Bonjour à tous,
Théo d'Or a écrit :
Bien sûr que parler de la place de la femme dans l'Eglise quand on est une femme cache souvent de l'orgueil! Mais encore plus souvent que l'orgueil, de l'incompréhension! Peut-être que l'incompréhension est liée à l'orgueil ou inversement. Peut-on être catholique et dire qu'on a pas compris? Accepter cet état de fait qui nous parait étrange, en disant qu'on a pas compris? Parce que je ne peux pas prétendre avoir compris si je n'ai pas compris, même si je me doute que ça n'empêche pas la vérité de se frayer son chemin puisqu'elle est capable des chemins les plus étranges.
Il est tout à fait possible, et normal, de ne pas tout comprendre de la foi. Certaines positions de l'Eglise peuvent parfois être incompréhensibles du croyant. Face à cela, on rencontre deux attitudes : soit on fait confiance en l'Eglise et l'on croit, quitte à comprendre plus tard (relire Saint Anselme et Saint Augustin à ce sujet) ; soit on fait son rebelle (ce qu'apparemment les prêtres dont on parle dans ce sujet ont fait), et c'est l'orgueil qui parle.
Ne pas comprendre n'est donc pas forcément lié à l'orgueil, mais il peut en constituer une prémice. N'oublions pas la parole de Jésus en Saint Luc XVIII,16-17 : notre foi n'est pas qu'un ensemble purement rationnel, dans lequel on rejette tout ce que l'on ne comprend pas ; au contraire, nous avons à accepter, à faire un pas de foi, sur certaines questions qui restent des mystères pour nous.
Théo D'or a écrit :
Cgs, vous dites que vous ne voyez pas bien le problème. Pourtant, il y en a bien un: qu'est-ce que je raconte aux gens à ce sujet si je les rencontre en temps que catholique? Je dis juste que je ne comprends pas cet aspect de l'Eglise? Que c'est un faux problème puisqu'il ne faut rechercher que l'humilité? Naturellement, je peux leur dire que ça n'empêche pas la vérité profonde de se manifester puisque ça, je l'ai compris. Mais pour le reste, il y aura un malaise.
Vous pouvez dire à des non-catholiques, ou des catholiques très éloignés de la foi, que l'Eglise a reçu l'enseignement de Jésus-Christ, et le met en oeuvre. Plaquer des revendications égalitaires dans l'Eglise sur la place de la femme, c'est ne pas comprendre ce qu'a été et ce qu'est l'Eglise. C'est en cela que c'est un faux-problème : on importe un problème extérieur à l'Eglise (la place de la femme dans la société, défavorisée par rapport à l'homme) dans l'Eglise. Cela n'a pas de sens.
Après, qu'il y ait un malaise, c'est certain. Si les gens auxquels vous vous adressez ne comprennent pas, laissez tomber. Soit ces personnes cherchent à comprendre. Dans ce cas vous pouvez tenter de leur expliquer. Soit elles ont un jugement bien établi, et dans ce cas, inutile de perdre son temps à débattre sur ce sujet. Il vaut mieux annoncer le Christ à ces personnes, sur d'autres sujets plus positifs !
Cécile a écrit :
Je faisais simplement allusion à une juste place dans le gouvernement et les décisions de l'Eglise. Le Pape est le pasteur de l'ensemble des Catholiques (hommes et femmes), il n'est élu que par des hommes ordonnés. Or, me semble-t-il, le cardinalat au début de l'Eglise n'était pas exclusivement réservé aux clercs. Vous trouvez donc juste qu'à un niveau hiérarchique, la place la plus élevée que puisse occuper une femme au sein de la curie soit sous-secrétaire de dicastère ?
Eh bien voilà le raisonnement typique qui conduit à ce que je dénonce plus haut. On raisonne en terme de poste à occuper, de justice... A mon avis, cela relève du faux problème soulevé ci-avant. Il vaut mieux se dire : chacun à sa place, c'est aussi simple que cela !
Par ailleurs, il est faux de dire, comme d'autres l'ont rappelé, que les femmes n'ont que des seconds rôles dans l'Eglise. Au niveau local, les équipes d'animation pastorales ont pas mal de pouvoir sur l'organisation des célébrations et dans la paroisse, au point parfois qu'un prêtre nouvellement arrivé a du mal à changer les choses. A un niveau plus élevé, nous trouvons aussi des femmes, certes moins, mais on en trouve (par exemple la secrétaire générale de la Caritas International ; la vice-présidente du secours catholique en France).
