Discussion sur le coran

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Teano
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Re: Discussions sur le Coran

Message non lu par Teano »

Raistlin a écrit :
Sol Invictus a écrit :D'après la tradition, il avait également des scribes qui inscrivaient des versets sur des peaux, des os larges ou encore des pierres.
Effectivement. Cette traditon m'a toujours étonnée : pourquoi ne pas avoir directement écrit les "révélations" faites à Mahomet sur du papier (ou du papyrus, je ne sais pas) ? Pourquoi avoir utilisé des supports de fortune ? Et a-t-on des reliques de ces supports pour les étudier ?

Néanmoins, la bizarrerie demeure : même en admettant que des versets du Coran aient été mis par écrit sur des supports divers du temps de Mahomet, on comprend mal l'absence de signes diacritiques.

Si ma mémoire est bonne, cette absence s'explique par le fait que ces supports servaient d'aide-mémoire et n'étaient pas destinés à être diffusé tel quel. Un peu comme des notes personnelles dans lesquelles chacun utilise ses propres codes et abréviations.

Une chose me surprend et peut-être quelqu'un a des explications ou une bonne lecture à ce sujet : eu égard à la diversité des influences et aussi à leurs contradictions (mélanger les hérésies chrétiennes et le Talmud...), il en ressort que le Coran est le succédané d'une vaste bibliothèque !
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Je n'en sais rien. :saint: D'après ce que j'ai lu, ce sont les Perses, les Juifs et les Chrétiens (convertis ou non, je n'en sais rien non plus) qui ont ajouté ces signes.

Certains hadiths il me semble insistent sur le fait que Mohammed était un grand "réciteur" (psalmodie), d'où encore l'évidence des influences de croyants "judéo-nazaréen" et autres dans la région pour lui enseigner les règles de cet art.

On trouve ceci par exemple, si on se plonge dans l'univers islamique tel que le vit un musulman :
At-Tirmidhî rapporte d’après Ibn Mas`ûd que le Messager d’Allâh dit : "Celui qui lit une lettre du Livre d’Allâh reçoit une bonne action, et chaque bonne action est décuplée." Muslim rapporte également d’après Abû Umâmah que le Messager d’Allâh dit : "Lisez le Coran car il intercède en faveur de ses lecteurs le jour de la résurrection." L’Envoyé d’Allâh nous a mis en garde contre l’abandon du Coran et son oubli disant d’après les narrations d’Al-Bukhârî et Muslim : "Attachez-vous à l’étude du Coran car, par Celui Qui détient l’âme de Muhammad dans Sa Main, il s’échappe bien plus facilement que les chameaux attachés."
.

Après d'un point de vue "insoumis" et extérieur on peut aussi croire que toutes cette tradition tardive de la Sunna n'est qu'une pièce rapportée et que ces faits, gestes et paroles ne sont rien d'autre qu'une construction.

Je n'arrive plus à trouver les passages qui sont mis en avant sur l'art de Mohammed sur ce qui est appelé le `ilmu qirā'at il-qurā'n (tajwîd ), mais il me semble, de mémoire que cette psalmodie a aussi eu un rôle dans les premières conversions. Peut-être en savez-vous plus :>
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Raistlin
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Message non lu par Raistlin »

Sol Invictus a écrit :Je n'arrive plus à trouver les passages qui sont mis en avant sur l'art de Mohammed sur ce qui est appelé le `ilmu qirā'at il-qurā'n (tajwîd ), mais il me semble, de mémoire que cette psalmodie a aussi eu un rôle dans les premières conversions. Peut-être en savez-vous plus :>
Cette histoire a peut-être un lien avec le fait que, pour les musulmans, le Coran est censé être un bijou de poésie inégalé et inégalable.
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:rire: Surtout "inégalable" pour eux, car surpassé il l'a été bien avant d'être écrit.

Comparez Homère à l'auteur du Coran, c'est un peu comme comparer les Hadiths aux lègues des Thucydide ou Périclès... c'est d'un tout autre niveau, et pourtant c'est beaucoup plus ancien.
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ledisciple
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Raistlin a écrit :Mais je pensais que selon la tradition musulmane, la mise par écrit du Coran a été fait après la mort de Mahomet ?
La mise par écrit sur n'importe quel support se commence du vivant de Mahomet, selon les sources recueillantes, pour ne pas oublier. Des bribes le plus souvent, un support à la récitation qui ne se finalise qu'à la mort de Mahomet.
Raistlin a écrit :Comment donc aurait-il pu faire exprès qu'il n'y ait pas de signes diacritiques ?
Tout simplement parce que la Récitation, Al Qur'an, القرآن, invite dans sa longueur de plus en plus étendue, à un support mnémotechnique, le principe de la sténographie partielle, du souffleur au théâtre. Si on se coupe de la tradition, effectivement, comme le fait par exemple le père Bruno de Jésus, il peut faire dire ce qu'il veut aux versets. Et au passage, il fait dire au Coran un peu n'importe quoi... Par contre, avec le support de la tradition, la psalmodie reste égale et intangible en principe.
Raistlin a écrit :Comment donc imaginer que les proto-musulmans aient voulu varier les récitations, au risque de nuire au sens ? Ca paraît fortement improbable.
C'est très probable à cause des dialectes! C'est même certain. Plus on étudie les langues sémitiques, plus on découvre combien nous avons perdu en coupant la parole de l'écrit, ou comment nous avons enchaîné l'encre au papier, alors que les chinois ont inventé et l'encre et le papier de soie, distinctement. Ils en font encore un usage distincts, la "feuille blanche" qui nous met mal à l'aise, ils ignorent, avec l'origami, le sumi-e, avec tellement d'autres pratiques! Nous avons énormément perdu en Occident.
Raistlin a écrit :Pour ma part, je trouve l'hypothèse du père Gallez bien plus crédible.
Vous vous êtes trop attaché au père Gallez pour voir ses erreurs, c'est peut-être dommage pour avancer maintenant. Il vous a aidé durant un temps, il vous dessert à présent pour poursuivre.
Raistlin a écrit :...les feuillets ayant servi au Coran étaient originellement les notes des prédicateurs judéo-nazaréens ayant endoctriné les arabes. Comme il s'agissait de simples notes, ces prédicateurs les avaient inscrites sans signes diacritiques. Ceci explique également le style complètement décousu du Coran.
C'est la thèse des crétins parfaits. Les arabes étaient endoctrinés, ils ont voulu leur indépendance en conservant ce qu'ils ne comprenaient plus. Ça ne fonctionne pas, mais c'est significatif de l'état d'esprit de ce père. On régresse par rapport aux missionnaires jésuites, dont le père Gallez ignore tout, alors que eux avaient non seulement des sources authentiques, mais une tradition de l'oral maintenue dans la Récitation, le Coran.

Mon professeur de grec ancien était spécialiste du grec homérique. Il fallait psalmodier, et donc savoir par cœur. Ce sont des "chants" dans l'Iliade, et Homère en Achéens signifie l'Aveugle: pas de lecture, une récitation datant de l'âge du Bronze. Il avait tout compris, ce saint homme. Ne vous en étonnez pas, mon professeur de français savait le théâtre de Racine par cœur.
Sol Invictus a écrit :D'après la tradition, il avait également des scribes qui inscrivaient des versets sur des peaux, des os larges ou encore des pierres.
C'est très exact.
Sol Invictus a écrit :Je crois bien sûr aux influences Nestoriennes, Syriaques, Ebionites, Monophysites, et Judéo-Nazaréenne, mais il y a toute une influence Talmudique, hérétique venant d'Apocryphes, Persane et également des "sciences de" Galien et de la connaissance du monde inspirée des grands noms des siècles et des civilisations précédentes.
Très juste encore, c'est le principe de l'empilement des civilisations. Une nouvelle civilisation arrive en couche supplémentaire sur les précédentes, aucune n'en annule les antérieures. C'est par ici que pèche gravement ceux qui croient au Coran incréé. C'est absurde en histoire des civilisations!
Raistlin a écrit :Cette traditon m'a toujours étonnée : pourquoi ne pas avoir directement écrit les "révélations" faites à Mahomet sur du papier (ou du papyrus, je ne sais pas) ? Pourquoi avoir utilisé des supports de fortune ?
Parce que, encore une fois, cher Raistlin, nous sommes en présence d'une civilisation de la parole vivante, du verbe, de la mémoire, et vous vous êtes enfermé dans la seule version des civilisations de l'écrit. C'est votre erreur. Nos évangiles n'arrivent dans l'écrit que par une crise grave qui annonce la possible destruction de communautés qui sauvent sur des supports divers. Mais sans ces graves dangers, le Verbe restait vivant et oral! Si vous étudiez l'évangile selon Jean en perspective écrite, vous perdez toute l'essence de Jean.
Sol Invictus a écrit :Comparez Homère à l'auteur du Coran, c'est un peu comme comparer les Hadiths aux lègues des Thucydide ou Périclès... c'est d'un tout autre niveau, et pourtant c'est beaucoup plus ancien.
C'est ce que je disais le 23 mai dernier:
ledisciple a écrit :Que ce Mahomet n'a jamais été annoncé par les Saintes Ecritures, qu'il n'a fait aucun miracle, que le Coran n'arrive pas à la cheville de l'Odyssée d'Homère (âge du Bronze, au passage, ce sont des chants et c'est le pilier de la civilisation achéenne dans une poésie autrement plus merveilleuse!), etc.
:) La période Mecquoise est la plus belle en poésie (j'avais cité un poète exceptionnel converti au mahométisme très vite), une fois à Médine, le Coran devient lourd, les phrases sont maladroites, puis fautives, enfin perdent toute poésie. Est-ce que cette perte évidente est due à la perte d'un poète auprès de Mahomet, ce n'est pas impossible...
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François-Xavier
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Message non lu par François-Xavier »

LeDisciple a écrit :On régresse par rapport aux missionnaires jésuites, dont le père Gallez ignore tout, alors que eux avaient non seulement des sources authentiques, mais une tradition de l'oral maintenue dans la Récitation, le Coran.
Cher Le Disciple,

Nous attendons tous que vous nous exposiez les thèses de ces jésuites dont vous nous parlez maintenant depuis longtemps.
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Raistlin
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Re: Discussions sur le Coran

Message non lu par Raistlin »

Cher ledisciple,

Le même point nous sépare : vous faites confiance à l'histoire officielle de l'islam selon les musulmans alors que moi, je trouve la thèse du père Gallez crédible (mais notez qu'il n'est pas le seul islamologue à mettre en doute la légende officielle : Chabbi, De Prémare, etc. la remettent largement en question).

Pour ma part, je me contente encore et toujours de rappeler, et c'est un fait objectif, que les traditions sur la composition du Coran et sur la vie de Mahomet sont apparues officiellement environ 2 siècles après les faits. Et que les quelques sources non musulmanes de cette époque ne confortent absolument pas cette légende officielle. J'ai déjà mentionné le problème de La Mecque (ville censément incontournable d’Arabie, mais parfaitement inconnue des sources avant l’islam), ainsi que l'absence de référence au Coran ou à Mahomet avant la fin du VIIème siècle.

Bref, je respect votre vision des choses et peut-être est-elle exacte. Néanmoins, si je trouve la thèse du père Gallez crédible, c’est parce qu’il y a de sérieux éléments pour que ce soit le cas, éléments auxquels vous n’avez pas donné de réponse à ma connaissance. Si donc vous pensez que la thèse du père Gallez ne tient pas, je vous invite à nous expliquer ce en quoi elle achoppe.

ledisciple a écrit :C'est très probable à cause des dialectes! C'est même certain.
De quels dialectes parlez-vous ? Puisque selon la légende musulmane, le Coran est dans un arabe clair, il n’y avait qu’un dialecte lors de la « descente ». Pour ma part, je trouve étonnant que s’agissant pour eux d’une révélation de Dieu, les proto-musulmans n’aient pas songé à écrire exactement ce qu’ils entendaient, mais ont laissé des notes sans signes diacritiques qui ont embarrassé les générations suivantes.

Je comprends tout à fait l’analogie du souffleur de théâtre mais il me semble que vous ne tenez pas compte du fait que nous parlons d’un texte sacré, pas d’une pièce de théâtre. Puisque les signes diacritiques existaient avant l’islam, pourquoi ne pas du tout les avoir utilisé comme semblent le suggérer les copies les plus anciennes du Coran ?

ledisciple a écrit :Si on se coupe de la tradition, effectivement, comme le fait par exemple le père Bruno de Jésus, il peut faire dire ce qu'il veut aux versets.
Mais le Coran en l’état, qui ne se coupe pas de la tradition musulmane justement, est un livre parfois obscur, avec certains versets qui n’ont aucun sens. Et c’est tout le mérite d’un Luxenberg de montrer qu’on peut donner du sens au Coran en corrigeant ce que la tradition, selon vous, est censée avoir préservé.


Vous m’arrêterez si je me trompe mais il me semble quand même que la recherche actuelle semble de plus en plus remettre l’histoire officielle du Coran en question. Je ne sais pas si les théories nouvelles sont exactes mais, en tout cas, il semble que les théories anciennes ne suffisent pas à rendre compte de la réalité.

En espérant que nous pourrons échanger de façon fructueuse.

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Re: Discussions sur le Coran

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François-Xavier a écrit :Nous attendons tous que vous nous exposiez les thèses de ces jésuites dont vous nous parlez maintenant depuis longtemps.
Un, ce n'est pas une thèse, ainsi que le croit Raistlin, ce sont des faits. Deux, c'est déjà fait dans ce sujet. Cherchez avec le moteur de recherche interne de ce forum, avec "jésuites" et mon pseudo "ledisciple". Vous trouverez 30 occurrences (sans celle-ci), et vous avez des éléments de ces faits.
Si notre cher Rastlin était le père Gallez, ou très proche, le connaissant ou correspondant avec lui, cela expliquerait son insistance forte sur sa thèse, et contraire aux faits des missionnaires jésuites dont il ne cite effectivement rien. Or seuls les faits m'importent. Il faut ouvrir un topic sur le père Gallez mais ici, le sujet porte sur les discussions sur le Coran, et c'est beaucoup plus vaste qu'une thèse, c'est bien réel, et c'est de plus la base d'une civilisation.
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Re: Discussions sur le Coran

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Pour ma part, je trouve étonnant que s’agissant pour eux d’une révélation de Dieu, les proto-musulmans n’aient pas songé à écrire exactement ce qu’ils entendaient, mais ont laissé des notes sans signes diacritiques qui ont embarrassé les générations suivantes.
Mais peut-être parce que cette diversité des lectures était considérée comme voulue par Dieu. Même aujourd'hui, si seulement un codex est reconnu, il existe plusieurs lectures du Coran (qira'aat). Par exemple, dans la fatiha, nous pouvons lire maalik al-'alamin (maître du Jour du jugement) ou malik al-'alamin (roi du Jour de jugement). Ce sont certes des différences minimes de ce genre. Cependant, si vous lisez certains hadiths, vous verrez que Muhammad a permis de changer certains mots du Coran, pourvu que le sens soit gardé. C'est le principe de la lecture selon le sens (qiraa'a bi-l-ma'na).
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Re: Discussions sur le Coran

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^^ Je suis un admirateur de la grande J. de Romilly cher Ledisciple... (et de Grimal, mais là n'est pas le sujet :> )
l'occasion pour moi de mettre en lien cet extrait provenant d'une émission de radio.
La transmission de la sagesse grecque, en dehors d'une petite renaissance au X siècle, doit, chose curieuse, beaucoup à la prise de Constantinople par l'empire Ottoman (XV siècle). Les Grecs sont venus en direction de l'occident d'abord vers l'Italie, puis vers la France et un peu partout en Europe. Ce fut la vraie renaissance, les occidentaux leur ont demandé de leur enseigner et de leur transmettre leurs savoirs, leurs auteurs, etc. [...] On exagère beaucoup le rôle qu'ont eu les "arabes" dans cette transmission, si nous n'en avions que ce qu'ils en avaient gardé, ça ne vaudrait pas la peine de garder les classes (enseignant cette discipline). C'est amusant de le signaler, mais c'est insignifiant à côté de la transmission latine d'abord, et puis évidemment, celle directe, par les Grecs eux-mêmes sans oublier l'apport des papyrus d’Égypte qui ont rapporté beaucoup de textes que nous ne connaissions pas.

