Comment choisir son séminaire?

« Dieu nous a sauvés, et il nous a donné une vocation sainte » (2Tm 1.9)
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Corneille
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Comment choisir son séminaire?

Message non lu par Corneille »

Bonjour,
Tout d'abord, bon Nouvel an et sainte solennité de la Mère de Dieu.

Je discerne depuis longtemps une vocation vers la prêtrise. Sans être pour le moment à 100% sûr de sauter le pas, je m'interroge tout de même sur la question importante de la sélection de son centre de formation et in fine de sa juridiction d'incardination. Certes, le sacrement et l'essence du sacerdoce sont les mêmes partout, mais ne nous leurons pas: ni la même vitalité spirituelle et intellectuelle ni les mêmes charismes ne règnent partout.

Voici quelques éléments que j'ai déjà discernés pour restreindre le champ des possibles:

-je ne souhaite pas une vie communautaire toute ma vie; cela correspond simplement à mon caractère introverti, le fait que j'aime l'autonomie et l'indépendance dans ma vie courante et que je n'aime pas partager mon intimité. Je suis solitaire de nature. J'ai vécu en internat catholique, et cela fut une ascèse, non pas en raison de quelconques abus ou dysfonctionnements, mais car cela ne correspond vraiment pas à mon caractère. Je suis conscient que la vie en séminaire implique au moins six ans de vie communautaire, mais je prends cela comme une mise à l'épreuve, une purification, une ascèse temporaire tel un jeûne pour faire violence à ses désirs en vue de gagner des grâces spéciales. Cela exclut donc d'emblée la Communauté Saint-Martin, les instituts de forme extraordinaire...

-j'aurais du mal à souffrir durablement une vie liturgique médiocre; je fréquente une paroisse personnelle dans la forme extraordinaire, mais je ne considère en rien inférieur la forme ordinaire en soi: c'est sa (mauvaise) pratique qui est souvent à plaindre. Je me satisferais pleinement de ne célébrer que la forme ordinaire, mais avec toute la rigueur de la Présentation générale du Missel Romain. Je ne souhaiterais pas souffrir sept ans de séminaire avec une liturgie desséchante et encore moins me voir imposer des abus ou du moins apauvrissements liturgiques par mon ordinaire ou mes pairs durant le sacerdoce.

-une formation et un esprit parfaitement orthodoxes

-j'ai une affinité particulière pour les zones rurales ou périurbaines, où les prêtres et tout le reste manquent le plus en France: ce sont les vraies terres de mission de nos jours, car l'Evangile et les sacrements n'y résonnent souvent plus du tout. De manière purement subjective, je ne me plaîs d'ailleurs pas dans les grandes villes.

-Si possible, j'aimerais un environnement pour mettre à contribution mes nombreuses connaissances en apologétique; j'ai une tendresse particulière pour les orthodoxes. Cela vient du fait que je me suis beaucoup confronté aux arguments contre le christianisme et le catholicisme et que ma foi résulte d'un cheminement intellectuel: je suis donc plus formé que la moyenne (et en particulier sur les objections des orthodoxes). Y-a-t-il un contexte particulier où ce serait particulièrement utile à l'Eglise?
A ce titre, je me pose parfois la question de rejoindre le (seul) séminaire catholique de Russie: je parle couramment la langue et adore ce pays. Il y a aussi un fort manque de prêtres -plus ou moins qu'en France, je ne saurais dire. Les problématiques pastorales sont toutefois très différentes. Ce serait véritablement un engagement en mission.

Sauriez-vous me donner je vous prie des recommandations sur les séminaires en France, des retours, des échos? Je précise provenir de l'archidiocèse de Strasbourg, qui a la particularité d'intégrer sa formation de séminaire aux études à la Faculté catholique -je ne sais pas ce qu'elle vaut.

Merci par avance. En union de prière
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Re: Comment choisir son séminaire?

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Bonjour Corneille, bienvenue à vous, et bonne année !
Notre ami Kerygme, qui est diacre à Strasbourg, saura sans doute vous conseiller.
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Corneille
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Re: Comment choisir son séminaire?

