Les catholiques et la droite, voire l'extrême-droite

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Cgs
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Re: Les catholiques et la droite, voire l'extrême-droite

Message non lu par Cgs »

Johnny a écrit :La DSE ne dit d'ailleurs pas vraiment à quel "niveau" de la société le Bien Commun doit-il être optimisé : le village, l'entreprise, la région, le pays, le continent, la planète ? .
Bonsoir,

La DSE parle de cet aspect en affirmant comme important le principe de subsidiarité. Pour établir le bien commun, il est plus facile de le faire à petite échelle, au plus près des personnes. Les systèmes centralisés n'ont pas vraiment montré à travers l'histoire leur efficacité à servir, plutôt à asservir d'ailleurs...
Cgs
Mes propos qui apparaissent en vert comme ceci indiquent que j'agis au nom de la modération du forum.
Cinci
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Re: Les catholiques et la droite, voire l'extrême-droite

Message non lu par Cinci »

Sous le vocable "extrême-droite", il y en a qui s'amuse à mêler joyeusement de vrais racistes du Ku Klux Klan avec Marine Le Pen, en passant par Anton Breveik, les mânes de Charles Maurras, les opérateurs de camps de la mort en '42, les anti-démocrates sud-africains et qui prôneraient la suspension des libertés civiles pour les noirs, les escadrons de la mort au Brésil, etc.

De quoi en retourne-t-il vraiment?

Les politiciens libéraux de notre époque s'amusent peut-être à nourrir une certaine confusion. Et c'est peut-être plus vrai encore en période électorale. Comme si des "conservateurs européens rigides" ne pourraient pas être autre chose que des fascistes italiens de l'an 1935! Comme si un nationaliste belge (suisse, irlandais, autrichien, hongrois, serbe, catalan, français) doit nécessairement couver une fièvre criminelle; de par son nationalisme y être aussi plus perméable que d'autres aux idéaux éliminationnistes et antisémites.

Ainsi, le moindre patriote désireux de contester la mouvance libérale otanesque, l'europeisme ou l'empire américain du bien, se trouve facilement repousser dans le marais pestilentiel des "identitaires", des infréquentables, des suppôts du mal. Alors, disons au moins que les patriotes seront suspects dans un premier temps.

Extrême-droite

Pour moi, un gouvernement d'extrême-droite correspond à un appareil d'État entièrement contrôlé par certains groupes d'intérêts (grands propriétaires, familles riches, militaires, etc.), dans le but avoué de défendre une certaine position (visions du monde), à n'importe quel prix, par la terreur, la violence et les assassinats si nécessaire.

Habituellement, les gouvernements d'extrême-droite luttent contre le communisme, contre une révolution populaire. Les gouvernements d'extrême-droite veulent détruire les syndicats, soit l'existence d'une représentation de travailleurs souhaitant arracher des avantages à la classe possédante. Un mouvement d'extrême-droite s'oppose à l'instauration de la démocratie (suffrage universel) ou au régime des partis multiples.

En fonction de ce que je viens de dire, mais l'on voit bien comment le Russe Poutine peut aisément passer pour un "crypto-fasciste", un extrémiste de droite.

On associerait assez bien, par exemple, la présence de l'aviation de Poutine en Syrie à l'envoi d'une légion condor naguère en Espagne. Il s'agit de donner un bon coup de main à Franco-Assad le Caudillo, pour empêcher que les massacreurs de moines, de prêtres ou encore les égorgeurs des défenseurs du statu quo bourgeois finissent par l'emporter et n'instaurent leur propre république islamo-communarde et pesteuse de barbus.
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Toto
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Re: Les catholiques et la droite, voire l'extrême-droite

Message non lu par Toto »

Kerniou a écrit :Qui vous dit que les catholiques de gauche soutiennent l'avortement et le mariage pour tous ?
Encore un vieux cliché qui dévalorise, flétrit, accuse et diffame ! ... En quoi la volonté du partage des richesses et la recherche de justice sociale seraient- elles plus contraires au message de l'Evangile que le rejet des étrangers ?
Aucun cliché.

