La Périchorèse

« Assurément, il est grand le mystère de notre religion : c'est le Christ ! » (1Tm 3.16)
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Joé
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La Périchorèse

Message non lu par Joé »

Bonjour à tous!
J'ai l'année dernière évoqué l'entreprise de recherche spirituelle dans laquelle je suis engagé depuis déjà plusieurs années (j'ai 25 ans); certes je n'ai pas la foi et je suis engagé dans une autre religion (bouddhisme), ce qui ne m’empêche pas pour autant d'apprécier de nombreuses choses dans le christianisme, en particulier le message du Christ.

Je viens, à l'occasion d'une lecture, de tomber sur le concept de périchorèse. Ce concept semble répondre à une question qui m'a toujours intéressée sans que je sois capable d'en trouver une réponse satisfaisante. Comment Dieu peut être divisé en trois tout en étant un? Je veux dire, comment l'Eglise explique cela d'une manière satisfaisante, et pas seulement simplificatrice du genre d'un prêtre qui répondrait à un paysan analphabète, "Et bien les voix du Seigneur sont impénétrable mon fils, et fais dix Ave Maria..."; je ne supporte pas cette pratique bas-de-gamme de la religion qui frôle la pure superstition, alors qu'il y a eu des théologiens comme Saint Thomas d'Aquin qui ont su rendre parfaitement intelligible cette religion, et d'une manière vraiment brillante, mais il est vrai, difficilement compréhensible pour la plupart des gens qui n'ont pas son érudition, ou un minimum d'éducation classique.

Donc, enfin, j'entrevois une piste satisfaisante, cela dit, c'est peut dire que l'on ne trouve pas ce mot à tout les coins de rue! A se demander si les chrétiens (pas les intellectuelles chrétiens, mais bien le peuple) en a déjà entendu parler?!

J'aimerais donc, parce que vous êtes sans doute plus en mesure que moi d'en comprendre la portée et les significations, en discuter avec vous.

D'après le site Eglise catholique.fr, la définition serait: "Appelé circumincession par les Latins. Ce terme désigne ce qui unit les Trois Personnes de la Trinité; union consubstantielle (inséparable) dans un mouvement incessant d’amour par lequel le Père engendre le Fils dans l’Esprit."

Donc on est d'accord, trois personnes, une seule essence divine? Ce concept de périchorèse est apparemment également utilisé pour définir la nature du Christ (le fait qu'il soit à la fois humain et Divin).

Est-ce à dire que Dieu est ESSENTIELLEMENT amour? Que c'est au fond ce qui le définit, qui lui donne son unité et qui abolit les contradictions?

Il semblerait que ce qui est incompréhensible, contradictoire du point de vue de la raison, soit résolu par la périchorèse qui serait un principe d'amour unificateur en mouvement.

Partant de là, je pense être en mesure d’affirmer, que la plupart des croyants sont loin de se douter que l'amour a cette importance-là et ce rôle-là dans le christianisme. On sait que "Dieu est amour", mais la plupart des gens interprète ça comme une façon ampoulée de dire "Dieu vous aime", mais l'amour est si galvaudé aujourd’hui que pour nos contemporains ça veut à peu près dire la même chose que "Dieu vous aime, comme vous aimez votre petit copain, ou votre frère".

Hors, si l'amour est au centre même de l'unité de la trinité, et donc de l'essence de Dieu; dire que Dieu est amour c'est dire quelque chose d’infiniment plus profond que seulement "Dieu vous aime".

Cela signifie aussi que l'amour est très loin de n'être qu'un sentiment d'affection très poussé comme on aurait tendance à le penser aujourd'hui!! Cela revient à dire que puisque l'amour est partie prenante de l'Essence divine, que Dieu est le créateur de toute chose, alors l'amour est en quelque sorte au fondement de l'existence de toute chose, qu'il est ce qui rend possible l'impossible (la "double nature" du christ) possible, qui va au delà des limites de la raison humaine, et surtout que Dieu EST vraiment AMOUR.

