Aperçu sur la mystique chrétienne

« Assurément, il est grand le mystère de notre religion : c'est le Christ ! » (1Tm 3.16)
Règles du forum
Forum de discussions entre chrétiens sur les questions de théologie dogmatique
Avatar de l’utilisateur
Gaudeamus
Quæstor
Quæstor
Messages : 261
Inscription : mer. 02 mars 2005, 11:18

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par Gaudeamus »

OK lmx, merci pour votre patience et vos précisions auxquelles j'adhère pleinement.
Avatar de l’utilisateur
Griffon
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 3122
Inscription : sam. 26 déc. 2009, 20:24

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par Griffon »

lmx a écrit :Il me semble important de garder une hiérarchie , ...
Bonjour lmx,

D'accord avec tout ce que vous dites, je ne puis vous rejoindre sur le terme de hiérarchie. Il serait malvenu d'ergoter sur un mot apres une présentation si claire et si fouillée.
Je ne le fais qu'au vu de l'importance pour ceux qui nous lisent sans en être averti.

Ce terme reflète mal le réalité.
Notre vie spirituelle s'ouvre devant nous comme un chemin de croissance.
A 20 ans, on mange une nourriture plus consistante qu'à 2 ans.
Auriez-vous l'idée d'établir une hiérarchie dans la nourriture en fonction de l'âge ?

Ce terme peut nuire aux âmes honnêtes qui cherchent Dieu.
S'il y a une hiérarchie, elles chercheront naturellement le meilleur.
Or ce meilleur ne s'atteint pas en se braquant sur une forme de prière.
Il est essentiel d'être bien dans sa prière.
Par contre, il est important de savoir que la forme n'en est pas figée.
Il faudrait surtout apprendre à en donner la "gouvernance" à Jésus.

Ce terme peut aussi nuire à certaines personnes avancées sur le chemin.
Pour rester dans les comparaisons sponsales, c'est comme si un mari pensait qu'il est désormais inutile de dire des "je t'aime" à son épouse, vu qu'il est désormais marié.
La hiérarchie vient titiller notre orgueil.

Néanmoins, je profite du présent message pour vous remercier.

Cordialement,

Griffon.
Jésus, j'ai confiance en Toi,
Jésus, je m'abandonne à Toi.
Mon bonheur est de vivre,
O Jésus, pour Te suivre.
Avatar de l’utilisateur
Laurent L.
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 1607
Inscription : lun. 25 mai 2009, 13:18

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par Laurent L. »

Ce terme peut nuire aux âmes honnêtes qui cherchent Dieu.
S'il y a une hiérarchie, elles chercheront naturellement le meilleur.
Cher Griffon,
lmx a bien précisé dans son dernier message que la phase purgative et la phase illuminative étaient des chemins nécessaires.

Que les dernières "demeures" soient plus élevées, c'est une évidence, non ? :incertain: (Sinon, pourquoi tous les grands auteurs mystiques ont-ils distingué des paliers, de St Jean Climaque à Ste Thérèse ?)

Je n'ai donc pas l'impression que les écrits de lmx induisent au quiétisme...

Bien à vous,
Laurent.
Avatar de l’utilisateur
Griffon
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 3122
Inscription : sam. 26 déc. 2009, 20:24

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par Griffon »

Cher Laurent,

Pour faire bref...

Certains racontent des belles histoires d'amour qui se terminent par " ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants ".

Ceux qui vivent la vraie vie savent que le mariage n'est pas une fin.
Et aussi, qu'il est vain de prétendre que le mariage est " supérieur " aux fiançailles.

La conduite des âmes nécessite d'être précis.
Il est dommage de venir parler de hiérarchie.
Et cela induit en erreur.

Cordialement,

Griffon.
Jésus, j'ai confiance en Toi,
Jésus, je m'abandonne à Toi.
Mon bonheur est de vivre,
O Jésus, pour Te suivre.
Avatar de l’utilisateur
lmx
Barbarus
Barbarus

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par lmx »

Je comprends ce que vous voulez dire. Mais l'idée d'une hiérarchie ne fait pas de mal. Il est bon de savoir que des St Jean de la Croix ou des St Bonaventure étaient infiniment plus spirituels que nous modernes qui n'aimons pas le passé et les hiérarchies parce que nous pensons être les meilleurs (avec une "foi mature") et ne rien à avoir apprendre de nos prédécesseurs.
Si ça titille l'orgueil tant mieux, ça signifie, pour celui qui veut pratiquer sérieusement, qu'il faut persévérer sur la voix ascétique qui est aussi source de grâces car c'est mourir au monde pour ressusciter avec le Christ. L'ascèse étant au passage quelque chose dont on a tendance à oublier l'importance.
Au final on oublie peut être qu'une doctrine exigeante nous élève et nous donne envie de progresser. Progrès qui n'a au demeurant pas de terme.

Il est évident que je ne suis pas là pour guider les âmes, et qu'un forum ne saurait servir de directeur spirituel.
Mais si je peux donner envie de lire St Jean de la Croix ou St Bonaventure, dont les écrits forment la Tradition qui est l'Esprit qui vivifie la lettre alors je suis content.
Avatar de l’utilisateur
lmx
Barbarus
Barbarus

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par lmx »

CEC a écrit : Dieu parle à l’homme à travers la création visible. Le cosmos matériel se présente à l’intelligence de l’homme pour qu’il y lise les traces de son Créateur (cf. Sg 13, 1 ; Rm 1, 19-20 ; Ac 14, 17). La lumière et la nuit, le vent et le feu, l’eau et la terre, l’arbre et les fruits parlent de Dieu, symbolisent à la fois sa grandeur et sa proximité.
Cet article 1147 du catéchisme est riche en signification pour la foi, et je souhaiterais tant bien que mal laisser entrevoir la métaphysique et la spiritualité qu’il y a derrière.
C’est, en effet, de la notion d’analogie et de ses retentissements sur la spiritualité que j’aimerais donner un petit aperçu.
J'en profite pour rappeler ces quelques principes de philosophie chrétienne.
[+] Texte masqué
Tout chose (tout ce qui est, on dira aussi « étant » ) est un « composé » d’acte d’être et d’essence.
L’essence (ou forme) est le principe déterminateur de la chose (ce qui l‘a définie, « ce que c‘est » ), et l’acte d’être est l’opération divine qui actualise cette essence (ce qui la tire hors du néant, « ce par quoi c‘est » ). Le composé d’être et d’essence donne ainsi une substance finie, un étant.
Toutefois, l’acte d’être n’est pas une forme, ni une chose, mais l’opération qui fait que l’étant se tient hors du néant. Autrement dit, l’acte d’être c’est bien l‘opération divine par laquelle la chose se tient hors du néant, mais cet acte d’être, la chose ne peut pas le retenir ce qui explique son entière dépendance envers son Principe. Dieu est donc au plus intime toute chose et c’est cette relation de dépendance qui constitue l’être même de la créature. Par là on comprend que le monde n’est pas autonome, mais qu’il est par Dieu. Tandis que Dieu lui ne participe à rien car Il est le seul Etre qui soit autonome, par lui-même, donc infini et illimité.
On ne le répètera jamais assez mais tout chose n’a donc d’être que par Dieu et donc par là même n’a de réalité que par Dieu qui est la « Réalité des réalités », le Seul qui soit absolument Réel. Par ailleurs, on peut dire aussi que c’est cette relation de dépendance qui chez les êtres humains constitue leur être personnel.

Le rôle de l’essence est important. C’est elle qui mesure le degré de relation de la chose à Dieu, « l’intensité » de l’opération divine en elle. Pour utiliser une autre image, elle détermine la « quantité » d’acte d’être communiqué. Aussi, plus l’essence est noble, plus Dieu y opère, se communique, et par là même, plus elle ressemble à Dieu. L’essence c’est donc la mesure de la ressemblance de la créature à Dieu et qui donc détermine la place de la créature dans la hiérarchie du réel. C’est un miroir où se reflète la perfection de Dieu. En l‘essence, finalement, se reflète le rayon divin qui opère dans la chose et la soutient hors du néant.
Il y a donc entre l’Etre suprême et l’étant, analogie à double titre, d’abord parce qu’il y a relation ontologique de la créature à Dieu par la communication de l’acte d’être, ensuite, parce que l’essence de la créature est une similitude créée de l’Essence Divine qui est l’Exemplaire que tout essence reflète et imite dans ses attributs.

