Bonjour Ombiace‘
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J'aurais une question, svp, Perlum Pimpum, puisque nous semblons tout deux préférer Jésus aux personnes de notre famille :
Dimanche dernier, c'était l'évangile du débiteur impitoyable.
Celui ci (a) devait une somme rondelette à son maître, qui la lui remet.
Le maître le fait finalement jeter en prison jusqu'à ce qu'il ait remboursé cette dette, car lui même ne pratique pas la miséricorde avec une tierce personne (b) endettée envers lui.
Ma question est :
Comment doit se comporter (a), selon vous, si (b) a contracté une dette, non pas envers lui (a), mais envers le maître. Lui doit il miséricorde ?
Pour vous comprendre :
Si (b) est marié à (a) devant Dieu, et que (b) est favorable à l'avortement, tandis que (a) est soucieux de l'enseignement de l'Eglise en la matière, quelle forme doit alors prendre l'amour conjugal de (a) ? Doit-il tenir pour secondaires les valeurs de vie que Jésus a voulu pour ses créatures sur la croix), c'est à dire, aimer physiquement (b) comme si de rien n'était, ou au contraire, tenir ces valeurs pour premières et patienter en amour jusqu'à leur adoption par (b), si cela se produit ?
Dimanche dernier, la première lecture était tirée du Siracide (XXVII 30 -XXVIII 7). On y lisait notamment : « Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître. Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. »
Venait ensuite le Psaume CII, qui magnifie la miséricorde divine : « Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse. Il n’est pas pour toujours en procès, ne maintient pas sans fin ses reproches ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint ; aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés. »
Romains XIV, 7-9, nous rappelait ensuite, en termes très beaux, que les saints vivent et meurent en Christ, à l’imitation du Christ : « Frères, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants. »
Et enfin, précédé de Jn. III, 34 dans l’Alleluia, qui réitère le commandement d’imiter le Christ en aimant nos frères, l’Évangile de Matthieu (XVIII, 21-35), où la parabole du débiteur impitoyable, qui réitère en termes nouveaux l’enseignement du Siracide, est précédée du commandement de pardonner toujours : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? Jésus lui répondit : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. »
Ce dernier passage doit être mis en lien à Mt. XVIII, 15-17 : « Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S'il t'écoute, tu as gagné ton frère. Mais s'il ne t'écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l'affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l'Eglise; et s'il refuse aussi d'écouter l'Eglise, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain. Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. »
Et en parallèle à Lc. XVII, 3-4 : « Si ton frère a péché, reprends-le; et, s'il se repent, pardonne-lui. Et s'il a péché contre toi sept fois dans un jour et que sept fois il revienne à toi, disant : Je me repens, tu lui pardonneras. »
De sorte d’abord que le pardon suppose la confession et la contrition de celui auquel il s’adresse. « Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ? Produisez donc un fruit digne du repentir. » (Mt. III, 7-8).
Serait absurde de pardonner l’offense de celui qui ne s’en repent pas. Le Christ ne le fait pas pour les péchés actuels commis, comme appert des règles de droit divin régissant l’administration du sacrement de pénitence. La confession et la contrition des fautes sont exigées, et en la contrition tout à la fois la douleur-détestation d’avoir péché, la volonté de satisfaire pénitentiellement, et le ferme propos de ne plus pécher à l’avenir. Ce n’est que pour le péché originel, qui a proprement parler n’est pas commis par les descendants d’Adam mais contracté à leur génération, que le pardon est offert sans que soit besoin de confesser et de se repentir d’un acte qui n’a pas été personnellement commis. De sorte que, puisque nous avons à pardonner en imitation du Christ, autant nous devons être prêts à pardonner qui se repent, autant nous n’avons aucunement à pardonner à qui ne se repent pas. Dans ce dernier cas, loin qu’il faille pardonner, il faut sévir. Jésus l’indique assez en disant : « Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S'il t'écoute, tu as gagné ton frère. Mais s'il ne t'écoute pas, … et s'il refuse aussi d'écouter l'Eglise, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain. Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » Il y a ici un distinguo à opérer selon que vous soyez simple particulier ou magistrat.