A ce moment-là de mon raisonnement, j'aimerais avoir votre avis. Est-ce que je vais trop loin? Est-ce que des notions ou subtilités m'auraient échappées? Est-ce que je délire complètement?

En outre, cela me permet de réinterroger complètement le rapport qu'entretien l’Église avec le sexe et le mariage.
A la réflexion, on a longtemps reproché au XXe siècle à l’Église, de brider la sexualité des gens, certes c'est indéniable, mais on a aussi complètement oublié l'importance cruciale de l’Église dans la promotion du mariage d'amour (concept qui n'allait pas de soit!!!).

Du coup je me pose la question: Cet amour que l’Église promeut, qu'elle veut au fond faire surgir dans les cœurs de tous les hommes, car il semblerait être le meilleur moyen de s'unir à Dieu (il me semble, là aussi vous pouvez m'arrêter), et que l'entretenir en nous est une base de la pratique religieuse, mais aussi nous le faire expérimenter à l'encontre de nos "prochains", et en l’occurrence de notre époux(se)_ ne serait-ce pas une volonté de traduire effectivement, dans tous les aspects de notre existence, cette essence divine, ce souffle créateur au fond que serait l'amour? D’ailleurs ne serait-ce pas un concept cosmogonique plutôt qu'un "sentiment"?

En allant plus loin, cette propriété que l'amour (du point de vue chrétien, qui au fond n'a sans doute pas grand chose à voir avec le simple fait d'avoir de l'affection pour quelqu’un, et a fortiori, le sentiment très physique de passion) aurait, par l'intermédiaire de la périchorèse, d'unir ce qui nous apparaît impossible à unir, d'abolir les contradictions (et donc homme, femme, proches, inconnu, humain, divin), ne serait-elle pas la raison pour laquelle l’Église cherche tant à la promouvoir dans le but d'une unification du genre humain presque sur le même mode que l'unité de la Trinité? Ne faire plus qu'un avec sa moitié, devenir consubstantielle, et expérimenter, grâce à cette consubstantialité, la nature divine, toucher du doigt ce qu'est l'amour de Dieu? Bref est-ce cela s'unir à Dieu?
Dans ce cas c'est très beau, car l'amour serait au fondement de ce qu'est Dieu, de l'unité de la Trinité; ce serait par amour qu'il nous aurait crée, et en expérimentant cet amour unificateur et créateur, nous perpétuerions l'acte enfantant de Dieu, par notre propre capacité à nous reproduire.

Voilà ce sont quelques réflexions que je viens à peine d'ébaucher, et je serais ravis que vous me donniez votre avis, et surtout des références bibliographique sur ces concepts!!!
Et merci de m'avoir lu jusque là :)
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Héraclius
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Re: La périchorèse

Message non lu par Héraclius »

Bonjour,

Vous n'allez pas "trop loin", bien au contraire, vous touchez le coeur du message chrétien (dans ce qu'il a de plus opposé au Bouddhisme à mon sens, d'ailleurs :p ).

L'Amour n'a en effet rien d'un sentiment. C'est un acte, un acte volontaire ; à mon avis la liberté est une des propriété exclusives de l'Amour. Nous sommes tous appelés à aimer sans retenue, pour entrer dans la Communion des Saints, c'est à dire dans un union d'amour avec notre prochain et Dieu. De par-là, nous participons à l'essence divine, à l'Amour de Dieu, et accèdons au Salut.

Seulement, la beauté de ce "concept" (un mot bien réducteur ^^) est dans sa radicalité. Dieu est Amour, il nous a créé pour entrentenir une relation d'amour avec nous. Mais ce n'est pas facile. C'est même absolument impossible de par nos propre force. Nos âmes sont noires, noires, noires.

