Bonjour Popeye.
Les jours passent sans que je prenne au moins le temps de vous remercier de nous avoir gratifier de cet excellent exposé sur le sujet de l’infaillibilité, j’en suis confus. Il m’a permis d’y voir plus clair sur certains points, vraiment merci beaucoup.
Bien plus modestement, j’aimerais à mon tour éclaircir non pas un point de doctrine, mais tout simplement certains de mes propos puisque manifestement ils sont pas suffisamment clairs pour que vous et moi y lisions la même chose.
popeye a écrit :Vous continuez comme suit : « Aujourd'hui, il faut se rendre à l’évidence, plus personne ne peut juger la FSSPX (ce qui ne va pas sans poser pour elle des problèmes en cas de litiges internes - ce n'est pas rare -, problèmes qui seraient comiques si la situation n'était à pleurer). Cette situation n’est pas catholiquement tenable. » Que cette situation soit inouïe et qu’il faille y remédier, oui ! Que plus personne ne puisse juger de la FSSPX, non ! Le Pape peut user de l’infaillibilité et dirimer la controverse. Il le peut ! Ne dites donc pas que personne ne peut.
Vous avez entièrement raison de me reprendre. Mon propos était en fait de dire que la FSSPX ne recevait de jugement de personne, ou plus exactement qu’à ce jour la Fraternité ne reconnais aucun jugement - pontifical ou pas d'ailleurs - à son encontre. Ainsi donc, je reconnais que le pape a le pouvoir d’user de l’infaillibilité, mais je maintiens qu’il n’en usera point parce que comme vous le faites remarquer, «
l’usage de l’infaillibilité est une question d’opportunité », et je ne pense pas qu’il soit jugé opportun d’en user ici. Remarquez bien que je me gourre peut-être complètement, et à la vérité je serais heureux de manger mon chapeau, mais en premier lieu, il me semble votre exposé montre bien qu’il y a encore largement la place pour contester la qualification d’infaillibilité d’une quelconque décision pontificale (je veux dire, pour ceux qui ont fait vœu de contestation bien sûr, parce que pour moi c’est direct, pas la peine d’infaillibilité et de Magistère universel synchronique, je m’aligne et basta) et de ce point de vue, ce qu’a dit Mgr Bertone, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, est d'une vérité criante : «
l’infaillibilité devient alors la mesure dominante de tous les problèmes d’autorité, au point de remplacer de fait le concept d’autorité par celui d’infaillibilité. » Très bien dit, Monseigneur.
En second lieu, vous dites, toujours au sujet de l’opportunité de l’usage de l’infaillibilité, que : «
la FSSPX pose un problème tout à fait inédit dans l’histoire de l’Église, encore que ses détracteurs fassent volontiers un parallèle avec l’affaire janséniste. À situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle ». Le parallèle avec l’affaire janséniste est en effet pertinent, mais bien moins que celui avec l’affaire de la
Petite Église. Qui plus est, on ne peut même pas dire que ce sont les détracteurs de la FSPPX qui en fassent état, les membres de la Fraternité le font tout seuls comme des grands.
(ce qui suit sur la Petite Eglise est pompé de l'excellent site jésusmarie)
Ainsi, dans son sermon du lundi de Pentecôte 2003 à l’extérieur de la Basilique du sacré-Cœur à Montmartre Monsieur l’abbé de Cacqueray, Supérieur du District de France de la FSSPX a comparé la situation actuelle de l’Église avec celle de l’Église de France en 1801, au moment de la signature du Concordat entre Pie VII et Napoléon :
«
Je voudrais, pour notre fortification intérieure, rappeler une comparaison dont se servit Monseigneur Lefebvre au cours de la période éprouvante des sacres. Nous voici quinze ans après, mais elle demeure aussi actuelle. »
Dans sa comparaison, Mgr Lefebvre (et son successeur Mgr Fellay) sont dans la position de Pie VII : l’un et l’autre sont face à un ennemi révolutionnaire, Napoléon dans un cas, Jean-Paul II dans l’autre. Si l’on en croit l’abbé de Cacqueray, Pie VII a eu grand tort de négocier avec Napoléon, pour la bonne et simple raison qu’il aurait dû se douter qu’on ne tracte pas avec un Révolutionnaire, et l’abbé de rapeller les fameux Articles Organiques : «
Devant les propositions romaines, il disait qu’il se trouvait dans une situation comparable à celle du pape Pie VII face à Napoléon au moment de la signature du Concordat de 1801. " Si je signe, disait Monseigneur, Jean-Paul II m’imposera plus tard des articles organiques " »
Toujours selon le jugement de cet abbé, Mgr Lefebvre ou Mgr Fellay auraient donc eu raison de ne pas vouloir renouveler l’erreur de Pie VII en refusant les accords entre Rome et la FSSPX.