Concernant l'accueil et l'étude du savoir grec dans les pays islamisés, alors que la question du Soufisme et notamment de Sohrawardi est abordée, elle intervient :

De toutes façons il s'agit là de rapports à ce savoir qu'ont eu les seuls spécialistes et savants, ça n'a en effet aucunement pénétré ces sociétés et influencé la manière de vivre de ces peuples. [...] Peu de Grecs se sont tournés vers l'Orient. Encore une fois, que des spécialistes et des mystiques s'intéressèrent à la philosophie grecque, cela n'a rien à voir avec une société pénétrée par ses valeurs et se les assimilant.

Grimal ajoute que "jamais les Romains n'ont cessé de maitriser le grec.
"
____________________

Pierre Grimal était un spécialiste en langue, littérature et philosophie latines français. Spécialisé en civilisation romaine, reconnu sur le plan international, il fit beaucoup pour la promotion de l’héritage culturel de la Rome antique, tant auprès des spécialistes que du grand public. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Grimal)

Jacqueline de Romilly était une philologue, écrivain, professeur et helléniste française, investie de la nationalité grecque en 1995.
Membre de l'Académie française, première femme professeur au Collège de France, elle est connue sur le plan international pour ses travaux sur la civilisation et la langue de la Grèce antique, en particulier à propos de Thucydide, objet de sa thèse doctorale. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacqueline_de_Romilly)

Philippe Nemo est professeur de philosophie politique et sociale, et historien des idées politiques français à l'ESCP Europe. Ses domaines de recherches vont du libéralisme, notamment sur Friedrich Hayek dont il est le principal spécialiste français, de l'histoire des idées politiques, à l'idée d'Occident, à l'idée républicaine. Il a aussi publié des études sur le problème de l’éducation et de la pédagogie contemporaine (http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Nemo)

http://lumiere101.com/2009/02/02/heritage-greco-latin/

L’héritage gréco-latin

Cet entretien a été réalisé le 21 janvier 1994 en compagnie de Jacqueline de Romilly et Pierre Grimal autour de l’héritage gréco-latin, et de la nécessité des études classiques menacées en France. Au cours de l’entretien on entendra aussi les interventions de Philippe Nemo et de Louis Pasquier.
Dernière modification par Sol Invictus le mar. 12 juin 2012, 16:14, modifié 2 fois.
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François-Xavier
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Re: Discussions sur le Coran

Message non lu par François-Xavier »

ledisciple a écrit :
François-Xavier a écrit :Nous attendons tous que vous nous exposiez les thèses de ces jésuites dont vous nous parlez maintenant depuis longtemps.
Un, ce n'est pas une thèse, ainsi que le croit Raistlin, ce sont des faits. Deux, c'est déjà fait dans ce sujet. Cherchez avec le moteur de recherche interne de ce forum, avec "jésuites" et mon pseudo "ledisciple". Vous trouverez 30 occurrences (sans celle-ci), et vous avez des éléments de ces faits.
Si notre cher Rastlin était le père Gallez, ou très proche, le connaissant ou correspondant avec lui, cela expliquerait son insistance forte sur sa thèse, et contraire aux faits des missionnaires jésuites dont il ne cite effectivement rien. Or seuls les faits m'importent. Il faut ouvrir un topic sur le père Gallez mais ici, le sujet porte sur les discussions sur le Coran, et c'est beaucoup plus vaste qu'une thèse, c'est bien réel, et c'est de plus la base d'une civilisation.
Ecoutez j'ai lu tous vos posts. Je n'ai pas vu de trace d'exposé exhaustif, à part par allusions, de ce à quoi vous vous référez. Si bien qu'il est difficile de discuter de votre approche puisque vous ne l'exposez pas.
Je vous serais obligé, donc, de nous renseigner.
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Re: Discussions sur le Coran

Message non lu par Raistlin »

ledisciple a écrit :Un, ce n'est pas une thèse, ainsi que le croit Raistlin, ce sont des faits. Deux, c'est déjà fait dans ce sujet.
Voici les faits que pour ma part je connais :
:arrow: Aucune mention de La Mecque avant l'islam. Ce qui est supposé, selon les sources musulmanes, être un centre religieux et commercial incontournable d'Arabie est inconnu de tous les auteurs antiques, alors que des villes de bien moindre importance sont mentionnées. En outre, aucune route commerciale connue ne passe par la vallée de La Mecque. Voir pour cela le livre de l'islamologue Patricia Crone : Meccan trade and the rise of islam.
:arrow: Aucune référence à Mahomet ou au Coran n'existe avant la fin du VIIème siècle. Les plus vielles inscriptions en style coranique sont celle de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, datent du calife Abd-el-Malik, vers 690-700. Ces inscriptions ne sont pas identiques au Coran même si elles s'en rapprochent fortement.
:arrow: Un témoignage daté de 644 rapporte un débat entre un évêque chrétien (nestorien je crois) et un proto-musulman au sujet de la nouvelle religion : aucune référence au Coran ou à Mahomet.
:arrow: Les seules sources musulmanes autres que le Coran datent de 2 siècles après les faits.

Voilà, entre autres, les faits. Ceux-ci contredisent la légende officielle. S'ils sont faux, alors je suis prêt à reconnaître mon erreur. Mais, en attendant, s'ils sont attestés, ils mettent un gros coup de pied dans ce que les musulmans veulent nous faire croire au sujet des débuts de l'islam.

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Re: Discussions sur le Coran

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En quelle année Jean Damascène a t-il écrit l'hérésie des Ismaélites/Agarènes ?

Avait-il des traces écrites du Coran ?

C'est le prédécesseur des Cluny et autre Pierre Alphonse (1062- vers 1140 ; médecin espagnol, grand connaisseur de l’Islam et auteur de plusieurs textes, dont le célèbre Disciplina Clericalis.
Dans Les dialogues Pierre Aphonse il écrit: Le diable œuvre derrière et au travers Mahomet, induisant en erreur un tiers de la population du monde.)

Bon maintenant je vais relayer ce que j'avais déjà trouvé au fil de mes recherches sur la question. Tout est sourcé sur le site de libertyvox. Bon courage c'est long

http://lemessieetsonprophete.com/annexe ... _Islam.pdf

Maintenant la première source prétendue historique faisant motion de Mahomet est celle de Sabeos. (Chronique arménienne de 660, premier document historique indiquant l'existence de Mohamed, écrit par SEBÉOS, à partir de témoins oculaires prisonniers des arabes).

http://remacle.org/bloodwolf/historiens ... aclius.htm

A cette époque, il y avait un des enfants d’Ismaël, du nom de Mahomet, un marchand;[320] il se présenta à eux comme sur l’ordre de Dieu, en prédicateur, comme étant le chemin de la vérité, et leur apprit à connaître le Dieu d’Abraham; car il était très instruit et très versé dans l’histoire de Moïse.[321] Comme l’ordre venait d’en haut, ils se rallièrent tous, sur l’autorité d’un seul, à l’unité de loi et, abandonnant les cultes de vanité, retournèrent au dieu vivant qui s’était révélé à leur père Abraham. Mahomet leur prescrivit de ne manger la chair d’aucun animal mort [naturellement], de ne pas boire de vin, de ne pas mentir et de ne pas forniquer. Il ajoutait : « Dieu a promis par serment ce pays à Abraham et à sa postérité après lui en toute éternité; il a agi selon sa promesse, lorsqu’il aimait Israël. Or vous, vous êtes les fils d’Abraham et Dieu réalise en vous la promesse faite à Abraham et à sa postérité. Aimez seulement le dieu d’Abraham, allez vous emparer de votre territoire, que Dieu a donné à votre père Abraham, et personne ne pourra vous résister dans le combat, car Dieu est avec vous.

Mais :
certaines sources musulmanes disent qu' Héraclius (empereur romain d'orient) aurait reçu un message de Mahomet l'invitant à se soumettre à Allah (se convertir), ce qu'il aurait été prêt à faire (?), mais que ses conseillers l'ont empêché d'aller au bout de sa conviction. Ces sources ajoutent qu'il aurait vu en Mahomet un vrai croyant et un messager de Dieu (sans jamais le rencontre ! :roll:, crédible pour un grand empereur ! )... Héracluis est pour cela une figure respectée en islam. (El-Cheikh, Nadia Maria (1999). "Muḥammad and Heraclius: A Study in Legitimacy". Studia Islamica (Maisonneuve & Larose) 62 (89): 5–21. ISSN 0585-5292.)

Il faut bien voir que Perses et Byzantins étaient à l'époque lassent de tous les combats qui les opposaient, et que pour la première fois (?) une autre grosse puissance rivale émerge, avec d'énormes ambitions.

Le 1er conflit aurait eu lieu à Mu'ta en 629 (septembre ?), les Byzantins réussirent à stopper les bédouins.
L'année suivante de nouveaux raids: Prise du lac de Tibériade, d'autres raids permettent d'arriver à Néguev (Centre sud d’Israël) puis à Gaza que les Byzantins venaient de reprendre aux Perses.

Des sources islamiques disent qu' Héraclius aurait vu en rêve cette invasion arabe. L'historien Al-Tabari écrit qu' Héraclius aurait évoqué un nouveau royaume de «l'homme circoncis", qui celui-ci serait victorieux contre tous ses ennemis. Il aurait fait part à ses hommes de ses visions, et son conseiller ignorant l' avènement de l'Islam, lui conseilla de faire décapiter tout Juif résidant en terre Byzantine. (?) C'est alors qu'un commerçant bédouin aurait apporté son témoignage et ainsi fit annuler cette condamnation à mort: ces hommes circoncis n'étaient pas des juifs.

En 634: les mahométans prennent la Syrie et la Palestine (?), bien aidés par les arabes chrétiens monophysites qui les virent alors d'un bon œil, préférant payer une redevance à ces nouveaux maitres et échapper à la domination des byzantins qui voulaient leur imposer la vision catholique. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_du_Yarmouk)

En 636 a lieu la bataille de Yarmouk (4 ans après la mort de Mahomet), les Arabes l'emportent et gagnent le Proche-Orient et ses nombreuses richesses.
Les troupes mahométanes possèdent alors le Levant.

641 mort d'Héraclius, l’Égypte byzantine s'écroule face aux troupes d'Omar dirigées par Amr ibn al-As.

Il faut préciser que visiblement en dehors des sources purement islamiques, Héraclius n'a jamais fait référence à Muhammad ni à Mahomet ni à un messager de Dieu venu d'un quelconque Hidjaz , d'après Walter Kaegi historien spécialiste de l'histoire Byzantine, Héraclius n'aurait jamais entendu parler de l'islam ou autre appellation, mais bien d'une secte juive. (Heraclius: emperor of Byzantium (2003 ed.). Cambridge University Press. ISBN 0521814596. - Total pages: 359)

D'après les historiens Nadia Maria El-Cheikh et Lawrence Conrad (historien non spécialiste de Byzance) et Nadia Maria El-Cheikh (historienne_chercheuse et archéologue spécialiste de la vision arabe sur l'Empire Byzantin) Héraclius selon l'islam aurait reconnu Mahomet comme étant le message de Dieu

El Cheikh va plus loin en évoquant des sources islamiques qui disent que l'empereur byzantin aurait répondu à cette lettre envoyée par Mahomet aux rois et empereurs ( http://islammedia.free.fr/Pages/Histoir ... ttres.html ) puis qu'il aurait essayé de convertir la classe dirigeante de l'Empire, celle-ci aurait refusé si fortement qu'il aurait été obligé de prétexter qu'il testait leur foi et fidélité en le christianisme.
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Lettre à Héraclius

Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De Mouhammad, l'Envoyé d'Allah à Héraclius le chef des Romains. Salut à quiconque suit la bonne voie. Ensuite, je t'appelle à l'islam. Convertis-toi à l'islam, tu trouveras le salut et Allah te donnera une double récompense, mais si tu te détournes (de l'islam), tu seras chargé des péchés de ceux qui, de ton peuple, te suivront : {O gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n'adorions qu'Allah, sans rien Lui associer et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d'Allah. Puis s'ils détournent le dos, dites : 'Soyez témoins que nous, nous sommes soumis}.

Héraclius lit la lettre et déclara "O Byzantins, si vous suivez le conseil de Jésus fils de Marie, vous n'en serez que mieux éclairés et plus forts".
Quel est ce conseil ? dirent les Byzantins
"Suivre ce Prophète arabe !" conclut Héraclius.
Les Byzantins rugirent de colère et brandirent la croix. En voyant leur réaction, Héraclius savait qu'il ne pouvait les convertir et ayant peur pour sa vie et son trône, il s'empressa de les calmer en leur disant "Par ces paroles, je voulais seulement m'assurer que vous teniez vraiment à votre religion, votre réaction me rassure !".
El-Cheikh écrit que le statut particulier dont bénéficie l'empereur Héraclius dans les sources islamiques (vu comme un vrai croyant (?) dans doit être considéré comme un moyen de légitimer Mahomet comme Le vrai prophète: si un empereur étranger de ce calibre, considéré comme un dirigeant presque parfait, croit en le message divin de l'Islam, c'est bien parce qu'il voit en Mahomet le vrai prophète de Dieu et sa vraie Voix.
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Les Judéo-chrétiens
Le judeo-nazaréisme ne peut se comprendre si on ignore que le judaïsme était extrêmement diversifié avant le Ier siècle EC. En effet, le pharisaïsme ne donnera pas naissance au judaïsme rabbinique avant le IIe siècle, et son hégémonie ne sera pas établie avant le 7ème. Il y eut dans cet intervalle un intense foisonnement d'idées, chacune faisant plus ou moins d'adeptes
Cette doctrine, messianique, s'étend chronologiquement environ entre le IIe siècle avant l'EC (crise du sacerdoce du Temple) jusqu'au VIIe siècle EC. Le judéo-nazaréisme eut une postérité à travers l'islam, à la naissance duquel 'il joua un tel rôle qu'on peut se demander s'il n'en est pas en grande partie à l'origine' (S.C. Mimouni)

La doctrine du judeo-nazaréisme apparaît dans l'opposition de certains prêtres au Culte du Temple au IIe siècle avant l'EC. Le culte leur paraît impur; le 'maître de Justice' fut persécuté par le Temple pour s'y être opposé. Ce personnage que l'on croyait mythique pourrait être, d'après les découvertes de Jacqueline Genot, le Cohen Yossé ben Yo‘ezer.

