Je note, qu’au-delà de l’émotion qu’un tel drame a pu susciter, le traitement médiatique de l’évènement est particulièrement affligeant et confondant de bêtises.
Car n’importe quel stratégiste vous dira qu’il est absurde de confondre les motivations politiques avec la ou les méthodes employées. Clausewitz disait « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », il n’a jamais dit « la guerre est la fin de la politique ! ».
Ainsi vous pouvez avoir 4 combinaisons possibles :
1) Motivations politiques radicales – Moyens radicaux
2) Motivations politiques radicales – Moyens modérés
3) Motivations politiques modérées – Moyens radicaux
4) Motivations politiques modérées – Moyens modérés
Je donne un exemple pour chacune d’entre elles :
1) Lorsque Lénine déclare dans « l’Etat et la révolution » : « Or, la dictature du prolétariat, c'est-à-dire l'organisation de l'avant-garde des opprimés en classe dominante pour mater les oppresseurs, ne peut se borner à un simple élargissement de la démocratie. En même temps qu'un élargissement considérable de la démocratie, devenue pour la première fois démocratie pour les pauvres, démocratie pour le peuple et non pour les riches,
la dictature du prolétariat apporte une série de restrictions à la liberté pour les oppresseurs, les exploiteurs, les capitalistes.
Ceux-là, nous devons les mater afin de libérer l'humanité de l'esclavage salarié; il faut briser leur résistance par la force; et il est évident que, là où il y a répression, il y a violence, il n'y a pas de liberté, il n'y a pas de démocratie ». il exprime une motivation politique radicale.
Mais en plus lorsqu’il déclare «
Sans révolution violente, il est impossible de substituer l'Etat prolétarien à l'Etat bourgeois. La suppression de l'Etat prolétarien, c'est-à-dire la suppression de tout Etat, n'est possible que par voie d'"extinction". (Etat et la révolution) » il exprime là la volonté d’employer également des moyens radicaux. Fin radicale et moyens radicaux.
2) Lorsque certains états américains, suivis en cela par les social-démocraties nordiques ont décidé dans l’entre-deux guerres d’appliquer des mesures eugénistes, parfois même avant l’Allemagne nazie, ils n’ont fait en cela que satisfaire à des motivations politiques radicales (voir « la société pure : de Darwin à Hitler » d’André Pichot.) Mais les moyens mis en œuvre étaient des moyens modérés : proposition de projet de loi, vote, ratification parlementaire, promulgation etc… pas de révolution, pas de violence, pas le moindre sang versé pour rendre effective une politique radicale. De même la légalisation de l’avortement, voire même la promotion, est en soi une mesure d’une radicalité extrême, puisque ce n’est rien d’autre qu’un peuple qui s’autorise à tuer massivement la chair de sa chair, qui s’autorise le meurtre de l’enfant à naître en fait. Mais les moyens employés pour rendre effective cette politique radicale sont modérés : un simple débat au parlement, un vote et le tour est joué…
3) Lorsque le groupe Stern, groupe fondé en 1940, autoproclamé « combattant pour la liberté d’Israël » et l’Irgoun se proposent de hâter la fin du mandat britannique en vue d’un État israélien indépendant, leur motivation politique est modérée : ils ne veulent pas refaire le monde, ils ne veulent pas se lancer dans des conquêtes militaires, non ils veulent simplement l’autodétermination, qui de toute façon était inéluctable et prévue par les Britanniques eux-mêmes. En revanche les moyens qu’ils emploient : attentat contre l’hôtel King David (100 morts) et assassinat de Bernadotte, envoyé spécial de l’ONU, sont des moyens radicaux, moyens terroristes en l’occurrence.
4) Lorsqu’après la marée noire provoquée par l’Erika, certains activistes bretons sont allées déverser un tas d’ordures devant le siège social de TotalFina, leurs motivations politiques étaient modérées : ils ne voulaient pas être pollués tout simplement, et leur moyen d’action également : ils n’ont pas fait sauter le siège social de Total, mais seulement perpétré une action symbolique.
On pourrait trouver bien d’autres exemples : lorsque les USA(s) promeuvent la démocratie ils ont une motivation politique affichée modérée, lorsqu’ils l’apportent après un déluge de bombes et des dizaines de milliers de morts, on peut raisonnablement dire qu’ils emploient des moyens radicaux…
Tout ça pour montrer qu’il n’y a pas de corrélation nécessaire entre la radicalité de la fin et la radicalité des moyens employés pour y conduire.
Or si l’on revient au drame norvégien, on voit bien que les motivations politiques du tueur sont modérées, comme cela a déjà été signalé, il évoque : la préservation du patrimoine et de la culture chrétienne en Europe et l’islamisation rampante de la société, ce sont là des thématiques actuelles abordées par n’importe quel parti politique de droite dans n’importe quel pays d’Europe, et non sans raison. La radicalité n’est donc pas dans ses motivations politiques mais dans le moyen qu’il a choisi pour les exprimer, moyen moralement condamnable puisque l’ Église nous enseigne qu’il est interdit à la créature de faire le mal pour en tirer un bien.