Faisons remarquer simplement ceci :
D’une, Pie VII au moins avait le souci de préserver l’Unité de l’Église en évitant le schisme.
De deux, nonobstant les Articles Organiques, contre lesquels Pie VII a toujours protesté, la soumission aux décrets du Souverain Pontife n’a jamais fait l’objet du moindre doute pour les catholiques sauf justement par ceux qui ont sombré dans le schisme de la Petite Église et qui ont été excommuniés. Évidemment qu’il eût mieux valu un Concordat sans Articles Organiques, mais même avec ceux-ci ce Concordat était meilleur qu’un schisme de l’Église de France.
Et de trois, tous les Souverains Pontifes successeurs de Pie VII ont loué le Concordat de 1801 ; tous les pasteurs se sont réjouis des fruits de grâce qu’il a permis à l’Église de France de produire. Il faut attendre Mgr Marcel Lefebvre et ses épigones pour entendre donner la leçon au courageux Pape du début du XIX°.
Mais cet excès nous donne l’occasion de nous pencher un peu sur ce schisme de la Petite Église et de constater les points communs entre la FSSPX et la Petite Église dissidente.
Commençons par quelques extraits de la
Lettre Pastorale du Cardinal Pie, en date du 25 octobre 1851 :
« Au sein de notre catholique Vendée subsistent toujours plusieurs de ces intéressantes familles qui, au sortir des douloureuses épreuves de la fin du siècle dernier, n'ont pas trouvé que l'Église leur mère eût été assez rigoureuse envers l'irréligion révolutionnaire, et qui, repoussant le Concordat comme une transaction indigne de l'Épouse de Jésus-Christ, se sont retranchées dans une société de Dissidents connue sous le nom de Petite-Eglise : âmes infortunées, qu'un excès respectable dans son principe entraînera bientôt, par l'absence des enseignements comme des sacrements qui confèrent la lumière et la grâce, dans une dégradation que le culte des traditions domestiques, déjà si négligées par la nouvelle génération est impuissant à prévenir.
(…)
Frères bien-aimés, qui n'avez point été séparés de nous par un esprit d'impiété, mais par un zèle qui n'est pas selon la science, et par les funestes conseils des guides trompeurs qui ont égaré vos pères au commencement de ce siècle.
En effet, lors du dernier Jubilé universel, promulgué en l'année 1826 par le pape Léon XII, ce vénérable pontife n'eut rien plus à cœur que d'y faire participer tous les enfants de la religieuse Vendée. C'est pourquoi il adressa une magnifique et touchante exhortation aux dissidents de France, et principalement du diocèse de Poitiers, vulgairement appelés anti-concordatistes. Plus tard, le pape Grégoire XVI ayant accordé un Jubilé extraordinaire à l'occasion de son avènement sur la chaire de saint Pierre, il eut à cœur de répandre de nouveau cette EXHORTATION, qu'il avait lui-même rédigée autrefois sur la demande de Léon XII. Et, en toutes circonstances, ce pontife de sainte mémoire s'enquérait avec un vif intérêt de tout ce qui a rapport à la Dissidence. C'est ainsi, N. T.-C. F., qu'un vos compatriotes du Bocage, M. l'abbé Cousseau, aujourd'hui évêque d'Angoulême, ayant fait le voyage de Rome en l'année 1841, le pape Grégoire XVI, après l'avoir longuement interrogé et entretenu à votre sujet, lui remit en main propre un exemplaire de cette Exhortation, qui est déposé aux archives de notre évêché. Cet imprimé, sorti des presses de la Chambre apostolique, ne saurait avoir un caractère plus authentique. Enfin le digne prélat qui gouverne aujourd'hui l'évêché de La Rochelle a reçu également des mains du pape cette pièce importante, qu'à son retour en France il s'empressa de publier dans son diocèse. Nous insistons à dessein sur ces particularités, N. T.-C. F., parce que nous savons que l'on cherche toujours à élever des doutes dans votre esprit contre toute communication venant de Rome ; et il nous a paru que vous ne voudriez ni suspecter la véracité d'un des hommes qui honoreront le plus votre pays dans l'histoire de notre Église, ni récuser l'autorité de l'évêque auquel vous devriez presque tous l'obéissance, si le Concordat que vous repoussez n'existait pas.
