Paradoxalement, je me pose plus de questions sur la bible et les raisons de croire depuis que je suis déconverti.
Bonjour loic.jacquet,
Contrairement aux autres je vais être plus direct. Le mot "déconvertir" (que je présume vous n'avez pas imaginé tout seul) utilisé ici est je trouve assez représentatif de votre ressenti et de votre amertume : on vous aurait forcé malgré vous à la foi. Mais je vous rassure, de vos propos on peut extrapoler avec une assez bonne probabilité que vous n'avez jamais eu la foi : vous confondez, comme tant d'autres ne prenez pas ceci comme une critique ni personnellement, foi et culture, foi et identité, foi et connaissance.
La foi est une adhésion de cœur et de raison, une recherche et une rencontre avec Dieu, et non une subie par appartenance à une communauté, un environnement sociologique, ou un héritage de rites que l'on recevrait sans finalement avoir rien demandé. De dire des choses que l'on ne pense pas par mimétisme, par sécurité d'appartenance au groupe.
Vous faites une crise existentielle, sauf que généralement elle survient plus tôt, comme pour Prodigal. Plus elle vient tard, et plus elle est douloureuse. Mais qu'avez-vous perdu au fond, ne me dites pas que les quelques heures passées à la messe ont ruiné votre vie! Alors quoi, ne pas avoir pu faire la fête, pécher en toute quiétude et sans mauvaise conscience, emballer ces filles que vous n'avez pas eues, rechercher la richesse avec tout votre potentiel, avoir été malhonnête ou désagréable selon vos humeurs, d'avoir perdu votre temps en caritatif ou en charité si vous en avez manifesté? Posez-vous la question de ce que vous avez vraiment perdu, et de ce que vaut ce que vous croyez avoir gagné.
Pour en revenir au fond, on peut regarder l'existence de sa petite lorgnette (ce que cela m'apporte et me coute, mots que l'on trouve beaucoup dans votre vocabulaire, selon un principe d'utilitarisme). On peut aussi regarder de manière plus globale, ce qui est et n'est pas. Dieu existe ou pas, Jésus-Christ est fils de Dieu ou pas, Il a ressuscité ou pas, la Vierge est apparue ou pas à maintes reprises, le Miracle du soleil à Fatima produit au jour et à l'heure dite devant 70.000 personnes a été ou c'était "un phénomène météorologique inconnu et inexpliqué" haha meilleure possibilité athée selon Wikipédia, les miracles de Lourdes ou l'intercession de saints qui ne se produisent pas à la Mecque, ni à New Dehli ni à Katmandou, sont ou ne sont pas, etc... A celui qui veut voir il y a tellement de preuves indirectes et convergentes qu'un tribunal objectif, et qui raisonnerait de manière bayésienne (probabiliste pour faire court) dirait que oui il y a quelque chose plutôt que rien. Et tout ceci indépendamment de nous, de nos petites personnes, de nos petits désirs ou envies. C'est ou ce n'est pas. C'est une démarche de recherche de la Vérité.
Alors comme Saint Thomas l'apôtre vous voulez des preuves éclatantes, des assurances, et plutôt deux fois qu'une. Je veux bien faire l'effort de croire, mais alors il vous faut me le démontrer, à vous de faire la démarche et l'action, et alors j'y adhérerai promis juré. Mais ne voyez-vous pas qu'alors ce serait sous contrainte devant une évidence, alors que justement c'est ce que vous reprochez au fond : de vous avoir fait croire de force? Ne voyez-vous pas le paradoxe? Mais au fait de quoi avons-nous une preuve si absolue? Prouvez-moi que vous êtes réel et non que je suis enfermé dans le caisson de Matrix en train d'imaginer que je réponds à une illusion?
Vous voulez que Dieu intervienne pour vous, j'ai demandé des signes dites vous. Mais vous n'en aurez pas, vous qui voulez être libre Dieu ne s'imposera pas à vous. Alors oui, il l'a fait pour certains, des apparitions, mais c'est très exceptionnel et pas sur demande mais pour une cause. D'ailleurs cela leur a donné plus de souffrances terrestres que d'avantages, mais tellement de richesses spirituelles! Mais voilà Dieu apparait à qui Il veut et selon Sa Volonté, "mes chemins ne sont pas vos chemins".
De preuves, vous n'aurez que ce faisceau d'indices concordant, déjà pourtant bien fourni. Et l'enseignement qu'a bien voulu vous donner votre entourage même si ce fut peut-être maladroit et insistant. Mais au fond, peut-on choisir sans connaissance, vous ne pouvez leur reprocher de vous avoir donné les éléments du choix. Mais ce choix ce n'est jamais qu'à vous et vous seul, avec votre libre arbitre, de le faire. On aurait pollué votre liberté avec un enseignement, allons donc, la vieille rengaine de la religion aliénation, religion opium du peuple. Pour un peu je pourrais croire que vous digérez mal certaines lectures ou que vous êtes sous influence.
