Théodore a écrit :Est-ce que vous pourriez développer votre interprétation du verset 53, s'il vous plaît ? J'aimerai savoir où mon interprétation a pêché.
Attention, Théodore, je ne prétends pas savoir parfaitement comment interpréter ce verset. Encore une fois, je ne suis pas théologien (mais je chercherai dès que j'en aurai le temps). Ce que je sais, c'est qu'effectivement, nous catholiques croyons que la communion est essentielle pour avoir la vraie vie du Christ en nous, pour la faire grandir. C'est vraiment une nourriture. Tout comme un enfant qui vient de naître a besoin du lait de sa mère pour grandir, de même une fois né de nouveau par le Baptême, nous avons besoin de l'Eucharistie pour continuer à grandir dans la vie éternelle qui commence dès ici-bas.
Deux cas posent alors question :
1- Quid de ceux qui croient en la présence réelle mais ne peuvent pas communier ?
2- Quid de ceux qui n'y croient pas mais aiment sincèrement le Christ ?
Voici mes réponses, qui n'engagent que la compréhension que j'ai des choses pour l'instant. Si je devais dire des choses contraires à la foi de l'Église, je prie mes frères de bien vouloir me corriger :
1- Ceux qui croient à la présence réelle et ne peuvent pas communier ne le peuvent pas, soit en raison de leur péché, soit parce qu'ils y sont physiquement empêchés (maladie, pas d'Eucharistie là où ils sont, etc.). Dans le premier cas, c'est de leur faute et de leur responsabilité, à eux d'aller se purifier dans le sacrement de la réconciliation. Dans le second cas, il ne faut jamais oublier un principe fondamental :
Dieu veut passer par ses sacrements mais il n'est pas lié par ses sacrements. Donc en cas de force majeure, Dieu pourvoit. Un exemple dans l'Église est le Baptême de désir et de sang : nous croyons, et ce depuis des siècles, qu'un catéchumène non baptisé mourant accidentellement, ou bien un martyr versant son sang pour Jésus sans être baptisé, reçoit quand même le Baptême (d'une façon "mystique") et sont sauvés.
2- Ceux qui ne croient pas à la présence réelle, de fait, n'y ont pas accès (c'est le cas des protestants et de ceux qui en sont issus). Je dirais alors que tout dépend de leur degré de responsabilité. Un individu élevé dans le protestantisme et qui n'a jamais eu l'occasion de connaître et d'accueillir la vérité ne peut être jugé responsable. On peut donc croire que si son amour du Christ et sa foi sont sincères, Dieu, comme pour le cas cité plus haut, pourvoit. Je n'ai aucun moyen de prouver ce que je dis, mais ça ne me semble pas impossible. Par contre, celui qui ne croirait pas en la présence réelle par sa faute, ce serait une autre histoire.
Bref, en fait, c'est entre Dieu et le chrétien. Je crois que le Christ se donne vraiment en nourriture et donne de grandes grâces à celui qui communie dans la foi et de tout son coeur (ce qui est loin d'être toujours le cas, même chez les catholiques). C'est après à chacun de se responsabiliser. Les dons de Dieu sont disponibles, à nous de nous positionner par rapport à eux.
Théodore a écrit :Ce n'est pas une histoire de sincérité. La Foi est capitale, je n'ai jamais dit le contraire. Notre Foi (contenue dans le Credo) est commune, n'est-ce pas ? Mais la foi (le reste) varie pourtant. Il y a des gens qui sont dans l'erreur (nous le sommes peut-être nous-même) ; mais cela n'entachera pas l'essentiel, le salut. Ils cherchent Dieu, d'un cœur honnête, répondant à son appel ; et c'est là tout ce qui fait la vie spirituelle d'un homme, et sa proximité avec Dieu. Non pas que la sincérité de la recherche décide du salut ; mais la recherche n'est pas incompatible avec le Salut.
Notre foi est commune... C'est vrai sur l'essentiel. Mais ce Credo que vous professez, savez-vous d'où il vient ? De l'Église par la voix des évêques. La Trinité ? La voix des évêques. Les deux natures du Christ ? Idem. La mise à l'écart des textes apocryphes du Nouveau Testament ? Idem.
Vous dites que les divergences de foi ne sont pas nuisibles au Salut. Je suis assez d'accord : tant qu'on croit au Seigneur Jésus-Christ notre sauveur et qu'on est baptisé, je pense que l'essentiel est là. Mais le problème est qu'on peut faire des choses mauvaises sans le savoir, et c'est pour cela que nous avons besoin d'être guidé par les successeurs des apôtres, nos pasteurs. Par exemple, il y a des dénominations protestants qui légitiment les pratiques homosexuelles et les unions du même type. D'autres le divorce. D'autres (je crois) la contraception même lorsqu'elle est abortive. Ce n'est pas anodin car si nous croyons au Seigneur mais faisons le mal, nous sommes quand même en faute (saint Jacques parle bien d'une foi qui doit être vivante dans les oeuvres : il ne s'agit donc pas seulement de croire, il faut aussi faire le bien). Je pense donc qu'il y a danger.