Nous vous conjurons donc de faire un retour sur vous-mêmes, et de vous demander ce que vous êtes comme Église, comme assemblée religieuse, vous qui avez la prétention de former, à vous seuls, l'Eglise orthodoxe et véritable.
L'Eglise, votre catéchisme vous l'avait appris avant votre séparation, c'est l'assemblée de tous les fidèles chrétiens gouvernés par notre saint-père le pape, vicaire de Jésus-Christ, et par les évêques. Or, le pape, vous le rejetez, et vous dites que depuis le commencement de ce siècle le siège apostolique n'a été occupé par aucun successeur légitime du prince des apôtres. Ou bien, si vous reconnaissez dans les divers pontifes qui ont occupé la chaire de Pierre les véritables chefs de l'Église, que pouvez-vous penser de vous-mêmes, puisque tous ces papes ont solennellement déclaré que vous étiez dans l'erreur et dans le schisme ? Cependant, vous le savez, c'est sur Pierre que Jésus-Christ a bâti Son Église ; et toute construction qui ne repose pas sur ce fondement n'est qu'une ruine détachée de l'édifice divin. Votre assemblée, qui n'est point gouvernée par notre saint-père le pape, n'est donc pas l'Église chrétienne ; et saint Jérôme vous dira que c'est être disciple de l'Antéchrist, et non de J.-C., antichristi esse, non Christi (S. Hier. Epist. xv, ad Damasum), que d'être séparé de la communion de Pierre.
Relisez votre catéchisme, votre catéchisme d'avant le Concordat, votre catéchisme de La Rochelle ; il vous dira : L'Eglise est l'assemblée de tous les fidèles chrétiens gouvernés par notre saint-père le pape, vicaire de J.-C. sur la terre, et par les évêques. Puis, considérez votre état, et voyez que vous n'avez ni pape, ni évêques pour vous gouverner. Et concluez que vous n'êtes pas de l'assemblée des chrétiens fidèles, et que vous ne faites pas partie de l'Église. La conséquence est inévitable, en même temps qu'elle est affreuse. Car c'est un principe fondamental que nul n'aura Dieu pour père, s'il n'a l'Église pour mère.
Ah ! vous êtes un corps sans tête, et par conséquent un corps sans vie, dépourvu de cette organisation compacte que saint Paul a si bien décrite comme un caractère essentiel de l'Église ; de cette organisation qui se trouve toujours dans notre société orthodoxe, où le simple fidèle reçoit la doctrine et la grâce par le ministère de son curé, qui lui-même reçoit tous ses pouvoirs de son évêque, lequel à son tour a été institué par l'autorité du pape, qui est le vicaire et le représentant de J.-C. C'est par ces vaisseaux et par ces liaisons diverses qu'au milieu de nous l'esprit et la vie de J.-C. se communiquent aux chrétiens selon la mesure de chacun, et que tout le corps se forme, s'édifie et prend de l'accroissement (Ephes., iv, 16).