Si c'est le cas, son supplice et sa mort sont consignés dans les manuscrits de Qumran (les Testaments des 12 Patriarches, notamment).

Arrêté le jour de Kippour, ce qui aux yeux de ses fidèles est la pire des vilenies, il est exécuté. Ses disciples persévèrent alors dans la voie de son opposition, dans l'attente du messie qui purifiera le Culte et chassera l'occupant des Lieux saints.

La prédication du Christ conduisit une partie des Juifs à reconnaître en lui le Messie attendu ; autour de Jacques, évêque de Jérusalem, 'frère du Seigneur', et chef des judéo-chrétiens attachés à la continuation du rite juif relu selon l'enseignement du Christ, se constitua une communauté diverse attendant le retour glorieux du Christ qui devait chasser définitivement l'occupant romain et fonder enfin le Royaume attendu, royaume de perfection et de justice annoncé par Isaïe.

Si la tradition apostolique dont témoignent les Evangiles canoniques soutient que le royaume du Christ 'n'est pas de ce monde' et, de ce fait, est spirituel et doit se mettre en place par un changement de conduite personnelle, les mêmes Evangiles témoignent également que certains judeo-chrétiens, dans la tradition nazaréenne et se référant à l'Evangile de Matthieu, pouvaient croire en un royaume très politique et terrestre à venir dirigé par Jésus. C'est ainsi que peut s'engendrer une opposition marquée, entre la conception d'un salut individuel, d'une part, et celle d'un salut collectif, d'autre part dans les cercles judeo-chrétiens.

La persécution des judeo-chrétiens, puis la révolte juive et la destruction du Temple dispersa les chrétiens ayant quitté Jérusalem peu avant le désastre (70 EC).

Les judeo-nazaréens virent dans ces événements les signes de la fin des temps et l'imminence du retour parousiaque et glorieux du Christ.


Les Nazaréens
Certains Judeo-chrétiens, réfugiés à Pella en Syrie, refusèrent de rentrer à Jérusalem occupée par les païens ou les Juifs. Se radicalisant, vénérant la mémoire de Jacques, l'évêque de Jérusalem (comme en témoignent plusieurs Apocryphes dans l'esprit apocalyptique du temps), ils décidèrent de s'isoler, se 'réfugier au désert', dans la tradition juive, en attendant des jours meilleurs. Ils se dénommèrent 'pauvres' (Ebionites) ou nazaréens.
La mouvance nazaréenne est difficile à cerner car nombre de ses écrits furent catalogués 'chrétiens' dans la mesure où ils parlaient de Jésus ; cependant bien des auteurs ont pu remarquer que ce christianisme prétendait à une observance judaïque stricte (même s'ils rejetaient les sacrifices et le culte du Temple), en rejetant les autres chrétiens désormais tournés vers le monde païen, à ce titre considérés comme renégats. Le judeo-nazaréisme, refusant de voir en Jésus un dieu, se redéfinit donc contre les chrétiens de type 'apostoliques' (du fait de leur attachement à l'idée de continuité avec l'ancienne alliance et de leur foi en Jésus en tant que prophète, les ébionites se trouvaient en effet en opposition avec Paul et sa conception du salut), contre le judaïsme désormais unifié autour du rabbinisme, et contre l'occupant romain bientôt devenu chrétien, mais considéré comme païen. .

L'archéologie en Syrie témoigne de la présence de ces communautés ; la toponymie ayant pour racine 'nasara', très fréquente, témoigne de la présence de ces groupes dont l'idéologie, variant dans le temps et l'espace, n'est pas unifiée : on doit donc parler de mouvance plutôt que de secte proprement dite. Le judeo-nazaréisme alimenta pendant plusieurs siècle un esprit de révolte messianique et apocalyptique.Ainsi, Paul de Samosate, conseiller de la reine Zénobie qui se révolta contre toute attente contre Rome, a sans doute été un judeo-nazaréen ayant endoctriné la reine. Cet esprit messianique reste très présent en Orient jusqu'au VIIe siècle. Des vestiges retrouvés dans plusieurs villages peuvent témoigner de liens tissés en Syrie entre les nazaréens et des tribus arabes, notamment les Qoraïchites, tribu de Muhammad, dont la toponymie témoigne également de l'implantation en Syrie. Muhammad lui-même épousa, dans la tradition islamique, Khadidja, dite parfois juive, mais qui serait plus probablement judeo-nazaréenne dans la mesure où son oncle, Waraqa, est dit être 'chrétien' (en fait, 'nasraniy', traduit par chrétien) converti (gagné aux idées politico-religieuses des ébionites ?) et versé dans les Ecritures hébraïques. Un hadith rapporte même que quand Waraqa mourut, la Révélation faite à Muhammad s'interrompit pour un temps. Ce fait, rapproché de bien d'autres, porte E-M Gallez à conclure que Waraqa fut sans doute un des principaux vecteur du judeo-nazaréisme auprès des Arabes et de Muhammad, auquel il enseigna ses doctrines sur un 'Jésus-Messie' (expression que contient le Coran) devant revenir à la fin des temps.

A noter que si d'autres sources, plus traditionnelles, comme le livre d'Aïcha, font de Waraqa un chrétien nestorien, le Messie qu'il professe a cependant peu à voir avec celui des chrétiens, ceux-ci étant considérés par l'islam comme polythéistes, puisqu'ayant divinisé Jésus.
Or, pour le nazaréisme comme pour l'islam, Jésus n'est qu'un roi-Messie attendu pour instaurer un royaume parfait et régner pendant 40 ans (400 ans dans le Coran). Le judeo-nazaréisme s'allia donc, par la prédication, plusieurs tribus arabes, se constituant une force armée redoutable.

Il reste peu de chose des ouvrages composés par les ébionites (fragments de l’Évangile des ébionites, Kérygmes de Pierre et autres sources utilisées par la littérature pseudo-clémentine).

Ils disparurent vers le Ve siècle. Cependant des mouvements religieux se réclamant des ébionites subsistent encore.


L'Islam et le Troisième Temple
Ce qui suit, est la version donnée par les judeo-chrétiens, les musulmans ont une vision différente :
Au début du VIIe siècle, l'esprit apocalyptique est porté à l'extrême dans l'opposition entre l' empire byzantin et l' empire perse ; beaucoup de chrétiens de leur côté relisent l' Apocalypse et identifient les signes des temps dans le Livre saint. L'avancée des troupes byzantines suivies par la reprise de Jérusalem par l'empereur Héraclius provoque en 622 un exode de Judeo-nazaréens et de Qoraïchites quittant la Mecque à la Médine (an Zéro de l'islam : Hégire). Ces exilés, qui se nommèrent Muhadjirun ('émigrés', premier nom donné aux musulmans) se réfugièrent à Yatrib d'où ils priaient tournés en direction de Jérusalem (les premières mosquées musulmanes ont en effet une qibla tournée vers Jérusalem et non vers La Mecque ; celle de Médine est dite ainsi 'de la double direction'). On ne peut s'empêcher de faire le lien entre la renomination de Yatrib en Médine et Modiin, la ville d'origine des frères Macchabées pendant l'occupation grecque de la Terre Promise. Renommer une ville, et établir un nouveau calendrier retranscrit souvent un projet politique d'envergure qu'il faudrait donc lire selon l'histoire biblique qui est restée très présente dans le Coran. Dans l'esprit des Nazaréens, une ère nouvelle devait s'ouvrir désormais.

Selon Alfred Louis de Prémare (les Fondations de l'islam, 2002), il faut relire complètement les sources d'origine islamiques sur lesquelles on s'appuyait jusqu'à présent, pour les intégrer dans une perspective plus ouverte (il existe des écrits non musulmans décrivant la période et permettant de mieux comprendre le corpus islamique qui a subi de longues transformations ultérieurement à ces événements) dans la mesure où bien des données peuvent être douteuses (on dispose de plus d'un million et demi de hadiths souvent contradictoires) ; la Vie de Muhammad d'Ibn Hisham en particulier, qui est une commande califale très politique, et qui remplace celle d'Ibn Ishaq qui s'est perdue, n'est pas fiable, en tout cas vérifiable. La vie de Muhammad restera donc en grande partie mystérieuse ; le seul fait établi est qu'il essaya, en 629, de prendre Jérusalem, dans l'optique nazaréenne de libération de la Terre sainte. Il échoua. Cependant son successeur Umar y parvint, et sa préoccupation fut alors de bâtir hâtivement un 'Cube' en bois dans les dimensions du Temple de Salomon, là même où le Temple avait été jadis bâti.

Cette construction d'Umar (à ne pas confondre avec la mosquée du même nom construite à la fin du VIIe siècle) sur l'esplanade même du Temple de Salomon n'est pas due au hasard mais témoigne que le proto-islam considérait ces lieux comme saints à la suite du judaïsme et du judeo-nazaréisme (pour les Chrétiens, le nouveau Temple de Dieu est le coeur de chacun), bien avant que soit répandue l'histoire légendaire du fameux 'voyage nocturne' de Muhammad qui, constituée du temps des califes, donna une explication a posteriori de la sainteté des lieux qui remplaça celle donnée jusque là par le judeo-nazaréisme, avec lequel l'islam naissant avait entre-temps rompu.

Selon le judeo-nazaréisme, la libération de Jérusalem, la reconstruction du 3e Temple aurait dû remplir les conditions pour un retour du Christ et l'instauration de son royaume. Le Christ n'étant pas revenu, la doctrine des judeo-nazaréens fut disqualifiée et le nouveau pouvoir arabe dut reconsidérer les justifications à son emprise étendue en Orient. L'islam naquit de cette rupture avec le judeo-nazaréisme, de l'occultation de cette vieille doctrine, laquelle transparaît cependant encore parfois dans le Coran, dont les traductions du professeur Luxenberg montrent que la langue initiale du texte provient d'un lectionnaire rédigée en syriaque, et non pas en arabe d'Arabie du Sud comme cela est souvent avancé.

A la suite de Patricia Crone, les recherches récentes d'Alfred-Louis de Prémare, de Jacqueline Genot, de Christof Luxenberg, d' Edouard-Marie Gallez tendent donc à renouveller les perspectives de l'histoire du Moyen-Orient des premiers siècles ; une explication réside donc dans l'étude du judeo-nazaréisme dont l'importance a été trop souvent négligée.


Bibliographie
Le Messie et son prophète, E-M Gallez, 2 tomes, éditions de Paris, 2005
Les Fondations de l'islam, A-L de PRémare, éditions du Seuil, 2002
Enquêtes sur l'islam, A-M Delcambre (et alii), Desclée de BRouwer, 2004
Le prêtre et le prophète (Waraqa), aux sources du Coran, J. Azzi, Maisonneuse et Larose, 2001
Die syro-aramäische Lesart des Koran, Christoph Luxenberg, Das Arabische Buch, 2000
Une lecture juive du Coran, Haï Bar-Zeev, Berg International Editeurs, 2005
http://www.all2know.com/fr/wikipedia/j/ ... _isme.html
L'Islam et le Troisième Temple
Ce qui suit, est la version donnée par les judeo-chrétiens, les musulmans ont une vision différente :
Au début du VIIe siècle, l'esprit apocalyptique est porté à l'extrême dans l'opposition entre l' empire byzantin et l' empire perse ; beaucoup de chrétiens de leur côté relisent l' Apocalypse et identifient les signes des temps dans le Livre saint. L'avancée des troupes byzantines suivies par la reprise de Jérusalem par l'empereur Héraclius provoque en 622 un exode de Judeo-nazaréens et de Qoraïchites quittant la Mecque à la Médine (an Zéro de l'islam : Hégire). Ces exilés, qui se nommèrent Muhadjirun ('émigrés', premier nom donné aux musulmans) se réfugièrent à Yatrib d'où ils priaient tournés en direction de Jérusalem (les premières mosquées musulmanes ont en effet une qibla tournée vers Jérusalem et non vers La Mecque ; celle de Médine est dite ainsi 'de la double direction'). On ne peut s'empêcher de faire le lien entre la renomination de Yatrib en Médine et Modiin, la ville d'origine des frères Macchabées pendant l'occupation grecque de la Terre Promise. Renommer une ville, et établir un nouveau calendrier retranscrit souvent un projet politique d'envergure qu'il faudrait donc lire selon l'histoire biblique qui est restée très présente dans le Coran. Dans l'esprit des Nazaréens, une ère nouvelle devait s'ouvrir désormais.

Selon Alfred Louis de Prémare (les Fondations de l'islam, 2002), il faut relire complètement les sources d'origine islamiques sur lesquelles on s'appuyait jusqu'à présent, pour les intégrer dans une perspective plus ouverte (il existe des écrits non musulmans décrivant la période et permettant de mieux comprendre le corpus islamique qui a subi de longues transformations ultérieurement à ces événements) dans la mesure où bien des données peuvent être douteuses (on dispose de plus d'un million et demi de hadiths souvent contradictoires) ; la Vie de Muhammad d'Ibn Hisham en particulier, qui est une commande califale très politique, et qui remplace celle d'Ibn Ishaq qui s'est perdue, n'est pas fiable, en tout cas vérifiable. La vie de Muhammad restera donc en grande partie mystérieuse ; le seul fait établi est qu'il essaya, en 629, de prendre Jérusalem, dans l'optique nazaréenne de libération de la Terre sainte. Il échoua. Cependant son successeur Umar y parvint, et sa préoccupation fut alors de bâtir hâtivement un 'Cube' en bois dans les dimensions du Temple de Salomon, là même où le Temple avait été jadis bâti.
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Portail francophone de documentations sur l'islam. L'histoire de l'islam de ses origines jusqu'à aujourd'hui.