« C’est un univers d’une grande beauté, sacré dans son être même qu’habite intimement l’efficace de la toute puissance divine, nourriture inépuisable d’une réflexion philosophique et théologique que sa nature propre apparente à celle de la spiritualité. » écrit E. Gilson résumant ainsi la conception de St Thomas de l’univers.


C’est donc naturellement que depuis les origines du christianisme et jusqu'au Moyen Age, l’homme est pleinement conscient de ce que le visible est le miroir de l’invisible, que Dieu parle à l'homme à travers la création visible. C’est ainsi que dans la symbolique chrétienne les animaux ont pu représenter des aspects du Christ. Pour les anciens, en plus des symboles bibliques comme le lion ou l’agneau, le poisson, l’abeille, mais aussi l'hippocampe, le dauphin (symbole du Christ ami), l'aigle et même le ver (symbole du Christ humilié) disaient quelque chose du Christ dans ses multiples aspects de créateur, rédempteur, illuminateur, juge etc.
Dans ces époques, l’univers doté d’une certaine sacralité, parlait de Dieu, tel un livre, ou un symbole.

« Si votre coeur était droit, alors toute créature vous serait un miroir de vie et un livre rempli de saintes instructions. Il n'est point de créature si petite et si vile qui ne présente quelque image de la bonté de Dieu » est-il écrit dans l’imitation de Jésus Christ
.
Et tous les grands théologiens, même St Thomas, qui n’ont pas craint d’être accusés de panthéisme ont naturellement exposé cette vision du monde qui fait du sensible un support pour la contemplation.

« Nous ne connaissons pas Dieu dans son Essence, mais par la magnificence de sa création et l'action de sa Providence, qui nous présentent, comme en un miroir, le reflet de sa Bonté, de sa Sagesse et de sa Puissance infinies. » St Maxime le Confesseur, Centuries sur la charité

« Or, les choses du monde sensible sont un signe des choses invisibles en Dieu , d'abord parce que Dieu est le principe, le modèle et la fin de toute créature, et que tout effet est un signe de sa cause, toute copie un signe de son modèle, et toute voie un chemin qui conduit à sa fin. » St Bonaventure, Itinéraire de l'âme à Dieu.

« Cependant cette grande variété de formes, et ce nombre presque infini d'espèces différentes, qui se trouvent dans les créatures, qu'est-ce autre chose en quelque sorte que des rayons de la Divinité, qui montrent que celui de qui elles tiennent l'être est vraiment, mais qui ne font pas voir absolument ce qu'il est? C'est pourquoi vous voyez quelque chose de lui, mais vous ne le voyez pas lui-même. Et lorsque vous voyez quelque chose de celui que vous ne voyez pas, vous êtes assuré de son existence, et cela doit vous porter à le chercher; celui qui la cherche en recevra des récompenses et des grâces, mais celui qui néglige de le chercher ne saurait trouver une excuse dans son ignorance. Mais cette façon de le voir est commune. Car il est aisé, selon l'Apôtre, à tous ceux qui ont l'usage de la raison, de contempler les perfections invisibles de Dieu dans les beautés visibles des créatures (Rom. I, 20)» St Bernard Sermon XXXI sur le Cantique des Cantiques.

Émile Gevaert explique ainsi la conception hautement spirituel et métaphysique que le Moyen Age se faisait du réel : "(le Moyen Age) Il savait que sur terre tout est signe, tout est figure, que le visible ne vaut que par ce qu'il recouvre d'invisible ; le Moyen Age qui n'était pas par conséquent dupe comme nous le sommes des apparences, étudia de très près cette science (l'Emblématique) et fit d'elle la pourvoyeuse et la servante de la mystique".

Le monde visible en tant qu'image de l'invisible, loin d'être dévalué, se trouve ainsi, par son hétéronomie, fondé et justifié. Le sensible a une raison d'être, une dignité, ce n‘est pas le fruit du hasard. C’est une sorte de voile qui cache et qui en même temps laisse entrevoir ce qu’il cache. "Toutes choses couvrent quelque mystère ; toutes choses sont des voiles qui couvrent Dieu" écrivait Pascal.
Et ainsi par ce qu’il laisse apercevoir quelque chose, parce que Dieu projette ses rayons sur lui, sert-il de support à la contemplation, la plus haute activité humaine. Le fondement de cette vision symbolique des choses c'est donc l'analogie qui permet de faire le lien entre le visible et l'invisible et qui fait de celui-là une image de celui-ci.

« Pour tout homme qui a l’œil sain et qui veut regarder, il n’y a rien de si visible que le lien des deux mondes … » écrit Joseph de Maistre dans ses « Soirées de Pétersbourg »

Image créée d‘une réalité supérieure, d’un archétype divin, la chose sensible a donc une correspondance en Dieu, c’est-à-dire un modèle, et entretient une rapport d‘analogie avec lui. Il n’y a là aucune once de panthéisme c’est-à-dire identité entre le créé et l’incréé, mais rapport d’analogie seulement, il y a en effet la fois différence et ressemblance entre ses deux ordres.
Aussi, le propre d’une action sacrée est de se conformer à un tel archétype. Il est donc normal que le but de la vie chrétienne soit de se conformer à Dieu (Matt 4:58), de tout faire avec Dieu et en Dieu (Jean 15:8), ce qui signifie retourner vivre dans l‘Unité divine et ainsi retrouver son exemplaire incréé, la racine de notre être créé. Ça veut dire aussi, qu’étant à l’image de Dieu, l’homme doit devenir ressemblant et par grâce s’identifier à Dieu. Ou encore, l’homme en tant que signe de Dieu, doit rejoindre son archétype (qui est en Dieu) dont il est comme une « projection » sur le plan du créé.



Il y a donc un « symbolisme » vertical unissant les choses à Dieu, et la réalité de ce point de vue peut être considérée comme un ordre hiérarchique. Hiérarchie céleste formée d’essences qui s’étagent sur différents plans selon leur perfection, autrement dit, leur degré de participation à Dieu. Et chaque plan qui constitue un degré de réalité, est en correspondance avec le plan supérieur.

Ainsi, la relation du soleil au Soleil du Christ, et donc de la lumière à la Lumière est un exemple de ce symbolisme vertical où une réalité inférieure symbolise naturellement une réalité supérieure. Ces choses et phénomènes naturels comme le solstice d’hiver sont donc fondés à signifier la naissance du Christ et c’est pourquoi on a pu faire de cet instant de l’année le moment de la naissance du Christ qui est la Lumière qui éclaire tout homme.