Enfin, N. T.C. F., comment vous justifierez-vous à vous-mêmes la manière profane ou ridicule dont se contracte parmi vous le mariage, cet acte important de la vie chrétienne, que saint Paul appelle un grand sacrement en Jésus-Christ et en Son Église ? Il est pénible de tenir ce langage à des hommes qui se disent chrétiens, mais il n'est que trop vrai que vos mariages sont nuls devant l'Église. Vous êtes mariés comme des païens et des idolâtres ; et tandis que vos ancêtres, pour ne pas se soumettre aux exigences du pouvoir temporel qui avait séparé les formalités civiles de la bénédiction religieuse, pour ne pas user du ministère des prêtres qui n'étaient pas en communion avec le Saint-Siège allaient chercher au fond des bois et dans des antres reculés les prêtres orthodoxes pour consacrer leurs unions, la plupart d'entre vous se contentent maintenant de l'acte civil, et passent leur vie dans un commerce que la religion ne saurait jamais regarder comme légitime. D'autres, en moindre nombre, ont recours à certaines pratiques par lesquelles ils croient donner à leurs mariages une apparence de consécration religieuse. Il nous suffira de les raconter ici pour vous en faire toucher du doigt le ridicule et la nullité. Nous vous avons dit que depuis un certain nombre d'années il n'y avait plus, dans ce diocèse ni dans les diocèses voisins, de prêtres dissidents. Bientôt il n'y en aura plus nulle part, et alors nous nous demandons comment vous pourrez faire. En attendant, on en a découvert un (d'autres disent deux), qui habite une grande ville du Midi bien éloignée. Et voici de quelle manière usent de son ministère ceux d'entre vous dont la conscience est plus timorée. Les riches, et ils sont en bien petit nombre, se rendent réellement auprès de lui (c'est ce qui est arrivé depuis peu), et reçoivent de ses mains la bénédiction nuptiale : bénédiction sacrilège, nulle évidement, parce que ce prêtre, séparé de l'Église, sans communion avec aucun évêque, sans communion avec le souverain pontife, est dépourvu de toute espèce de juridiction et n'accomplit aucune des conditions auxquelles est attachée, d'après les saints canons, la validité du sacrement. Voilà ce que font les plus aisés. »
Voici maintenant quelques extraits de la
Réponse à l’avocat de la Petite Eglise, rédigée par le
Père Barruel, éminent contre-révolutionnaire et qui a, j'en suis sûr, cher Popeye, toute vos faveurs.
Mais tout d’abord quelques lignes de présentation, par l’abbé Barruel lui-même :
Sous le titre d'Étrennes extraordinaires, curieuses, véridiques, nécessaires à tous ceux qui croient en Jésus-Christ et à Son Eglise, il a plu à M. Mériel-Bucy de publier une brochure qu’il intitule aussi Mémoire justificatif de ce qu’on appelle en France la petite église.
On peut, en effet, assurer les amateurs d'Étrennes, qu’ils trouveront dans celles-là des choses vraiment aussi extraordinaires que dans tous les almanachs de Liège et de Nuremberg ; car il ne s’agit de rien moins que de nous apprendre comment une église de quelques jours est devenue tout-à-coup, la plus ancienne, la plus grande de toutes les Églises, et surtout comment elle a acquis le droit d’excommunier le Pape Pie VII, qui a fait les concordats et tous ceux qui s’y soumettent.
Ne considérons cependant ici M. Mériel-Bucy que comme l’avocat zélé, un peu ardent, virulent même, de toute sa petite église. Sous ce point de vue, je le crois réellement de la meilleure foi du monde : aussi excuserai-je volontiers, comme il excuse lui-même toutes les injures qu’il prodigue à nos Évêques, à nos prêtres et au Pape. Mais précisément, parce que de la meilleure foi du monde, il prend ce ton certain de confiance qui en impose à la simplicité de certains lecteurs, j’espère qu’il voudra bien me pardonner ce que je vais me permettre d’opposer, d’abord aux raisons qu’il allègue en faveur de sa petite église, et ensuite à tout ce qu’il nous dit de la conduite du Pape, et de celle de notre Eglise, qu’il aurait moins calomniée, s’il l’avait mieux connue.
Examinons maintenant les arguments de la petite Eglise et les réponses de l'abbé Barruel, elles sont, vous allez voir, d'une actualité étonnante.
Arguments de la Petite Eglise
Raisonnement de M. Mériel-Bucy, défenseur de la cause de la Petite Eglise :
"Avant la révolution française, j’appartenais à l’église gallicane ; on ne saurait nier que cette Eglise ne fut une partie de la véritable et ancienne Eglise catholique, apostolique et romaine ; depuis cette époque, je n’ai pas du tout changé ; je n’ai fait aucun serment, et surtout je ne suis pas devenu Concordatiste ; donc je suis encore dans la véritable et ancienne Eglise catholique, apostolique et romaine ; donc c’est au contraire l’Eglise concordatiste qui est elle-même une Eglise nouvelle et fausse, schismatique et hérétique, etc."
Réponse du Père Barruel
"Assurément l’argument est en forme et je ne crois pas que M. Mériel-Bucy me soupçonne d’avoir cherché à l’affaiblir ; qu’il veuille cependant peser un instant la réponse qu’on peut lui faire. Vous prétendez, dites-vous, appartenir encore à notre ancienne Eglise gallicane, et n’avoir rien changé à votre foi ; il nous semble au contraire que vous l’avez étrangement abandonnée, et que la preuve en est facile.