Par ailleurs, l'Amour matrimonial (un mot qu'il est pas très romantique :-D ) n'est qu'une facette de l'Amour à laquelle nous appelle Dieu. Ne lui donnez pas une importance trop grande, car c'est un Amour finalement assez facile ; aimer sa femme n'est pas aimer ses enemis. Par contre, il est vrai que le mariage est souvent vue comme une allégorie du rapport qu'entretiennent Dieu et l'Eglise, l'Humanité. On retrouve cette figure développée dans le Cantique des Cantiques de la Bible.

Enfin, si l'Amour a une telle importance, c'est que tout doit lui être subordonné. Le plaisir n'est pas un bien en soit, la souffrance n'est pas un mal en soit. C'est ce que notre société actuelle ne peut comprendre. L'Amour est le bien et le "Désamour" le mal. Ainsi, une activité qui ne fait de mal à personne mais vous amène à cultiver des valeurs de désamour (bien souvent l'orgueuil) est un mal car elle noirci notre âme. Le plaisir égoïste est un excellent exemple de cela.



Pour les référence bibliographiques, j'ai du mal à penser à quelque chose en particulier. Vous touchez tellement au coeur, au fondement de la foi ! Peut-être les Pères du Désert. Ceux-là savaient parler d'Amour. ;)



Dieu vous bénisse,



Héraclius -
''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)
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Re: La Périchorèse

Message non lu par gerardh »

_________

Hello Joé,

Oui, Dieu est amour, et en tant que tel il veut le bonheur des hommes. Mais il est aussi lumière, et en tant que tel il ne peut pas supporter la péché sans le punir.

Pour concilier ces deux attributs divins, il a envoyé jésus son Fils unique, qui est venu endurer sur la croix le poids de la condamnation que nous aurions méritée.

Tel est le message fondamental de l'évangile.



_______________
Mac
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Re: La Périchorèse

Message non lu par Mac »

Joé a écrit : "Et bien les voix du Seigneur sont impénétrable mon fils, et fais dix Ave Maria..."; je ne supporte pas cette pratique bas-de-gamme de la religion qui frôle la pure superstition,
Bonjour Joé, :)

Je comprends que vous ayez ce sentiment, cependant je ne peux pas dire personnellement que la prière à la Très Sainte Vierge soit bas-de gamme bien au contraire, car il y a quelque temps je suis allé à un enterrement et il y avait un groupe de prière qui a chanté une prière la Vierge Marie et je sentis l'effroie du diable. Voilà pour le petit témoignage.

Dieu est Amour vous avez raison.

Fraternellement. :coeur:
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pierresuzanne
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Re: La Périchorèse

Message non lu par pierresuzanne »

Cher ami,

Vous avez posé plusieurs questions.

1/ La Trinité.

Comprendre la Trinité est un vaste travail. La façon simpliste de vous répondre est de dire que Dieu a créé l'univers il y a presque 14 milliard d'années à partir d'un point infime qui portait tout le poids de l'univers.... et que donc Dieu est trop grand, trop puissant, trop différent de nous pour que nous puissions Le connaitre.

Mais comme nous sommes catholiques et que nous croyons que Jésus est venu dans le monde pour nous apprendre à connaitre Dieu et à communiquer avec Lui, il faut bien essayer de répondre.
C'est Jésus qui nous a parlé d'un Dieu unique en Trois Personnes : Jésus a parlé de son Père des cieux (Jn 15, 9), il s'est qualifié lui même de Fils éternel du Père (Mt 11, 25-27 ; Lc 10, 21-22), il a dit qu'il existait avant Abraham et qu'Il faisait un avec le Père (Jn 10, 30)... Il a annonçait l'Esprit Saint qui viendrait dans le monde quand lui même et son Père l'aurait envoyé (Jn 14, 26 ; Jn 15, 26).
Les chrétiens croient donc en un Dieu Trinité puisque Jésus a parlé des Trois Personnes divines, tout en disant qu'il n'y avait qu'un seul Dieu (Mt 22, 34-40 ; Lc 10, 25-28, Mc 12, 28-33).