Message non lu par Corneille »

Bonjour,
D'accord, merci. J'ai recherché son profil mais je n'arrive pas à lui envoyer de message privé. Peut-être est-ce dû au fait que je sois nouvel utilisateur ? Pourriez-vous je vous prie le contacter, si possible, pour qu'il jette un oeil à ce fil de discussion, si cela ne le dérangerait pas?
Merci
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Jean-Mic
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Re: Comment choisir son séminaire?

Message non lu par Jean-Mic »

A qui d'autre en avez-vous parlé ?
Et pour commencer, avez-vous pris le temps de rencontrer quelqu'un du service des vocations de votre diocèse ? de votre évêque, même ?
Une vocation, quelle qu'elle soit, tombe peut-être du ciel, mais elle ne peut se développer et se confirmer qu'enracinée, et accompagnée.
Prenez le temps d'en parler à quelques personnes de qualité autour de vous avant de poser des questions aux lecteurs anonymes d'un forum, si bien et accueillant qu'il soit !
En union fraternelle de prière
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Heureux ceux qui savent rire d'eux-mêmes. Ils n'ont pas fini de s'amuser !
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ChristianK
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Re: Comment choisir son séminaire?

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Corneille a écrit : mer. 01 janv. 2025, 2:29

-j'aurais du mal à souffrir durablement une vie liturgique médiocre; je fréquente une paroisse personnelle dans la forme extraordinaire, mais je ne considère en rien inférieur la forme ordinaire en soi: c'est sa (mauvaise) pratique qui est souvent à plaindre. Je me satisferais pleinement de ne célébrer que la forme ordinaire, mais avec toute la rigueur de la Présentation générale du Missel Romain. Je ne souhaiterais pas souffrir sept ans de séminaire avec une liturgie desséchante et encore moins me voir imposer des abus ou du moins apauvrissements liturgiques par mon ordinaire ou mes pairs durant le sacerdoce.

-une formation et un esprit parfaitement orthodoxes

Ceci fait penser au profil Opus dei. Vous pourriez les rencontrer pour une direction spirituelle d'orientation. Je ne suis pas sûr cependant qu'ils admettent des vocations directement au sacerdoce car c'est un organisme laic. Ils admettent des prêtres externes associés cependant, déjà ordonnés ailleurs.
J'éviterais à tout prix les lieux de formation jésuites. Et probablement Strasbourg car c'est concordataire donc probablement plus mondain. Je chercherais une formation "chez" ou "par" les dominicains de Toulouse.

Je crois toutefois nécessaire d'ouvrir davantage l'hypothèse sur le novus ordo: il est possible que seule la mauvaise pratique soit en cause mais c'est seulement une possibilité. IL est aussi possible que le transfert de pouvoir aux postconciliaires locaux, qui est incluse dans l'ordo, soit une erreur pastorale, ainsi que l'absence d'orientation "ad orientem". Donc le novus ordo pourrait être inférieur, c'est une hypothèse à ne pas écarter, rendue encore plus vraisemblable par sa période d'élaboration, 1964-1970.
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Re: Comment choisir son séminaire?

Message non lu par Corneille »

Bonsoir Jean-Mic,

Naturellement que le discernement ne repose pas sur quelques échanges internet. Ma question ici n'est pas tant le "si" de la vocation sacerdotale que le "où". A cet effet, il me semble intéressant d'avoir des échos variés et issus d'un spectre plus large qu'un ou deux accompagnateurs spirituels connus personnellement, qui risquent de ne connaître que leur juridiction d'appartenance, ou du moins de ne pas avoir de recul et de vraie capacité de comparaison des séminaires et diocèses, voire tout naturellement, et c'est humain, de "prêcher pour leur paroisse"...
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Corneille a écrit : mer. 01 janv. 2025, 14:09 Bonjour,
D'accord, merci. J'ai recherché son profil mais je n'arrive pas à lui envoyer de message privé. Peut-être est-ce dû au fait que je sois nouvel utilisateur ? Pourriez-vous je vous prie le contacter, si possible, pour qu'il jette un oeil à ce fil de discussion, si cela ne le dérangerait pas?
Merci
Bonjour Corneille

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Re: Comment choisir son séminaire?