Muta (septembre 629). Proposé par webmaster le Lundi, 25 Décembre 2006

L'attaque de Muta est un échec: des Arabes chrétiens et vassaux de Byzance ont facilement repoussé le raid des Arabes du désert. Les documents préfèrent masquer la dure réalité par le récit de scènes héroïques, de la mort pathétique du petit-fils de Mohammed, Zaïd, et d'une retraite bien ordonnée par Khalid.

La décision de l'attaque (Tabari, Histoire des prophètes et des rois I 269).
La bataille de Mouta eut lieu entre les musulmans et les Romains. En effet, ces derniers étaient en possession de la Syrie, dont les habitants étaient tous chrétiens. Or le prophète fut informé qu'une armée se rassemblait en Syrie, et que des troupes auxiliaires devaient venir de Roum; en conséquence, il désigna trois mille hommes, qu'il fit partir de Médine sous le commandement de Zaïd, fils de 'Hâritha...

L'angoisse du départ (Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 791).
L'apôtre envoya son expédition à Muta en jumadal ula dans la huitième année et mit Zayd ibn Haritha à sa tête; si Zayd était tué, alors Jafar ibn Abu Talib prendrait le commandement; et s'il était tué, Abdullah ibn Rawaha. L'expédition réunit 3000 hommes et se prépara au départ. Une fois prêts, ils allèrent saluer les adjoints de l'apôtre. Quand Abdullah ibn Rawaha quitta ces chefs, il se mit à pleurer et quand ils demandèrent la raison, il dit:
- Par Allah, ce n'est pas parce que j'aime ce monde et que je suis attaché à vous, mais j'ai entedu l'apôtre lire un verset du livre d'Allah où il mentionne l'enfer: Il n'est, parmi vous, personne qui n'arrive point à elle[01] ! C'est, pour ton seigneur, un arrêt décidé. Je ne sais pas comment je peux revenir après y être allé.
Les musulmans ont dit:
- Allah soit avec toi, et qu'il te protège et te ramène à nous sain et sauf.

Le flottement dans le commandement (Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 792-3).
Ils allèrent aussi loin que Maan en Syrie, où ils avaient entendu qu'Héraclius était descendu à Maab dans la région de Balqa, avec 100 000 Grecs rejoints par 100 000 hommes des Lakhm[02] , des Judham, al Qayn, Bahra et Bali, commandés par un homme de Bali d'Irasha, appelé Malik ibn Zafila.
Les musulmans entendirent cette nouvelle et ils passèrent deux nuits à Maan à se demander quoi faire. Ils pensaient écrire une lettre à l'apôtre pour lui dire les effectifs de l'ennemi: s'il leur envoyait des renforts, ou sinon, pour attendre ses ordres. Abdullah ibn Rawaha encouragea ses hommes en disant:
- Ô hommes, ce que vous n'aimez pas, c'est ce que vous avez entrepris de rechercher ici, c'est-à-dire le martyre. Nous ne combattons pas l'ennemi avec le nombre ou la force, ou la multitude, mais nous nous confrontons à eux avec cette religion dont Allah nous honore. Alors, allons! Les deux issues sont bonnes: la victoire ou le martyre.
Les hommes dirent:
- Par Allah, Ibn Rawaha a raison.

Les renforts (Muslim, Hadith 19, 4343).
... J'ai[03] rejoint l'expédition qui marchait sur Muta sous le commandement de Zaid ibn Haritha, et j'ai reçu des rrenforts du Yémen. ...On dit que Auf a dit à Khalid:
Khalid, ne sais tu pas que le messager d'Allah a décidé de donner le butin de l'ennemi à celui qui le tuera?
Khalid répondit:
- Oui, mais j'ai pensé que c'était trop.

La rencontre avec l'ennemi (Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 794).
Les hommes avancèrent jusqu'aux limites de la région de Balqa où les forces grecques et arabes d'Héraclius les rencontrèrent, au niveau d'un village appelé Masharif. Voyant l'approche de l'ennemi, les musulmans se retirèrent dans le village de Muta. Là, leurs forces se rencontrèrent et les musulmans s'organisèrent, mettant à leur droite Qutba ibn Qatada des Banu Udhra[04] et à leur gauhe un auxliiaire appelé Ubaya ibn Malik.
Au début du combat, Zayd ibn Haritha se battit en tenant l'étendard du prophètye, jusqu'à sa mort, vidé de son sang, à cause des lances de l'ennemi. Alors Jafar le reprit et se battit avec, et quand le combat le submergea, il descendit de sa monture et l'abattit, et il fut tué à la fin. Jafar fut le premier homme dans l'islam à abattre son cheval.

Vision de la bataille par Mohammed (Tabari, Histoire des prophètes I 270).
Le jour où ce combat eut lieu, Gabriel vint trouver le prophète et lui dit : L'armée est à Muta et livre un combat. Le prophète en informa ses compagnons, qui se réunirent à la mosquée de Médine. Gabriel ôta, éntre la ville de Médine et le pays de Roum, tout ce qui faisait obstacle à la vue, et le prophète put voir la bataille; et tout ce qu'il voyait, il l'annonçait à ses compagnons. Ce fut un des signes de sa mission prophétique. Lorsque Zaïd tomba, le prophète dit :
-Zaîd a été tué.
Il annonça de même que Dja'far avait les mains coupées, et qu"Aldallah, fils de Rewâ'ha, venait d'être tué. Ses compagnons pleurèrent et poussèrent des cris. Lorsque Khâlid, fils de Walîd, prit le drapeau, le prophète dit:
-Le glaive d'Allah (c'est-à-dire Khâlid, qu'il avait autrefois ainsi surnommé) a pris le drapeau. Ce jour-là, il appela Dja'far, fils dAbou-Tâlib, Dsou'l-Djenâ'haïn (l'homme aux deux ailes), disant :
-Allah lui donnera, à la place de ses deux mains, deux ailes, et il volera avec les anges. Les musulmans notèrent le jour et le mois où le prophète leur avait parlé ainsi, et lorsque l'armée revint et qu'ils demandèrent les détails du combat, tout se trouva conforme aux paroles du prophète.

La réaction de Mohammed (Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 796).
... quand l'armée fut écrasée, l'apôtre dit:
- Zayd a pris l'étendard et a combattu jusqu'à ce qu'il tombe en martyr; ensuite Jafar l'a repris et a combattu jusqu'à la mort en martyr.
Il resta silencieux devant les visages tristes des auxiliaires, qui pensaient qu'il était arrivé quelque chose de terrible à Abdulllah ibn Rawaha. Il dit ensuite:
- Abdullah l'a repris et a combattu, puis est mort en martyr. J'ai eu une vision qui les montrait emportés au paradis sur des lits en or. J'ai vu le lit d'Abdullah s'écarter ds deux autres, et j'ai demandé pourqui, et on m'a dit qu'ils étaient déjà partis mais qu'il hésitait lui à aller plus en avant.

Le cheval de Jafar (Daoud, Hadith 14, 2567).
Mon beau-père m'a dit - il faisait partie des Banu Murrah ibn Auf- et il était présent à la bataille, la bataille de Mutah:
- Par Allah, j'ai vu Jafar qui est descendu de son cheval roux et qui lui a tranché les jarrets; il a alors combattu avec les autres jusqu'à sa mort.

Les pertes principales à Muta (Ibn Hisham, Conduite de l'envoyé d'Allah 801-2).
Les noms de ceux qui sont morts de la mort des martyrs à Mu'ta:
des Quraysh: du clan des Banu Hàshim, Ja'far and Zayd.
Des Banu 'Adiy b. Ka'b: Mas'ùd ibn ai-Aswad ibn Hàritha ibn Nadla.
Des Banu Màlik b. Hisl: Wahb ibn Sa'd ibn Abu Sarh.
Des Ansàr: du clan des Banu al-Hàrith ibn al-Khazrai, 'Abdullah ibn Rawàha et Abbâd ibn Qays.
Des Banu Ghanam ibn Màlik ibn al-Najjàr, al-Hàrith ibn Nu'màn ibn Usàf ibn Nadla ibn 'Abd ibn 'Auf ibn Ghanam.
Des Banu Màzin ibn al-Najjàr, Surâqa ibn 'Amir ibn 'Atiya ibn Khansâ'.

La retraite de Khalid
C'est le premier acte de gloire militaire de ce personnage fraichement converti et survivant de cette aventure; cela suffira à le distinguer aux yeux de Mohammed. Khalid avait été le chef de la cavalerie de la Mecque et à ce titre, il avait vigoureusement attaqué les musulmans. Après sa conversion, il devient alors l'instrument privilégié des conquêtes, menées avec une brutalité qui finit même par indisposer Mohammed. Après 632, le “Sabre de l'Islam” est pour encore dix ans le général en chef des conquêtes musulmanes.

(Tabari, Histoire des prophètes I 271).
Khâlid, fils de Walîd, continua le combat pendant trois jours. Voyant que le petit nombre des musulmans ne pourrait pas résister, il se retira, disant : je ramènerai ces musulmans auprès du prophète; cela vaudra mieux que de les laisser tous périr. Lorsque le prophète apprit que Khâlid avait opéré sa retraite, il l'approuva et lui donna des éloges. Quand les troupes revinrent à Médine, il alla, accompagné des autres musulmans, à leur rencontre. Il était à cheval, ayant devant lui le fils de Dja'far, âgé de cinq ans.

Théophanès, Chronographie, année 6133.
Mohammed était déjà mort, mais il avait nommé quatre émirs pour porter la guerre contre les Arabes chrétiens. Les musulmans marchèrent contre une ville appelée Moukhéon, dans laquelle se trouvait le vicaire Théodoros, et ils souhaitaient attaquer les Arabes le jour où ils allaient adorer leurs idoles[05] ; quand ils apprirent par un membre de la tribu des Quraysh qui était à sa solde. Théodoros rassembla les soldats des garnisons du désert, et quand il connut le jour où les forces musulmanes allaient attaquer, il anticipa leur assaut à un endroit appelé Mouthous, où ses forces tuèrent trois des émirs et la grande partie de ses forces; un des émirs, Khalid, qu'ils appelaient “le Sabre d'Allah”, a réussi à s'échapper.

Une possible allusion coranique à la défaite (Mahomet, Coran 30/1-4).
Les Romains ont vaincu aux cofins de notre terre. Maix eux, après leur victoire, seront vaincus, dans quelques années. A Allah appartient le sort dans le passé comme dans le futur. Alors les croyants se réjouiront du secours d'Allah. Il secourt qui il veut. Il est le puissant, le miséricordieux.

Les funérailles des chefs morts à Muta (Boukhari, Hadith 23, 46,1).
Quand le prophète apprit que Zaid ibn Haritha, Jafar et Abdallah ibn rawaha avaient été tués, il s'assit pour marquer son chagrin. Comme je regardais par la fente de la porte, un homme vint trouver le prophète et lui dit:
- Ah! les femmes de Jafar! ô envoyé d'Allah! et il raconta leurs lamentations.
Le prophète lui donna l'ordre d'aller les faire taire. L'homme partit, puis revint et dit:
- Je leur ai défendu de pleurer, mais elles n'ont pas obéi.
Pour la deuxième fois, le prophète lui enjoignit d'aller les faire terre. L'homme partit et revint en disant:
- Par Allah, elles sont plus fortes que moi -ou que nous.

Le témoignage byzantin (Théophanès, Chronographia 335-6).
Année 6123[06]
Mouamed, qui est mort auparavant, avait nommé quatre émirs pour combattre ceux qui parmi les Arabes étaient chrétiens[07] , et ils allèrent en face d'un villlage appelé Moukhea, où se trouvait le vicaire Théodoros,qui avait l'intention de surprendre les Arabes le jour où ils sacrifiaient à leurs idoles. Le vicaire, apprenant ceci d'un certain Quraysh appelé Koutabas[08], qu'il rétribuait, rassembla ses soldats dans le désert et, sachant le jour et l'heure de l'attaque, il les attaqua lui-même dans le village de Mothous, et il tua trois de leurs émirs, et le gros de leur armée. Un émir Khaled[09] , qu'ils appelaient le Sabre de Dieu, s'échappa.

[01] La Géhenne.
[02] Effectifs fantaisistes, qui doivent excuser la défaite.
[03] Auf ibn Malik.
[04] M. Lecker, Pueople XI, p. 91.
[05] L'auteur utilise sans doute une source musulmane, qui considère le christianisme comme une idolâtrie.
[06] Soit 630-1; la date est fautive: la bataille de Mouta a lieu un an avant.
[07] Les Ghassanides.
[08] Qutba.
[09] Khalid.

TABLE DES MATIÈRES
Muta (septembre 629).
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Tabûk, c'est plus tard, en 631.En 629 il s'agit de MU'TA (située dans le royaume de Jordanie).
D'après les récits des historiens arabes et la mention d'un chroniqueur byzantin , 3000 hommes environ , envoyés par le prophète de l'islam pour soumettre les Arabes chrétiens ou païens, auraient été mis en déroute par la forte armée réunie par les Byzantins. Trois chefs de la troupe musulmane firent tués et un quatrième, khâlid ibn al-Waîd réussissait à ramener les survivants.
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Ce document est également très intéressant. http://www.persocite.com/pmm/ziaka.htm

Le regard de la recherche grecque contemporaine sur la découverte de l’islam par le monde byzantin (VIIIe-XIVes.)
Angeliki G. Ziaka, Université de Thessalonique

Le monde byzantin et l’Eglise chrétienne d’Orient établirent des liens avec l’islam dès son apparition. Du VIIIe au XIVe siècle l’islam et le monde chrétien d’Orient développèrent des relations souvent conflictuelles, non seulement sur un plan militaire mais aussi scientifique. C’est à cette époque que des écrivains byzantins rédigèrent en grec de nombreux traités sur l’islam, dont la plupart présentent un caractère apologétique ou de controverse.

La littérature byzantine sur l’islam est connue dans ses grandes lignes par la bibliographie scientifique établie dans le monde européen. Bien que la recherche grecque n’ai pas encore étudié l’ensemble des écrits byzantins sur l’islam, certaines études ont été réalisées qui ont ouvert la voie et incité à élargir le terrain autour de ce thème particulièrement important.

L’objet du présent travail est d’étudier la découverte de l’islam par le monde grec et byzantin et à souligner l’importance de la recherche grecque contemporaine dans ce domaine.

Cette littérature comprend un grand nombre de traités polémiques ou apologétiques sur l’islam, dont certains sont principalement écrits sous forme de dialogues fictifs entre chrétiens et musulmans. Nous savons que Jean Damascène (+755) d’abord, puis Abû Qurra (+820/25) écrivirent en grec et s’opposèrent à l’islam qu’ils considéraient au départ comme une simple hérésie de la religion chrétienne. De nombreux écrivains byzantins suivront leur exemple et, dès le IXe siècle, la capitale de l’Empire romain d’Orient, Constantinople, développe une importante production d’écrits sur l’islam, qui se poursuivra jusqu’à la chute de l’Empire. Bien que principalement de nature polémique ou de réfutation, ces écrits en grec manifestent une connaissance fondamentale de l’islam qui révèle le besoin d’un approfondissement mutuel et d’un échange culturel entre l’islam et le monde chrétien. De nombreux écrivains byzantins entreprennent la traduction de textes coraniques, dont Nicètas de Byzance qui traduisit assez fidèlement, dès le IXe siècle, une grande partie du Coran.