Mais comment fonctionne cette Trinité ? comment est-elle ? A quoi ressemble-t-elle ?
Parfois je me dis que la Trinité est comme une énorme explosion, suivi d'une implosion. Dieu qui explose, pourrait correspondre au Père qui engendre le Fils. Puis Dieu implose : l'Esprit Saint se réunit en Dieu. Finalement, le mot Trinité en est venu à décrire pour moi le mouvement interne de Dieu. Le mouvement d'un Dieu qui respire, (expire et inspire), Dieu serait un cœur qui palpite (se contracte et se dilate), Il rassemblerait à une explosion suivi d'implosion.
Dieu n'est pas un homme de toute façon... il ne nous ressemble pas.
Mais tout cela n'est que de la poésie... ce n'est que ma vision personnelle... Personne n'a vu Dieu ! Nous ne le verrons qu'après notre mort.

Les théologiens disent qu'il faut avoir reçu l'Esprit Saint pour comprendre quelque chose à Dieu. Mais vous pouvez considérer que cette réponse consiste à " bottez en touche".
Vous devriez peut-être essayer d'invoquer l'Esprit Saint pour qu'Il vous conduise à la compréhension des mystères de Dieu. Vous dites que vous êtes bouddhiste, c'est à dire que vous ne croyez par en un dieu personnifié.... Mais vous pouvez faire " un acte de foi"... faire comme si vous croyiez dans le Dieu des chrétiens et Lui demander de vous aider à Le comprendre.
L'expérience vaut le coup d'être essayée.

2/ L'amour.

L'amour n'a pas la même définition pour les théologiens chrétiens que pour M. Toutlemonde. Aimer n'est pas un sentiment, aimer est l’engagement et la volonté de ne faire que du bien à autrui.

Vous aimez d'affection votre conjoint ou vos amis.... et alors l'amour humain rejoint l'amour des théologiens puisque vous voulez du bien à ceux pour qui vous éprouvez de la tendresse. Mais, au delà de l'amour sentiment pour nos proches, les chrétiens sont également appelés à aimer leurs ennemis. Ce n'est pas du masochisme, car il ne s'agit pas d'éprouver de la tendresse ou de la bonté pour quelqu'un qui vous fait du mal... mais simplement de renoncer à se venger, de ne rien faire pour son malheur... mais au contraire tout faire pour son bien.
C'es cela l'amour chrétien : vouloir et faire du bien à tous y compris à ceux qui nous maltraitent.


3/ Le mariage.

Le mariage chrétien est effectivement une institution qui réclame l'absolue liberté d'engagement des deux conjoints. L'homme comme la femme doivent s'engager librement dans le mariage et l'engagement qui les unit est aussi exigent pour l'un que pour l'autre. Il implique la fidélité et la monogamie.... et la pratique de l'amour chrétien... c'est à dire que l'on n'aspire qu'au bien de l'autre (ce qui n'interdit pas d'être amoureux, mais ne se limite pas à cela. Les émotions peuvent s'endormir, la décision de travailler au bonheur de son conjoint reste perpétuelle.... ainsi durent les unions, dans la douceur, la bonté, le don réciproque et la patience.)

Bonne année à vous....
Pierre-Elie.

PS : Si vous voulez des explications avec davantage de citations, je vous laisse télécharger un texte qui reprend toutes les données objectives historiques sur les monothéismes. Les réponses que vous cherchez se trouvent pages 266 et suivantes et pages 133 et suivantes. Pour télécharger en PDF : HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHÉISMES : http://1drv.ms/1BAvD7J
L'archéologie et la science peuvent-elles nous apprendre la vérité sur nos religions ?Télécharger gratuitement en copiant collant : https://onedrive.live.com/redir?resid=83935C97F75476A6!103&authkey=!AC2tYNawNpXvvR8&ithint=folder%2cpdf
HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHÉISMES
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axou
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Re: La Périchorèse

Message non lu par axou »

Cher Joé !