Message non lu par Kerygme »

Bonjour Corneille,
Corneille a écrit : mer. 01 janv. 2025, 2:29 D'accord, merci. J'ai recherché son profil mais je n'arrive pas à lui envoyer de message privé. Peut-être est-ce dû au fait que je sois nouvel utilisateur ? Pourriez-vous je vous prie le contacter, si possible, pour qu'il jette un oeil à ce fil de discussion, si cela ne le dérangerait pas?
J'ai été informé par la modération, et j'ai lu vos désidératas.
Je vais utiliser le terme "presbytérale" plutôt que "sacerdotale", en effet le sacerdoce commun des fidèles inclut la vie laïque; la terminologie usuelle de "vocation sacerdotale" peut donc entrainer des incompréhensions selon les lecteurs.

Tout d'abord, concernant le choix de votre séminaire si vous êtes du coin, ce sera le grand séminaire de Strasbourg.
Mais ce n'est pas une obligation, le choix de votre séminaire va dépendre aussi du lieu où vous souhaitez être incardiné.
Autrement dit, si vous suivez le cursus à Strasbourg, vous serez incardiné pour le diocèse d'Alsace et il y a de très fortes chances que vous soyez prêtre diocésain, voir curé à plusieurs reprises et en plusieurs lieux avec tout ce que cela comporte comme vie communautaire, alternant avec une grande solitude dans un presbytère. Point à discerner.

Si vous avez des affinités rurales, vous ne choisirez pas forcément vos affectations. Vous irez là où votre évêque jugera le besoin, aussi il me semble que vous devriez envisager un chemin inverse : en vous rapprochant d'ordres ou communautés missionnaires au sein desquelles vous pourriez devenir prêtre ensuite.

Mais avant d'aller plus loin dans le conseil, il me semble que vous ayez besoin de pousser plus loin le "si".
En effet, l'intention qui revient le plus dans votre message ressemble au "faire", ce qui diffère du sens de la vocation presbytérale qui est d'abord celle de "servir". Etes vous prêt à vous donner entièrement aux autres pour le Christ, à ses conditions comme un serviteur à son Maître, ou sous certaines de vos conditions ? Point à discerner bien avant le "où".

Du monde, vous en aurez. Des messes comme ci ou comme cela vous en aurez aussi et surtout après le séminaire; qui lui va vous apprendre les choses selon les rubriques. C'est différent dans la pratique réelle car dans les paroisses c'est très variable.
Mais je ne vais pas débattre là-dessus, sachant qu'en règle générale ce sont les prêtres qui dévient le plus souvent, comme le font bon nombre de conducteurs avec le code de la route à mesure des années qui passent.

Si votre attachement est pour la liturgie dans la forme extraordinaire, mais que vous ne souhaitez pas de vie communautaire alors il faut résoudre ce dilemme car à part les fraternités presbytérales Saint-Martin, Institut du Bon Pasteur, Missionnaires de la Divine Miséricorde ou ICRBP ... je ne vois pas trop. Je pense que vous êtes un fidèle à la Croix Glorieuse, aussi il ne faut pas oublier que les paroisses personnelles dépendent de l'évêque du lieu, seul véritable liturge du diocèse, et en communion avec l'Église catholique locale et universelle; on n'y fait pas forcément ce que l'on veut.


Cependant, une chose heurte mon esprit sur la base de vos écrits. J'ai le sentiment que c'est aux passions (ou aux craintes) que vous en appelez le plus et que cela devient un appel sous conditions.
C'est ce qui me fait dire que le "faire" associé à "moi" n'est pas le meilleur discernement vocationnel, lequel se base surtout sur votre for interne. Il est donc impératif que vous discerniez autrement, car le discernement passe toujours par le for externe comme nous l'enseigne saint Paul. Il ne peut donc y avoir d'ordination sans discernement de l'Église, et si vous êtes admis au séminaire alors vous disposerez de 7 années pour cela; rien ne vous engage jusqu'à l'ordination diaconale puis presbytérale. Et en sept années, bien des choses peuvent changer ou évoluer.
Pour pousser le discernement plus loin si l'indécision est grande, vous pourriez commencer par une année de propédeutique dans le séminaire de votre choix.

