Je vous propose de suivre le cheminement du baptême d'un adulte, nous pourrons discuter du cas du baptême des petits enfants plus tard.
Je n'ai pas sous la main le rituel de l'initiation chrétienne des adultes en français (je l'ai en latin, mais j'ai la flemme de traduire), mais uniquement celui du baptême des enfants, que j'adapte un peu "à la volée". Il y a probablement quelques écarts avec le rituel officiel des adultes, mais normalement ces écarts ne devraient pas être significatifs (puisque c'est le même baptême).
I - Je demande le baptême
I.1 - Une demande libre
Personne n'est baptisé de force. Le baptême est une démarche volontaire du futur baptisé, qui doit le demander.
Bien sûr, on peut s'interroger sur la réalité historique de cette idée de demande, quand on voit à l'époque romaine que bien souvent la conversion du chef de famille entraînait la conversion de toute la maisonnée (épouse, enfants, serviteurs et esclaves). Ou encore que la conversion de Clovis a entraîné celle de tout son peuple. Mais sur le plan théologique, c'est à dire sur la manière dont l'Eglise comprend et explique sa foi, il a toujours été établi que le baptême doit être un acte libre du baptisé.
Je viens demander le baptême, mais ce n'est pas aujourd'hui mon premier contact avec l'Eglise. J'ai entendu parler de Jésus, j'ai voulu en savoir plus et on m'a enseigné la Bonne Nouvelle. Pendant un certain temps, j'ai suivi un parcours de formation qui s'appelle le catéchuménat, j'ai été à l'église pour y écouter la Parole de Dieu, j'ai appris à prier, et j'ai pu commencer à prendre ma place dans la communauté des chrétiens qui vivent autour de moi.
Au terme de ce parcours, je demande à recevoir le sacrement de baptême, qui marque mon entrée dans l'Eglise. Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas sûr de savoir encore très bien ce que c'est, l'Eglise
I.2 Une fête pascale
Aujourd'hui, c'est le jour de Pâques : on ne m'a d'ailleurs pas trop laissé le choix, puisque c'est aujourd'hui que traditionnellement l'Eglise baptise les catéchumènes.
J'ai demandé s'il était possible d'être baptisé un autre jour, ou si c'était forcément à Pâques.
Et la réponse est oui : on peut être baptisé en n'importe quel jour de l'année, y compris en période de Carême. Et on le fait lorsque le cas est urgent, c'est à dire s'il y a danger de mort. Mais quand on a le choix, l'Eglise préfère que ce soit le jour de Pâques, ou à défaut, que ce soit un dimanche : en effet, chaque dimanche est pascal, m'a-t-on expliqué.
C'est là une pratique très ancienne de l'Eglise : le Pape Sirice au 4e siècle recommandait à l'évêque de Tarragone non pas de respecter toujours le jour de Pâques, mais au contraire d'assouplir la règle pour pouvoir baptiser les autres jours de l'année en cas de nécessité, ainsi que pour le baptême des petits enfants.
Lettre de Sirice à Himère de Tarragone, 10 fév. 385 a écrit :Sans vouloir cependant amoindrir le respect sacré qui s'attache à Pâques, Nous prescrivons d'administrer sans délai le baptême aux enfants qui, du fait de leur âge, ne peuvent pas encore parler, ou aux personnes qui se trouvent dans une nécessité quelconque de recevoir le saint baptême, de peur qu'il ne s'ensuive un détriment pour nos âmes si, par suite de notre refus de la fontaine du salut à ceux qui le désiraient, certains mourants venaient à perdre le Royaume et la vie.
Quiconque de même se trouve menacé d'un naufrage, d'une invasion ennemie, ou de quelque maladie mortelle, qu'il soit admis, aussitôt qu'il le demande, au bénéfice de la régénération sollicitée.
L'erreur jusqu'ici dans ce domaine doit suffire ; à présent que tous les prêtres s'en tiennent à la règle susdite, s'ils ne veulent pas être arrachés à la solidité du roc apostolique sur lequel le Christ a construit toute l'Eglise.
Pourquoi le jour de Pâques ?
Parce que le baptême va me faire vivre ma propre Pâque.
L'année dernière, quand j'étais venu à la fête de Pâques, je faisait avec l'Eglise le mémorial des Pâques de l'Ancien Testament, et notamment celle de l'Exode, ainsi que le mémorial de la Pâque du Seigneur, celui de Sa victoire sur la mort, de Sa résurrection le 3e jour.
A partir de cette année, chaque fête de Pâques sera aussi pour moi mémorial de ma propre Pâque, celle de mon baptême, sacrement qui m'associe à la Pâque du Christ.
I.3 Sur le seuil de la maison
Je suis accueilli à l'entrée de l'église, par le prêtre et toute la communauté paroissiale réunie en ce jour de fête.