Le problème dans cette affaire est que la récupération politico-médiatique a été immédiate et que les mouvements de gauche en ont tout de suite et sournoisement profité pour décrédibiliser les analyses et programme de la droite nationale, en faisant un amalgame honteux entre fin et moyen, voulant faire croire aux masses que la radicalité de l’acte impliquait nécessairement la radicalité des motivations politiques, d’où toute cette gesticulation maladroite pour tenter d’accréditer la thèse d’un « chrétien fondamentaliste » puis « d’un individu d’extrême droite ». D’où aussi la montée au créneau des ténors de la droite nationale pour tenter de déjouer la manipulation.
En parallèle s’est développée la thèse du « déséquilibré » (qui aujourd’hui ne tient plus) et rappelons à ce sujet que la psychiatrisation du crime était une des spécialités du régime soviétique et est plus généralement le réflexe de tout régime qui cherche à étouffer la contestation politique : « c’est un fou, l’affaire est close, terminé ! »
Parce que si l’on regarde l’évènement dans toute sa dimension politique, et pas seulement du côté du tueur (ce que les médias ont fait), la cible était une université d’été du parti travailliste, et les positions politiques de ce parti marxisant, notamment sur l’islamisation, la « diversité » (*) et le droit d’asile aux terroristes (**) ne sont un secret pour personne.
(*) « Norvège : les demandeurs d’asile doivent regarder un film sur les homosexuels » :
http://europeupstairs.com/2011/02/11/no ... mosexuels/
(**)« La Norvège, une terre d'asile pour islamistes proches d'Al-Qaida, notamment le mollah Krekar autorisé à se la couler douce sur le territoire scandinave. Protégé par la constitution norvégienne interdisant l'extradition d'individus vers des pays où ils risquent la peine de mort, la CIA a récemment échoué à le neutraliser en territoire norvégien. »
http://www.islamisation.fr/archive/2011 ... rvege.html
Donc ce crime est un crime éminemment politique et rappelons qu’un militant politique est aussi quelque part un combattant politique : « c'est presque dans mes gênes,
l'Europe est pour moi un combat de toujours, et je veux une nouvelle Europe » (Martine Aubry (***), je vous invite d’ailleurs à noter le nombre impressionnant de fois qu’un homme politique emploie le terme de combat au lieu de débat.
(***)
http://www.franceinter.fr/depeche-candi ... -la-gauche
Quant à organiser sciemment la destruction de l’identité des peuples avec tous les ravages moraux et la souffrance que cela entraîne, il faut bien admettre qu’il s’agit là d’une fin politique radicale.
La dépolitisation de cet évènement relève donc de la gageure : ceux qui ont fait sauter l’hôtel King David en 46 tuant cent personnes étaient-ils des fous ? ceux qui ont massacrés les athlètes israéliens aux jeux olympiques de Munich en 72 étaient-ils des fous ? etc… Non c’étaient des combattants politiques ayant perdu tout sens moral (et ce ne sont pas les seuls d’ailleurs) et ayant opté pour une stratégie terroriste à finalité politique.
Le lieutenant Iole De Angelis, ingénieur à la DGA fait remarquer :
« En effet, le terme « conflits asymétriques » permet d’éviter de porter un jugement de valeur sur la justesse
de la cause pour laquelle des unités politiques, c’est-à dire les entités étatiques ou non capables d’identifier l’ennemi commun du groupe, luttent. Les autres termes ont un poids moral et idéologique considérable : par exemple,
on sait que les terroristes des uns sont les partisans des autres. Sur un plan strictement militaire, parmi toutes les notions que nous venons d’évoquer seules les notions de terrorisme et de guérilla correspondent à des modes d’action militaires. » (****)
(****) Un historique du concept « conflits asymétriques » :
http://www.cesa.air.defense.gouv.fr/IMG ... ngelis.pdf
Notez d’ailleurs la complaisance des mouvements politiques de gauche pour les terroristes des brigades rouges…
Pour conclure, la manipulation médiatique en cours a pour but d’imprimer dans les consciences des masses un schéma manichéen ultra-simpliste : « les vilains fachos de droite contre les gentils gauchos tous beaux tous mignons » et cela évitera ainsi d’aller au-delà de l’émotionnel et de l’évènementiel et d’évoquer les vrais sujets sociaux et politiques à savoir : la perte de sens moral de l’Europe, la crise identitaire sur fond de crise économique (voir à ce sujet le discours de Benoît XVI sur les racines chrétiennes de l’Europe), la radicalité des projets politiques gouvernementaux en cours, la responsabilité des élites actuelles dans le processus de déclin.
Un Tel verra comme feu Celui qu'il n'a pas connu comme lumière (St Grégoire Le Théologien)