires en ordre (I Samuel, 17 : 23). C’est sans doute le plus ressemblant au cas de Judas et à mon sens, plus proche du risque de damnation !
Pour aller au bout du sujet, il conviendrait à mon avis de regarder aussi le cas d’Ammon (fils aîné et alors héritier de David !), qui viola sa demi-sœur Tamar (sœur d’Absalom qui finira par tuer ce violeur) et… ne se suicida pas mais se prit à la haïr et l’humilier, la chasser : n’est-ce pas pire ?
De fait, vous n’avez pas réagi cette fois au fait que Marc et Luc évoquent bien un suicide comme préférable à « scandaliser un enfant ».
On pourrait faire l'exégèse de tout l'Ancien Testament, il y a, on est d'accord, des histoires de suicide, mais pour ma part, je n'y voit aucune justification du suicide. Mais pas de condamnation claire non plus: c'est raconté de façon factuelle.
Pour Abimelech, c'st quand même précisé juste après sa mort que c'est un châtiment divin pour avoir tué ses demis frères.
Le catéchisme dit à propos du suicide:
"On ne doit pas désespérer du salut éternel des personnes qui se sont donné la mort. Dieu peut leur ménager par les voies que lui seul connaît, l’occasion d’une salutaire repentance. L’Église prie pour les personnes qui ont attenté à leur vie." (2003)
mais également:
"422 Pourquoi dans le cinquième commandement Dieu défend-il de se donner la mort à soi-même ou de se suicider ?
Dans le cinquième commandement, Dieu défend le suicide parce que l'homme n'est pas le maître de sa vie comme il ne l'est pas de celle d'autrui. Et l'Eglise punit le suicide par la privation de la sépulture ecclésiastique." (catéchisme de St Pie X).
Donc le suicide est un péché, ce qui ne veut pas dire effectivement qu'l faille présumer de la damnation de celui qui le commet (cf. le St curé d'Ars et l'histoire du pont).
Concernant les évangiles, la traduction que j'ai est la suivante:
" Il vaudrait mieux pour lui qu'on mît à son cou une pierre de moulin et qu'on le jetât dans la mer, que s'il scandalisait un de ces petits." pour St Luc et "Mais, si quelqu'un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu'on le jetât au fond de la mer." pour St Matthieu. Donc on les précipite, ils ne suicident pas.
cmoi a écrit : ↑mar. 25 févr. 2025, 17:55
Ce n’est pas ce que je voulais souligner, bien qu’en effet, je crois qu’on se trompe sur la notion de perfection ou de sainteté pour un homme ! Ainsi cela n’exclut pas de connaître des colères (chasser les vendeurs du temple), des frayeurs (Getsémani), des chagrins (Lazare), de proférer des insolences (plein !), de montrer son indignité, etc.
Tout a fait d'accord, les passions font partie de l'homme et Jésus en tant qu'homme, les possedait. Mais il en était absolument maitre. Ainsi pour les marchands du Temple, ce n'est pas que Jésus a perdu son sang froid, c'est qu'il a, volontairement laissé sa colère sortir en raison de la gravité de leurs action.
cmoi a écrit : ↑mar. 25 févr. 2025, 17:55
Ce que je voulais souligner, c’était qu’il n’intervenait que par rapport au présent et aux circonstances du présent, y donnant une valeur d’éternité – si vous appréciez Saint Thomas (question 25 article 4, première partie), vous savez bien comment il démontre que Dieu lui-même ne peut pas faire qu’un événement du passé (notamment un péché) n’ait pas été et soit effacé (même s’il peut lui rendre son hymen, la vierge violée le restera comme l’ayant été), par compte, il peut intervenir sur les conséquences : rendre l’état de grâce et la charité au pécheur, consoler et réhabiliter sa victime, etc.
Toujours est-il que je le comprends ainsi : ce que Dieu ne peut pas changer, c’est que Judas ait agi en « fils de perdition », et ainsi l’appelle-t-il. Pour la suite, eh bien il se la réserve pour le jugement dernier et cela nous regarde-t-il ? Il nous laisse aiguiser notre jugement et prospecter les possibilités sans y intervenir. Il y a à mon avis des passages dans les évangiles où il est bien plus proche de condamner que là.
Par exemple en Jean (8 : 38) j’ai toujours l’impression en le lisant que Jésus écoeuré pourrait décider de bouleverser ses plans (rédemption incluse, un peu comme au déluge). Ce passage est terrible !
Ceci dit, pour en revenir à ce "fils de perdition", Jésus n'est-il pas venu précisément pour sauver ce (avant que cela devienne ceux qui seront...) qui était perdu ?
Je suis d'accord sur le fait que Dieu ne peut pas faire que ce qui a été ne fut pas, car cela serait absurde et contradictoire. En revanche, Jésus ne le traite pas juste de pêcheur, mais de fils de perdition, la perdition étant la damnation.
De plus, dans les actes des Apôtres, lors de l'élection de St Matthias, donc après la mort de Judas, quand tout est figé pour lui, St Pierre parle de lui en faisant référence au psaume 109. Or, on peut lire dans ce psaume:"Place-le sous l'autorité d'un méchant, Et qu'un accusateur se tienne à sa droite! Quand on le jugera, qu'il soit déclaré coupable, Et que sa prière passe pour un péché!". L'autorité d'un méchant peut se comprendre par celle du diable, qu'il soit déclaré coupable par la damnation.
Jésus est venu sauver ceux qui étaient perdus, mais pas sans leur consentement. malgré la Rédemption, on peut toujours se damner. Judas, comme chacun d'entre nous, s'est vu proposer le salut; ce qui ne veut pas dire qu'il l'a accepté.