Il y aussi le rapport des eaux qui détruisent (le déluge, la mère rouge qui a enseveli les égyptiens) et qui aussi (ré)créent (les eaux de la Genèse) ou sauvent, et de l’Esprit Saint qui détruit le vieil homme et engendre des nouveaux chrétiens par le baptême.
A cet égard, le baptême, « jugement qui détruit le pêcheur » comme l’a écrit Jean Daniélou, est un exemple de symbole qui opère complètement ce qu’il signifie. Il détruit le vieil homme et recrée la personne qui ainsi naît en Dieu. C’est donc un symbole dont l’efficacité est pour ainsi dire « totale », comme l‘eucharistie où Dieu se rend substantiellement.
Quant à la liturgie terrestre elle manifeste aussi la liturgie céleste, le modèle auquel elle doit se conformer pour être efficiente. Le sacrifice du Christ dans la liturgie correspond au sacrifice de l’Agneau décrit dans l’apocalypse, Agneau immolé dès la fondation du monde et qui est ce mystère caché depuis l’origine dont parle St Paul (1 col 27). Au sacrifice éternel qui s’est manifesté dans le temps répond donc le sacrifice de la messe que celui-ci rend présent en même temps qu‘il rend aussi actuel le sacrifice historique. « C’est la même action sacerdotale qui a eue lieu un moment précis dans l’histoire, qui est éternellement présente dans le ciel, qui subsiste sous les apparence sacramentelles » explique Jean Daniélou.
Il en va de même pour l’autel, qui est pour Nicolas Cabasillas le vrai temple dans l‘église, le cœur de toute église. C’est une chose sainte (pas une table à pique-nique) qui correspond aussi à un Archétype et qui est par là même une figure du Christ. ‘Nous avons un autel‘ est-il écrit dans l’épître aux Hébreux (13:10) ce que St Thomas commente ainsi : « cet autel est soit la croix de Jésus-Christ sur laquelle il a été immolé pour nous, soit Jésus-Christ lui-même en qui et par qui nous offrons nos supplications. C’est cet autel d’or dont il est parlé au chapitre VIII, 3 de l’Apocalypse. »
L’autel chrétien symbolise le Christ qui est la vraie pierre du sacrifice, et le véritable Rocher (Cor 10,4) préfiguré par le rocher qui abreuvait les hébreux.
Ce symbolisme de l’autel prend aussi tout son sens quand on se rappelle l’épisode de Jacob dans la Genèse (28:11-19) où celui-ci après avoir vu en songe une échelle où les anges montaient et descendaient, dit que ce lieu terrible était la maison de Dieu, la porte du Ciel. Épisode qu’il faut mettre en rapport avec cette parole du Christ (Jean 1:51) où il dit qu’on verra les anges descendre et monter sur le Fils de l’homme. Ce qui veut dire que le Christ est lui-même cette Porte du ciel, la Voie, le Centre du monde, la Pierre marquant ce lieu . C’est la pierre angulaire promise par Isaïe (28:16) qui a été pierre d’achoppement (Rom 9:33). La pierre aux sept yeux dont parle Zacharie (3:9) le Christ/Eglise et ses sept sacrement. (Et chaque chrétien incorporé dans cette « édifice » devient une « pierre vivante » 1 P 2;5)
Ainsi, dans chaque église l’autel christique qui doit avoir été consacré comme Jacob qui a versé de l’huile sur la pierre de Béthel (Maison de Dieu), et qui devrait être orienté vers l’Orient, marque le centre du monde où montent et descendant les anges, le cœur divin d’où jaillit la grâce qui donne la vie éternelle.

S’il y a donc un symbolisme « vertical » , il y a aussi un symbolisme horizontal car les choses peuvent s’entr’exprimer entre elles ainsi que l’explique Mgr Landriot.
« Chaque être, loin d'être isolé dans la création, est unie avec les autres par un système de corrélation tel qu'on peut étudier ou entrevoir dans l'un au moins une partie des qualités de l'autre. »

Sur le plan de la création, un exemple de symbolisme horizontal est l’analogie qu’entretient l’homme microcosme, le petit univers, avec le macrocosme le grand univers.
Aussi, si l’homme a un centre qui est son cœur (et qui est selon l’anthropologie biblique sa racine métaphysique, son organe de connaissance et le lieu où Dieu est présent) , et qu’il y a analogie entre l’homme et l’univers, alors l’univers a aussi un centre qui est le Sacré Cœur. Centre non pas évidemment géographique mais spirituel.
C’est, en effet, l’architecture spirituelle, métaphysique, qui est la seule qui puisse nous dire quelque chose de son origine, et non pas la structure matérielle à laquelle les choses sont réduites et ainsi vidées et asséchées, du monde qui importe ici. Car celle-là conditionne celle-ci qui n’a pas sa cause en elle-même mais bien en dehors d‘elle. Dans ces conditions on peut se demander comment est ce qu'on peut sérieusement espérer trouver l'origine du physique dans le physique, d'un phénomène physique dans un autre phénomène du même ordre, à moins de professer un panthéisme philosophique.

Une autre analogie est celle de l’homme et du temple (ou de l‘église dont le centre est l‘autel qui représente le Christ), fondée sur celle du Christ qui est le vrai Temple au temple matériel de Jérusalem.
On peut, je pense, aussi parler des correspondances qu’entretient l’AT avec le NT, et dont leur étude s’appelle la typologie. « Celle-ci discerne dans les œuvres de Dieu dans l’Ancienne Alliance des préfigurations de ce que Dieu a accompli dans la plénitude des temps, en la personne de son Fils incarné. » est-il écrit dans le catéchisme. C'est ainsi que le serpent d’airain qui avait été élevé dans le désert pour que les hébreux puisse être sauvés, symbolise la Croix du Christ. Il y a aussi analogie horizontale entre l’autel mosaïque où était présent la manne et la Shekinah (la présence divine) et l’autel où Moïse répand le sang d’animaux sacrifiés pour sceller l’alliance avec Dieu (Ex 24:4-8), et l’autel christique qui est aboutissement de tous les autels précédents et où est présent l’hostie, c’est-à-dire le Christ, la Vrai Manne, le Pain descendu du ciel qui donne la vie éternelle et où est offert le sang du Christ.
La distinction entre symbole vertical et horizontal est toutefois peut être ici un peu artificielle.

St Jean de la Croix nous parle aussi de l‘harmonie du monde et des correspondances qu’il y a entres les choses. Il est peut être intéressant de résumé d'abord sa démarche. En, effet il avait d’abord débuté son ascension en rejetant radicalement tout ce qui n‘était pas Dieu, car il savait que tout ce qui était perçu en dehors de Dieu, c’est-à-dire dans la multiplicité, n’était qu’illusion et néant. Appliquant cette parole biblique, il se défait de tout : « Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. » Mais une fois parvenu à Dieu, il a retrouvé la création qu’il avait préalablement rejeté. Il l’a retrouvé en Dieu, pour la considérer à partir de Dieu, dans l’Unité, le regard illuminé par la Lumière divine, pour ainsi percevoir, l’harmonie qui unie toutes choses entre elles :
« Par l' enchantement de ce bocage, l'âme demande aussi à l'Époux maintenant pour ce temps-là, elle demande la grâce et la sagesse et la beauté que de Dieu possède non seulement chacune des créatures terrestres comme célestes, mais aussi celle qu'elles ont entre elles en leur sage correspondance, ordonnance, grâce et accord des unes aux autres, des inférieures entre elles comme aussi des supérieures entre elles, et entre les supérieures et les inférieures, ce qui est une chose qui fait à l'âme un grand enchantement et plaisir de la connaître. » Cantique spirituel s39

L‘analogie nous donne de comprendre les rapports qui unissent le visible et l‘invisible, que le monde est une hiérarchie dont les ordres inférieurs sont en correspondances avec les ordres supérieurs, et qui de ce fait, nous laissent entrevoir quelque chose de ceux là. C’est ainsi que, pour citer encore St Bonaventure : « les choses du monde sensible sont un signe des choses invisibles en Dieu ».
Cette vision des choses authentiquement chrétienne redonne du sens aux choses, introduit en elle de l’esprit (car elle met Dieu au centre de toute chose), et de la beauté dans le monde :
« Voilà le symbolisme ! Remonter du crée à l'incréé, du visible à l'invisible , se servir de la création toute entière comme d'un piédestal pour monter plus haut "car en toute créature visible, dit St Augustin, il y a quelque chose de caché, et Dieu veut que nous le cherchions, et qu'après l'avoir trouvé nous nous réjouissions de cette découverte" - Voir les caractères divins, c'est à dire les créatures elles mêmes, en admirer transitoirement la beauté extérieure, mais surtout en voir le sens, en saisir la pensée, en comprendre l'idéal, et lire sous des formes finies la grande pensée de l'Eternel. » Mgr Landriot, Le Symbolisme


Quelques considérations sur l’icône.


L’art chrétien en occident a longtemps été symbolique, et c’est ainsi que les cathédrales sont des gigantesques symboles, des images du monde invisible en pierre; jusqu’à ce qu‘il soit supplanté par l‘art naturaliste de la Renaissance. Mais loin de moi la volonté totalement de dévaluer ce type d’art qui a aussi ces qualités mais qui n’est plus toutefois un art liturgique et sacramentel, mais qui cependant reste infiniment supérieur à l’art moderne qui est insignifiant dans tous les sens du terme.