Sur l'IVG :
http://golias-news.fr/article5584.html
http://golias-news.fr/article5350.html
http://golias-news.fr/article4108.html
http://www.reseaux-parvis.fr/2015/10/20 ... ?print=pdf, p. 7 : "Nous dénonçons, par exemple,
les pressions multiformes de l’église catholique, sous le couvert d’une prétendue « loi naturelle », pour obtenir que l’avortement soit interdit par la loi."
http://temoignagechretien.fr/articles/l ... patriarcat

Sur le mariage, non pas pour tous (cessons la novlangue), mais le mariage entre personnes de même sexe :
http://golias-news.fr/article5678.html
http://temoignagechretien.fr/dossiers/m ... 3/articles
http://www.reseaux-parvis.fr/2014/06/08 ... -position/
Cinci
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Re: Les catholiques et la droite, voire l'extrême-droite

Message non lu par Cinci »

Ceci dit :
Toto :
Bah, l'expression "extrême droite" n'est là que pour flétrir, accuser ou diffamer. Il y a une telle hystérie qu'il suffit à un quelqu'un de gauche, naturellement "citoyen" et "tolérant", de dénoncer son adversaire comme faisant partie de l'extrême droite pour le faire taire.
Amusant. Georges Orwell a pu exprimer une idée semblable, selon ce que rapportait, hier, un professeur de l'Université McGill, William Watson. Je lisais ça dans The Montreal Gazette.

Ici, (en anglais) :
[+] Texte masqué
"It depends what you mean by fascist.

Unfortunately, as long ago as 1944, George Orwell, who had known plenty of real, live fascists, wrote in a characteristically wise and plain-written article called “What is Fascism?” that the word was so overused as not to mean anything any more. Rather it already — 72 years ago, at the height of the war against fascism! — had been degraded to the level of a swear word.

To express outrage against someone or something you used the f-word: fascist. Orwell had seen it applied in writing to Conservatives, socialists (by communists and others), communists (by socialists and others), Trotskyists, Catholics, war resisters, supporters of the war (the Second World War, that is), and nationalists, and in conversation to farmers, shopkeepers, fox-hunting, Kipling, Gandhi, homosexuality, astrology and women, among others.

A word so widely applicable, he concluded, had become essentially content-free."

http://montrealgazette.com/opinion/opin ... elabour-it
Jeter l'opprobre sur des adversaires d'idées en les qualifiant comme fascistes? Oui, c'était déjà une pratique courante à l'époque où les vraies fascistes sévissaient en Europe. Trop employé, le mot ne signifiait plus grand chose.

Personnellement, je pense que ça fait longtemps que les politiciens trichent avec les expressions. Il en reste pas moins que la notion d'extrême-droite fait du sens pour les historiens.
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hussard
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Re: Les catholiques et la droite, voire l'extrême-droite

Message non lu par hussard »

Il y aurait un débat à faire sur la démocratie, car certains ici semblent croire que la démocratie est le gouvernement idéal défendu par la Doctrine Sociale de l'Eglise. Or, ce n'est pas le cas. Donc il est inutile de critiquer tel ou tel régime politique sur le seul fait que ce n'est pas un régime démocratique.

Le communisme et le socialisme ont tous deux été condamnés par l'Eglise. Or on peut affirmer sans abus que ce sont les deux principales tendances dites "de gauche" en tout cas en France. Donc forcément la gauche a mauvaise presse auprès de nombreux catholiques.

Au niveau de la dégénérescence des mœurs, l'implication très nettement supérieure de la gauche est également un critère évident d’inimitié entre la gauche et les catholiques.

Enfin, historiquement "la gauche" se définit par son progressisme tandis que "la droite" par son conservatisme (cf. les origines révolutionnaires de ces deux mots). La révolution française s'étant constituée dans la haine de l'Eglise et de la religion catholique (au nom de l'idéologie du "progrès", etc.) pour moi il me semble évident que la "droite" (principalement monarchiste à l'époque) ait pu incarner la défense de l'Eglise. Ceci favorise la droite auprès des catholiques.
« Sufficit Tibi Gratia Mea » St Paul (2 Co XII:9)
« Il faut tout calculer, mais ne pas tout craindre. » Cardinal de Bernis
« Quand il n’est pas nécessaire de changer, il est nécessaire de ne pas changer. » Georges Bidault
« Il faut être avare de son mépris, vu le grand nombre de nécessiteux. » Chateaubriand
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Re: Les catholiques et la droite, voire l'extrême-droite

Message non lu par Cinci »

Hussard :
Le communisme et le socialisme ont tous deux été condamnés par l'Eglise
... le socialisme athée sans doute.