Et je m'arrête là car votre recherche semble encore balbutiante et nécessiterait une trop longue réponse pour englober les possibilités; il y en a certaines qui peuvent nécessiter une orientation monastique, avec une vie ascétique au sein d'une communauté, d'un presbytérat plus tardif.
Faites un véritable discernement, par exemple une retraite Ignatienne pour un discernement vocationnel. Vous y trouverez probablement plus de réponses qu'en passant par un forum; où tous les non dits ou généralités peuvent fausser les réponses.
L'essentiel étant : "qu'est ce que je peux offrir au Christ ?" plutôt que "qu'elles sont les conditions pour que je réponde à cet appel ?". Quand le Christ appelle, Il accompagne l'appelé et lui donne les grâces nécessaires. Mais le chemin sur lequel on est appelé n'est pas forcément celui qui est préféré. C'est la confiance qui fait le reste, car seul le Christ sait ce qui est bon pour nous.


Juste un conseil personnel : attention de ne pas idéaliser la vie cléricale, les souffrances et tensions qui ne manqueront pas d'être provoquées peuvent amener à un abandon si l'appel n'est pas profondément inspiré et ancré. Et tant mieux, car cela reste du discernement.

J'espère avoir pu vous apporter quelques éclairages, mais tout voyage commence par un premier pas; alors ne tenez pas trop compte des conseilleurs car cela ne les engage pas ... lancez vous, apprenez et discernez.

En UDP pour les vocations.
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Re: Comment choisir son séminaire?

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ChristianK a écrit : mer. 01 janv. 2025, 18:46 J'éviterais à tout prix les lieux de formation jésuites. Et probablement Strasbourg car c'est concordataire donc probablement plus mondain.
Quand on ignore de quoi on parle alors il est préférable de se taire, car vous dites n'importe quoi.
Un peu plus d'humilité vous permettrait de le faire moins fréquemment.
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Re: Comment choisir son séminaire?

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Corneille a écrit : mer. 01 janv. 2025, 2:29 Je précise provenir de l'archidiocèse de Strasbourg, qui a la particularité d'intégrer sa formation de séminaire aux études à la Faculté catholique -je ne sais pas ce qu'elle vaut.
La faculté théologique de Strasbourg est de très bon niveau, bon nombre de diocèses étrangers y envoient leurs prêtres pour être formés en théologie et droit canonique. Il y a des enseignants qui font même partie de la Commission de Théologie Internationale; c'est dire ...

Sinon il y a l'université de théologie de Fribourg, en Suisse. Peut être que certains diocèses y envoient des séminaristes ?

L'avantage d'être concordataire est que tout diplôme obtenu à l'Université de Théologie Catholique de Strasbourg est reconnu par l'État. Si vous deviez ne pas devenir prêtre, le bac théologique (Licence en théologie, bac +3) ou la licence Docendi (Maîtrise , Bac +5) vous ouvre les droits aux concours ou recrutements réservés à ces niveaux d'études universitaires.
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Re: Comment choisir son séminaire?

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ChristianK a écrit : mer. 01 janv. 2025, 18:46 Je chercherais une formation "chez" ou "par" les dominicains de Toulouse.
Curieux : ignoreriez-vous l’importance accordée à la vie communautaire par les Dominicains ?
ChristianK a écrit : mer. 01 janv. 2025, 18:46 Je crois toutefois nécessaire d'ouvrir davantage l'hypothèse sur le novus ordo: il est possible que seule la mauvaise pratique soit en cause mais c'est seulement une possibilité. IL est aussi possible que le transfert de pouvoir aux postconciliaires locaux, qui est incluse dans l'ordo, soit une erreur pastorale, ainsi que l'absence d'orientation "ad orientem". Donc le novus ordo pourrait être inférieur, c'est une hypothèse à ne pas écarter, rendue encore plus vraisemblable par sa période d'élaboration, 1964-1970.
Que de formules pour exprimer l’éventualité et donc le soupçon..
Le soupçon est à l’opposé de la foi.
Le soupçon c’est quand on a une certitude mais sans preuve. Par opinion ou conviction. La différence entre les 2 c’est l’a priori. S’il y a une vérité là-dedans elle est enfermée, parasitée par la possibilité de plusieurs erreurs auxquelles elle pourrait servir de ,justification, au point de s’être détachée de sa source.