Théodore a écrit :Pardonnez-moi. Je confond souvent, quand j'écris, "foi" et "Vérité". Sans doute parce que Foi avec un F majuscule = Vraie Foi

Mais je suis bien d'accord : la vraie foi est nécessairement identique à la vérité. Mais alors Théodore, qui peut nous dire où est la vraie foi, s'il n'existe aucune autorité pouvant discerner le vrai du faux (par grâce de l'Esprit-Saint) ?
Vous comprenez le reproche que je fais au protestantisme ? Si les chrétiens ont faux depuis le début, alors rien ne peut nous garantir que eux sont dans le vrai. Et puisqu'il semble illusoire de dire qu'il suffit de s'appuyer sur l'Esprit-Saint (c'est ce que font toutes les dénominations chrétiennes et voyez le résultat), cela veut dire que plus personne ne peut dire de façon sûre et fiable où est la vérité.
Théodore a écrit :Faux. La Bible a été écrite sous inspiration de Dieu, elle est la Parole de Dieu. Depuis quand les hommes dictent-ils à Dieu ce qu'il dit ?

Soyons bien clairs : je crois en l'inspiration de la divine Écriture. Mais elle n'est pas une dictée. La Bible, c'est la mise par écrit du vécu de certains hommes avec Dieu. La Bible, de mon point de vue, est une forme d'incarnation : Dieu veut qu'un message passe à l'humanité mais il le fait dans la "pâte" humaine. Si vous voulez un livre descendu des Cieux et prétendument infaillible et sorti de la bouche même de Dieu, c'est du côté de la croyance musulmane qu'il faut regarder.
Vous savez, l'Église affirme que rien de ce qui se trouve dans la Bible n'y a été mis sans que Dieu le veuille. Or il y a des contradictions (mineures certes et sans impact sur la doctrine, mais tout de même), des erreurs historiques, etc. Si Dieu avait voulu un livre intouchable et parfait, il aurait pu s'y prendre autrement , non ? Je crois donc que Dieu a voulu que la Bible soit imparfaite sur certains points. Pourquoi ? Pour éviter toute idolâtrie du livre, comme on le voit chez les musulmans (ils osent même dire que le Coran est incréé, ce qui est un blasphème). Encore une fois, ce n'est pas la Bible qui est première, c'est la foi. Les tout premiers chrétiens n'avaient pas de Nouveau Testament, seulement la prédication des apôtres, et ils ne s'en portaient pas plus mal. Et Jésus n'a pas donné pour mission à ses disciples de mettre une Bible dans toutes les mains. Il ne faut jamais oublier que la Parole éternelle de Dieu, c'est le Christ. Nous sommes une religion de la personne du Christ, pas une religion du livre.
Comprenez-moi : la Bible fait autorité, nul ne le conteste. Elle est vitale pour le foi, nul ne le nie. Mais elle n'est pas le tout de la foi chrétienne. Elle est nécessaire mais pas suffisante. Et c'est Dieu lui-même qui l'a voulu ainsi. Dans l'Église nous disons que la parole de Dieu, c'est l'Écriture, la Tradition et le Magistère (la parole des évêques lorsqu'ils parlent à l'unisson). Les trois ne s'opposent pas mais s'articulent l'un avec l'autre.
Théodore a écrit :Dieu se révèle par Sa parole à chaque homme.
Je dirais plutôt que Dieu se révèle par son Christ. Et on peut effectivement rencontrer le Christ en lisant la Bible, mais aussi autrement. C'est ce qui m'est arrivé.
Théodore a écrit :Oui, alors pendant qu'on y est, faisons n'importe quoi dont la Bible ne parle pas ! Soyons inventifs, créatifs... après tout, la Parole de Dieu n'est pas la seule autorité, d'ailleurs, le type dont elle vient manque cruellement d'autorité !
Non, la Bible n'est pas la seule autorité, elle ne le sera jamais, Dieu en l'a pas voulue ainsi. Elle sera toujours essentielle, mais sans l'Église pour la lire et la comprendre correctement, elle sera inefficace voire même dangereuse : les TJs et les mormons ne s'appuient pas moins sur la Bible que vous.
Et la Bible est tout entière le fruit de la Tradition - juive puis chrétienne -, que vous le vouliez ou non. Certes, nous croyons en l'inspiration des textes, mais nous disons aussi que lorsqu'il a fallu choisir et retenir les textes inspirés (par exemple pour écarter les évangiles apocryphes), Dieu guidait son peuple.