L’art de l’icône chez les orthodoxes est un art symbolique. L’art dans cette vision à une fonction essentiellement liturgique et sacramentel. Il est là pour créer un environnement propice à la contemplation, pour orienter par des formes sensibles signifiantes les âmes vers l’invisible. Les orthodoxes disent à ce sujet que les icônes sont des fenêtres vers l’invisible.
Aussi, selon le théologie orthodox Vladimir Lossky les icônes sont « des centres matériels où repose une énergie, une vertu divine qui s’unit à l’art divin » et d’une façon générale, les symboles comme le signe de croix, l’eau bénite, l’encens, le chant sacré, la lumière des cierges sont « des symboles dans le sens le plus réaliste de ce mot, des signes matériels de la présence du monde spirituel ». De même, Hilarion Alfeyev indique que tout symbole chrétien, une icône, une église, un signe de croix, a deux faces, une sensible et une divine. Pour St Maxime le Confesseur « l’icône et le symbole sont reliés ontologiquement à ce qu’ils représentent, y participent et sont à même d’y faire participer dans une certaine mesure ceux qui les contemplent » ce pourquoi « on peut parler à cet égard d’un symbolisme efficace » précise aussi Jean Claude Larchet.
Si les églises orthodoxes sont parfois couvertes d‘icônes, c’est tout simplement parce que celles-ci rendent présent le monde divin et font de l’église un lieu éminemment sacré où le ciel et la terre se rejoignent. L’église n’est plus, par la vertu des icônes qui rendent présent le monde spirituel, tout à fait dans le monde, c‘est le ciel rendu présent. De ce point de vue l’icône a d’abord une fonction spirituelle.
A ce propos, la haine du sacré est tout à fait incompréhensible, car loin d’éloigner les fidèles de Dieu, le sacré est bien plutôt, comme l’a expliqué Louis Bouyer, la prise de conscience de l’immanence de Dieu dans le monde. Le sacré manifeste la proximité de Dieu aux hommes, la dignité du sensible qui devient support des réalités célestes, en même temps qu’il répond aux exigences d’un individu normal qui n’étant pas un pur esprit se sert aussi de ses sens. Aussi permet-il de créer une ambiance propice à l’intériorisation et à la prière. Pour ma part, difficile de voir dans ce rejet du sacré, un quelconque signe de maturité spirituel.

En tant qu’art sacré, la réalisation d’une icône est aussi un moyen de sanctification. L’iconographe doit se préparer par la prière, et recevoir l’Esprit Saint, car c’est en réalité l’Esprit Saint qui peint l’icône. Et c’est pourquoi toute icône authentique est « achiropite » , c’est-à-dire non faite de main d’homme. En ce sens, la réalisation d’une icône est un véritable exercice spirituel où la personne met son moi de côté et se soumettant à la volonté divine, se fait le support de celle-ci . « Rien dans l’icône authentique ne relève du hasard. Elle ignore le naturalisme, évacue le décoratif qui distrait de l’essentiel et rejette l’émotionnel qui traduit les passions. Chaque trait véhicule une énergie et il importe pour cela que l’iconographe se laisse traverser par l’Esprit Saint. » dit l’iconographe Michel Quenot.
Avec encore plus de force, Ludmilla Garrigou souligne la différence qu’il y a entre un art profane et l’art sacrée de l’icône : « L’artiste, en général, essaie de trouver son style, sa manière propre de s’exprimer et de traduire ses états d’âme. L’iconographe, lui, recherche l’effacement le plus total de son être, de sa personne, l’abnégation de soi : il se vide pour être mieux rempli».

L’art de l’icône en tant qu’art symbolique parle du monde transfiguré, déifié, et de l’état spirituel des personnages de l’histoire sainte. Elle traite donc d’un espace céleste dépourvu de temps et d'espace "séparatif" "extensif" où évoluent des êtres transfigurés n’ayant plus la physionomie contingente et accidentelle qui est la notre. Ce que l’icône manifeste ainsi, c’est l’homme qui vit dans le cœur (1 P3:4) et qui n’est pas visible à l’œil de chair. Par là, l’icône nous rappelle aussi notre destinée qui est d’être déifié.
C’est pourquoi une icône ne peut pas être représentative, car représenter c‘est essentiellement imiter.
Le monde transfiguré constituant une réalité supérieure, il ne peut être exprimé que de façon symbolique, par une icône faisant appel à notre faculté contemplative et proprement spirituelle.

L’icône, en tant que symbole, c'est donc une fenêtre sur le monde divin qui constitue un support pour la prière. En effet, les formes de l’icône fixées par la Tradition et exprimant un contenu théologique et dogmatique précis, signifient des choses divines et ont donc en tant que telles une correspondance analogique en Dieu. Il faut donc qu’il y ait conformité à un prototype pour que celui-ci puisse être rendu présent dans le support sensible. N’importe quelle forme produite par l’activité humaine ne peut pas symboliser un aspect divin ou une réalité spirituelle.
Contrairement à l’art profane qui généralement ne renvoie à rien d’autre qu’à une réalité profane ou qui représente des réalités sacrées de manière naturaliste, l’art sacré qui est symbolique (et donc analogique) a au contraire pour but de permettre de nous élever en entrevoyant des réalités d’ordre supérieur.
L’icône (et tout symbole chrétien authentique), que des docteurs de l'Eglise comme St Jean Damascène ont défendu contre les hérétiques iconoclastes, en tant que fenêtre sur le monde divin est là pour inviter à traverser le miroir du sensible, à effectuer une ascension qu’on appelle anagogie et qui suppose l’analogie entre la forme signifiante et le prototype signifié.
« corrélative à l’analogie, l’anagogie qui permet de circuler de manière ascensionnelle à travers tous les degrés du réel, un réel de structure foncièrement hiérarchique. » explique le Fr. François CASSINGENA-TREVEDY dans un article sur la liturgie chez St Maxime le Confesseur http://www.abbaye-liguge.com/uploads/115.pdf

« La vue symbolique des choses intelligibles par le moyen des choses visibles est science spirituelle et intellection des choses visibles par les invisibles. Il faut en effet que les choses se manifestent les unes par les autres se réfléchissent les unes dans les autres en toute vérité et en toute clarté et qu’elles aient entre elles une relation qui ne soit pas brisée. » St Maxime le Confesseur

On peut conclure ces considérations sur l’icône avec celui qui fut le grand théologien de l’icône au 20è siècle, Léonide Ouspensky :
« L’icône représente non la chair corruptible destinée à la décomposition, mais la chair transfigurée, illuminée par la grâce, la chair du siècle à venir (voir 1 Co 15, 35-46). Elle transmet par des moyens matériels, visibles aux yeux charnels, la beauté et la gloire divine. C’est pour cela que les Pères disent que l’icône est vénérable et sainte précisément parce qu’elle transmet l’état déifié de son prototype et porte son nom, c’est pour cela que la grâce, propre à son prototype, s’y trouve présente. Autrement dit, c’est la grâce de l’Esprit-Saint qui suscite la sainteté tant de la personne représentée que de son icône, et c’est en elle que s’opère la relation entre le fidèle et le saint par l’intermédiaire de l’icône de celui-ci. L’icône participe, pour ainsi dire, à la sainteté de son prototype et par l’icône, nous participons, à notre tour, à cette sainteté dans notre prière. »