Vous qui ne cessez de blâmer les « conciliaires » à cause de la chute des vocations en leur sein, vous en avez ici la flagrante explication : elle vient de l’hésitation, laquelle vient du maintien de moins en moins marginal de la possibilité du rite tridentin.
C’est une explication jugée insignifiante et ignorée par tous, car on s’imagine que les rangs sont très marqués, et qu’aucun de ceux-ci n’y voit quelque chose d’agréable à entendre. Mais… 50 ans plus tard, c’est encore vrai : la preuve !
Quel jeune qui se sent une vocation religieuse n’aspirerait pas à une liturgie qui le comble ! A être à plein et à fond dans la vérité.?
Le soupçon éveille le doute, mais aucune certitude. C’est vous qui ici vous servez de son hésitation pour l’inciter à basculer vers quelque chose qui le mènerait où : à Ecône, ou l’un de ses sous-produits ?
Ou à une vie de laïc déçu, nostalgique d’une vocation avortée ?
Je partage l’analyse de Kerygme, la priorité qu’il rappelle et sur laquelle il convient d’insister, mais je donne bien une excuse à ce jeune pour s’être trop concentré sur son intérieur : extérieurement, il y a un chaos à travers lequel il est difficile de passer sans se sentir déstabilisé et à cause de quoi… !

Il faut se lancer dans l’inconnu, se dépouiller d’un vieil homme qui n’était pas que péché puisqu’il l’a conduit à cette perspective, faire le premier pas dans le vide…C’est déjà vrai et difficile sans ce dilemme plus que liturgique et il semble bien que du côté de la doctrine, ce jeune ait fait le choix judicieux de Rome, comme vous l’avez aussi compris et respecté. Mais... Il reste des mais… Et ce sont ces mais qui finissent par étouffer une vocation dont le soupçon s’appuie sur une vraie certitude, et non le contraire.

Il veut que ses qualités soient mises en service immédiatement, oubliant que Dieu peut vouloir au contraire commencer par le doter d’autres qui lui manquent… et n’utiliser les premières que dans x années, pour qu’elles portent réellement du fruit et non satisfassent etc. Tout cela a formidablement bien été évoqué par Kerygme, inutile d’y revenir, ce sont des épreuves pour la foi et qu’elle doit franchir, mais il y en a une autre de cachée et qui semble ne pas en être une, et qui insidieusement finit trop souvent par gagner car elle s’ajoute toujours du mauvais côté, à moins de la rejeter franchement… Car il n’y a rien de plus dérangeant que d’avoir « un cœur partagé ».
Il n'y a rien à ajouter sans quoi à la merveilleuse réponse de Kerygme... Sinon peut-être qu'il faut se lancer et faire confiance sans regarder en arrière (une fois mise la main à la charrue etc.).
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Re: Comment choisir son séminaire?

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Bonjour Cmoi,
cmoi a écrit : sam. 04 janv. 2025, 8:19 Il veut que ses qualités soient mises en service immédiatement, oubliant que Dieu peut vouloir au contraire commencer par le doter d’autres qui lui manquent… et n’utiliser les premières que dans x années, pour qu’elles portent réellement du fruit et non satisfassent etc.
L'analyse est fine et correcte, et bien entendu je ne considère pas qu'elle concerne Corneille, mais ma réaction est plutôt un retour d'expérience; laquelle ne ressemblera pas forcément à celle d'un autre.
Le Christ m'a d'abord fait accepter mes faiblesses pour devenir meilleur - non pas dans mes forces - mais par plus d'humilité acquise concernant les faiblesses des autres. Et ce passage de saint Paul en 2 Corinthiens a finit par prendre toute sa mesure :
... , pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime. Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. ... [NDLA : parce que je laisse ainsi le Christ agir en moi]
(Chap.12, versets 7 à 10)


Lorsqu'on veut faire efficace ou briller, c'est là qu'on se ramasse le plus ou que tout tombe à plat car souvent c'est vouloir en appeler à nos propres forces ou qualités plutôt qu'à Celui qui en est la source.
En se surestimant, en se pensant plus capable que d'autres, on finit par tomber dans le jugement. Alors l'adversaire se régale de tant d'égo pour savonner la planche du côté qui va pencher.

En fait, nous ne faisons que prêter nos mains, notre bouche, nos pieds etc. Et, pour moi, la plus belle des grâces est de rester émerveillé devant l'action de Dieu à travers notre service. Vouloir garder le contrôle, c'est finir par faire obstacle.
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Re: Comment choisir son séminaire?

