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Chère Teano, vous écrivez :
Les historiens sont des humains, ils ont parfois certaines convictions dont il faut tenir compte dans leur travaux et interprétations. Adrien Ladrierre en est un exemple frappant jusqu'à la caricature (et le témoin d'un courant historiographique caduc).
Il n’est pas mauvais, pour vous, comme pour moi, d’entendre plusieurs sons de cloches. Cela dit, je voudrais quand même un peu défendre le frère Ladrierre. Je ne l’ai pas connu bien sur, mais il a eu le témoignage d’être un chrétien pieux, sincère et modeste. Il a écrit nombre d’articles ou de traité sur des livres ou des sujets de la Bible : je vous invite à vous y référer, et vous verrez son sérieux et ses dons. Il y écrit son esquisse de l’histoire de l’Eglise avec modestie : dans l’avant-propos de son édition révisée, il est noté :
« Tous les chapitres qui vont jusqu’à la Réforme exclusivement, ont été rédigés il y a plus d’un siècle par Adrien LADRIERRE à l’intention de la jeunesse. L’auteur y exposait, dans un langage accessible à tous, les caractères essentiels de cette Église et retraçait quelques circonstances marquantes de sa carrière. Il n’avait nullement pour objet une étude rigoureuse, ni une relation suivie et complète : il voulait avant tout faire ressortir, au cours des siècles, la continuité de l’œuvre de Dieu en grâce, face au travail décevant des hommes. A. Ladrierre mourut en 1902, laissant cette esquisse inachevée.
Pas plus que dans le reste du livre on ne cherchera là une histoire au sens rigoureux du terme. Les faits en seraient, d’ailleurs, difficiles à rassembler. Du moins pourra-t-on tenir pour assuré qu’il a été fait appel au plus grand nombre possible de sources offrant les plus sérieuses garanties. Le caractère même de cet ouvrage impliquait que les références bibliographiques soient réduites à l’extrême ».
Vous avez critiqué à l’emporte-pièce ce travail, et indiqué que Ladrierre (qui signait AL) n’avait approuvé que deux des Pères de l’Eglise. Je ne suis pas d’accord : en tous points il a approuvé ce qui pouvait l’être (c'est-à-dire beaucoup de choses), et regretté ce qui ne pouvait pas l’être. Ainsi par exemple, il a dit beaucoup de bien sur Saint Ignace, regrettant juste ses pencants pour une hiérarchie dans l’Eglise.
Quand je vous parle de la vie des communautés chrétiennes des premiers siècles du christianisme, c'est concret et documenté par des sources d'origines et de natures diverses. Il faut bien les prendre pour ce qu'elles sont, même si cela nous dérange. En l'occurrence, les Apôtres ont eu des successeurs, des évêques désignés selon des modalités qui ont évolué dans le temps, mais la continuité historique est attestée depuis le temps des Apôtres.
Vous ne voyez nulle part dans les écrits du NT, qui sont les textes fondateurs et inspirés, les apôtres établir la succession apostolique, bien au contraire, ni désigner de successeurs. J’ai dit ce que je pensais des cas de Mathias, de Timothée ou Tite.
Vous me dites "scripturairement, telle chose est ainsi et cela devrait fonctionner de telle manière" vous avez sans doute raison mais dans les faits, ça n'a jamais marché comme ça. Vous décrivez une Eglise qui en fin de compte, n'a jamais existé.
C’est déjà une bonne chose que vous admettiez que j’ai sans doute raison. En plus les faits confirment ma position : les faits décrits dans le NT, et la situation que je peux expérimenter dans les assemblées de frères, même si cette dernière est empreinte de beaucoup de faiblesse.
Les premières générations chrétiennes n'avaient pas de NT, les premières communautés chrétiennes ne disposaient pas de la Bible telle que nous l'avons aujourd'hui. Avec quoi se sont-ils débrouillés ?
Ils avaient déjà l’AT, ce qui est énorme et s’en servaient à bon escient, comme nous le voyons dans les Actes à propos des chrétiens de Bérée. Ils avaient les lettres des apôtres dont chacune passait de mains en mains, et le souvenir de leur enseignement. Ils avaient l’Esprit qui leur indiquait toutes choses de manière particulièrement puissante. Ils avaient les personnes ayant le don de docteur et de prophète, et ils avaient aussi les anciens ou surveillants, lesquels devaient avoir un bon niveau dans la doctrine. Mais ils n’auraient pas dû s’ériger en clergé et en hiérarchie.
Concernant votre message sur la discipline d'assemblée, je vous avoue ne pas en voir, pour le coup, les fondements scripturaires ni historiques.
Nous avons en 1 Cor 5 l’administration par l’assemblée d’une grave faute morale, où l’exclusion du coupable consistait à lui retenir son péché, puis en 2 Cor 2 l’heureuse issue de cette discipline où l’ancien coupable repenti a été réadmis, l’assemblée lui remettant ainsi son péché.
Gérard : Je n'emploie pas cette expression "grâce sanctifiante", d'ailleurs non biblique, sauf erreur. Mais je me reconnais pleinement dans la définition que vous en donnez.
Claire : Les expressions "Incarnation", "Rédemption" et "Trinité" ne sont pas bibliques non plus.
Je ne suis pas un inconditionnel de l’emploi exclusif de termes ou d’expressions figurant dans la Parole. Je voulais dire simplement qu’il faut être prudent et attentif lorsqu’on emploie des termes exo-bibliques.
A noter que les mots « rédemption » ou « rédempteur » figurent en tout environ une trentaine de fois dans la Bible, sachant que « rédemption » est parfois rendu par « rachat ».
Affectueusement.
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