Cher Emmanuel Lyasse, vous écrivez :
Pour moi cette phrase fait très difficilement sens : vous postulez qu’existe la notion de sacrements et qu’ils sont au nombre de sept : vous savez que je conteste tout cela en tant que non-scripturaire. Mais surtout je ne comprends pas le lien (ou plutôt l’absence de lien) que vous faites entre les sacrements et la judaïsation de l’Eglise catholique. Pouvez-vous expliciter votre pensée ? Il me semble par exemple que le sacrement de l’ordre pour les ecclésiastiques a des ressemblances avec les consécrations des lévites et sacrificateurs de l’ancien Israël.L'existence des sept sacrements n'est elle pas justement la preuve que l'Église catholique ne "judaïse" pas ?
Vous savez que la définition que je donnerais du sacrement tel que vous pratiquez la chose et que je la comprends, est « une opération ou formalité administrée la plupart du temps par un prêtre ou un évêque catholique, et qui emporte certains effets surnaturels tels que la personne concernée en ressort mieux et/ou meilleure que dans son état précédent ». Jusqu’à présent une telle définition, que j’ai déjà donnée, notamment sur ce forum, n’a pas été contestée.
Je ne dis pas que le NT ne mentionne pas des notions que vous appelez sacrements, mais je dis qu’elles n’en ont pas le caractère.Vous affirmez que les cinq sacrements autres que le baptême et l'eucharistie n'existent pas dans le Nouveau testament.
« Pénitence » :
Je me permets de faire un retour à ce que je pense être les fondamentaux de la foi chrétienne. Le christ est mort sur la croix pour supporter à notre place le poids de nos péchés. Pour tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné la rémission des péchés, la rédemption éternelle. Il leur a pardonné toutes leurs fautes (Col 2, 13). Ils ont « tout le corps lavé et n’ont besoin que de se laver les pieds, mais ils sont tout nets » (Jean 13, 10). Lorsqu’un chrétien commet un péché, cela ne remet pas en cause son salut, car « il a tout le corps lavé », mais cela interrompt sa communion avec Dieu. Il a donc besoin « de se laver les pieds », c'est-à-dire reconnaître son péché, s’en repentir, et le confesser à Dieu (parfois aux hommes, par forcément des ecclésiastiques, selon Jacques 5, 16). En vertu de quoi il est restauré dans sa communion avec Dieu. Il n’y a donc nul besoin de ce que vous appelez un sacrement.
S’agissant du passage de Jean 20 (« Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus »). Il s’agit là de la discipline de l’assemblée. La discipline d’assemblée ne consiste pas à donner des coups de hallebarde, mais elle est au contraire une prérogative de l’amour. Elle consiste notamment (mais pas uniquement) à favoriser la restauration morale d’un chrétien qui aurait très lourdement péché, ou serait dans un état continuel de péché. Au pire, ce chrétien devrait être excommunié : non pas pour qu’il soit un paria, mais au contraire pour qu’il se rende compte de son état. On peut prier pour sa restauration, et ainsi que l’assemblée ait la joie de l’admettre à nouveau pour la fraction du pain.
Mariage :
Le mariage (entre un homme et une femme bien sur !) a été institué par Dieu dès le début de la Genèse. Vous avez cité les bons versets. Mais n’est spécifié nulle part une consécration religieuse de cette institution, par exemple par un sacrement. Il s’agit seulement qu’il soit reconnu socialement par la collectivité. Dans l’antiquité biblique cette reconnaissance était des plus frustre. En Genèse 24, 58 et 67, Rebecca a accepté de devenir la femme d’Isaac ; puis ce dernier « la conduisit dans la tente de Sara sa mère ; et il prit Rebecca, et elle fut sa femme ». De nos jours cela se passe en France à la mairie, et dans d’autres pays selon d’autres modalités.