Message non lu par Gaudens »

Vous qui ne cessez de blâmer les « conciliaires » à cause de la chute des vocations en leur sein, vous en avez ici la flagrante explication : elle vient de l’hésitation, laquelle vient du maintien de moins en moins marginal de la possibilité du rite tridentin.

Cmoi, la contribution de Kerygme est en effet remarquable,même si à première lecture notre jeune Corneille peut la trouver un peu sévère mais je ne crois pas pouvoir accepter tel quel votre paragraphe ci-dessus,si du moins je le comprends correctement.
Evidemment,les répétitions obstinées de Christian K sur ce sujet (et d'autres) sont assommantes à la longue mais ça ne justifie pas d'expliquer la grande faiblesse des vocations dans l'Eglise "conciliaire" de rite paulin par l'"hésitation" due au maintien des rites de St Pie V.Ceux ci ne sont pas du reste "de moins en moins marginaux" puisque la Curie de François leur fait carrément la chasse...Peut-être en effet pour éliminer ce que vous appelez hésitation et peut s'analyser comme une concurrence.A cet égard, j'ai écrit dans le passé ce qui m'apparaissait comme des déficiences de la liturgie traditionnelle, symétriquement aux déficiences de la liturgie Novis Ordo.Je ne vois donc pas celle-ci comme "le salut" en la matière. Mais je pense que l'assèchement des vocations vient de beaucoup plus loin et pour le dire en gros d'un assèchement de la proclamation chrétienne et catholique au profit d'idéologies et de pratiques séculières.Un sujet où nous ne devrions pas avoir beaucoup de divergences, je crois.
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Corneille
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Re: Comment choisir son séminaire?

Message non lu par Corneille »

Bonjour,
Merci à tous les intervenants pour leurs réponses.

J'avoue ne pas avoir compris initialement ce que Kerygme, que je remercie d'avoir répondu à ma sollicitation, voulait dire par "servir et non faire". Son dernier message m'a fait comprendre qu'il visait le fait de s'imaginer le sacerdoce comme un "activisme" basé sur ses propres qualités et non d'abord sur la grâce de Dieu agissant par son serviteur inutile. Intellectuellement du moins, je me permets de vous rassurer, j'ai bien conscience que "sans moi, vous ne pouvez rien", que "si le Seigneur ne garde la ville, en vain la garde veille", et que "nous avons été en travail, et avons accouché du vent". Au demeurant, je ne m'imagine pas un charisme extraordinaire capable de régénérer l'Eglise ou ma potentielle future paroisse ou même une seule personne par la force de mes petits bras. Pour avoir déjà rendu témoignage de ma foi à des proches incroyants ou "mal-croyants" (hérétiques, disons-le), je me suis bien rendu compte qu'il était rarissime de "convertir" directement et tout seul quelqu'un, même quand on a réponse intellectuellement à toutes ses objections. Je ne me fais pas d'illusions: la mission du prêtre , de l'apôtre ressemble généralement à celle de saint Paul à Athènes, voire de saint Charles de Foucauld en Algérie qui n'a directement converti personne... Mais le but est de "savoir rendre témoignage de l'espérance qui nous habite", d'être l'instrument de l'Esprit Saint pour semer des germes de grâce auxquels la personne dans sa liberté répondra ou non, "d'intervenir à temps et à contretemps"...

Ceci dit, je ne crois pas hors de propos de s'enquérir des orientations, charismes spécifiques des différents séminaires et juridictions, car comme le disait semble-t-il saint Ignace: "prie comme si rien ne dépendait de toi, agis comme si tout dépendait de toi"...