Dans cette ancienne Église gallicane on croyait et l'on y croit encore que tout Pape reconnu par l’Église a une autorité de droit divin à laquelle tout chrétien doit une obéissance vraie, franche et sincère pour tous les objets religieux. C’était là la foi de ces anciens évêques de France, saint Irénée, saint Eucher, saint Avit, saint Hilaire et de tout ce qu’il y a eu de docteurs les plus respectables dans notre ancienne Église ; c’est là au moins ce que Bossuet nous dit dans son célèbre discours de l’Unité.
Je veux bien ici vous épargner les détails de cette antique doctrine et tradition jamais interrompue dans notre ancienne Église gallicane : mais au moins faudra-t-il que vous prêtiez un instant l’oreille à ce saint Thomas si justement appelé l’ange de l’école et spécialement l’ange de cette école parisienne dont il fut d’abord l’élève et devint la lumière. Vous apprendrez de lui que rien n’est moins laissé à notre choix, qu’il est au contraire de nécessité de salut d’être soumis et d’obéir au Pontife romain dans ce qui a rapport à la religion (subesse romano Pontifici est de necessitate salutis, Contra græc).
Vous qui aujourd’hui tenez à gloire votre résistance et celle de votre petite église, au pape Pie VII, réfléchissez-y bien ; et dites-nous s’il est bien vrai que vous n’ayez pas du tout changé, que vous ayez encore sur le Pape la même foi que cette ancienne Église gallicane
Trop malheureusement nous pouvons faire à M. Mériel-Bucy et à ses adhérents un bien autre reproche, celui d’avoir oublié, ou changé, altéré la définition, les notions de l’Eglise, communes à tous les catéchismes, à toutes les écoles des catholiques.
Qu’est-ce en effet que l’Eglise suivant les catéchismes, comme suivant tous les théologiens ? C’est la société des hommes unis par la même foi en Jésus-Christ, admettant les mêmes sacrements, sous la conduite des Pasteurs légitimes, et spécialement sous l’autorité du Pontife romain. Voilà certainement ce qu’avait appris, dans son enfance, Mr Mériel-Bucy en apprenant son catéchisme.
Alors encore si on lui avait demandé qu’est-ce donc que le schisme ? Il aurait répondu :
"C’est le crime de ceux qui méconnaissent leurs Pasteurs légitimes, et spécialement le Pape, chef de tous les Pasteurs ; de tous ceux qui se font une église à part, et rompent le lien de cette unité si souvent recommandée par Jésus-Christ".
Ou je me trompe bien ou la conséquence la plus naturelle de ces notions si généralement reçues, sera que M. Mériel-Bucy et ses adhérents, en renonçant aussi formellement qu’ils ont fait à la communion du Pape, à celle des Pasteurs qu’il leur avait donnés, se sont réellement créer une église toute nouvelle, et sont tombés dans tous les inconvénients du schisme.
Plaignons-les, et s’ils prétendent avoir eu de fortes raisons pour rompre avec le Pape, disons-leur avec saint Augustin qu’il n’y a jamais de cause légitime et nécessaire de rompre l’Unité, præscindendæ unitatis nulla est justa necessitas.
Disons-leur encore avec saint Cyprien et tous les anciens Pères, que le principe de cette Unité est dans le Siège de saint Pierre ; disons-leur surtout avec saint Thomas, que l’Église ayant Jésus-Christ pour chef, et que le Pape étant dans l’Église le vicaire, le lieutenant de Jésus-Christ, il s’ensuit qu’on doit tenir pour schismatiques, non seulement ceux qui refusent d’obéir au Pape, mais encore ceux qui refusent de communiquer avec les membres de l’Église, qui sont soumis au Pape."
Arguments de la Petite Église
"En refusant de communiquer avec Pie VII, nous ne nous séparons pas du Siège apostolique, nous n’avons pas rompu l’Unité ; nous ne sommes donc pas schismatiques."