Sauf, tous les fameux mouvements dit d'Action catholique du temps de Pie XI ne font que travailler concrètement dans le même sens que nombre de réformistes sociaux ou des syndicats, lesquels évoluent tous peu ou prou dans le champ d'influence des penseurs de gauche. A choisir, l'Église préfère assurément les syndicats catholiques, au moins dans la première partie du XXe siècle. Mais, à défaut "de", Rome ne faisait pas d'objection non plus à ce que des catholiques puissent oeuvrer de concert avec des syndicats non confessionnels, sous la seule réserve qu'il n'y soit pas mis d'obstruction aux pratiques religieuses des catholiques.

Faut voir l'expérience des Catholics Workers aux États-Unis et puis voir ensuite comment c'est le pape Jean Paul II lui-même ("ce pape conservateur de Pologne") qui aurait apparemment ouvert le procès de la cause de Dorothy Day, en vue de son éventuelle béatification.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dorothy_Day
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hussard
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Re: Les catholiques et la droite, voire l'extrême-droite

Message non lu par hussard »

Je pense que vous confondez syndicalisme et corporatisme.

De plus, le socialisme n'est pas du tout condamné pour son athéisme mais bien sur la base de ses fondements idéologiques (notamment dans le domaine économique).
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Re: Les catholiques et la droite, voire l'extrême-droite

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pour moi il me semble évident que la "droite" (principalement monarchiste à l'époque) ait pu incarner la défense de l'Eglise. Ceci favorise la droite auprès des catholiques
... bien que que les premiers députés qui formeront l'aile droite des premières assemblées (... tous ceux ressortant des fameux États généraux de 1789, ensuite l'Assemblée constituante ... etc.) seront tous des libéraux, tous en faveur de la Constitution civile du clergé. Ces députés auraient difficilement pu passer pour des grands défenseurs de l'Église catholique romaine de l'ancien régime. Pas sûr que l'abbé Grégoire aurait pu être perçu, par exemple, comme un "défenseur" de l'Église par ses compères dans le ministère, c'est à dire par ceux qui refuseront toujours, eux, de prêter serment.

Mais ...

C'est vrai que les catholiques vont toujours avoir cette tendance, par la suite, à faire alliance avec les libéraux de droite (les possédants, les riches) et comme par une nécessité, probablement celle de devoir s'opposer à des révolutionnaires de gauche et perçus comme des gens encore plus dangereux. C'est le jeu qui aura cours pendant tout le XIXe siècle et jusqu'à cette figure symbolique du maurrassisme.

On a "une droite qui pense pouvoir utiliser l'Église catholique, comme un facteur d'ordre, pour contrer la gauche", cependant que l'Église pense aussi pouvoir obtenir une meilleure position, pour son apostolat, avec les faveurs qu'une droite voudra bien lui concéder a contrario de ces exaltés et idéalistes antichrétiens de la gauche.

Le saint pape Pie X aimait bien Charles Maurras, mais parce que Charles Maurras lui semblait aussi un bon allié dans son combat contre le modernisme. "Mieux valait un Maurras qu'un Clémenceau!" Les soeurs du Carmel auraient pu nourrir, de leur côté, de meilleurs espoirs de conversion avec le premier que le deuxième,

:)
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Re: Les catholiques et la droite, voire l'extrême-droite

Message non lu par hussard »

Pour la partie monarchiste, je parlais plus de la période début voire mi-XVIIIème, car il est exact qu'à la Révolution la totalité des députés étaient bien révolutionnaires...
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Message non lu par Nanimo »