A la lecture des traités byzantins de controverse contre l’islam, nous constatons que les lettrés byzantins possédaient une vaste connaissance du contenu de la religion musulmane, puisant leurs informations directement ou indirectement des sources même de l’enseignement de l’islam (Qur’ân, Sîra, Hadîth). Dans le même temps, se révèle leur incapacité à reconnaître l’islam comme une nouvelle religion et à plus forte raison à lui donner une place dans l’histoire de la sotériologie. Persuadés de la vérité absolue de la révélation chrétienne, ils abordent en règle générale la foi islamique dans un esprit polémique. Ils approfondissent ainsi leur connaissance de l’islam, non pour mieux le comprendre mais pour en dévoiler les points faibles qui permettront de le combattre et de réfuter son enseignement. Cela est dû non seulement à la conviction des Byzantins que le christianisme est l’unique religion révélée mais aussi aux dangers provoqués par les guerres menées par l’islam contre Byzance. Celles-ci entraînèrent la perte de nombreuses provinces chrétiennes qui passèrent sous domination islamique et dont la plus grande partie de la population fut islamisée. Ainsi se développèrent des situations conflictuelles et passionnelles.

L’islam appelait en effet les populations à embrasser la nouvelle religion du Prophète, tandis que sa puissance militaire menaçait non seulement le monde chrétien mais l’existence même de l’Empire byzantin. Face à un islam puissant, les controverses traduisent le besoin de sauvegarder la foi et de soutenir les chrétiens éprouvés. C’est la raison pour laquelle les traités de controverse, écrits par des lettrés à une époque où l’Empire byzantin affrontait les dynasties des Omeyyades et des Abbassides, s’adressent plus particulièrement aux chrétiens sur un ton polémique et apologétique, dans le souci de soutenir leur moral et de freiner l’élan de l’islam. Si la voie empruntée par les écrivains byzantins pour aborder l’islam n’était pas la plus juste ni la plus indiquée, toutefois l’attitude de l’Empire byzantin apparaît bien souvent bienveillante et en général plus indulgente envers l’islam qu’à l’égard à d’autres peuples et en particulier des communautés hérétiques, mises hors-la-loi par les empereurs et condamnées par les synodes ecclésiastiques. Il suffit de rappeler que sous Léon III l’Isaurien (717-741), une mosquée fut construite à Constantinople pour répondre aux besoins religieux des musulmans, bien qu’au cours des deux premières années de son accession au trône, son pouvoir ainsi que les assises de l’Empire byzantin aient été gravement mis en péril par la campagne et le siège de Constantinople menés par les Arabes musulmans. On raconte que l’empereur lui-même visitait cette mosquée et que cette attitude ainsi que le déclenchement de la Querelle des Images, lui valurent l’accusation de “σαρακηνόφρων” (soutien des Sarrasins). Les relations particulièrement conflictuelles au cours des premiers siècles entre Byzance et l’Islam (IXe-XIIIe siècles), avec toutefois des périodes de répit et sans que les relations culturelles ne soient jamais rompues (ce dont témoigne la transmission des lettres grecques dans la culture arabo-islamique) commencent à s’apaiser au cours du XIVe siècle, période de déclin de l’Empire il est vrai, et se font amicales au cours du dernier siècle (seconde moitié du XIVe siècle - 1453), envers l’islam dominant.

Les thèmes de la littérature byzantine de controverse concernent les points de l’enseignement de l’islam qui paraissent s’opposer à la doctrine chrétienne. C’est ainsi qu’est réfutée la légitimité de la mission prophétique de Mahomet et donc la vérité même de l’Islam. Le Coran est analysé pour en souligner les égarements et les faiblesses et notamment le fait qu’il est considéré comme étant une révélation divine et la parole du Dieu éternel. La prophétologie islamique est également rejetée, tandis que sont réfutés les éléments s’opposant à la divinité de Jésus et au mystère de la Sainte Trinité. Plus généralement, les thèmes de ces controverses s’efforcent de couvrir l’ensemble de l’enseignement de l’islam sur Dieu, l’univers, l’homme, les prophéties et la révélation, la morale et l’eschatologie. Il est probable que certaines des attaques les plus virulentes lancées par ces écrits soient dues, au-delà du danger que représentait l’islam, à la sensibilité particulière manifestée par la société et plus encore par l’Etat byzantin face au problème des hérésies, héritage des grandes querelles christologiques et des combats menés contre les différentes hérésies qui menaçaient les fondements du christianisme et l’unité de l’Empire byzantin.

Sur la base de cette thématique, nous pouvons distinguer trois phases principales des écrits sur l’islam à l’époque byzantine. La première commence peu avant le milieu du VIIIe siècle et s’étend jusqu’aux premières décennies du IXe siècle. Les premiers écrits de cette période proviennent de Syrie et sont rédigés par des Pères hellénisés, tels Jean Damascène (+755) et Théodore Abû Qurra, évêque d’Harrân en Mésopotamie (+825), avant de connaître un important développement à Constantinople. La seconde phase de la confrontation des lettrés byzantins avec l’islam débute au cours des premières décennies du IXe siècle et s’achève vers le milieu du XIVe siècle. Constantinople, siège de l’Empire byzantin, devient le centre de la production de ces écrits, à la différence de la phase précédente, inaugurée à Damas, centre hellénistique important des lettres et des arts, qui deviendra la capitale du premier califat islamique des Omeyyades (661-750). La troisième phase de communication avec l’islam débute au milieu du XIVe siècle et s’achève avec la chute de l’Empire byzantin (1453). Elle apparaît comme la plus importante car elle s’inscrit dans une époque où s’affirme la volonté d’une meilleure compréhension de l’islam, de l’établissement de relations et d’un véritable dialogue avec ce dernier. Les œuvres écrites à cette époque se caractérisent par une approche qui se veut objective, sur un ton apaisé. Dans le présent travail nous allons étudier les principaux auteurs et leurs écrits de deux premières phases.

I. Première phase (VIIIe - début IXe s.)

Au cours de la première phase, les théologiens de Syrie qui vivaient déjà sous domination islamique avaient acquis une connaissance immédiate et vivante de la religion islamique et avaient saisi les points fondamentaux des rapports et des différences entre les enseignements chrétien et islamique, tout en refusant d’accepter l’islam comme une nouvelle religion et de lui accorder une place dans l’histoire du salut.

1. Jean Damascène, a) Source de la Connaissance, b) Controverse entre un Sarrasin et un Chrétien

Ce grand théologien du christianisme en Orient (680-755), à qui l’on doit une synthèse de l’enseignement dogmatique de l’église orthodoxe d’Orient, connaissait parfaitement le grec, outre sa langue maternelle, l’arabe. Avant de prendre l’habit monastique, il avait servi, comme son père Serge, à la cour des Omeyyades à Damas, vraisemblablement en tant que protoassikrite ou logothète, c’est-à-dire comme haut conseiller financier de l’Empire islamique.

Pour Jean Damascène, qui lut le Coran dans l’original et se pénétra de son esprit, l’islam est avant tout une hérésie chrétienne ou judéo-chrétienne et n’a par conséquent aucune légitimité. Parmi les nombreux ouvrages qu’il rédigea, on distingue sa grande œuvre dogmatique Source de la Connaissance (Πηγή Γνώσεως ), conçue en trois parties, sous forme de trilogie : a) Dialectique ou chapitres philosophiques (Διαλεκτικά ή κεφάλαια φιλοσοφικά,), b) Des hérésies (Περί Αιρέσεων) et c) Edition précise de la foi orthodoxe (Έκδοσις ακριβής της ορθοδόξου πίστεως ). Dans le Des hérésies qui constitue la seconde partie de cette trilogie, Jean Damascène a inclus un chapitre sur l’islam (ch. CI) qu’il analyse comme une " hérésie chrétienne ", la 101e hérésie. La réfutation des enseignements de l’islam, qui révèle une connaissance approfondie de la religion islamique, est également développée dans deux dialogues qui portent le titre Dialogue entre un Sarrasin et un Chrétien (Διάλεξις Σαρακηνού καί Χριστιανού). Dans cette œuvre, le père de l’Eglise d’Orient développe les points de vue chrétiens sur le Verbe de Dieu, à savoir Jésus-Christ, Fils de Dieu et Verbe de Dieu incarné, la seconde personne de la Sainte Trinité, en opposition à l’enseignement musulman pour lequel le Coran est le Verbe de Dieu éternel et incréé, parole de Dieu.

L’opinion de Damascène sur l’islam fut déterminante pour la théologie du christianisme oriental. L’autorité spirituelle de Jean Damascène au sein de l’Eglise chrétienne d’Orient ainsi que la haute charge qu’il avait occupée à la cour des Omeyyades conféraient une autorité déterminante à son jugement sur l’islam. Damascène rapporte le premier une tradition appelée à prendre de l’ampleur par la suite, à savoir que Mahomet aurait rencontré un moine de l’hérésie arienne qui lui aurait transmis sa doctrine, sur la base de laquelle il aurait développé sa propre hérésie.

2. Théodore Abû Qurra, Contre les hérésies des Juifs et des Sarrasins

Le second grand Docteur des chrétiens syriens, Théodore Abû Qurra, comprit mieux l’esprit de l’islam et l’aborda de manière plus méthodique. Postérieur à Damascène, Abû Qurra, évêque d’Harrân dans le nord de la Mésopotamie (vers 750-825), entra dans sa jeunesse au monastère Saint-Sabbas où il se consacra à la prière et à l’étude des œuvres et de l’enseignement spirituel de Jean Damascène, dont le souvenir était encore particulièrement vif au monastère. C’est en ce sens qu’il est considéré comme un disciple de Jean Damascène. Fervent défenseur de la foi orthodoxe, Abû Qurra fut en outre une figure importante des lettres. Sa profonde connaissance de l’arabe, du grec et du latin lui permit de développer une intense activité de traducteur et de transmettre aux Arabes une partie importante des lettres grecques. Il est le premier à avoir traduit en arabe les Premiers Analytiques d’Aristote. Ses écrits conservés, principalement théologiques, sont rédigés en arabe, et quelques fragments en grec. Son œuvre Contre les hérésies des Juifs et des Sarrasins (Κατά Αιρέσεων Ιουδαίων και Σαρακηνών), écrite sous forme de dialogue, constitue la première tentative de compréhension de la nature de l’islam, qu’il aborde comme un enseignement totalement nouveau.

Cette œuvre est composée d’un ensemble de petits traités et d’opuscules. Ceux qui abordent l’islam sont les suivants :

Apologétiques :

no 8 : Réponse à une réfutation islamique contre la Sainte Trinité (PG 97, 1528)
no 23 : Réponse à une réfutation islamique contre la divinité du Christ (PG 97, 1553-1556)
no 32 : De la mort du Christ et de l’union hypostatique (PG 97, 1583-1584)
no 22 : De l’Eucharistie (p. 1552-1553)

Polémiques :

no 18 : la seconde partie provient ex ore de Jean Damascène : Critères de la vraie religion (PG 94, 1596-1597)
no 19 : Contre la mission prophétique de Mahomet (PG 97, 1544-1545)
no 20 : Mahomet possédé par le démon (PG 97, 1545-1548)
no 24 : De la supériorité de la monogamie (PG 97, 1556-1557)

Traités théologiques :

no 3 : Dialogue avec le préfet d’Emèse (l’actuelle Homs) sur l’existence de Dieu et la preuve de la Sainte Trinité (PG 97, 1492-1504)
no 25 : Du Fils de Dieu (PG 97, 1557-1562)
no 21 : La vérité du christianisme resplendit malgré les faiblesses (PG 97, 1548-1552).

La contribution de Jean Damascène et de Théodore Abû Qurra à cette première relation avec l’islam apparaît particulièrement importante non seulement pour les chrétiens mais aussi pour les musulmans. Ces défenseurs de la foi chrétienne, en réfutant systématiquement les doctrines de l’islam, provoquèrent les théologiens musulmans et les obligèrent à développer de manière méthodique leur propre théologie en adoptant la méthode et la logique argumentative de la théologie chrétienne, ainsi que le discours grec et notamment aristotélicien qui, à partir de la fin du VIIIe siècle, se répandit par des traductions en arabe dans le monde islamique.

Cette première phase de confrontation avec l’islam se déroula à Damas, et au monastère Saint-Sabbas en Palestine, c’est à dire au cœur du pouvoir islamique omeyyade. Bien que le monde islamique se trouvât à cette époque sur le pied de guerre et dans une phase d’expansion, un esprit libéral dominait dans les échanges spirituels. Si l’on considère en outre la liberté et l’audace de la langue qu’emploient les deux écrivains mentionnés, on peut estimer que les relations entre chrétiens et musulmans, même sous domination islamique, connaissaient une période de détente. Alors que les frontières des deux Empires byzantin et islamique étaient périodiquement le théâtre de vives tensions, les chrétiens sous domination islamique, placés sous la protection du calife, jouissaient de la relative liberté que leur offrait leur statut de dhimmi (protégés), permettant ainsi aux lettrés d’entreprendre la traduction des œuvres des philosophes et des écrivains grecs en arabe.

II. Seconde phase (milieu IXe- milieu XIVe siècle)

Au cours de cette période, et plus précisément entre le milieu du IXe et le XIIIe siècle, la polémique s’accentue avec l’islam. Constantinople est devenue le centre de la production de ces écrits de controverse où l’argumentation de Jean Damascène est reprise de différentes manières, tandis que de nouvelles accusations sont développées. De nombreux textes de controverse contre l’islam furent écrits au cours de cette longue période de près de cinq siècles, dont les plus importants sont les suivants :

1. Théophane le Confesseur, Chronographie

Théophane le Confesseur (circa 760-818) descendait d’une illustre famille de l’Empire byzantin. Né à Constantinople, il entra très tôt dans un monastère et lutta pour le rétablissement du culte des images, ce qui lui valut d’être emprisonné sous Léon V (813-820), puis exilé dans l’île de Samothrace où il mourut en 818. Sa Chronographie (Χρονογραφία), qui est la suite de la chronographie de son ami Michel Synguellos (circa 760-846), s’ouvre sur l’accession au trône à Rome de Dioclétien (248) et s’achève avec la fin du règne de Michel Ier Rangabé (811-813). Usant de sources diverses, il se sert de la chronologie alexandrine, qui fixe la création du monde en 6305 au lieu de 6321, date de la chronologie en vigueur à Constantinople. Ceux que l’on nomme "les continuateurs de Théophane" furent chargés par Constantin Porphyrogénète (912-959) de poursuivre en six livres la rédaction des événements historiques jusqu’en 961.