Cécile a écrit :
Pour moi, le lavement des pieds est très significatif de la vraie mission du prêtre. Or, la plupart du temps, dans les paroisses que j'ai l'habitude de fréquenter, je vois des femmes en dévotion complète devant les prêtres comme s'ils étaient de surhommes : le prêtre est considéré comme supérieur aux laïcs. Ce qui est dogmatiquement inexact (merci Vatican II). Mais cette vision erronée est certainement due au fait qu'il n'y a pas de place pour la femme: aucun ministère, même mineur n'est prévu pour elle.
Alors bien sûr, nous avons nos petites tâches...parlons-en... Tout nous ramène au rôle de mère comme si nous n'étions faites que pour cela. Aucune légitimité (légitimité et non "pouvoir") Ne croyez-vous pas que l'on puisse avoir notre petite pierre à apporter, une touche féminine que même avec toute la meilleure volonté du monde, aucun homme ne pourra donner ?
Que certains prêtres soient sur-estimés, cela existe en effet. Pour autant, comme vous le rappelez, le clerc n'est pas supérieur au laïc, et l'inverse est vrai aussi. Chacun a une vocation particulière qu'il doit exercer avec les spécificités des autres. Mais je vois mal pourquoi le fait de sur-estimer certains prêtres vient du prétendu manque de place, sous forme d'un statut consacré, pour la femme dans l'Eglise. Je dis "prétendu", car comme dit précédemment, il existe de nombreuses vocations pour les femmes au sein de l'Eglise, et pas seulement faire le ménage des chapelles latérales... Soeur consacrée, responsable en association ou dans une paroisse, responsabilités dans un évéché, moniale, etc, vous semblez occulter tout cela pour en rester à l'idée que la femme n'est pas grand chose dans l'Eglise. Ceci est faux.
Bref, vous tombez encore dans ce que j'appelais le "féminisme déplacé dans l'Eglise" (le terme ets un peu fort, j'en conviens, mais il procède des mêmes erreurs). Au nom de cela, on a fait, et on continue de faire n'importe quoi. Et sous prétexte de défendre les femmes, on les noie dans un pseudo-combat qui n'a pas lieu d'être. Encore l'orgueil...
nad a écrit :
qui vous a appris le service et l'abnégation de soi pour être au service de Dieu et du prochain depuis votre âge le plus tendre? si vous ne répondez pas votre mère je serai dans le doute quant à votre bonne foi

- d'après vous, que font les femmes au sein de leur couple, de leur famille, de leur travail de leur paroisse si ce n'est SERVIR les autres dans l'abnégation, le renoncement, jusqu'à parfois la mort d'elle-même?
Désolé, ce sont des clichés. Si on regarde les statistiques, il est probable que vous ayiez raison, mais en quoi cela ne pourrait-il pas être des choses que les hommes feraient ? Selon vous, les hommes ne serviraient pas ? Ne sauraient pas ce qu'est l'abnégation ? Disons plutôt que l'on ne voit pas toujours l'abnégation de l'homme pour sa femme, quand il fait des sacrifices au travail, qu'il renonce à certaines exigences de son travail pour préserve la vie de famille et être auprès de ses enfants, etc.
Bref, ce n'est pas une justification.
nad a écrit :
alors pourquoi soupçonnez-vous de l'orgueil chez les femmes ou du féminisme quand elles s'intéressent ou revendique leur vœu de servir encore plus?
L'orgueil peut se situer à un double niveau : dévoyer la réalité de la place de la femme dans l'Eglise pour obtenir davantage ; diagnostiquer un faux-problème de relations hommes-femmes dans l'Eglise, issue du féminisme de la société civile.
Cinci a écrit :
Le problème est que vous semblez servir un discours de morale individuelle en rétorque à un questionnement qui serait plutôt d'ordre structurel en premier lieu.
Je n'ai pas vu qu'un questionnement dans ce qui précède, mais réellement des revendications. Et je n'ai pas voulu y répondre par un discours de morale, mais simplement replacer les choses dans leur contexte. Pour faire simple : 1) pas besoin de voir ou d'inventer une guerre des sexes dans l'Eglise, il y a suffisamment à faire pour tout le monde ; 2) l'idée que les femmes n'ont que peu de place dans l'Eglise est fausse ; 3) appliquer la logique de postes à occuper, de pouvoir, ne tient pas dans l'Eglise, dans la mesure où la plupart des postes sont bénévoles, et où occuper un poste répond davantage à une logique de service.