Réponse du Père Barruel (ceci est pour votre 3°, cher Popeye)
"Dans le commencement du dernier siècle, il existait une autre petite église, celle des Jansénistes d’Utrecht. Cette petite église prétendait aussi être en communion avec le Saint-Siège, sans l’être avec le Pape ; et voici la réponse que fit à cette prétention le savant auteur de l’histoire de l’Église gallicane dans le traité du schisme :
"C’est ici, nous dit-il, c’est ici un misérable subterfuge auquel les nouveaux schismatiques ont recours pour ne pas effaroucher les peuples qu’un reste de religion attache encore à la Chaire de Saint Pierre : contraints de reconnaître qu’ils sont exclus de la communion du Pape qui les a déclarés schismatiques, ils prétendent qu’ils demeurent dans la communion du Saint-Siège, comme si la communion du Saint-Siège n’était pas en effet la communion du Pape et de l’Eglise de Rome. Il était réservé à la plus fourbe des hérésies d’avoir recours à une distinction si frivole, inconnue à toutes les hérésies". (Traité du schisme, chap. 4.)
Gardons-nous bien pourtant de nier qu’il y a une certaine différence entre le Siège et le Pape ; comme il y en a une entre le trône et le souverain, entre la chaire et le docteur même, entre la maison de Sorbonne et ses professeurs. Mais qui fut jamais assez insensé pour s’arrêter à ces distinctions matérielles, pour ne pas sentir qu’en parlant d’un édit émané du trône, on entend un édit émané du prince, qu’une bulle du Saint-Siège est une bulle du Pape même ; et que par conséquent être communion avec le Saint-Siège, c’est l’être avec le Pape ?
Tout cela me paraît si évident, aux yeux du sens commun, que je croirais fort inutile d’inviter M. Mériel-Bucy à en chercher les preuves dans l’auteur que je viens de citer. Je le prierai seulement d’y observer ce passage de Saint Pierre Damien dans sa lettre au Pape Alexandre :
"C’est vous qui êtes le Saint-Siège ; c’est vous qui êtes l’Eglise de Rome ; ce n’est point à la fabrique de pierre que j’ai cru devoir m’adresser pour me décharger du fardeau que je ne pouvais porter ; mais à ceux en qui réside l’autorité de cette Eglise".
Ne dirait-on pas que ce Saint Évêque avait déjà prévu et voulait faire sentir toute l’absurdité de cette distinction que M. Mériel-Bucy s’avise d’emprunter d’une autre petite église, hautement reconnue pour schismatique.
Avec un peu de logique il serait facile à M. Mériel même de reconnaître que sa petite église n’étant point en communion avec le Pape, ne l’est pas davantage avec le Saint-Siège ; que très certainement encore elle n’est pas cette église ancienne, une et apostolique, dont le centre d’unité a toujours été dans la personne de saint Pierre et des Papes ses successeurs.
Vainement cherche-t-il à autoriser sa séparation sur les chutes réelles ou prétendues de Libère et d’Honorius ; s’il avait un plus étudié ces questions-là, il parlerait, je pense, avec un peu moins de légèreté de ces deux Papes. De Libère d’abord, dont il n’est rien moins que certain qu’il ait signé une formule hérétique ; d’Honorius ensuite, dont la prétendue excommunication ne se trouve que dans des actes falsifiés par les Grecs.
Mais ce sont là des discussions critiques, genre dans lequel M. Mériel ne semble pas s’être beaucoup exercé. On ne voit pas même qu’il ait la plus légère connaissance des conciles soit particuliers soit généraux. Au moins voudrais-je qu’il eût jeté les yeux sur le dixième canon du huitième concile œcuménique ; là il aurait appris que tout prêtre qui, sous prétexte d’un crime quelconque à lui connu, renonce à la communion de son Patriarche ou de son Métropolitain, (et à plus forte raison du Pape), avant que ce prétendu crime n’ait été jugé et condamné par un concile, que tout prêtre, dis-je, coupable de cette séparation, doit lui-même être condamné à perdre et son rang, et toutes ses fonctions dans l’Eglise ; que tout laïque participant au même schisme, doit être privé de toute communion dans l’Eglise jusqu’à ce qu’il ait expié sa faute par une vraie conversion et par sa pénitence.
Je laisse à tous ces prêtres et tous ces laïques que pourrait avoir séduits la mémoire ou l’exemple de M. Mériel-Bucy le soin d’en conclure, si avant de renoncer à la communion du Pape Pie VII, ils ne devaient pas au moins attendre le jugement d’un concile œcuménique, au lieu de croire en hommes imprudents et crédules tout ce qu’il plaît à un avocat plus imprudent encore, de leur raconter sur la conduite de ce Pape, que je vais leur faire connaître plus fidèlement qu’on ne le fait dans leur petite église.