Onction des malades :
Vous avez cité les bons passages, à savoir Jacques 5, 14-15. Vous remarquerez que ce service était attribué aux presbytres ou anciens, charge locale qui était bien différente de ce que sont devenus les actuels prêtres, et en tout cas n’avait pas de caractère hiérarchique ou surnaturel. Les anciens devaient prier et oindre le malade. Ce n’était pas un « sacrement », terme qui au demeurant n’est pas scripturaire. L’onction du malade était semble-t-il une action physique avec portée symbolique, n’ayant en elle-même aucune vertu. Le mot « aleipho » décrit ailleurs l’action physique d’oindre, soit pour l’hygiène, soit pour la beauté. L’autre terme est « chris » désignant l’application cérémonielle faite jadis sur les sacrificateurs, les rois et les objets. L’huile était à l’époque employée comme médicament (Luc 10, 34).
De nos jours, dès lors qu’il n’y a pas, selon moi, de succession apostolique, il n’y a plus d’ancien officiel. Mais rien n’empêche, au contraire , de prier pour les malades (et le cas échéant pour les mourants).
J’ajoute que je n’approuve pas les actions spectaculaires de guérison qui ont cours dans certains milieux évangéliques, même si je suis conscient que Dieu peut encore opérer des miracles.
Confirmation :
Cette notion n’a pas de base scripturaire. Lors de la pentecôte d’Actes 2 ce fut le baptême du Saint Esprit qui vient habiter à la fois dans les disciples et dans leur communauté (devenant l’Eglise). Ensuite dans les Actes, c'est-à-dire aux débuts de l’Eglise il y eut différents cas de figure, notamment, mais pas seulement, celui où le Saint Esprit vient sur les fidèles à la suite de l’imposition de mains d’apôtres.
Le baptême en lui-même ne confère pas l’Esprit Saint. Pas plus que la « confirmation ». La venue du Saint Esprit suit habituellement la conversion d’une personne ou intervient éventuellement quelque temps après sa conversion, sans qu’une intervention humaine externe soit nécessaire. Cette personne peut ne pas s’en rendre compte, mais souvent elle le « sent », sans pour autant que cela se traduise par des manifestations extraordinaires, comme le parler en langues (contrairement à ce que pensent certains pentecôtistes)
Ordination :
Cette notion, qui est la base de l’institution d’un clergé, n’est pas scripturaire. Paul (et aussi le corps des anciens), ont imposé les mains à Timothée, Paul en signe d’approbation et de communion dans un service de délégué apostolique (et non d’épiscope), et sans pour autant que cela lui confère un pouvoir surnaturel. Les apôtres disposaient d’un pouvoir apostolique, mais il ne s’agissait aucunement « d’ordinations ».
Après le départ des apôtres, il n’y eut plus de pouvoir apostolique, et donc personne n’eut l’autorité suffisante pour désigner des anciens ou des serviteurs (ou diacres). Cela n’empêche pas que le Saint Esprit, et lui seul, puisse qualifier des chrétiens pour servir les assemblées locales. De même le Saint Esprit et lui seul qualifie des personnes dans le corps de Christ (l’Eglise), avec des dons ou charismes : les principaux charismes sont ceux de docteur (ou d’enseignant), de prophète, de pasteur, d’évangéliste ; mais chaque chrétien a reçu un don et est responsable devant le Seigneur de l’exercer. Ces dons et services ont été exercés à toute époque dans le corps de christ, et ce sans attendre 18 siècles. Il y en eut beaucoup sans doute au sein de l’Eglise catholique. Cela dit il y eut des réveils chrétiens sans doute dans l’Eglise catholique, mais aussi lors de la réformation et lors de la première moitié du 19ème siècle, où l’Esprit s’est particulièrement manifesté dans sa puissance
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A part cela, ces pensées ne résultent pas d’un catéchisme (concept à manier avec précaution), mais de la lecture attentive de la Parole de Dieu avec prières et dans la puissance de l’Esprit. Je me réjouis d’ailleurs de constater votre grande confiance dans les Saintes Ecritures.
Affectueusement.
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