Dans sa Chronographie (Χρονογραφία), Théophane consacre un petit chapitre à l’islam et à Mahomet. Il traite de manière étendue de la vie de Mahomet et plus brièvement du Coran. Il ne s’agit ici ni d’une apologie du christianisme tournée contre l’islam, ni d’un traité sur l’enseignement du Coran. Théophane s’intéresse principalement aux conditions dans lesquelles s’est développée la conscience prophétique de Mahomet et à l’apparition de l’islam, afin d’expliquer les affrontements qui opposent les Byzantins et les musulmans. Il débute avec l’annonce de la mort de Mahomet auquel succède Abû-Bakr (Avouvahar, " Αβουβάχαρ ”, d’après le texte) sous lequel commence l’attaque par les Arabes musulmans des pays entourant l’Arabie. Il poursuit ensuite avec une brève mention de la généalogie, de la vie et de l’apparition de Mahomet en tant que Prophète. Théophane est le premier à mentionner l’épilepsie de Mahomet, sujet favori des écrits byzantins ultérieurs sur l’islam, et suppose que les difficultés dans son mariage avec Khadîja, en raison de son épilepsie, ses rencontres avec des juifs et des chrétiens au cours de ses voyages en Palestine, ainsi que les enseignements erronés qu’il recueillit auprès d’un moine chrétien hérétique exilé en Arabie, expliquent les conditions dans lesquelles se développa la conscience prophétique de Mahomet et la naissance de l’islam. Il écrit qu’après leur mariage, Khadîja fut vivement attristée par la découverte de l’état épileptique de Mahomet. Ce dernier, pour la consoler, lui raconta que, visité par l’ange Gabriel dont il ne pouvait supporter la vue, il tombait évanoui. Fortement troublée, Khadîja alla chercher conseil auprès d’un moine exilé en raison de sa foi hérétique. Celui-ci l’assura que l’ange Gabriel se manifestait de la même manière auprès de tous les prophètes. Un grand nombre des points de vue de Théophane sera repris ultérieurement par les historiens et notamment par Georges le Moine dit l’Hamartolos (le Pécheur).

Cette Chronographie de Théophane constitue une source fondamentale pour les événements survenus aux VIIe et VIIIe siècles, ainsi que la principale source grecque pour la datation des premiers affrontements entre les Arabes et les Byzantins. Le récit des guerres arabo-byzantines est succinct mais précis. Les spécialistes du monde arabe méconnurent et interprétèrent de manière erronée les informations qu’il donnait et qui rétablissent, jusqu’à un certain point, la succession véritable des événements. Cette œuvre fut traduite en latin par Anastase le Bibliothécaire et exerça une influence majeure sur l’historiographie occidentale aussi bien qu’orientale.

2. Georges le Moine, Brève Chronique

Un autre chroniqueur, Georges le Moine ou l’Hamartolos (le Pécheur) va s’intéresser à l’islam au IXe siècle. Mis à part ces noms mentionnés dans les manuscrits, nous n’avons pas d’autre information, si ce n’est qu’il était moine. Il vécut sous le règne de Michel III (842-867) dont il est le chroniqueur le plus représentatif. Il avoue lui-même modestement que son Histoire (Ιστορία) est une compilation de l’histoire de différents chroniqueurs et que sa source principale reste Théophane le Confesseur. Son œuvre est une production typiquement monastique où l’écrivain affirme son attachement à la mythologie grecque et au monachisme. Il débute avec la création du monde et d’Adam et termine avec la mort de l’empereur Théophile (842). Le récit des événements jusqu’en 948 est l’œuvre de chroniqueurs postérieurs.

Dans sa Chronique (Χρονικόν) ou Brève Chronique (Χρονικόν Σύντομον), Georges le Moine consacre comme Théophane un court chapitre, le CCXXXVe, à combattre l’islam et le prophète arabe. Ce chapitre, principalement basé sur les écrits de Théophane, mais dont certains thèmes sont mieux et plus précisément analysés est intitulé: De Saracenorum duce Moameth, qui Mahomet (Περί του αρχηγού των Σαρακηνών Μωάμεθ, του και Μουχούμετ). Contrairement à ses prédécesseurs, Georges le Moine vise à enrichir sa connaissance de l’islam pour mieux le combattre. De la même manière que Théophane, il retrace brièvement la vie de Mahomet, raconte son entrée au service de sa parente, la riche Khadîja, qu’il épousera, et parle de ses rencontres avec des juifs et des chrétiens auprès desquels il recueille des paroles et des sentences bibliques au cours de ses voyages en caravanes vers la Palestine. Il mentionne également le fait que Mahomet reçut l’enseignement d’un moine hérétique arien, expulsé du monastère Kallistratou à Constantinople. "Ce dernier (Mahomet), haï de Dieu et sans foi, rencontra par hasard des juifs et de soi-disant chrétiens, c’est-à-dire des ariens et des nestoriens, et recueillit des éléments de partout : des juifs la monarchie, des ariens le Verbe et l’Esprit créés, des nestoriens l’anthropolâtrie; c’est ainsi qu’il créa sa propre religion". Il accuse ensuite Mahomet d’honorer certes le Christ mais pas en tant que Fils et Verbe de Dieu incarné. Il dénonce également la conception du paradis musulman, conteste toute inspiration divine au Coran et considère les paroles de Mahomet comme furieuses et injurieuses. Le ton de Georges le Moine est à certains endroits si vif qu’il laisse un sentiment pénible au lecteur d’aujourd’hui.

3. Rituel d’abjuration d’un musulman converti à notre foi pure et vraie de Chrétiens

Il s’agit d’un livre liturgique ou euchologio qui renferme un rituel d’abjuration ou d’apostasie de la foi musulmane et d’adhésion à la foi chrétienne pour les musulmans convertis au christianisme. Les nouveaux convertis à la foi chrétienne devaient auparavant jeûner durant deux semaines et être catéchisés, pour apprendre la prière du dimanche et les symboles de la foi. Ils étaient ensuite conduits au baptistère. Avant d’être baptisés, ils déclaraient devant le prêtre et les chrétiens abjurer la religion des Sarrasins, renier les personnes, les enseignements et les conceptions de l’islam et maudire le Dieu de Mahomet que les écrivains des controverses, traduisant le mot "Samad" dans la Sourate CXIIe du Coran, nomment " Dieu façonné ou forgé ". Par ailleurs, ils déclaraient embrasser Dieu et la religion chrétienne. Ce texte ressemble beaucoup au rituel du mystère du baptême que suit l’église orthodoxe orientale.

Dans la Patrologia Graeca, ce livre liturgique et catéchistique est attribué à Nicétas Choniate, mais son contenu et sa forme révèlent qu’il s’agit d’un écrit postérieur, de la fin du Xe et du début du XIe siècle. Il est manifeste que l’original a été retravaillé et complété dans le texte conservé. Les formules d’excommunication dans le texte ainsi que la terminologie du renoncement ou de l’abjuration de la foi musulmane proviennent d’exorcismes et de formules d’excommunication d’époques antérieures. Nombre de ces types sont inspirés de fragments attribués à Nicétas de Byzance et à Michel Synguelle (circa 760-846).

Cette œuvre, telle qu’elle est présentée ici, est attribuée à Nicétas Choniate, et dut être achevée dans le dernier quart du XIIe siècle sous le règne de l’empereur Manuel Ier Comnène (1143-1180). A la même époque, un différend éclata entre l’empereur et les évêques du " synode permanent " (“ενδημούσης συνόδου”) de Constantinople sur la question de savoir si, au cours de la confession d’abjuration de la foi musulmane, les convertis au christianisme devaient ou non maudire le Dieu " sphérique " ("ολόσφυρο”) des musulmans. L’empereur estimait que la phrase devait être supprimée dans la mesure où elle heurtait la conscience des convertis qui identifiaient un même Dieu dans les deux religions. Les évêques qui y étaient opposés finirent par accepter le compromis suivant : le passage fut retiré du livre et remplacé par un anathème jeté sur le nom de Mahomet.

4. D’un anonyme, Contre MahometOn peut classer à côté de l’ouvrage précédent le petit traité d’un écrivain anonyme intitulé Contre Mahomet (Κατά Μωάμεθ). Ce petit livre est en fait un recueil d’extraits des œuvres de Jean Damascène, de Georges le Moine et de l’œuvre liturgique précédente, le Rituel d’abjuration d’un musulman converti à la foi pure et vraie des Chrétiens (Τάξις αποτάξεως της μουσουλμανικής πίστεως). Si l’on en retire un petit fragment (p. 1457CD) qui selon la recherche récente, aurait été inséré dans le texte par un compilateur négligent, et qui n’a aucun rapport avec le reste du texte, on peut dater ce petit traité du Xe ou XIe siècle.

Ce texte reprend en l’amplifiant la thèse de Jean Damascène, à savoir que Mahomet aurait eu des entretiens avec un moine arien qui lui aurait transmis un enseignement dévoyé de la Parole de Dieu. De la même manière, Mahomet aurait entretenu des rapports avec des juifs et des chrétiens, ainsi qu’avec un certain nombre de nestoriens, puisant des éléments de toutes parts pour fonder sa propre religion : des Juifs, la " monarchie " (Dieu est unique) ; des ariens, que le Verbe et l’Esprit ont été créés et des nestoriens " l’anthropolâtrie " (le Christ est uniquement homme).

5. Nicétas de Byzance, a) Exposé... et réponse, b) Réponse et réfutation... c) Réfutation de la Bible faussée de Mahomet l’Arabe

Le plus important représentant du courant anti-islamique de la seconde moitié du IXe siècle et du début du Xe siècle est le contemporain du patriarche Photius, Nicétas de Byzance qui, par ses connaissances et sa formation philosophique, est resté connu dans l’histoire comme le " philosophe " et le " professeur ". Nicétas a nourri les écrits byzantins de controverse contre l’islam du IXe au XIVe siècle.

A la demande des empereurs Michel III (842-867) et Basile Ier (867-886), il écrivit trois livres contre l’islam. On prétend qu’une lettre envoyée par les musulmans à l’empereur Michel et développant diverses controverses contre la Sainte Trinité est à l’origine de ces écrits. Nicétas fut invité par l’empereur à répondre et il rédigea un exposé détaillé de l’enseignement chrétien sur la Sainte Trinité, réfutant ensuite les arguments des musulmans. Cette œuvre intitulée, Έκθεσις κατασκευαστική... και αντίρρησις της σταλείσης επιστολής εκ των Αγαρηνών προς Μιχαήλ βασιλέα, υιόν Θεοφίλου, επί διαβολή της των Χριστιανών πίστεως, peut être traduite en français par Exposé et démonstration du dogme chrétien... et réponse à la lettre envoyée par les Agarins à l’empereur Michel, fils de Théophile, et mettant en doute la foi chrétienne. Les épistoliers musulmans ne parurent pas convaincus par les arguments de Nicétas et adressèrent une seconde lettre à laquelle Nicétas répondit par son traité intitulé : Réponse et réfutation de la seconde lettre envoyée par les Agarins à l’empereur Michel, fils de Théophile, et mettant en doute la foi chrétienne (Αντίρρησις και ανατροπή της δευτέρας επιστολής της σταλείσης παρά των Αγαρηνών προς Μιχαήλ βασιλέα, υιόν Θεοφίλου, επί διαβολής των χριστιανών πίστεως). Il est probable que les lettres des musulmans sont fictives et que le texte a été écrit par Nicétas lui-même.

L’œuvre la plus importante dans laquelle Nicétas expose l’essence de l’enseignement chrétien et discrédite la religion islamique est son grand traité intitulé : Réfutation de la Bible faussée (Coran) de Mahomet l’Arabe (Ανατροπή της παρά του Άραβος Μωάμετ πλαστογραφηθείσης Βίβλου).

Dans cette œuvre, Nicétas se distingue autant par la qualité de son écriture que par la force souvent irréfutable de son argumentation contre l’islam et par le caractère méthodique de l’exposé qu’il donne des principes de l’enseignement chrétien. De grande culture philosophique, théologique et littéraire, il est persuadé que la vérité et la conviction se trouvent dans la logique et la preuve par le raisonnement, basé sur des notions communes et universelles. C’est ainsi que dans son entreprise pour soutenir l’enseignement chrétien et réfuter la religion islamique, il fait appel à une méthode dialectique rigoureuse et à des preuves logiques et raisonnées. Sachant toutefois que le mystère de Dieu ne peut être totalement éclairé par le simple raisonnement, il fait souvent appel à des analogies.

Son œuvre se distingue par un ton polémique et des jugements souvent arbitraires à l’égard de l’islam, mais aussi par sa parfaite connaissance de l’enseignement de l’islam et du contenu du Coran. Nicétas avait une grande connaissance de l’arabe, puisqu’il entreprit de présenter pour la première fois dès le IXe siècle en grec une analyse de l’ensemble du Coran et une fidèle traduction d’un grand nombre de fragments. Il faut noter ici que sa traduction de l’original en arabe est particulièrement réussie et qu’elle ne le cède en rien à des traductions critiques récentes en Europe.

Grâce à sa connaissance du contenu du Coran, il entreprend de réfuter l’enseignement de Mahomet en citant et en réfutant un certain nombre de passages du Coran. Pour appuyer ses arguments contre la mission prophétique de Mahomet et la légitimité de la révélation islamique, il sélectionne les passages des chapitres (" suwar ") du Coran qu’il estime exprimer et éclairer les intentions les plus profondes de Mahomet, à savoir la destruction du christianisme et la domination de l’islam. Selon Nicétas, la psychologie du fondateur de l’islam est dominée par ces deux intentions. Le respect qu’il exprime à l’égard de la figure du Christ dont il réfute la divinité s’inscrit dans cet objectif de rassurer et de tromper les chrétiens. La réfutation du Coran présente différents aspects. Nicétas entreprend à partir de diverses formes dialectiques de présenter les différents éléments caractéristiques du Coran qui révèlent les égarements de l’islam aussi bien sur le plan de son enseignement que sur le plan moral. Il est toutefois regrettable que Nicétas se livre à des interprétations arbitraires du Coran en faisant une interprétation fausse du sens de ses versets. Dans sa tentative de réfuter l’enseignement de l’islam, il expose toutefois de manière particulièrement originale l’enseignement chrétien par une méthode dialogique et raisonnée.