Pour quelqun qui ne croit pas en Dieu, vous parlez drôlement bien de Dieu ! Vous touchez de manière fulgurante au coeur du message judéo-chrétien, il n'y a pas vraiment de discours à rajouter, je vais garder votre texte car il est magnifique et inspiré par le Souffle Saint, il m'éclaire. Il semble que dans votre cas, la philosophie bouddhiste concourt à vous éclairer de l'intérieur sur le mystère chrétien, vous n'êtes pas le seul dans ce cas, c'est mystérieux, et merveilleux.

Je suis d'accord avec Héraclius sur la lecture du Cantique des Cantiques et peut-être les sermons sur ce cantique par Bernard de Clairveaux.
Jean-Paul 2 a écrit de belles choses sur le lien entre l'amour de Dieu et l'amour entre un homme et une femme (de mémoire, "amour et responsabilité")

Sur la Trinité, un très beau livre du Père Jean-Noel Bezançon : "Dieu n'est pas solitaire"

Je vous recommande les livres de Thomas Merton, célèbre moine trappiste, auteur entre autres du "Nouvel Homme" et "nul n'est une île" (remarquables), c'est l'auteur avec le quel j'ai le plus approfondi ma foi.
Très investi dans la rencontre inter religieuse avec les moines bouddhistes, Merton disait que ces rencontres avaient considérablement éclairé et nourri sa foi chrétienne.

Bien à vous et merci !

Axou
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Héraclius
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Re: La Périchorèse

Message non lu par Héraclius »

@Gérardh : La lumière est un aspect de l'Amour. Dieu n'a que le seul attribut de l'Amour ; si il hait le péché, c'est parce que ce dernier est négation de son essence même.

Mais bon, on est dans une abstraction peut-être un peu inutile.
''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)
Joé
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Re: La Périchorèse

Message non lu par Joé »

Et bien merci pour vos réponses!
Je suis heureux de constater que je suis toujours capable de réfléchir par moi même, et poser des raisonnements un minimum complexes, comme du temps de mes études!
Ce simple mot "périchorèse" m'a bizarrement fait entrevoir de nombreuses choses sur Dieu que je n'imaginais pas, alors même que ce mot, je l'ai lu dans un contexte complètement différent, alors qu'il n'était utilisé, n'ont pas dans son sens religieux, mais dans un sens imagé: j'étais donc en train de réviser mon concours de bibliothécaire, et au détour d'une page, ce mot apparait; j'ai la curiosité d'aller en chercher la définition dans le dictionnaire.........et me voila parti pour deux heures de reflexion, d'analyse sur Dieu et d'écriture de ce message...au détriment il est vrai de mes révisions ^^. C'est étonnant.

J'y est donc entrevu un Dieu trine, non pas statique comme un point lointain et insondable, mais uni dans et par "un mouvement incessant d’amour par lequel le Père engendre le Fils dans l’Esprit". C'est un aspect dynamique de Dieu sur lequel peut s'expriment, et que je ne connaissais pas.

J'y ai appris la véritable signification de l'amour, ce qui est quand même un comble, vu qu'apparemment on ne parle que de ça partout, dans les livres, les films, les médias...mais j'ai rarement vu une œuvre dans lequel était exprimé cet Amour là, si fondamentale, si riche et complexe.

Cela me permet aussi de comprendre un peu mieux le phénomène de divorce de masse que nous vivons aujourd'hui;les gens ne savent plus aimer, ils savent être passionné, ils savent être amoureux, mais aimer au sens de "l'agapé", au sens véritablement chrétien, ça, ils ne le savent plus. Comment peut-on dans ce cas là, prendre un engagement aussi fort que celui d'aimer et de chérir une personne jusqu'à la fin de ses jours, si l'on n'a pas la moindre idée de ce que le prêtre nous demande réellement à ce moment là!
C'est une piste de réflexion vraiment intéressante, et cela prouve (à mon grand étonnement, bien que cela fait plusieurs années que j'ai abandonné mais réflexes d'athée obtus) que les problématiques chrétiennes restent au centre des enjeux actuels, et si nous ne les comprenons pas, nous ne pouvons appréhender les décalages qui s'opèrent dans notre société, entre pratique courante et Tradition.