Théodore a écrit :D'ailleurs, après tout, carrément, pourquoi placer la Bible au sommet ?

Ce qui est au sommet, c'est le Christ et lui seul.
Théodore a écrit :C'est la nature de toute personne voulant corriger, ajouter à Sa Parole. Au contraire, celui qui interprète selon l'Esprit fait l'œuvre de Dieu car il est à l'écoute de Dieu.
Mais l'Église ne corrige pas ni n'ajoute. Elle comprend et développe. On reproche souvent à l'Église son développement doctrinal. C'est ne pas savoir que tout est toujours enraciné dans l'Écriture, mais que ce qui est en germe est ensuite développé.
Et si chaque chrétien à l'écoute de la Bible ne peut se tromper sur son interprétation, pourquoi les chrétiens ne sont-ils pas d'accord entre eux ? Expliquez-moi ! Je pense qu'il y a un grand orgueil à dire que l'Esprit devrait nécessairement inspirer la bonne compréhension de la Bible à chaque chrétien. Où est-ce écrit dans la Bible, d'ailleurs ? Pour moi, c'est dire que chaque chrétien est infaillible s'il est sincère. Or l'histoire dément ce genre de croyance. Saint Paul le dit très bien : chacun a son rôle dans l'Église, le pied n'est pas la main. De même, le Christ n'a pas donné mission à tous ses disciples d'enseigner et de paître le troupeau mais à ses seuls apôtres.
Théodore a écrit :Ainsi que je le disais, la Bible, Parole de Dieu dictée par l'Esprit, a été fixée par des hommes inspirés par l'Esprit. C'est le seul moment où je fais totale confiance à l'Église, qui était encore suffisamment proche de Christ pour discerner avec sagesse. Et puis, Dieu n'a pas pu manquer d'être présent à un tel moment X) Comme je vous l'ai dit, je ne rejette pas l'Église dès son origine.
La Bible, dictée ? Comment ça ? Jamais les chrétiens n'ont cru que la Bible était dictée. Inspirée oui, dictée non. D'ailleurs, ce serait incompréhensible : si vraiment Dieu devait dicter directement un livre, je m'attendrais à tout autre chose.
Et si vous dites que vous ne rejetez pas l'Église son origine, à partir de quand le faites-vous ? Sur quels critères ? A partir de quand datez-vous les dérives de l'Église ? Et si l'Église dévie, pourquoi les protestants seraient-ils plus dans le vrai ? Et qui nous dit, qu'en fait, elle n'a pas dévié dès le début puisqu'elle dévie ? Tout s'écroule, Théodore. Dites que Dieu n'a pas été fidèle une seule fois, et c'est tout qui devient douteux car vous n'avez plus aucun moyen de dire quand il l'a été et quand il ne l'a pas été.
Théodore a écrit :Je ne rajoute pas des mots. Lorsque je lis ce passage, c'est vraiment ce que je comprend. Je ne manipule rien.
Et ne vous est-il pas apparu que vous compreniez selon vos propres croyances ? Est-ce l'Esprit qui vous inspire la bonne compréhension du texte ou bien vos croyances protestantes ? Moi, quand je lis ce passage de saint Paul littéralement, il dit bien ce que je pense qu'il dit : il faut discerner le corps et le sang du Seigneur dans le pain et le vin consacrés. Ça me semble évident.
Théodore a écrit :La Vérité, c'est Dieu qui nous la communique. Nous lui faisons confiance, et cela est suffisant.
Tout le monde peut interpréter la Bible ; mais la Bible est lettre morte si celui qui la lit n'a pas l'Esprit Vivant en lui, qui agit et qui guide ses brebis sur les sentiers de la Vérité. A vrai dire, la Parole de Dieu est à la fois le texte et le sens que le chrétien trouve quand il la lit. L'écriture de Dieu, et Sa Voix.
Non, je ne crois pas à cela. Encore une fois, Jésus n'a pas dit à ses apôtres de mettre une Bible dans les mains de tout un chacun. Il leur a dit d'enseigner les foules et de paître le troupeau.
Et vous dites faire confiance à Dieu pour comprendre la Bible. Fort bien. Mais qu'est-ce qui vous garantit que Dieu va vous donner le charisme d'interprétation ? Est-il obligé de vous obéir ? Et pourquoi alors tant d'avis différents alors que c'est le même Esprit qui est censé parler ?
Nous croyons que Dieu a bel et bien donné ce charisme d'interprétation, mais à certains seulement, en charge de préserver la vraie foi et de guider le peuple : ce sont les évêques, lorsqu'ils sont unis et notamment au successeur de Pierre (dont le Christ dit de lui que sa foi ne défaillirait pas).
Cordialement,