Si je suis accueilli à l'entrée de l'église, c'est parce que le baptême est le sacrement de mon entrée dans l'Eglise. Bien sûr, l'entrée dans l'Eglise est spirituelle. Mais on me propose aussi de la vivre avec mon corps, en effectuant physiquement le cheminement qui s'accomplit dans mon esprit.
Qu'est-ce que l'église ? C'est la maison de Dieu, ai-je envie de dire. C'est le lieu où se réunit le peuple de Dieu. D'ailleurs, pourquoi tous ces gens sont-ils là ? Est-ce pour être à mes côtés le jour de mon baptême ?
Non, bien sûr : s'ils sont là, si moi je suis là, c'est parce que nous répondons à la convocation du Seigneur. L'église, le bâtiment, est ouverte tous les jours, et chacun peut venir y prier, y rendre visite à Dieu. Mais nous pouvons prier Dieu partout. Si nous avons besoin d'une église, c'est parce que c'est là que de la manière la plus évidente, nous formons Eglise, en nous rassemblant au Nom de Dieu. D'ailleurs, nous ne choisissons pas le jour et l'heure où nous nous réunissons pour célébrer la liturgie : nous venons au jour et à l'heure où nous y sommes convoqués.
I.4 Que demandez-vous ?
Avant d'entrer dans l'église, le prêtre échange quelques mots avec moi. Il me demande de me présenter à tous, de dire quel est mon nom, où j'habite...
Bien sûr, il est poli quand on arrive dans un groupe de se présenter.
Mais c'est aussi un peu plus qu'une simple politesse : c'est une façon de montrer que ce que je vais vivre, c'est un chemin sur lequel je m'engage moi, personnellement, individuellement. Mon nom, c'est ce petit mot qu'on utilise pour me désigner moi et pas un autre. Je donne mon nom, et ce faisant, c'est en personne que je me présente devant Dieu.
Le prêtre me demande alors :
"Que demandez-vous à l'Eglise de Dieu ?"
Question intéressante : ce que je demande, c'est le baptême, bien sûr. Mais à qui est-ce que je le demande ?
Quand j'ai demandé à recevoir le baptême, c'est le curé de la paroisse que j'ai été voir. Il m'a adressé au responsable du catéchuménat, à qui j'ai à nouveau demandé à être baptisé.
Aujourd'hui, je viens à l'église pour le demander à Dieu. Mais non ! Dieu, je le lui ai demandé il y a longtemps, déjà ! Je le lui ai demandé le jour de ma conversion, quand j'ai dit : je crois en Toi, et je veux être Ton enfant...
Aujourd'hui, le prêtre m'interroge : qu'est-ce que je demande
à l'Eglise de Dieu ?
Ce baptême, qui est-ce qui me le donne ? Dieu ? l'Eglise ? Qu'est-ce au juste que l'Eglise ?
L'Eglise, bien sûr, c'est l'assemblée des chrétiens. Ce sont toutes ces personnes qui attendent patiemment à l'entrée de l'église que ce petit dialogue soit fini pour que nous puissions tous entrer.
Mais l'Eglise, c'est bien plus qu'un groupe humain : c'est le Corps mystique du Christ.
Aujourd'hui, je ne demande pas le baptême à un homme, au responsable du catéchuménat, à mon parrain, ni même à M. le curé. Non, c'est au Christ que je demande le baptême.
Le prêtre s'approche de moi, et dit :
"La communauté chrétienne vous accueille avec joie. En son nom, je vous marque de la croix, le signe du Christ, notre Sauveur."
Le prêtre se tourne alors vers mon parrain, un ami qui m'accompagne depuis que j'ai demandé le baptême :
"Et vous, son parrain, vous le marquerez après moi du signe de la croix."
Mon parrain me sourit, et me trace un signe de croix sur le front.
Qui est mon parrain ?
C'est un ami, bien sûr ! En fait, je l'ai rencontré au catéchuménat. Il est sur la paroisse depuis un certain temps, et on me l'a présenté pour qu'il m'accompagne pendant ce temps de formation. Nous sommes devenus très bons amis, et je suis heureux qu'il soit à mes côtés aujourd'hui.
Mais c'est bien plus qu'un ami : il est aussi le représentant de la communauté. En me traçant ce signe de croix, il témoigne que c'est la communauté qui s'engage à mes côtés, qui a cheminé jusqu'ici avec moi, et qui va poursuivre le chemin, vivre ce baptême avec moi.
Me voilà accueilli par la communauté chrétienne. Moi aussi, je fais partie du groupe, alors ?
Du groupe d'hommes et de femmes, rassemblés sur le parvis, oui : j'en fais partie. Et c'est avec eux que j'entre dans l'église, à l'invitation du prêtre :
"Entre dans la maison de Dieu afin d'avoir part avec le Christ pour la vie éternelle."
A cette invitation, nous entrons en chantant un cantique de louange.