Vous avez parfaitement raison. Dans ce cas, on ne parle plus de recensement de Qurinius. Mais, effectivement, on se demande pourquoi Luc nous sort Quirinius, qui n' a rien à faire là, plutôt que de dater par le règne d'Hérode, ou par celui d'Auguste (même si ça pose problème puisqu'il n'y as pas de début officiel du règne d'Auguste). Logiquement, s'il cite Quirinius comme élément de datation, c'est que, pour lui, c'était alors l'autorité dont dépendait la Judée, ce qui nous met forcément après la déposition d'Archélaus en 6.Raistlin a écrit : Vous dites :Mais Luc ne dit pas que Quirinius eut la charge du recensement, il dit que celui-ci eut lieu pendant qu'il était gouverneur de syrie. Ma question est : pourquoi cette précision inutile pour la suite de l'Évangile ? Luc, s'il n'avait eu aucune information sur les évènements, aurait pu se contenter d'un recensement point barre.Emmanuel Lyasse a écrit :Il reste de toute façon un souci: tant qu'Hérode régnait, puis Archelaus après lui, le légat romain de Syrie n'avait aucune raison d'intervenir en Judée. Hérode, puis son fils, dépendaient directement d'Auguste. Si celui-ci avait ordonné un recensement à l'échelle de l'empire (j'y viens), c'est le roi, ou le tétrarque, qui en aurait été chargé dans son domaine.
Sur le recensement et les problèmes qu'il pose, je recopie ce qui suit, qui sort d'un truc que je suis en train d'écrire, et que je ne désespère pas de publier un jour, si j'arrive à le finir et si je trouve un éditeur.
Cette mention d’un recensement romain pose problème.
On connaît deux types de recensement chez les Romains. Le premier est le dénombrement, à fins d‘abord militaire, ensuite électorale, des citoyens. Il ne peut bien sûr s’agir de cela, Joseph n’étant évidemment pas citoyen romain. Le second, qui concerne, lui, les peuples soumis, est effectué à l’échelle d’une province, quand elle est créée et peut-être quand une mise à jour semble nécessaire, dans un but fiscal : il ne vise pas tant les personnes que les propriétés sur lesquelles peut porter l’impôt. C’est à ce second type qu’on rattache généralement le recensement mentionné par Luc.
Mais ce n’est absolument pas ce que dit le texte, qui parle d’une décision d’Auguste de recenser toute la terre habitée, en fait, sans aucun doute, seulement l’empire romain : ce n’est donc pas une opération limitée à une province telle qu’on en connaît par ailleurs. Il s’agirait donc d’un troisième type de recensement, à but proprement démographique. D’un tel projet, nous n’avons aucune trace chez aucun des auteurs qui traitent de la période augustéenne. C’est pourquoi les commentateurs ont tendu à le rattacher à ce qu’ils connaissaient par ailleurs, le recensement fiscal d’une province. Mais une telle confusion de la part de Luc, qui parle de tout le monde habité, est impossible ; D’ailleurs, si on admet que Jésus est né sous Hérode, ou même sous son successeur Archelaus (nous verrons plus bas le problème que pose la mention de Quirinius), la fiscalité était du ressort du roi, non des Romains. En revanche, Hérode, roi soumis à Rome, ne pouvait que se soumettre à une volonté de recenser l’ensemble du monde romain. Il n’y a donc que deux possibilités : soit ce recensement est une invention de Luc et n’a aucune réalité, soit nous avons là la seule attestation d’un dénombrement tout à fait exceptionnel par rapport à ce que nous connaissons. La seconde possibilité n’est pas aussi invraisemblable qu’elle peut paraître à première vue. Nous savons que le règne d’Auguste est marqué par un intérêt pour la géographie en tant que telle, les Romains cherchant, une fois qu’ils ont trouvé la stabilité politique, à connaître le monde qu’ils ont conquis . Il est donc fort possible que le prince ait désiré savoir combien il y avait d’habitants dans l’empire, et pris un édit pour ordonner qu’on les comptât. Une telle entreprise aurait probablement, malgré la rareté des sources, laissé d’autres traces, si elle avait produit un résultat : mais, si elle a été un échec, il n’est pas impossible qu’elle ait rapidement disparu des mémoires.
Un point est en revanche totalement invraisemblable dans le récit de Luc, qui est celui qui nous intéresse en premier lieu. Selon lui, Joseph doit aller se faire recenser à Bethléem parce qu’il descend du roi David. Or, selon l’Ancien Testament et Flavius Josèphe, c’est plus de mille ans auparavant que David et né dans cette ville, et y a été élevé, avant de quitter sa ville natale, avant ou après son combat contre le géant Goliath, pour rejoindre la cour du roi Saül . Il a ensuite, après quelques péripéties, régné à Jérusalem où ses descendants lui ont succédé jusqu’à la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor. Est-il vraiment possible qu’on ait, dans le cadre d’un recensement, exigé de chaque individu mâle qu’il revînt, avec sa famille, au lieu où vivaient ses ancêtres mille ans auparavant ? On remarque au passage qu’à l’époque où David naissait à Bethléem selon nos sources, Rome n’existait pas encore, d’après la date officielle de sa fondation : à ce compte-là, Auguste lui-même aurait dû, pour obéir à son édit, aller se faire recenser à Albe, voire à Troie .
On est donc obligé de refuser toute crédibilité sur ce point au récit de Luc. Si la possibilité d’un tel recensement n’est pas exclue, il ne peut expliquer le voyage de Nazareth à Bethléem.