Finalement, ce qui vaut pour l’icône vaut aussi pour une église dont les formes sensibles qui ont toujours répondu à des normes doivent exprimer et signifier l’invisible. Le formes sensibles doivent, en effet, véhiculer quelque chose des réalités intelligibles et permettre aux hommes de les entrevoir. Un non chrétien sera toujours plus touché par une belle cathédrale susceptible d'évoquer quelque chose en lui et de parler à son intuition, que par une église dont la forme est celle d'une salle de spectacle et qui se fond dans le paysage.
On comprendra donc tout l'enjeu qu'il y a dans cette doctrine qui semble oubliée du catholicisme, mais encore présente dans l'orthodoxie, à une époque qui cherche à effacer le christianisme du paysage et par là même à l'effacer des consciences.
Symboliques, les formes sont donc de véritables moyens de présence pour les réalités spirituelles.
Comme le dit si bien St Maxime le Confesseur : « Le monde intelligible tout entier apparaît imprimé mystiquement dans le sensible en des formes symboliques pour ceux qui savent voir, et le monde sensible tout entier est contenu dans l’intelligible selon l’esprit et simplifié dans des concepts. Il est en lui par ses concepts, et celui-ci est en celui-là par ses représentations. »
Ainsi dans l'architecture chrétienne, la coupole (avec le Christ Pantocrator dans les églises byzantines) symbolise le ciel, et la base carrée, la terre. Ce qui symbolise bien l’union du ciel et de la terre, la réconciliation du crée et de l’incréé qui est le sens du Christianisme. Il me semble au demeurant que c’est un des trois modèle architectural autorisé dans l’église copte.
Mais la base peut aussi être cruciforme, avec le sommet, (la tête puisque l‘église est aussi image de l‘homme), où se trouve normalement l‘autel, orienté vers l‘orient. Ainsi, aller vers l’autel que symbolise le Christ, c'est aller vers l’Orient, et c’est monter vers la Lumière qui éclaire tout homme.
Dernière modification par lmx le ven. 12 août 2011, 20:05, modifié 3 fois.
Avatar de l’utilisateur
Griffon
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 3122
Inscription : sam. 26 déc. 2009, 20:24

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par Griffon »

lmx a écrit :Je comprends ce que vous voulez dire. Mais l'idée d'une hiérarchie ne fait pas de mal. Il est bon de savoir que des St Jean de la Croix ou des St Bonaventure étaient infiniment plus spirituels que nous modernes qui n'aimons pas le passé et les hiérarchies parce que nous pensons être les meilleurs (avec une "foi mature") et ne rien à avoir apprendre de nos prédécesseurs.
Si ça titille l'orgueil tant mieux, ça signifie, pour celui qui veut pratiquer sérieusement, qu'il faut persévérer sur la voix ascétique qui est aussi source de grâces car c'est mourir au monde pour ressusciter avec le Christ. L'ascèse étant au passage quelque chose dont on a tendance à oublier l'importance.
Au final on oublie peut être qu'une doctrine exigeante nous élève et nous donne envie de progresser. Progrès qui n'a au demeurant pas de terme.

Il est évident que je ne suis pas là pour guider les âmes, et qu'un forum ne saurait servir de directeur spirituel.
Mais si je peux donner envie de lire St Jean de la Croix ou St Bonaventure, dont les écrits forment la Tradition qui est l'Esprit qui vivifie la lettre alors je suis content.
Oh ! Cher lmx,

je ne suis pas chargé de vous convaincre.
Heureusement, car vous en savez beaucoup plus que moi.

J'aurais bien laissé tombé,...
si ce n'est que je voudrais vous faire réfléchir sur les arguments que vous me donnez.

Titiller l'orgueil...
C'est une bien belle expression, mais... n'est-ce pas précisément l'oeuvre d'un autre que je ne nommerai pas ?

Et vous me dites que vous n'êtes pas là pour guider les âmes.
Soit, mais alors pourquoi mettre en ligne une si belle étude ?
Vous le savez bien que nous sommes lus.
Et nous sommes tous responsables de nos frères comme le suggère St Paul.
Romains 15:1 a écrit :Nous qui sommes forts dans la foi, nous devons porter les faiblesses de ceux qui ne le sont pas, sans chercher notre propre satisfaction.


Excusez-moi d'avoir relever ceci, et recevez encore mes remerciements,

Griffon.
Jésus, j'ai confiance en Toi,
Jésus, je m'abandonne à Toi.
Mon bonheur est de vivre,
O Jésus, pour Te suivre.
Avatar de l’utilisateur
lmx
Barbarus
Barbarus

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par lmx »

Je comprends tout à fait ce que vous dites, c'est pour ça que j'ai mis dans le premier texte une partie sur le détachement et la nécessaire soumission à la volonté divine car ce n'est que par la pureté de coeur, par le dépouillement qu'on "s'élève". Tout s'accomplit par Dieu qui nous comble au fur et à mesure qu'on se vide de soi même, et non pas par le fruit d'une technique positive.
Il n'est donc pas possible de griller les étapes et d'accéder directement à la dernière "étape", et au dernier mode de prière qui est totalement surnaturel et qui dépend entièrement de Dieu.
Au risque de me répéter et si j'ai été confus, la différence entre une connaissance médiate et naturelle (avec des images) et immédiate (saisie directe de Dieu) c'est que dans la dernière qui ne doit plus rien au fonctionnement naturel de l'intellect, Dieu lui même opère la connaissance en nous.
Maintenant si le terme de hiérarchie peut tromper, je m'abstiendrai d'user de ce terme.


http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 7&start=15
j'avais mis quelques observations sur la prière de Jésus et Isaac le Syrien, et expliquer rapidement pourquoi, selon les théologiens d'orient qui rejoignent St Jean de la croix, il faut s'efforcer de prier sans images qui sont des distractions éloignant de Dieu et se concentrer simplement sur le sens des mots et sur le Nom de Jésus qui contient la présence de Dieu. Le "but" c'est de pacifier l'intellect qui est dispersé, de faire en sorte qu'il retourne dans sa simplicité originelle, comme Dieu est, métaphysiquement parlant, simple et sans mélange.
Simplicité donc incompatible avec une volonté obscure de forcer les choses et de griller les étapes.
Et vous me dites que vous n'êtes pas là pour guider les âmes.
Soit, mais alors pourquoi mettre en ligne une si belle étude ?
Les connaissances ne servent à rien si on les garde pour soi. Je souhaite donc tout simplement partager des connaissances et montrer aussi (ce qui ne semble pas toujours acquis) que la mystique est l'essence même du christianisme.
Avatar de l’utilisateur
lmx
Barbarus
Barbarus

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par lmx »

Je crois avoir dans les messages précédents avoir donné l’impression de dévaluer la méditation. Pourtant l’Eglise recommande, avec le rosaire, solennellement cette exercice. J’aimerais donc partager quelques observations sur le sens de le remémoration et de la méditations des mystères.
[+] Texte masqué
D’abord, on peut voir que le rosaire possède un symbolisme numérique et que St Augustin qui s’est beaucoup intéressé à la signification des nombres (cf la Cité de Dieu) permet de déchiffrer.

Quand la grâce vient en aide à la loi, c'est-à-dire, quand l'esprit s'unit à la lettre, le nombre sept s'ajoute, en une certaine façon, au nombre dix ; car ce nombre sept est l'emblème de l'Esprit Saint , les lettres sacrées en fournissent de remarquables preuves. St Augustin

c'est-à-dire, depuis un jusque quatre, tu as dix ; dix et cinq font quinze ; quinze et six vingt-un ; vingt-un et sept, vingt-huit ; vingt-huit et huit, et neuf, et dix, cinquante-cinq ;
cinquante-cinq et onze, et douze et treize quatre-vingt-onze ; quatre-vingt-onze et quatorze, et quinze et seize, cent trente-six ; enfin, à ce nombre, ajoute celui qui reste et dont il s'agit, c'est-à-dire dix-sept, et tu obtiendras le chiffre total des poissons. 


Tous ceux qui se trouvent soumis à l'influence de cette grâce, ce nombre les figure donc, c’est-à-dire qu'il les représente figurativement il est composé de trois fois cinquante, plus trois, qui représentent le mystère de la Trinité :
le nombre cinquante est formé par le résultat de sept multiplié par sept, auquel on ajoute un; car sept fois sept font quarante-neuf. On y ajoute un, pour signifier que celui qui est symbolisé par sept à cause de ces sept opérations, est un : nous le savons, le Saint-Esprit a été envoyé le cinquantième jour après la résurrection du Sauveur, il avait été promis aux disciples, et ils avaient reçu l'ordre de l'attendre (1). 

10 (la Loi) +7 (l‘Esprit, les 7 dons du St Esprit) = 17 -> chiffre de la Loi vivifiée par le St Esprit.