Cinci a écrit :
Vous paraissez faire la morale à des femmes avec qui vous discutez, vouloir les amenez sur ce terrain en les prenant de haut, comme s'il devait s'agir d'enfants à la limite (!) Vous ne voyez pas le problème ? o.k. vous ne le voyez pas. Mais tout ce prêche sur l'humilité : il s'applique aussi bien aux uns qu'aux autres, de sorte que ce n'est pas une pareille question moralisante qui devrait pouvoir empêcher une femme de servir dans un rôle de direction, comme dans le sacré collège.
Je ne fais la morale à personne, et ne prend personne de haut. Je réfute simplement les arguments. Je suis désolé si cela a été mal pris.
Cinci a écrit :
L'Église catholique défend une vision conservatrice et traditionnelle de la place des femmes dans l'Église. On peut le dire. Et il n'y a rien d'autre «pour l'argumentaire» de son côté. Sa politique d'entreprise est juste marginalisée par rapport à ce qui est vécu dans la société civile(« ... puis révolutionnaire !») environnante. Il est un peu normal que le discours de l'Église soit de moins en moins compréhensible, et semble faire secte de plus en plus. Malaise dans la civilisation. Le fossé s'élargit. Il sera qu'une simple observation par ici.
Personne n'a dit le contraire. Et alors ? Est-ce une raison pour demander de changer les règles de l'Eglise ? Il faut voir où cela mène réellement, et ne pas changer pour changer, ou résoudre de pseudo-problèmes. Si l'on peut adapter des choses sur la place de chacun dans l'Eglise (par exemple mettre davantage de femmes à de hauts postes, ce qui se fait d'ailleurs de plus en plus), l'Eglise ne pourra jamais changer certaines règles, comme ordonner des femmes.
Cinci a écrit :
Il n'y a pas de base rationnelle pour expliquer pourquoi, dans notre société d'aujourd'hui, faudrait-il que les femmes soient exclues des postes décisionnels dans l'Église. Et puis c'est tout ce que je dis.
Encore le pseudo-problème... Est-ce que les femmes en sont vraiment exclues, ou bien sont-ce elles qui ne se proposent pas à des postes à responsabilité, pour des tas de raisons ? Cela ressemble furieusement aux arguments que l'on donne pour déplorer le fait que presque aucune femme n'est PDG d'une grande entreprise. Pourquoi ? Eh bien parce que la grande majorité des femmes ne se sentent pas d'occuper ce genre de poste à haut stress, chronophage où l'on doit batailler dans un univers assez rude. Résultat, on se paye une loi "garantissant" la parité, avec une obligation de 40% de femmes dans les conseils d'administration d'ici 2017. C'est insensé.
Désolé, mais cet argument tombe encore dans le préjugé : la femme est exclue, il faut rétablir l'équilibre. Eh bien non, c'est plus compliqué, et il faut mesurer les conséquences d'un tel combat (choses que bizarrement, on passe sous silence).
Cinci a écrit :
Des ratiocinations sur un quelconque choix initial de Jésus ou bien le beau modèle de la Sainte Vierge offert en exemple ne composeront jamais une explication rationnelle. Encore si vous aimez mieux : il ne sera jamais moyen pour personne d'arguer sérieusement d'une quelconque incompétence foncière des femmes à diriger et encore moins d'une quelconque infériorité de nature.
Affirmer plutôt qu'il serait bien préférable pour une femme de vivre caché, vivre dans l'ombre, dans l'humilité, et donc très loin d'une place de gérant dans la superstructure humaine de l'Église : ce n'est pas une raison non plus. Pourquoi un certain bornement d'humilité serait tellement meilleur pour une femme que pour un homme ? ce serait donner à penser qu'un ecclésiaste en poste ne pourrait pas être aussi humble qu'un autre et qui vivrait lui-même plus caché et ce serait bien un comble (!) la carrière ecclésiastique serait un obstacle majeur à la sainteté (!)
Nous sommes bien d'accord, ces arguments ne tiennent pas. Mais j'ai l'impression que dans la discussion, on part d'un présupposé (la place de la femme est inférieure à celle de l'homme dans l'Eglise) qui est complètement faux, et on brode dessus. Il serait bien plus correct de dire qu'il est nécessaire de repenser la place de chacun (voyez, je n'en fais pas une guerre imaginaire des sexes) dans l'Eglise.
Bien à vous,