Kerygme, je voulais vous demander confirmation que d'après vos échos, bien que vous ne l'ayez si je ne m'abuse pas directement fréquenté, le séminaire de Strasbourg a en tout une bonne "réputation" d'orthodoxie et de sérieux liturgique? Un des intervenants a parlé de Toulouse: j'ai justement entendu que l'évêque local avait interdit "en réponse" (bien que cela me semble en tout point hors-sujet) à Traditionis Custodes de porter la soutane, ce qui est une perte immense à un moment où il faut rendre témoignage de l'Evangile, être un signe de contradiction devant le monde... Certains évêques ont interdit la célébration de la forme ordinaire ad orientem, ce qui est une perte à mon sens, qui va contre la lettre de la PGMR qui prévoit des moments où le prêtre doit se retourner face aux fidèles... Certains évêchés (et évêques, je l'ai vu de mes propres yeux) encouragent l'abus qui veut que des laïcs distribuent la sainte communion en-dehors des cas de foule excessivement abondante. Bien que cela puisse changer en cas de nouvel archevêque, pouvez-vous du moins me confirmer que ce n'est pas l'esprit régnant à Strasbourg? Vous comprenez que quitte à m'engager, que ce ne soit pas d'emblée et a priori dans un environnement qui sera hostile à mes convictions légitimes.

Quant au for extérieur, voulez-vous simplement dire par-là que je doive me tourner vers le conseil et la décision de l'Eglise? Cela va de soi, on ne s'élit pas au ministère, on y est appelé par l'Eglise... Vouliez-vous dire quelque chose de plus précis ou subtil ?

Vous m'avez semble-t-il mal lu sur la forme extraordinaire: bien que je la vénère grandement, je ne la considère pas intrinsèquement supérieure à la forme ordinaire. A vrai dire, je considère même la réforme du lectionnaire comme une très belle avancée. Cependant, dans la pratique, les paroisses ou lieux de célébration de la première se sont dans mon expérience avérés être des valeurs sûres extrêmement inspirantes, au soin à la liturgie exceptionnel et à la qualité des prédications et de la vie spirituelle très au-dessus de la moyenne. Maintenant, en l'état actuel des choses suivant Traditionis Custodes, il est de fait impossible pour un prêtre "ordinaire" de recevoir nouvellement la faculté de célébrer la forme extraordinaire. Dès lors, la seule possibilité réside en l'intégration d'un institut ayant cette faculté (FSSP, ICRSP...), qui implique la vie communautaire au quotidien. Tant pis, puissé-je si je devenais prêtre faire vivre ces soin à la liturgie exceptionnel et cette qualité des prédications et de la vie spirituelle très au-dessus de la moyenne dans une paroisse de forme ordinaire: je ne vois aucune contre-indication a priori à cela dans cette dernière. Ce sujet ne me décourage pas ou ne me fait pas en soi "douter".

Merci encore à tous
cmoi
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Re: Comment choisir son séminaire?

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Kerygme a écrit : sam. 04 janv. 2025, 14:23 et bien entendu je ne considère pas qu'elle concerne Corneille

Vous avez raison de le préciser car ne donnant pas d’autre exemple pour ne pas faire long, cela pouvait sembler le viser.
D’ailleurs, cette épreuve qui devient une source de joie, existe aussi dans le mariage : la personne épousée s’avère toujours être différente de ce qu’on aurait pensé, et nous obligera d’une manière ou d’une autre à sacrifier notre exigence personnelle à ses besoins – les enfants aussi sont très forts pour cela, et avec une telle innocence !
Kerygme a écrit : sam. 04 janv. 2025, 14:23 mais ma réaction est plutôt un retour d'expérience; laquelle ne ressemblera pas forcément à celle d'un autre.
Le Christ m'a d'abord

Merci pour votre témoignage (je ne cite pas tout pour raccourcir). Nous connaissons tous des extraits d’évangiles à travers lesquels, à un moment ou à un autre, Dieu nous a parlé. Mais ce qui est encore plus fort, c’est quand toute une période de notre vie, avec ses bons et ses mauvais moments, ses chutes, se retrouve ensuite comme résumée par le franchissement d’un pallier où nous sentons que Dieu nous aura comme pris en charge pour nous adouber à travers une parole qui, au fond, n’a pas tant d’importance (nous n’y aurions pas pensé !) sinon parce que c’est lui qui l’a dite et par laquelle son amour s’est manifesté.
L’Ecriture Sainte n’est là que pour nous confirmer son identité et la congruence de son âme avec notre expérience intime et renforcer ce sentiment d’appartenir à son corps mystique, aussi pour nous faire ainsi sentir à quel point il nous a pardonné et nous « suit ».
C’est en tout ce que j’ai perçu là derrière vos mots…
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