1+2+3...+17 =153

50=7x7+1 L’envoi du St Esprit s’est fait le 50è jour après la résurrection du Christ

50*3 (chiffre de la Trinité)=150+3 =153 -> le nombre de poissons


Ce chiffre 153 figurant donc tous ceux qui sont soumis à l’influence du St Esprit comme l'écrit St Augustin, ce n’est donc pas par hasard qu’on le retrouve dans le rosaire, où il y a 150 ave (qui est aussi le nombre des psaumes), plus les 3 ave du début. Or si on se rappelle ce qu’est un symbole (cf plus haut), ce nombre qui n'a pas une signification conventionnelle mais bien biblique et divine manifeste véritablement ce qu’il signifie. C’est-à-dire donc que la récitations des 153 ave est véritablement sanctifiant. (Il est néanmoins vrai que Jean Paul II a rajouté 5 mystères ce qui ramène le nombre total de « Je vous salut Marie » a 203.)
De plus les ave contiennent aussi le Nom de Jésus, sacramental qui véhicule de la présence de Dieu, et qui donc nous met, quand il est récité, réellement en présence de Dieu.
le ‘Nom total’, signe et porteur de la présence total, agit comme une lentille qui reçoit et concentre la blanche lumière de Jésus écrit Lev Gillet dans son petit livre sur la prière de Jésus.

En prononçant de façon répétée le Nom, on prononce dans son âme la Parole créatrice par qui tout a été créé (Jn 1:3)et qui contient les archétypes de toute chose en elle. On « s’absorbe » en elle, on rejoint son archétype, on recouvre la ressemblance perdue. Bref, en invoquant le Nom de Jésus, la Parole principielle, on se réintègre en Dieu.
« Car quiconque invoquera le Nom du Seigneur sera sauvé. » Rom 10:13

Le rosaire, quand il est prié de manière authentique, non d'une manière mécanique et superficielle, mais profonde, apporte en effet la paix et la réconciliation. Il contient en lui-même la puissance qui guérit du très Saint Nom de Jésus, invoqué avec foi et amour au centre de chaque Ave Maria. Benoît XVI

Mais le Nom qui contient tout est celui que le Fils de Dieu reçoit dans son Incarnation : JÉSUS. Le Nom divin est indicible par les lèvres humaines (cf. Ex 3, 14 ; 33, 19-23), mais en assumant notre humanité le Verbe de Dieu nous le livre et nous pouvons l’invoquer : " Jésus ", " YHWH sauve " (cf. Mt 1, 21). Le Nom de Jésus contient tout : Dieu et l’homme et toute l’Economie de la création et du salut. Prier " Jésus ", c’est l’invoquer, l’appeler en nous. Son Nom est le seul qui contient la Présence qu’il signifie. Jésus est Ressuscité, et quiconque invoque son Nom accueille le Fils de Dieu qui l’a aimé et s’est livré pour lui (cf. Rm 10, 13 ; Ac 2, 21 ; 3, 15-16 ; Ga 2, 20). Article 2666 du catéchisme



Sur la naissance de Dieu dans l'âme


Dieu n’a qu’une seule volonté, c’est de se diffuser en lui-même, et donc d’engendrer le Fils qui est la Connaissance qu‘Il a de Lui même. Ce Fils, Jésus, c’est sa Pensée, Sa Parole qu’Il prononce éternellement. Et Il donne de l‘entendre, après l’avoir élevée au dessus d’elle dans l’éternité, à tout âme purifiée qui a recouvré ses facultés spirituelles. Cette écoute surnaturelle, c’est donc ce qui est désigné par la naissance de Dieu dans l’âme dans la théologie mystique occidentale.


Heureux l'homme qui peut quand il le voudra, avoir Dieu pour fils  St Bernard

c’est au milieu du silence, au moment même où toutes les choses sont plongées dans le plus grand silence, où le vrai silence règne, c’est alors qu’on entend en vérité ce Verbe, car si tu veux que Dieu parle il faut te taire ; pour qu’il entre toutes choses doivent sortir.  Jean Tauler Sermon 1

Dieu le Père n'a dit qu'une Parole, qui est son Fils, et il l'a dite dans un silence éternel : l'âme doit aussi l'entendre dans un silence perpétuel. St Jean de la Croix

Maudite donc l'âme stérile qui ne produit pas, elle qui, par un simple désir, aurait pu avoir, avec la grâce de Dieu, un tel fils !  écrit St Bernard , car l’âme doit, comme Marie, devenir une bonne terre prête à faire germer le Verbe en elle.
Je suis, dit le Seigneur, le pain de vie descendu des cieux, afin que le monde vive par moi. Le Père m'a envoyé, Verbe sans corps, tel un délicieux grain de froment; le sein de Marie m'a reçu, comme une terre fertile … est-il dit dans la messe maronite

Et cela suppose naturellement une purification de l’âme :

Mais il faut bien remarquer, ô âme dévote, que si vous voulez trouvez une joie vive en cette naissance si aimable, il faut auparavant que vous soyez Marie. Or, Marie signifie mer d'amertume, illuminatrice et souveraine. Soyez donc une mer d'amertume par une contrition toute de larmes (…) C'est de cette Marie que Jésus-Christ ne dédaigne pas de naître spirituellement dans la joie et sans lui faire ressentir ni douleur, ni fatigue.  St Bonaventure

Quand notre Seigneur Jésus entra en Egypte, toutes les idoles du pays s’effondrèrent : Tes idoles à toi c’est tout ce qui empêche cette naissance éternelle de s’accomplir en toi, d’une façon véritable et immédiate, aussi bon et aussi saint que cela paraisse. Jean Tauler Sermon 1 ‘pour la fête de Noël’



Aussi, le but de la méditation des mystères du rosaire est, par la remémoration de la vie du Christ à travers les yeux de Marie, de « participer » à son action passé. Ce qui se comprend dans un sens réaliste si on saisit la notion traditionnelle de mémoire :

La contemplation de Marie est avant tout le fait de se souvenir. Il faut cependant entendre ces paroles dans le sens biblique de la mémoire (zakar), qui rend présentes les œuvres accomplies par Dieu dans l'histoire du salut. La Bible est le récit d'événements salvifiques, qui trouvent leur sommet dans le Christ lui-même. Ces événements ne sont pas seulement un “hier”; ils sont aussi l'aujourd'hui du salut. Cette actualisation se réalise en particulier dans la liturgie: … Jean Paul II

« Zakar » désigne donc mémoire rituelle, celle-là qui par la remémoration d’une chose permet sa réitération. C’est pourquoi on peut dire que la messe est un mémorial sans que son réalisme en soit affecté. La remémoration rituelle d’une chose, dans la liturgie ou dans la méditation c’est donc la rendre présente et la vivre.

La mythologie grecque (pleine des vérités métaphysiques sous formes "imagées") illustre aussi cette idée avec Mnémosyne la mémoire (mnêmê) personnifiée qui était la mère des Muses et qui permettait au poète de se remémorer les temps anciens, et par là même, de s’y rendre présent. De surcroît, Mnemosyne est non seulement la mère de Mnêmê (mémoire) mais aussi de Meleté la muse de la médiation.

Aussi, dans la Tradition orthodoxe on parle de mnêmê theou (mémoire de Dieu) pour l’invocation du Nom de Jésus.

St Augustin explique que dans la mémoire « sanctuaire d’une ampleur infinie » s’y trouve des choses avant même qu’on ne les ait apprises.
Et Boèce, un autre philosophe, chrétien dit dans ces vers : « la semence du vrai assurément est attachée au-dedans / que ranime la fraîcheur de l’enseignement » ; « Et si la Muse de Platon fait résonner le vrai/ quand on apprend, c’est d’une chose oubliée qu’on se souvient. ». D’où la distinction que St Augustin faisait entre le savoir et la connaissance qui est une objectivation ou une extériorisation de ce savoir enfoui.
En effet, il y a une trace des archétypes éternels dans la mémoire car elle est l‘image de Dieu en nous, image qui est aussi relation, lien à Dieu.
Faisant donc en sorte que ces archétypes soient remémorés, activés en étant illuminés par Dieu, l’âme se trouve comme transportée là où ils se sont manifestés sur le plan historique.