Je vais étudier les références que vous me donner, et pourquoi pas tenter d'invoquer l'esprit saint, après tout, la pratique de la méditation (notamment analytique) chez les bouddhistes consiste à faire le calme en nous, et à focaliser absolument tout son esprit, sans aucune interférence (du genre celles qui font que votre esprit vagabonde alors que vous êtes en train de lire un livre), sur un concept comme la compassion par exemple, afin d'en saisir spontanément tout les aspects et de l'intégrer au plus profond de soi. Je peut utiliser ce avoir faire dans la prière sans doute, d'une manière ou d'une autre.
Encore merci pour vos réponse :)
gerardh
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Re: La Périchorèse

Message non lu par gerardh »

________

Bonjour Héraclius,

Je ne suis pas d'accord avec vous.

Dans la première épître de Jean il est écrit à des endroits différents "Dieu est amour" (deux fois) et "Dieu est lumière". Certes Dieu maîtrise ces deux attributs et il l'a fait de la plus belle façon en envoyant Jésus. L'évangile de Jean (chapitre 1) nous dit que la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ. La grâce est la manifestation suprême de l'amour et la vérité a trait à la lumière (contraire aux ténèbres)


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Joé
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Re: La Périchorèse

Message non lu par Joé »

A oui et encore une chose.

Si chaque chrétiens à la faculté d'expérimenter cet amour, et que l’Église à véritablement une vocation universelle, peut-on considérer que son projet est d'unir les hommes dans l'amour, et d'une certaine manière, à recréer grâce à l'amour (caritas ou agape selon la langue mais c'est étymologiquement la même chose) ce "miracle" ou "mystère" (je ne serais dire) de l'unité de la trinité? Bref, l'humanité peut-elle parvenir, dans l’Église, à expérimenter l'unité de la trinité dans l'amour? Des trois personnes de la trinité vers l'unité de Dieu, des 7 milliards d'êtres humains vers l'unité, donc vers Dieu aussi?
Est-ce un projet de l'église, est-ce faisable? Est-ce de cette manière que l'Homme pourra véritablement s'unir à Dieu?

Partant de là, on pourrait presque dire que refuser cette amour universel de Dieu pour les Hommes, et qu'il demande aux Hommes d'avoir pour lui mais aussi entre eux, ce serait un véritable arrachement à l'unité fondamental de la création dont le liant et le principe fondateur est l'amour. Refuser l'amour serait presque contre nature en fait.
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Re: La Périchorèse

Message non lu par Joé »

gerardh a écrit :________

Bonjour Héraclius,

Je ne suis pas d'accord avec vous.

Dans la première épître de Jean il est écrit à des endroits différents "Dieu est amour" (deux fois) et "Dieu est lumière". Certes Dieu maîtrise ces deux attributs et il l'a fait de la plus belle façon en envoyant Jésus. L'évangile de Jean (chapitre 1) nous dit que la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ. La grâce est la manifestation suprême de l'amour et la vérité a trait à la lumière (contraire aux ténèbres)


_________
Je prend acte de ce que vous dites.
Mais Dieu, n'est-il pas absolument amour en même temps qu'il est absolument lumière dans ce cas là? Ce qui en définitive ne viendrais pas contredire mon raisonnement (auquel je ne suis pas particulièrement attaché je précise, c'est plus un questionnement qu'une pensée élaborée).
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Re: La Périchorèse

Message non lu par Joé »