Alors, devant l'absence de preuve, dans un sens comme dans l'autre (je prétends connaitre un peu la science, et rien d'elle n'est argument contre Dieu ou le Dieu des chrétiens, si ce n'est de pouvoir Le mettre sous instrument de mesures), il est très confortable de faire mine de prendre du recul, de douter de tout, vous me dites ceci mais ce n'est pas prouvé à 100%, tel argument mais pas démontré à 100%. Comme c'est facile et donne l'impression de liberté! Je dirais presque de supériorité, par rapport aux suiveurs, ce qu'ils sont naïfs mais moi non, j'ai évolué, je me suis "déconverti" ou je l'ai été ouf et merci (quel mot barbare quand même). Alors vous témoignez, cela pourra servir à d'autres selon vous (prosélytisme à l'envers qui ferait sourire). Au fond liberté de quoi, de douter? Mais on peut avoir la foi et douter, tout le monde doute. Ceux qui ne doutent pas sont ceux qui ne veulent pas réfléchir ou n'en ont pas la ressource temps, qu'ils soient croyants ou non c'est complétement indépendant. Et ne confondez pas conviction et assurance : j'ai la conviction, comme d'autres qui ont témoigné ici, que Jésus-Christ est Dieu et qu'Il a souffert pour me sauver, mais non l'assurance évidemment. Cela veut dire que j'ai suffisamment réfléchi, trouvé suffisamment de raisons pour ne plus faire itérer mon équation de Bayes car cela ne changerait plus le résultat que de façon extrêmement faible et vraisemblablement dans la même direction. Ceci dit plus je lis de science ou de livres religieux, et plus j'accrois ma conviction même involontairement désormais ce n'est plus un but, juste d'approfondir ma connaissance.
Chacun son histoire et sa route, personnellement ma foi n'a fait que grandir, et surtout tardivement. D'une acceptation molle que j'ai bien mal honorée, aveuglé par mon ambition égoïste, je suis passé à une foi plus chaleureuse, plus dans l'amour. Revenir aux fondamentaux, les deux commandements principaux d'amour, le reste doit en découler. Dieu est finalement le plus aimable et le plus admirable, Il nous aime et quand on L'a, on a tout. Ceci conforté par la raison, toutes mes recherches, mon intérêt pour la science comme l'histoire du christianisme m'ont conforté dans mes convictions, dans cette chaleur intérieure qui m'habite désormais.
De science on pourrait en parler : vous vous émerveillez que nos atomes lourds aient été créés dans les étoiles (autre rengaine de vulgarisation)? Moi pas : d'où viennent les étoiles, l'univers, et surtout pourquoi ces lois physiques si parfaitement ajustées que des réactions de fusions nucléaires soient possibles pour enflammer ces soleils et fabriquer des atomes plus complexes, et même que l'univers soit stable tout simplement? La science, si on la regarde objectivement, pose bien plus de questions qu'elle déclare insolubles littéralement que n'apporte d'éléments d'explications. La physique n'est pas la métaphysique, cela n'a pas changé depuis l'antiquité d'Aristote, je dirais même que cette distinction n'a jamais été aussi forte. Savez-vous qu'on ne sait décrire une particule qu'au travers d'entités mathématiques au delà de toute représentation, que des physiciens pensent même que nous sommes plus de l'information qu'une chose? Bienvenu dans la découverte que la réalité est ... on n'en sait rien du tout!
Pour résumer, c'est comme si on avait une balance devant nous : d'un côté un plateau vide, celui des signes, des mesures, des résultats peu importe le terme niant Dieu. De l'autre un plateau rempli de tous ces indices mentionnés plus haut, et d'autres cités par autrui dans le fil, ce que j'appelle un faisceau de preuves indirectes convergent. De quel côté pensez-vous qu'elle penche? La probabilité bayésienne après toutes ces itérations donne-t-elle un résultat plus proche de 1 ou de 0?
Alors après vous pouvez balayer cet amoncellement de signes, de témoignages etc. au motif que ce n'est pas prouvé de façon absolue. C'est un choix, chacun est libre. Mais alors ce n'est plus de la raison, c'est un choix délibéré pour une option que je préfère, plus conforme à mes envies et comment je décide de vivre. Reste l'attitude intermédiaire, je ne me prononce pas, même si cela penche d'un côté, j'attends. On peut, mais cela reste un choix non fait, un numéro d'équilibriste cherchant à ménager les deux, des fois que, un 'on verra bien'. Un entre-deux chez des croyants de culture soyons juste, ce qui peut donner une impression d'hypocrisie parfois.
La réponse est dans l'amour et non l'amertume ; si vous n'aimez pas, vous ne trouverez pas la foi, une foi solide.