Comme simple particulier, sévir signifie seulement fermer la porte de l’amitié jusqu’à ce que le prochain soit revenu à de meilleures dispositions, s’il y revient. Mais même alors, sévir en se gardant de toute attitude intérieurement malsaine. L’inimitié du juste pour les pécheurs est une chose, le ressentiment agressif en est une autre. Il y a seulement à prendre acte des dispositions mauvaises du prochain, et à s’indigner de son mépris de la justice. De sorte que les saints peuvent être confrontés à des situations particulièrement délicates à raison de l’impénitence des impies. Un homme qui serait confronté en plein prétoire au ricanement de celui ayant violé sa fille, sa sœur ou sa femme, aura spontanément des envies de meurtre, et selon des modalités particulièrement cruelles, envies qu’il lui faudra canaliser, et qu’il canalisera d’autant plus facilement que la grâce sanctifiante aura pénétré jusqu’au plus profond de son cœur. D’abord en refusant de se faire justice soi-même, quelque tentante soit l’envie. « Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître. Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ». Ensuite en étant réellement prêt à pardonner si l’impie changeait réellement d’attitude pour enfin se repentir d’un cœur contrit et humilié. Car « d’un cœur contrit et humilié, Dieu n’a point de mépris » (Ps. LI, 17). En vérité, tous les péchés, aussi abominables qu’ils puissent être, sont pardonnés à celui qui s’en repent d’un cœur vraiment contrit par motif surnaturel, car la contrition parfaite (qui suppose la foi et l’espérance) est fille de la charité, charité en laquelle nous avons notre justification. « La haine excite des querelles, mais l'amour couvre toutes les fautes. » (Pr. X, 12). « Avant tout, ayez les uns pour les autres une ardente charité, car la charité couvre une multitude de péchés. » (I P. IV, 8). De sorte qu’au final, l’attitude héroïque du saint confronté au cas d’espèce envisagé ci-avant, c’est, tout en s’indignant de l’impiété du scélérat et de refuser de lui pardonner tant qu’il ne se repent pas, de prier avec ferveur pour qu’il s’en repente. Là est l’imitation du Christ, car là est la charité pour les impies d’ici-bas : vouloir qu’ils cessent d’être tels pour enfin aimer Dieu, le vrai Dieu, le Dieu de la foi théologale.
Comme magistrat, sévir implique d’infliger les peines vindicatives prévues par la loi, pour autant que la loi des hommes soit conforme à celle de Dieu. Et donc, le cas échéant, aller jusqu’à infliger la peine de mort, si la loi le prescrit en châtiment du crime. Mais même alors, en priant et espérant pour que la peine serve à la conversion et contrition du coupable avant qu’il ne comparaisse au redoutable tribunal de Dieu…
Vous envisagiez le cas où le péché d’autrui ne serait pas contre un tiers mais contre Dieu. La vertu surnaturelle de piété filiale implique pourtant que tout péché contre le Père offense ses fils adoptifs par grâce dans la mesure-même où il offense leur Père. Faut-il donc pardonner les offenses qu’autrui fait au Père ? Ne l’avons nous-mêmes pas offensé de mille manières par nos péchés passés ? Ne nous a-t-il pas pourtant pardonné, nous qui vivons désormais de la vie du Christ ? Certes, tant que nous n’étions pas contrits et humiliés, nous n’étions qu’haïssables, mais c’est précisément parce que nous étions tels qu’il fallait que Dieu nous fasse miséricorde pour nous réordonner à Lui.
Et donc, pour vous répondre, pardonnez le péché d’autrui contre Dieu pour autant qu’autrui s’en repente ; et s’il ne s’en repent pas, ne lui pardonnez pas, pas encore, mais priez avec ferveur et profondeur pour qu’enfin il s’en repente, afin qu’en son repentir il trouve Dieu et en vive, en L’aimant. Bref, mon sentiment est qu’hors le cas du privilège paulin, il est tout à la fois inutile, nuisible, peccamineux, de briser un mariage au risque d’exposer le conjoint à l’adultère et les enfants à l’abandon.
Ceci dit, si l’animadversion causée par l’impiété de (b) devient telle que (a) ne supporte plus de vivre avec (b), une séparation de fait peut s’envisager. Car « L'homme inique est en abomination aux justes, et celui dont la voie est droite est en abomination aux méchants. » (Pr. XXIX, 27). Si donc l’amour surnaturel de (a) pour Dieu excède l’amour naturel qu’il a pour (b), (a) se détournera de (b) à proportion qu’il se tournera vers Dieu, démontrant ainsi par les préférences de son amour où est son trésor et son cœur.
Nous savons d’ailleurs tous ce que Jésus en pense. « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée. Car je suis venu mettre la division entre l'homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère ; et l'homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix, et ne me suit pas, n'est pas digne de moi. Celui qui conservera sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera. »
Mais nous savons aussi qu’il serait fautif d’exposer autrui au péché. La séparation de fait n’est donc qu’un pis-aller. Aussi, plutôt qu’envenimer les choses jusqu’à ce que l’atmosphère du mariage devienne si irrespirable que la séparation de fait soit rendue inéluctable, les conjoints doivent se supporter avec patience et œuvrer à l’harmonie. Le mariage est un glorieux martyr…