Toto a écrit :
Kerniou a écrit :Qui vous dit que les catholiques de gauche soutiennent l'avortement et le mariage pour tous ?
Encore un vieux cliché qui dévalorise, flétrit, accuse et diffame ! ... En quoi la volonté du partage des richesses et la recherche de justice sociale seraient- elles plus contraires au message de l'Evangile que le rejet des étrangers ?
Aucun cliché.
Sur l'IVG : (...)
Sur le mariage, non pas pour tous (cessons la novlangue), mais le mariage entre personnes de même sexe :
(...)
On ne peut nier qu'il y a eu à gauche une conformité sur les questions de laicité, avortement, mariage entre personnes de même sexe qui bafouait et excluait les catholiques. Mais comme je le disais plus haut, la gauche a évolué, que vous en conveniez ou non. Et là, je parviens à me situer.
Maintenant, définir l'extrême-droite... ?
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Cinci
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Re: Les catholiques et la droite, voire l'extrême-droite

Message non lu par Cinci »

Bonjour,
Hussard :
Je pense que vous confondez syndicalisme et corporatisme.
L'Église catholique s'oppose à l'idée marxiste de "lutte des classes", et donc n'a jamais été entiché des syndicats qui enracineraient leurs revendications dans une pareille philosophie d'affrontements. L'Église aimait bien le corporatisme très certainement, tout ce qui pourrait organiquement se rapprocher d'une mentalité d'ancien régime en un sens.

Toutefois, des syndicats catholiques ont pu exister au XXe siècle, puis Rome n'empêchât pas des catholiques d'oeuvrer au sein de syndicats déconfessionnalisés, moyennant ce que j'ai dit.


De plus, le socialisme n'est pas du tout condamné pour son athéisme mais bien sur la base de ses fondements idéologiques (notamment dans le domaine économique).
Il n'existe pas un seul socialisme à mon avis, mais une kyrielle de penseurs socialistes, d'idéalistes ou d'utopistes au départ. L'Église en a contre ceux qui proposent la suppression pure et simple de la propriété privée, si vous parlez d'économie.


Mais ...

Il n'y a pas de Magistère catholique qui excommunie d'emblée le moindre "réformateur social", celui pouvant proposer des modifications à l'organisation du monde du travail, de l'école ou bien de l'environnement urbain (mesure d'hygiène, etc.) Il y a des socialistes athées, tout comme il y a des socialistes qui veulent rester des croyants chrétiens.

Condamner le "socialisme scientifique marxiste qui réfute l'existence de Dieu" c'est une chose, mais ce n'est pas condamner le mouvement coopératif, les idées alternatives, une certaine redistribution de la richesse via l'impôt ou des mesures "socialistes" visant à briser des monopoles injustes, limiter des concentrations de pouvoir et de richesse iniques.
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Re: Les catholiques et la droite, voire l'extrême-droite

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Quadragesimo anno (Pie XI)

  • 37.

    Les idées et les directives de Léon XIII ont été réalisées de diverses manières selon les lieux et les circonstances. En certaines régions, une seule et même association se proposa d’atteindre tous les buts assignés par le Pontife. Ailleurs, on préféra recourir, selon qu’y invitait la situation, en quelque sorte à une division du travail, laissant à des groupements spéciaux le soin de défendre sur le marché du travail les droits et les justes intérêts des associés, à d’autres la mission d’organiser l’entraide dans les questions économiques, tandis que d’autres enfin se consacraient tout entiers aux seuls besoins religieux et moraux de leurs membres ou à d’autres tâches du même ordre.

    38.

    Cette seconde méthode a prévalu là surtout où soit la législation, soit certaines pratiques de la vie économique, soit la déplorable division des esprits et des cœurs, si profonde dans la société moderne, soit encore l’urgente nécessité d’opposer un front unique à la poussée des ennemis de l’ordre, empêchaient de fonder des syndicats nettement catholiques. Dans de telles conjonctures, les ouvriers catholiques se voient pratiquement contraints de donner leurs noms à des syndicats neutres, où cependant l’on respecte la justice et l’équité, et où pleine liberté est laissée aux fidèles d’obéir à leur conscience et à la voix de l’Église. Il appartient aux Évêques, s’ils reconnaissent que ces associations sont imposées par les circonstances et ne présentent pas de danger pour la religion, d’approuver que les ouvriers catholiques y donnent leur adhésion, observant toutefois à cet égard les règles et les précautions recommandées par Notre Prédécesseur de sainte mémoire, Pie X. Pie X, encycl. Singulari quadam, 24 septe ... . Entre ces précautions, la première et la plus importante est que, toujours, à côté de ces syndicats, existeront alors d’autres associations qui s’emploient à donner à leurs membres une sérieuse formation religieuse et morale, afin qu’à leur tour ils infusent aux organisations syndicales le bon esprit qui doit animer toute leur activité. Ainsi il arrivera que ces groupements exerceront une influence qui dépasse même le cercle de leurs membres.