(...)
Voici donc en général comment se passait la réception de ces Évêques réfractaires, ou soupçonnés de l’être.
Le Pape assisté d’un Cardinal et d’un autre Prélat n’admettait en sa Présence ces anciens intrus que dans l’espoir de leur conversion ; avant de leur permettre de lui adresser la parole, il se hâtait de leur demander s’ils venaient réellement se soumettre à tous les décrets du Saint-Siège sur les affaires ecclésiastiques de la France ; lorsqu’il les voyait hésiter il reprenait, en les pressant de répondre positivement à cette question : êtes-vous soumis à ces décrets et prêts à y souscrire ?
Ceux qui répondaient oui, et signaient la formule de cette soumission, recevaient, en preuve de leur réconciliation et de la bienveillance du Pape, sa bénédiction ; les autres au contraire étaient honteusement éconduits au signal que donnait le Pape, en leur tournant le dos.
L’Archevêque Le Coz entre autres, introduit par M. de Pancemont, au lieu de se soumettre, comme il l’avait fait espérer à son introducteur, commença par haranguer le Pape pour justifier sa conduite passée. Sans lui permettre de continuer, vous venez à moi, lui dit le Pape, comme un docteur qui veut argumenter, non comme une brebis qui se soumet à son Pasteur : Retirez-vous, Accedis ad me tanquam doctor argumentandi causa, non tanquam ovis submissionis gratia : Discedito.
Arguments de la Petite Église
M. Mériel-Bucy déclare hautement ne voir dans les hommes opposés à ses opinions sur le Pape et le concordat, que des schismatiques, des excommuniés, des ennemis de l’Autel et du Trône avec lesquels il n’est plus de mesure à garder.
Suivant M. Mériel-Bucy, nous serions excommuniés et schismatiques, parce que nous avons cru devoir nous soumettre au Concordat et aux Décrets du Pape Pie VII ; et M. Mériel-Bucy n’aurait évité l’excommunication qu’en résistant à cette autorité des Souverains Pontifes à laquelle toute notre Eglise gallicane a toujours hautement reconnu que tout chrétien devait obéissance.
Réponse du Père Barruel
D’un côté, vous M. Mériel-Bucy, vous condamnez, et pas absolument sans raison, les articles organiques comme abolissant la juridiction du Pape ; et de l’autre, vous avez soin d’ajouter que cette juridiction lui appartient de droit divin. Mais cette juridiction de droit divin qui est-ce donc qui en viole le droit plus hautement que vous ? D’abord en refusant obéissance aux Décrets émanés de Sa Sainteté, ensuite en déclarant le Pape schismatique, ce qui sape par le fondement même toute cette juridiction de droit divin.
Oh ! pour le coup, la contradiction est un peu forte, et je ne vois pas trop comment l’expliquer si ce n’est par une de ces distractions qui ressemblent à ces rêves sans ordre, sans accord, sans ensemble, auxquels bien des gens sont sujets, et dont toute la bonne foi n’exempte pas toujours.
Réellement impressionnant, n’est-ce pas ? ces similitudes d’attitudes, de dénégation, de mauvaise foi.
Avant de finir, je réponds tout de même à ceci :
popeye a écrit :Quant à l’indefectibilité, elle n’est que l’addition de la perpétuité, de la sainteté et de l’infaillibilité. À supposer vraies les thèses de la FSSPX, en quoi l’Église cesseraient-elle d’être perpétuelle, sainte, infaillible ? En rien !
Tout de même, affirmer avec cette constance que le Nouvel Ordo ne contient pas la doctrine catholique et que l’Église a donné du poison à ses enfants en promulguant le nouveau Missel me paraît difficilement conciliable avec son charisme d’infaillibilité. On ne parle pas là d’agencement de stands à la vente de charité de la paroisse mais d’erreur dans le Magistère dans une matière qui concerne directement le salut.
popeye a écrit :Au prochain numéro : l'état de nécessité.
Je l'attends avec impatience.
Je vous souhaite un saint Avent, cher Popeye.
Au plaisir de vous lire, Marchenoir.
Il n'y a qu'une tristesse, c'est de n'être pas des saints (Léon Bloy, La Femme Pauvre)