Je viens d'avoir la réponse à une question que j'ai posé plus haut.
J'ai émis l'hypothèse que l’Église a vocation à unifier l'humanité dans l'amour, comme l'amour (donc par l'intermédiaire en quelque sorte de la périchorése) unifie la Trinité et participe de l'essence de Dieu:
en fait c'est écrit noir sur blanc dans la biblie: Jean 17
"9 Et je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu`eux aussi soient sanctifiés par la vérité. 20 Ce n`est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, 21 afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu`eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m`as envoyé. 22 Je leur ai donné la gloire que tu m`as donnée, afin qu`ils soient un comme nous sommes un, - 23 moi en eux, et toi en moi, -afin qu`ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m`as envoyé et que tu les as aimés comme tu m`as aimé. "
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Re: La Périchorèse

Message non lu par Joé »

Coucou
J'ai une autre question en fait. Malgré mais recherches je n'ai pas vraiment réussie à trouver une définition du terme "personne" employé pour désigner les trois composantes de la Trinité.
Quelqu'un serait-il me dire ce que signifie véritablement ce mot: "une personne" de la trinité?
Y a t-il un mot latin pour désigner dans cette langue (ou en grec) ce que l'on désigne en français par "personne"?

En latin "persona" signifie masque de théâtre, mais je ne pense pas que l’Église utilise ce terme dans cette acception pour désigner le Christ, le saint esprit, ou le père. J'ignore même quel mot elle utilise pourtant cela me parait intéressant.
Pourquoi ne pas utiliser le mot "entité"? Je ne pense pas que ce choix soit du au hasard mais qu'il y a un sens liturgique à ce terme, mais encore faut-il connaitre le terme "officiel" et pas sa traduction française qui n'est peut-être qu'une adaptation...qui est forcément une adaptation d'ailleurs dans la mesure ou pour nous le mot "personne" ne renvoi pas à son sens premier, mais à une signification qui n'a plus rien à voir; celle d'un véritable être humain.
Or l'utilisation qu'en fait l’Église dans la Trinité n'est ni l'acception traditionnelle de masque de théâtre, ni la française...car le Saint-esprit n'est pas un être humain, le Christ oui, mais pas les deux autres!

Vous allez me dire: chaque personne de la Trinité est Dieu en son entièreté. Certes mais on les qualifie de "personne" et non pas d"d'entité" ou "d'individu", ce terme n'est donc pas arbitraire mais participe vraiment de la compréhension de la Trinité, il me semble.

C'est vrai que j'ai plein de question et j'aimerais bien parler avec un prêtre pourquoi pas, je vais me renseigner, l'un(e) d'entre vous m'a parlé de rencontre organisé avec des personnes pas forcément croyante; je vais y penser.
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Re: La Périchorèse

Message non lu par Fée Violine »

Bonsoir Joé,

le mot grec est "hypostasis", en français "hypostase".
Voir détails ici:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Hypostase_ ... hysique%29

Si on disait "entité", on aurait trois dieux.
On dit "personne" parce que Dieu est quelqu'un.
Quelqu'un qui nous aime, qu'on peut aimer, avec qui on peut parler.
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Héraclius
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Re: La Périchorèse

Message non lu par Héraclius »

Joé a écrit :Je viens d'avoir la réponse à une question que j'ai posé plus haut.
J'ai émis l'hypothèse que l’Église a vocation à unifier l'humanité dans l'amour, comme l'amour (donc par l'intermédiaire en quelque sorte de la périchorése) unifie la Trinité et participe de l'essence de Dieu:
en fait c'est écrit noir sur blanc dans la biblie: Jean 17
"9 Et je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu`eux aussi soient sanctifiés par la vérité. 20 Ce n`est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, 21 afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu`eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m`as envoyé. 22 Je leur ai donné la gloire que tu m`as donnée, afin qu`ils soient un comme nous sommes un, - 23 moi en eux, et toi en moi, -afin qu`ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m`as envoyé et que tu les as aimés comme tu m`as aimé. "

Cette "unification de l'humanité dans l'Amour", c'est ce que nous appellons "la Communion des Saints". L'homme est appelé à être déifié, c'est à dire configuré à l'Amour absolu.

Mais ce n'est pas un "grand tout" impersonnel pour autant, puisque l'Amour néssécite l'individualité.
''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)
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