Par ailleurs, la vérité dans sa signification originelle peut être mis en rapport avec la mémoire. En effet, la définition antique de la vérité que Heidegger a remis au goût du jour c’est l’aletheia, ce que l’on traduit par « dévoilement », or dans a(-)letheia en grec, il y a letheia qui vient de léthé et qui signifie oubli.

La Vérité est, pour ainsi dire, non-oubli, remémoration de la vie du Christ qui a dit Je suis le chemin, la vérité et la vie (Jean 14:6).

La vie du Christ est donc un véritable sacramental qu'il convient de méditer pour qu'Il nous communique la grâce.
"Saint Thomas enseigne que chaque mystère de la vie du Christ contient une vertu secrète qui se communique à ceux qui le méditent avec foi et avec amour". R. P. Philippon O. P.



Pour en revenir au propos du début sur la naissance de Dieu dans l’âme qui est l’expression occidentale de la doctrine de la déification de l’homme, cette naissance n’est possible que si elle est devenue comme Marie. Donc, que si l’âme au terme d’un chemin d’ascèse a recouvré son intégrité originelle en sorte qu'elle puisse accueillir le Verbe et que le Saint Esprit puisse souffler sur elle. Comme il a soufflé sur les eaux et projeter les archétypes sur elle pour créer le monde, et comme il a soufflé sur Marie, terre fertile ainsi qu'il est dans la messe maronite et donc principe féminin analogue aux eaux, afin que la rédemption qui est une recréation du monde et de la nature humaine s’accomplisse.

En conclusion, parce qu’il a pour but la remémoration de la vie du Christ le rosaire doit donc permettre de mourir, renaître, et monter au ciel, c’est-à-dire de réaliser les trois phases de la voie mystique : purgation, illumination et union. Ou autrement dit : de mettre à mort le vieil homme, de renaître d‘en haut, et réaliser l’assomption de la personne.

Avec sa spécificité, le Rosaire se situe dans ce panorama multicolore de la prière “incessante” et, si la liturgie, action du Christ et de l'Église, est l'action salvifique par excellence, le Rosaire, en tant que méditation sur le Christ avec Marie, est une contemplation salutaire. Nous plonger en effet, de mystère en mystère, dans la vie du Rédempteur, fait en sorte que ce que le Christ a réalisé et ce que la liturgie actualise soient profondément assimilés et modèlent notre existence
. Jean Paul II

« En suivant le chemin du Christ, en qui le chemin de l'homme est « récapitulé »,dévoilé et racheté, le croyant se place face à l'image de l'homme véritable. » Jean Paul II

Et dans cette voie véritablement transformante qui consiste à « s'unir au Christ, à vivre ses mystères, à faire nôtres ses attitudes, ses pensées, ses comportements » (Benoît XVI), Marie est un guide sûr comme l’exprime St Louis Marie Grignon de Montfort : Celui qui est jeté dans ce moule divin est bientôt formé en Jésus-Christ, et Jésus-Christ en lui: à peu de frais et en peu de temps, il deviendra dieu, puisqu'il est jeté dans le même moule qui a formé un Dieu.




Sources :

Le beau texte de Jean Paul II sur le rosaire
http://www.vatican.va/holy_father/john_ ... ae_fr.html

Texte de Benoît XVI sur la sainteté et sur la nécessité de se conformer au Christ.
http://www.vatican.va/holy_father/bened ... 13_fr.html

Le 122 traité de St Augustin sur la pêche miraculeuse dans l’évangile de St Jean
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saint ... /tr122.htm
Dernière modification par lmx le ven. 05 août 2011, 16:32, modifié 4 fois.
hollyhock
Civis
Civis
Messages : 6
Inscription : jeu. 28 avr. 2011, 21:02

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par hollyhock »

Un théologien orthodoxe me disait que le rosaire était ce qui était le plus orthodoxe dans la tradition catholique
ALLEZ TOUS AU ROSAIRE !
Avatar de l’utilisateur
Griffon
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 3122
Inscription : sam. 26 déc. 2009, 20:24

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par Griffon »

Le " truc ", hollyhock, justement,
c'est de laisser chacun libre de trouver la prière qui lui convient le mieux.

Et meme, il est normal d'avoir plusieurs formes de prière.
Et puis,cela peut évoluer.

Mais quand on prie, meme s'il n'apparait pas, l'Esprit prie en nous.
Et aussi, une prière est un acte d'amour.
Et enfin, si on est dérangé dans la prière, on accueille cela comme un message de Dieu. (mais cela n'empêche pas d'essayer de " fermer la porte de sa chambre ")

Cordialement,

Griffon.
Jésus, j'ai confiance en Toi,
Jésus, je m'abandonne à Toi.
Mon bonheur est de vivre,
O Jésus, pour Te suivre.
Avatar de l’utilisateur
Griffon
Tribunus plebis
Tribunus plebis
Messages : 3122
Inscription : sam. 26 déc. 2009, 20:24

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par Griffon »

Bonjour à tous,

Dans son autobiographie, Ste Thérèse d'Avila nous parle de 4 degré de l'oraison.
Pour ce faire, elle utilise une comparaison que je trouve très facile à comprendre, et qui, s'il peut la lire, plaira sans doute à notre ami PaxetBonum.

La sainte compare notre âme à un verger où se délectera notre Seigneur.
Un verger très ingrat, plein de mauvaises herbes.
"Sa Majesté" (ainsi nomme-t-elle notre Seigneur) arrache les mauvaises herbes et en plante de bonnes.
Ce travail est déjà fait quand une âme décide de faire oraison, et qu'elle a commencé.
Avec l'aide de Dieu, nous devons tâcher, en bons jardiniers, de faire pousser ces plantes, de prendre soin de les arroser pour qu'elles ne meurent point mais donnent un jour des fleurs dont le parfum réjouira notre Seigneur.
Il viendra donc souvent se délecter dans ce jardin et se réjouir au milieu de ces vertus.

Voyons de quelle manière nous pouvons les arroser.
Il me semble qu'il y a quatre manières d'arroser :
1) tirer à grand-peine l'eau d'un puits
2) tirer plus d'eau à moindre peine en tournant la manivelle d'une noria munie de godets
3) amener l'eau d'une rivière ou d'un ruisseau, ce qui arrose beaucoup mieux car la terre se gorge d'eau (on n'a pas besoin d'arroser si souvent, et le jardinier a beaucoup moins de travail)
4) s'il pleut beaucoup, le Seigneur Lui-même arrose sans que nous ne prenions aucune peine, et c'est de loin préférable à tout ce que j'ai dit.

Ces 4 manières d'arroser aide un peu à expliquer les 4 degrés de l'oraison.

Cordialement,

Griffon.
Jésus, j'ai confiance en Toi,
Jésus, je m'abandonne à Toi.
Mon bonheur est de vivre,
O Jésus, pour Te suivre.
Avatar de l’utilisateur
lmx
Barbarus
Barbarus

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par lmx »

Je voudrais faire part de la richesse de quelques symboles chrétien et notamment du symbolisme du cercle et du point (qui fut notamment abondamment exploité par Proclus et par Dante dans le christianisme) par l’intermédiaire de quelques illustrations qui peuvent peut-être rendre plus intelligibles les dogmes tels que la Trinité et la notion du Christ médiateur.

J’essayerai aussi plus loin d’expliciter rapidement quelques aspects du riche symbolisme marial.
[+] Texte masqué
En guise d’introduction à ce symbolisme on peut d’ores et déjà trouver une application trinitaire au point et au cercle :
Du point central (le Père) procède la droite (le Fils/Logos) d'où s'en suit un mouvement circulaire de conversion à elle même (le St Esprit) qui englobe le point et la droite et qui forme un Cercle (avec un point Père, un rayon Fils, et une circonférence St Esprit) qui peut donc symboliser la Trinité.
A cet égard on peut parler comme J. Borella de "maternité hypostatique" du St Esprit du fait qu'il englobe Père (le Point central) et Fils (le Rayon).
D'autre part, le double mouvement de procession et de conversion sur soi même peut être mis en rapport comme l'ont fait certains scolastiques avec le Tétragramme « Je suis celui qui suis » .
Le premier « Je Suis » désigne le "mouvement" par lequel Dieu se Pense lui-même, par lequel Il se conçoit, et telle est la procession du Verbe qui est la Pensée du Père, tandis que le second « suis » désigne le mouvement de retour à soi, que réalise la spiration du St Esprit qui est l'Amour qui unit le Père au Fils.
C’est un mouvement circulaire qui est d'ailleurs très bien symbolisé dans l’icône de Roublev.