6. Leonis Imperatoris Augusti, cognomento philosophi, ad Omarum Saracenorum Regem, De fidei Christianae veritatae et mysteriis et de variis Saracinorum haeresibus et blasphemies, Epistola

L’original en grec de cette lettre n’a malheureusement pas été conservé et nous ne possédons que deux traductions, une en latin dans la Patrologia Graeca de Migne, et une autre en arménien, traduite en 1944 en anglais par A. Jeffery. D’après le texte, cette lettre fut écrite par Léon III (717-740) et adressée au calife Umar II (717-720). En comparant les textes des deux traductions de cette lettre, il est toutefois difficile d’affirmer avec certitude la date de sa rédaction et quelles sont les personnes impliquées. Les opinions des historiens divergent, dans la mesure où les textes diffèrent aussi bien par leur contenu que par leur longueur. Il semble toutefois que le contenu des traductions soit dû à Léon III, tandis que la forme et la longueur des textes actuels sont attribuées à Léon VI.

La lettre de Léon III se présente comme une réponse à une lettre d’Umar qui demande à être informé sur l’enseignement chrétien. Il s’agit en réalité d’un texte écrit par un lettré chrétien dont l’objectif est de défendre la foi chrétienne contre les controverses islamiques développées autour des thèmes de la divinité du Christ et de son incarnation, de la Vierge Marie, de la légitimité des Saintes Ecritures et de la vénération pour la Croix du Christ. Léon blâme la haine de l’islam contre les étrangers, sa législation polygamique et son fatalisme. Le traducteur de la version arménienne entreprend en outre de réfuter avec force l’interprétation musulmane de la Proclamation sur le désert maritime, le chapitre 21 de la prophétie d’Isaïe, que les musulmans interprètent comme l’annonce de la venue de Mahomet. Cette vision relate que deux cavaliers arriveront du désert immense, proche de Babylone. Les musulmans, et en particulier ‘Alî al-Tabarî, voient dans le cavalier du chameau le prophète Mahomet et l’islam. Au contraire, le rédacteur de la version arménienne identifie le cavalier de l’âne comme étant le peuple juif qui, bien qu’ayant la loi et les prophètes, n’a pas suivi le Christ et son message, tandis que le cavalier du chameau représente les Babyloniens et les idolâtres, qu’il compare aux musulmans.

7. Aréthas, évêque de Césarée, Lettre adressée à l’Emir de Damas

Aréthas, évêque de Césarée en Cappadoce (circa 850-932), naquit à Patras dans le Péloponnèse vers 850, et fut évêque de Césarée en Cappadoce à partir de 902. Disciple de Photius, il se distingua par sa profonde culture et son intérêt particulier pour la littérature classique et ecclésiastique. Il fut avec Photius une des principales personnalités de l’époque qui marquèrent le tournant vers les lettres et les arts, dans la seconde moitié du IXe et au début du Xe siècle. Eminent commentateur de la Bible, ainsi que des œuvres de Platon, de Lucien et d’Eusèbe, il rédigea des commentaires sur l’Apocalypse qui complètent et révisent l’interprétation de l’Apocalypse par André de Césarée.

Parmi ses nombreuses œuvres d’exégèse, ses commentaires, ses écrits dogmatiques, ses lettres et ses discours, on relève une lettre particulièrement importante adressée à l’Emir de Damas (Επιστολή προς Εμίρην της Δαμασκού), qui semble avoir été écrite par Aréthas sur ordre de l’empereur Romain Ier Lécapène (919-944). Cette lettre apparaît toutefois comme une œuvre littéraire majeure plutôt qu’un écrit apologétique, et certains historiens considèrent qu’elle a été attribuée à tort à Aréthas. D’après A. Th. Khoury, il n’est pas possible de préciser de quel empereur romain il s’agit ici, ni même qui était l’émir auquel était adressée la lettre. Les chercheurs grecs, bien que d’accord pour dater cette lettre de la fin du IXe ou du début du Xe siècle, ne s’intéressent pas tant à son authenticité qu’à son contenu. D. Sahas, écrivant sur Aréthas, s’intéresse autant aux points de vue officiels qu’aux croyances populaires sur l’islam au Xe siècle dans l’Empire byzantin. Cette lettre se distingue par le ton ironique et sarcastique de l’auteur lorsqu’il aborde des thèmes liés à l’islam, notamment la personnalité de Mahomet et sa qualité prophétique. Aréthas raille aussi la prétention de l’islam qui veut placer Mahomet à égalité avec les grandes figures bibliques. D’après Sahas, Aréthas n’est pas disposé à admettre les valeurs spirituelles et les conceptions eschatologiques de l’islam, qu’il considère comme une doctrine religieuse sans élaboration, matérialiste et lascive dans son enseignement de la vie sur terre et au ciel, puisqu’elle présente le paradis avec des images grossières et sensuelles. La question de l’authenticité de cette lettre reste toutefois posée, dans la mesure où son caractère sarcastique et ironique est difficilement attribuable à un homme de grande culture.

Malgré les polémiques théologiques au cours desquelles chacune des parties s’efforçait de réfuter l’enseignement fondamental de la religion adverse, il ne faut pas oublier que les deux religions, l’islam et le Christianisme oriental, ont vécu durant des siècles côte à côte et se sont aidées, exerçant en outre une influence mutuelle bénéfique. Cette cœxistence fructueuse est soulignée par le Patriarche Nicolas le Mystique lorsqu’il écrit en 911-912 au calife de Bagdad, al-Muktadir : " Deux puissances sur terre dominent et rayonnent, celle des Sarrasins et celle des Romains, à la manière des deux grands astres dans le ciel (le soleil et la lune). Ne serait-ce que pour cette raison, elles doivent entretenir des relations entre elles et avoir des rapports fraternels. Elles ne doivent pas se comporter comme des étrangers sous prétexte qu’elles diffèrent entre elles dans la vie quotidienne, dans leurs métiers et dans leur foi ".

8. Euthyme Zigabène, Contre les Sarrasins

Euthyme Zigabène (1050-1120) est une figure représentative de l’écriture théologique de la fin du XIe et du début du XIIe siècle. Moine, retiré au monastère de la Péribleptos à Constantinople, il écrivit de nombreuses œuvres dogmatiques, herméneutiques et de controverse, parmi lesquelles on distingue son grand ouvrage Panoplie Dogmatique (Δογματική Πανοπλία). Il s’agit d’un ouvrage divisé en 28 chapitres ou titres qu’il écrivit à la demande de l’empereur Alexis Ier Comnène (1081-1118). Zigabène y expose l’enseignement fondamental de l’Eglise d’Orient et réfute brièvement les hérésies les plus anciennes et de manière plus détaillée les plus récentes, parmi lesquelles s’inscrit l’islam. Bien que cet ouvrage ne soit en réalité qu’un recueil de textes et de commentaires antérieurs d’écrivains et de docteurs de l’Eglise, il constitua durant des siècles un arsenal pour les théologiens d’Orient.

Zigabène consacre à l’islam le XXVIIIe chapitre de la Panoplie, intitulé Contre les Sarrasins. Les textes de Jean Damascène, de Georges le Moine ou l’Hamartolos et de Nicétas de Byzance constituent les principales sources auxquelles recourt l’écrivain pour développer sa polémique contre l’Islam. Sa propre contribution réside dans sa tentative de résumer les longues analyses de ses sources, d’en effacer les sarcasmes déplacés contre la religion islamique et d’en concentrer en une unité organique des chapitres entiers. Son autre contribution est d’éclairer à l’aide de brèves explications certains aspects obscurs de ses sources.

Les faiblesses de Zigabène apparaissent dans cette œuvre lorsqu’il tente de formuler les dogmes de la foi chrétienne et de combattre les hérésies en reprenant et en rapprochant scrupuleusement les textes antérieurs des écrivains et des docteurs de l’Eglise, sans exercer la moindre critique et sans exprimer ses propres opinions ou étayer les points de vue de ses prédécesseurs et les adapter à la réalité de son temps. A ces faiblesses s’ajoute une connaissance imparfaite de la langue arabe, ce qui ne l’autorisait pas à se lancer dans une révision critique des textes de ses prédécesseurs, à plus forte raison des analyses du Coran par Nicétas.

9. Nicétas Choniate, Trésor de la foi orthodoxe, Livre XXe, De la religion des Agarènes

Nicétas Choniate (1150-1213), historien de la prise de Constantinople par les Latins (1204) naquit à Chones en Phrygie et débuta sa carrière à la cour de Constantinople comme " secrétaire royal ". Outre son importante Histoire (Ιστορία), qui traite des événements survenus depuis la mort d’Alexis Ier Comnène (1118) jusqu’en 1206 et dans laquelle il se distingue par une grande ouverture d’esprit, l’impartialité et la vivacité de ses descriptions, qualités qui le rangent parmi les plus grands historiens de l’époque médio-byzantine, il écrivit une œuvre apologétique en 27 livres, équivalente à la Panoplie (Πανοπλία) de Zigabène, mais animée d’un esprit critique et créatif et qui nous est parvenue sous le titre Trésor de la foi orthodoxe (Θησαυρός Ορθοδόξου Πίστεως). Ce titre est légèrement postérieur à l’œuvre et est dû au collaborateur de Choniate, Théodore Scutariotes.

L’œuvre expose l’enseignement de la foi orthodoxe et réfute les différentes hérésies et querelles dogmatiques de son époque. Le XXe livre est consacré à l’examen de l’Islam et est intitulé De la religion des Agarènes (Περί της θρησκείας των Αγαρηνών). Comme ses prédécesseurs, Choniate reprend dans cette étude les points de vue de Jean Damascène, tels qu’ils sont exposés au chapitre CI de son œuvre Des Hérésies (Περί Αιρέσεων). Il affirme à son tour que Mahomet s’est inspiré des Juifs, des Ariens et des Nestoriens, expose le point de vue, qu’il estime erroné, du Coran sur Dieu et le Christ, conteste toute inspiration divine à la révélation musulmane, réfute les accusations musulmanes de polythéisme (shirk) adressées aux chrétiens, et examine enfin la question de la polygamie du prophète. Il reprend les thèses de Georges le Moine concernant les conceptions eschatologiques de l’islam, les descriptions du jour du jugement et du paradis. L’esprit de sa polémique rappelle celle de Zigabène. Dans sa réfutation des thèses de l’islam, il adopte la manière de ses prédécesseurs, bien que l’on puisse trouver certains éléments nouveaux et un esprit plus plaisant et plus critique dans la présentation.

10. Euthyme le Moine, Discussion sur la foi avec un Sarrasin philosophe, dans la ville de Mélitène

Ce texte particulièrement intéressant, qui adopte plus la forme d’une lettre que d’un véritable dialogue, est attribué par la croyance populaire à saint Euthyme le Moine ou saint Euthyme le Grand (circa 377-477), ascète et prêcheur auprès des Arabes. Il est en réalité difficile de préciser qui en est l’auteur. Certains historiens l’ont identifié à tort avec Euthyme Zigabène, dans la mesure où certains de ses fragments sont fondés sur la Panoplie. Le texte de la Discussion paraît toutefois s’appuyer sur une œuvre de Barthélemy d’Edesse, Réfutation d’un Agarène (Έλεγχος Αραγηνού), et appartient au genre littéraire du dialogue fictif.

Le texte est divisé en deux parties, la première de type apologétique et la seconde sous forme de controverse. La première comprend les controverses des musulmans sur les principaux points de l’enseignement chrétien, tels que la Sainte Trinité, l’incarnation du Christ, la rédemption, l’eucharistie divine et autres, rédigés sous forme de dialogue entre un musulman et Euthyme. L’énumération des controverses et des accusations se fait précisément de la même manière qu’au début de l’œuvre de Barthélemy, Réfutation d’un Agarène, tandis que la réfutation des accusations suit le mode des Opuscules d’Abû Qurra. La discussion est particulièrement intéressante. Le musulman soupçonne de polythéisme (shirk) l’enseignement chrétien sur Dieu, ce que rejette Euthyme en déclarant : " Nous croyons à un Dieu incréé, inengendré, infini, insaisissable, indiscernable, que personne n’a jamais vu. Nous disons également que Dieu est Verbe et Esprit qui sont incréés et qui participent de sa nature et de son essence (αλλά της αυτού ουσίας και φύσεως) ". La création au contraire est l’œuvre de Dieu qui a tout créé et a donné la vie parce qu’il est le Créateur et Celui qui donne la Vie. L’homme qui participe du Verbe et de l’Esprit est la plus belle de ces créations. Alors que tout a été créé, Dieu seul est incréé et trine, suivant les hypostases du Père, du Verbe et de l’Esprit. Admiratif, le philosophe musulman pose ensuite les questions suivantes auxquelles Euthyme répond : quel besoin Dieu avait-il de se faire homme et comment s’est-il uni à l’humanité ? Est-il possible que Dieu puisse être reconnu au toucher ? Pourquoi avoir caché l’Evangile venu du ciel et en avoir écrit un autre ? Puisque le Christ a été circoncis, pourquoi ne vous faites-vous pas circoncire ? Qui est en mesure de témoigner que le Christ s’est incarné ? Comment avez-vous été racheté et libéré par le sang de Jésus-Christ ? Enfin, pourquoi ne reconnaissez-vous pas Mahomet comme prophète, alors que sa venue a été prédite par Isaïe et l’Evangile?

La seconde partie a un caractère de controverse et constitue un recueil de textes et d’opinions qui réfutent la qualité prophétique de Mahomet, l’inspiration divine du Coran et les enseignements fondamentaux de l’islam. Le texte s’achève tandis que l’interlocuteur musulman désarmé et éclairé par la vérité, se convertit à la foi chrétienne.

11. Barthélemy d’Edesse, Réfutation d’un Agarène

Bathélemy d’Edesse (XIIe-XIIIe s.) ne ressemble à aucun des écrivains byzantins antérieurs ou postérieurs qui se sont intéressés à l’islam, non seulement à cause de son style caustique, mais aussi dans la mesure où le matériau auquel il recourt semble au premier abord factice. C’est ainsi que l’ont appréhendé les historiens qui, par le passé, ne s’intéressèrent qu’occasionnellement à lui. La recherche récente a toutefois révélé que le matériau qu’il utilise provient d’un Islam populaire et de différents mouvements et communautés de derviches qui s’étaient constitués au sein de l’Islam. Cela a également amené à réviser les datations anciennes qui le situaient à la fin du IXe siècle, à l’époque du Patriarche Photius, les conceptions et les idées auxquelles Barthélemy se réfère se développant en effet au sein de l’islam après le XIe siècle. Ces éléments ont incité un certain nombre d’historiens récents à se pencher sur son œuvre.

Nous n’avons que peu d’informations sur la vie de Barthélemy. Il indique lui-même à plusieurs reprises dans son traité qu’il est originaire d’Edesse, ville située au nord-est de la Syrie, en Mésopotamie, près de l’Euphrate et qui, avec la ville d’Harrân située à 80 kilomètres au sud-est, constituait un important centre de culture aux époques hellénistique, byzantine puis islamique. Nous apprenons également par son traité qu’il fut moine et qu’il séjourna fréquemment dans le célèbre monastère Sainte-Catherine au Mont Sinaï. Il semble par la suite avoir trouvé refuge dans l’Empire byzantin et vécut à Constantinople et en Asie Mineure. Nous ignorons toutefois où il rédigea son traité.