On parle bien de syndicats, le pape Pie XI en parle et comme d'un élément positif. Il évoque des syndicats chrétiens au départ. C'est bien sûr.


... dès 1920, aux élections des prudhommes, la C.F.T.C. (Confédération française des travailleurs catholiques) emportait 40 sièges; peu après elle entrait au Conseil Supérieur du travail, à celui des chemins de fer. Son recrutement était d'environ 15 000 nouveaux membres par année. Ce qui ne plaisait ni aux syndicalistes de la C.G.T. , gênés par cette concurrence, ni aux patrons, mécontents puis furieux, de voir des ouvriers catholiques revendiquer leurs droits avec autant de vigueur, et parfois avec les mêmes moyens que ceux de la C.G.T. Ce fut avec les patrons que la crise éclata d'abord.

Dès 1920, la toute jeune C.F.T.C. intervenait dans la grève des Banques. Des lettres de protestation furent envoyées à Rome, mais tour à tour, Benoit XV et Pie XI refusèrent d'en tenir compte et, à plusieurs reprises, approuvèrent l'action syndicale des Français. [...] En 1920, avait été reconstituée l'Association catholique des patrons du Nord, née en 1884 et qui se proposait nettement pour but l'accomplissement de la doctrine sociale de l'Église, notamment pour ce qui concernait la situation de l'ouvrier, l'existence des syndicats ouvriers chrétiens et la collaboration de ceux-ci pour l'établissement de justes conditions de travail.

En 1924 [...] la grève se prolongeant[dans l'industrie textile à Lille], les syndicalistes catholiques ouvrirent une souscription pour faire vivre les ouvriers et leurs familles.

Alors se produisit une intervention qui devait avoir un énorme retentissement : celle de l'évêque de Lille, Mgr Achille Liénart. Il souscrivit à la caisse de grève [...] Ce fut une explosion de fureur. L'"évêque rouge" fut insulté par la presse de droite, dénoncé à Rome, accusé, lui aussi, de donner dans le marxisme. Déchaînement auquel Pie XI riposta par un geste spectaculaire : en conférant le chapeau de Cardinal au courageux évêque. Cependant que très calme, Mgr Liénart gardait le contact avec les éléments les plus modérés du patronat et, après sept mois de grève ininterrompue, arrivait à rétablir des relations entre eux et des ouvriers, le pape lui fit adresser une lettre qui mettait fin à l'enquête ouverte depuis cinq années. Il y affirmait le droit pour les ouvriers comme pour les patrons de constituer des syndicats.

Cette reconnaissance officielle des droits syndicaux des catholiques eut des conséquences considérables.

La crise mondiale ayant posé de nouveaux problèmes, la C.F.T.C. proposa en 1936 un plan de réforme de l'économie, fondée sur la rénovation de l'entreprise et la création d'un Conseil National économique habilité à contrôler le crédit, dont les deux principaux rédacteurs étaient deux grands catholiques sociaux, Alfred Michelin et Louis Blain, et dont l'influence devait se faire sentir jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Le développement du syndicalisme chrétien en France devint tel que la C.G.T. en prit ombrage et que, profitant de l'arrivée au pouvoir du "Front Populaire" elle essaya de le briser. [...] A la veille de 1939, la C.F.T.C. comptait 500 000 adhérents, répartis en 2384 syndicats; elle avait même des filiales en Afrique du Nord, à Madagascar et jusqu'en Nouvelle-Calédonie. Elle avait mis sur pied 900 cours professionnels, des centaines de caisses de chômage, des mutuelles, des secrétariats populaires. On put estimer que le quart des ouvriers et employés de France s'y rattachaient.

Daniel-Rops, Un combat pour Dieu, p. 440
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