Barthélemy connaissait l’arabe et, comme il nous en informe lui-même, lisait le Coran et des traités théologiques sur l’islam : " J’ai certes lu et appris tous vos livres " ou " J’ai évidemment feuilleté tous vos livres, sans y rien trouver de bien ".

Ce qui préoccupe avant tout Barthélemy est la prétention des musulmans non seulement à établir un rapport d’égalité entre l’islam et le christianisme, mais aussi à placer Mahomet sur le même rang que les autres prophètes, ce qui lui paraît inconcevable. Les musulmans s’efforçaient en effet de présenter sur un même plan le Christ et Mahomet, tandis qu’une importante partie de la tradition islamique est consacrée à l’idéalisation de la personne de Mahomet.

Les musulmans posent des questions sur les principes fondamentaux de l’enseignement chrétien et accusent les chrétiens de corrompre la véritable religion. Ces questions concernent la divinité de Jésus-Christ, son incarnation et son sacrifice sur la croix, l’enseignement sur la Sainte Trinité, la vénération des icônes, la divine Eucharistie, le baptême, le rôle du Saint-Esprit, la confession et l’accusation portée par les musulmans contre les chrétiens d’avoir faussé l’Evangile et d’en avoir rayé le nom de Mahomet. Barthélemy répond seulement à une partie de ces questions posées par les musulmans, et qui rappellent les questions posées par Nicétas de Byzance au début de son traité. Il entreprend ensuite de les réfuter de manière systématique. A l’exception de cette énumération introductive, le texte de Barthélemy est rédigé dans le plus complet désordre. Il est impossible de discerner le moindre plan d’ensemble dans la discussion des différents sujets et la vive polémique qu’il développe contre l’islam.

Barthélemy est le premier auteur d’écrits de controverses à traiter de manière aussi complète de la vie de Mahomet. Il retrace la vie du prophète musulman de son enfance à sa mort et lui refuse, comme les autres auteurs byzantins, toute mission prophétique.

Tout au long de son ouvrage, Barthélemy entreprend de montrer le fossé qui sépare le Christ et le faux prophète Mahomet. Depuis sa Nativité jusqu’à sa glorieuse Ascension, le Christ a manifesté sa divinité à travers des miracles, signes tangibles de sa nature divine. Mahomet, au contraire, n’a manifesté aucun signe divin ou miracle qui témoigneraient de sa mission prophétique.

En outre, sa vie et sa conduite morale ne plaident pas en faveur de sa qualité de prophète. Le Coran apparaît enfin comme un mélange de vérités et de faussetés. Les vérités qui relèvent de références brèves mais incomplètes à différents personnages bibliques ont été transmises par le moine Bahîrâ, tandis que les errements sont dus à sa rédaction par ‘Uthmân.

Certaines croyances populaires des musulmans concernant Mahomet, et réfutées par Barthélemy avec son ironie coutumière, représentent toutefois les éléments les plus intéressants pour la recherche. L’une de ces croyances est l’idée de la préexistence éternelle de Mahomet, gardé entre " terre et eau ". Une autre voudrait que son nom soit inscrit sur le trône de Dieu. Toutes ces croyances sont assurément liées aux tentatives de la théologie musulmane, en particulier chiite, d’idéaliser la figure du prophète. Dans les milieux chiites ainsi que dans ceux de la mystique musulmane (sûfis-tasawwuf) et en particulier pour certains mouvements derviches, l’idée de la préexistence et de l’éternité de Mahomet avait pris de l’ampleur. La figure historique de Mahomet était identifiée avec l’éternel Haqîqat al-Muhammadîya, Nûr Muhammadî. Barthélemy puise ces croyances dans les couches populaires de l’islam, qui leur avaient imprimé un caractère simplifié.

Barthélemy raille également le voyage nocturne et l’élévation au ciel (mi’râj) de Mahomet à Jérusalem, à laquelle le Coran (Sourate XVII,1) et la tradition islamique ancienne font certaines allusions. Il est intéressant de voir que Barthélemy note ici le caractère particulièrement populaire de ces récits à l’époque. Il faut remarquer que l’on rencontre rarement des récits de ce type dans la tradition islamique écrite.

Une autre tradition populaire intéressante, qui renvoie aux croyances ultérieures du mysticisme islamique sur " l’Homme parfait " (" al-Insân al-Kâmil ") est la conviction des musulmans que Dieu créa le monde en raison de son amour pour Mahomet. Cette croyance, que Barthélemy combat, a manifestement été inspirée par l’enseignement chrétien sur le Verbe de Dieu (Jean 1, 3 et le Symbole de la Foi). Cette idée s’associa dans les milieux de la mystique musulmane à des conceptions néoplatoniciennes et à d’autres croyances héritées de l’Orient, avant d’être transmise aux musulmans sous une forme simplifiée.

Pour Barthélemy, cette affirmation est impie. L’accepter revient à ignorer l’amour de Dieu pour Adam, pour les grandes figures bibliques et les prophètes et pour le Christ lui-même qui, comme le note Barthélemy, est à juste titre loué par le Coran qui le nomme Verbe de Dieu, " participant au même pouvoir ".

Les parallélismes entre le Christ et Mahomet permettent d’établir également des parallèles entre le christianisme et l’islam. Or pour Barthélemy, l’islam ne peut être comparé au christianisme puisque son enseignement ne présente pas les éléments nécessaires qui permettent sa comparaison avec la supériorité de l’enseignement chrétien et l’action salvatrice de ses mystères. Barthélemy se dresse ainsi contre la perception qu’ont les musulmans du Coran comme parole éternelle de Dieu. Une analyse de l’enseignement du Coran sur Mahomet, Dieu, le Christ et les prophètes de l’Ancien Testament montre clairement qu’il ne s’agit pas d’un livre révélé. Mahomet n’est donc pas un véritable prophète et ne peut être comparé au Christ, ni même aux prophètes de l’Ancien Testament. Après avoir réfuté les diverses accusations portées par les musulmans contre la divinité du Christ, Barthélemy dirige ses attaques contre l’exercice du culte musulman, les purifications rituelles et les prières. A l’aide de longues descriptions qui tendent à ridiculiser les purifications des musulmans avant la prière, il entreprend de démontrer que ces purifications et les prières dans la religion musulmane ne sont d’aucun secours pour l’âme.

Selon son mode favori, qui ignore tout raisonnement, Barthélemy entreprend ensuite de combattre la croyance des musulmans qui présente le Coran comme parole de Dieu incréée, ainsi que les purifications rituelles qu’il estime incompréhensibles et inutiles, dans la mesure où l’âme invisible ne se purifie pas par l’eau mais par la prière.

La dernière partie du traité de Barthélemy renferme une biographie de Mahomet imaginaire et mythique qui vise à révéler la fausseté et le caractère malfaisant de Mahomet. L’écrivain reprend ici à son compte les détails de la biographie mythique de Mahomet, née de l’imagination des polémistes nestoriens. Il établit ainsi l’arbre généalogique de Mahomet et relate les aventures de son grand-père ‘Abdulmuttalib, évoque le père et la mère, présentée ici comme une esclave achetée, la perte de ses deux parents et son enfance, son initiation à la religion par le moine nestorien et hésychaste Bahîrâ et bien d’autres événements aussi curieux qu’inexacts. Il raconte ainsi que Mahomet persuada par la ruse les Arabes de croire en sa mission prophétique en affirmant que ses crises et ses évanouissements provenaient de visions et de révélations de l’ange Gabriel. Lorsque ces derniers découvrirent la supercherie, ils le pourchassèrent, ce dernier trouvant refuge dans une grotte où une araignée le sauva en tissant sa toile autour de lui. Par la suite, il rassembla ses partisans et attaqua par traîtrise les Arabes et les força à croire en sa mission prophétique. Ceux qui s’y refusaient furent exécutés. Il assassina ainsi une vieille femme avec ses sept fils, ainsi que son propre oncle et protecteur Abû Talib qui osait émettre des doutes et n’embrassait pas la nouvelle religion de l’islam.

La dernière unité du traité présente un caractère totalement romanesque. Elle relate que Mahomet, après avoir fondé la religion musulmane et nommé Abû Bakr comme son représentant à La Mecque, se rendit au pays de son grand-père pour y convertir les habitants. Ces derniers l’arrêtèrent, et le firent périr en l’attachant à la queue d’un chameau emballé. Ses partisans, pour cacher la vérité sur sa fin misérable, imaginèrent de construire un mur circulaire et infranchissable autour de son tombeau à Médine, en prétendant qu’il reposait là mais que personne ne pouvait le voir de crainte d’être aveuglé.

Au-delà du problème de l’authenticité du récit de Barthélemy, se pose la question de l’origine de ses sources. Abel et Khoury, guidés par la phrase de Barthélemy qui évoque des " écrits de Chaldée ou chaldéens ", supposent qu’il s’agit de nestoriens qui auraient de ce fait constitué ses principales sources. Ces sources furent d’abord recherchées dans ce qu’on appelle les Révélations (Αποκαλύψεις) de Bahîrâ, transmises du IXe au XIIe siècle (leur datation précise restant sujette à caution) à travers des récits syriens et arabes. Ces textes considèrent le moine Bahîrâ comme l’auteur du Coran et le fondateur de l’islam, Mahomet n’ayant été que son disciple. On retrouve une certaine ressemblance entre ces écrits et ceux de Barthélemy, mais sans qu’une relation directe puisse être établie. Barthélemy ne considère pas Bahîrâ comme l’auteur du Coran mais comme l’instituteur de Mahomet auquel il transmit ses connaissances religieuses. Abel estime toutefois que Barthélemy s’est principalement inspiré de l’apologie attribuée à un lettré inconnu du nom de ‘Abd al-Masîh ibn Ishâq al-Kindî, rédigée dans la première moitié du IXe ou au début du Xe siècle. G. Troupeau, qui étudia dans sa biographie de Mahomet les écrits de Barthélemy, adopte le point de vue d’Abel, mais présente d’autres exemples qui, révèlent la dépendance de Barthélemy à l’égard d’autres sources inconnues et complètement différentes, d’origine populaire.

La question de l’authenticité du texte renvoie également au problème de la datation de sa rédaction. L’historien grec E. Sdrakas, adoptant le point de vue d’historiens plus anciens, tels que Krumbacher, Beck et Güterbock, date la rédaction de cette œuvre "peu après Photius". Des historiens récents fixent sa datation au XIIe ou XIIIe siècle. D’après Trapp, Barthélemy s’inspire d’Euthyme, dans la mesure où les problèmes qu’il énumère au début de son ouvrage sont les mêmes que ceux posés dans la Discussion (Διάλεξις) d’Euthyme. De même, à la fin de la Discussion, on trouve des ressemblances, au mot près, avec l’ouvrage de Barthélemy. Certaines différences apparaissent toutefois, notamment le fait que Barthélemy admette que Mahomet ait vécu 47 ans, dont 32 en tant qu’incroyant, alors qu’Euthyme le fait vivre jusqu’à 55 ans et date sa découverte de la religion à 40 ans. A partir de ces différences et de ces ressemblances, Trapp estime que Barthélemy est postérieur à Euthyme et que son ouvrage doit être daté du XIIe siècle.

Khoury affirme au contraire qu’Euthyme s’est inspiré de Barthélemy et date ce dernier du début du XIIIe siècle. L’historien grec Papavassileios adopte ce point de vue sans développer une argumentation propre.

Les discontinuités et les répétitions lassantes, en particulier dans la biographie de Mahomet où les détails les plus importants, énumérés dans la première partie du traité sont répétés dans la seconde partie sur un mode plus romanesque, ont amené certains historiens à douter que la Réfutation d’un Agarène, sous la forme qui nous est parvenue, puisse être l’œuvre d’un seul écrivain. Elle serait plutôt celle d’un compilateur postérieur ayant réuni deux parties différentes de la biographie du prophète sous le nom de Barthélemy d’Edesse.

Abel estime que le texte est le produit du regroupement de trois textes écrits aux VIIIe, IXe et Xe siècles, qu’un compilateur du XIIIe siècle rédigea en langue populaire de l’époque et signa sous le pseudonyme de Barthélemy d’Edesse. Cahen admet au contraire que l’œuvre et le nom de l’écrivain sont authentiques, mais que certaines parties du texte ont subi de nombreux ajouts postérieurs. Plus mesuré, Khoury estime que la plus grande partie du texte est l’œuvre d’une seule personne, mais que le manque d’informations sur l’écrivain ne nous permet pas de nous livrer à une critique philologique et historique plus poussée. Klaus-Peter Todt estime enfin que cette œuvre a pu être rédigée à la fin du XIIe siècle.

Les écrivains byzantins postérieurs s’intéressèrent peu au traité de Barthélemy, à l’exception d’un écrivain anonyme du XVIIIe siècle, dont on trouve l’œuvre dans le codex no 71 de la Société historique et ethnologique d’Athènes (ff. 86-106) intitulé Histoire de la naissance et de l’éducation de Mahomet.

Ces deux phases de confrontation avec l’islam seront suivies par une troisième, la plus intéressante car il s’agit d’une période marquée par un effort pour mieux comprendre l’islam, pour communiquer et dialoguer avec lui. C’est pourquoi les ouvrages écrits durant cette période, même s’ils n’abandonnent pas totalement leur caractère polémique et apologétique, se distinguent par un ton plus modéré et un esprit de conciliation envers l’Islam. Les personnalités les plus importantes ayant encouragé la communication entre les traditions religieuses durant cette période sont les empereurs Jean VI Cantacuzène (1232-1383) et Manuel II Paléologue (1348-1425), ainsi que les théologiens de l’époque byzantine tardive, Grégoire Palamas (1296-1359) et Joseph Vryenne (1350-1432)
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Message non lu par Sol Invictus »

:/ On comprend bien qu'il ne s'agit que de sources islamiques concernant l'Empereur Héraclius. Là encore rien de sourcé côté Byzantin ! :clap:
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Raistlin
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Re: Discussions sur le Coran

Message non lu par Raistlin »

Sol Invictus a écrit ::/ On comprend bien qu'il ne s'agit que de sources islamiques concernant l'Empereur Héraclius. Là encore rien de sourcé côté Byzantin ! :clap:
Merci pour toute cette documentation. Effectivement, l'"histoire" officielle se trouve encore écrite par les historiens musulmans.

Néanmoins, quelle est la fiabilité de la source que vous citez mentionnant Mahomet (Sabeos) ? Vous semblez indiquer qu'elle date de 660 environ.

Je vais essayer de retrouver exactement ma source sur cet échange entre un chrétien et un proto-musulman autour de 644.

Cordialement,
« Dieu fournit le vent. A l'homme de hisser la voile. » (Saint Augustin)
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