I

On peut aussi faire une application cosmologique de ces éléments géométriques en faisant de la circonférence du cercle le monde crée dans lequel nous évoluons et nous dispersons sans fin, tandis que le point symbolise Dieu lequel Point correspond aussi au Sacré Cœur.
La circonférence notre monde, c'est le multiple qui doit faire retour à Dieu mais pour cela il a besoin du Christ médiateur, car par le pêché d’Adam la circonférence s’est éloigné du Point lequel ne l’irradie plus comme avant.
Eloigné du Point, l’homme ne peut à proprement parler rien faire. Toute action qui n’est pas rapporter à ce Centre s’évapore et se disperse. Ontologiquement, ça signifie que l’homme marqué du pêché originel vit sous le joug du « Prince de ce monde» lequel disperse et mutile la nature humaine en l’éloignant et le coupant de Dieu.

vous ne pouvez rien faire sans moi. Jean 11:14
qui n'amasse pas avec moi disperse. Luc 11:23

L’homme doit se convertir vers le Centre, et donc détourner son regard de l’extérieur du cercle où sont les ténèbres pour le tourner vers l’intérieur, vers le Centre lumineux qui représente Dieu.
C’est cette conversion, cette meta-noia (terme utilisé dans l’évangile et qui est traduit par conversion mais qu’on peut aussi traduire par prise de conscience) qui doit permettre le passage de l’homme extérieur à l’homme intérieur, du charnel qui vit dans l’illusion de l’autonomie du créé au spirituel.
Se tourner vers l’intérieur revient donc à orienter le miroir de son âme laquelle est une image de Dieu vers le Ciel afin de la rendre ressemblante.
l'homme n'est vraiment homme que lorsqu'il participe à la vie divine et qu'il réalise en lui même l'image de Dieu. Jean Meyendorff

Pour donc que le multiple puisse faire retour vers l’Un, il faut passer par le Rayon qui représente le Verbe qui demeure éternellement dans le sein du Père (dans le Point central) mais qui aussi telle une échelle ou une colonne vertébrale a traversé tous les degrés de réalité, c’est-à-dire tous les cercles qui existent autours du Point central (le cercle le plus proche étant celui des anges et le plus éloigné étant le notre) pour s’incarner dans notre monde.
Ainsi, pour exprimer la fonction de médiateur du Christ, on dira que du Point central, un Rayon s’est déployé jusqu’à la circonférence où nous vivons afin que nous puissions retourner au Centre. Et ce n’est que grâce à ce rayon qu’on retourne au centre. Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi Jean 14:6
Afin de ne pas oublier le St Esprit, on peut dire que celui-ci, qui est la Volonté ou l’Amour dans la Trinité, est le Souffle qui attire les êtres dans ce Rayon Lumineux. Ainsi, Souffle et le Rayon, St Esprit et Christ font donc cheminer l’âme jusqu’au Père.

Ce cheminement, cette montée jusqu’au Centre divin symbolisé par le Sacré Cœur depuis les ténèbres du monde est le véritable exode spirituel qui est préfiguré par l’exode terrestre des hébreux qui sont sortis de l’esclavage de l’Egypte pour remonter jusqu’à la terre promise.

cette vérité, revêtant en Jésus-Christ la forme de notre humanité, est devenue une échelle nouvelle réparant les ruines de cette échelle ancienne qui avait été formée en Adam. Ainsi nul , quelque éclairé qu'il soit des lumières de la nature et de la science, ne peut rentrer en soi-même pour s'y réjouir dans le Seigneur, s'il n'est conduit par Jésus-Christ , qui a dit (1) : Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé; il entrera, il sortira et il trouvera des pâturages. St Bonaventure Itinéraire de l’âme vers Dieu

il réunirait tout en Jésus-Christ comme dans le chef, tant ce qui est dans le ciel, que ce qui est sur la terre. Ephésiens 1:9

Car Dieu a voulu que toute la plénitude habitât en lui; et il a voulu réconcilier par lui toutes choses avec lui-même, celles qui sont sur la terre, et celles qui sont dans les cieux. Colossiens 1:20

La croix plantée sur le Golgotha peut aussi symboliser le thème du Christ Médiateur entre la terre et le Ciel.
En effet, la croix est composé d'une branche verticale qui peut symboliser la transcendance et qui, en traversant la branche horizontale qui représente la création, symbolise l’incarnation.
D'autre part, la croix a été planté sur le Golgotha dont les évangélistes précisent non sans raison que ce terme signifie lieu du crâne. De plus, c'est dans ce Gologtha que le crâne d'Adam selon une tradition juive avait été enterré.

Matt 27:33 Arrivés au lieu nommé Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne.
Jean (19:17) « Ils prirent donc Jésus ; il sortit portant sa croix et vint au lieu dit du crâne, ce qui se dit en hébreu Golgotha. »

Dieu qui est l’auteur de ce drame divin a voulu signifier par là que lui le Verbe de Dieu, la Lumière qui éclaire tout homme, en plantant symboliquement sa croix sur le crâne d'Adam, a rétablit la « connexion » entre Dieu et les hommes et la possibilité pour ceux-ci de s’unir réellement à Lui.

Jean 12 :32 Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi.

élevés jusqu'en haut par la machine de Jésus-Christ, qui est la croix, vous servant comme câble de l'Esprit-Saint; votre foi vous tire en haut, et la charité est le chemin qui vous élève vers Dieu.

St Ignace d’Antioche

Pour poursuivre cette rapide exploration du symbolisme de la croix, il faut savoir aussi que les 4 branches ont été mises par la Tradition en relation avec les 4 points cardinaux représentant l’axe du monde. En ce sens, c'est de ces 4 branches que s’écoulent la grâce qui maintient l’univers hors du néant, de même que du pied de l’arbre du paradis s'écoulait les 4 fleuves qui irriguaient le jardin d’Eden.
St Augustin a aussi mis les 4 branches en rapport avec les 4 points cardinaux qui sont en grecs Anatole, Dusis, Arktos, Mesembria mais a aussi vu que les premières lettres de chaque mot mises ensembles formaient le nom Adam. Ce qui symbolise ainsi le fait que la croix du Christ qui a récapitulé toute chose en Lui et qui est venu rassembler les élus des 4 vents est la croix du nouvel Adam.

Marc 13:27 Et alors il enverra ses anges et il rassemblera ses élus des quatre vents, de l'extrémité de la terre jusqu'à l'extrémité du ciel.

De plus, la valeur numérique des lettres (grecques) donne le chiffre 46, qui est le nombre d’années qui a été mis pour construire le Temple (Jean 2:21), lequel Temple était une image terrestre du Nouvel Adam c’est-à-dire du Christ.

Jésus leur répondit: "Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours." 20 Les Juifs repartirent: " C'est en quarante-six ans que ce temple a été bâti, et vous, en trois jours vous le relèverez!" 21 Mais lui, il parlait du temple de son corps. 22 Lors donc qu'il fut ressuscité d'entre les morts, ses disciples se souvinrent qu'il avait dit cela, et ils crurent à l'Ecriture et à la parole que Jésus avait dite.

Bref, le Verbe, Pensée du Père par qui tout a été créé, lieu des archétypes est donc celui qui est venu « réparer » la nature humaine et laver la création par son sang lequel est dans l’AT principe de vie. Bâtisseur de toujours, le Verbe a d’abord crée le monde, puis s’étant incarné Il a vécu la vie d’un charpentier construisant des maisons, pour finir par planter sa croix sur le Golgotha et élever les hommes avec Lui.


II

Si le Christ est Médiateur, le chrétien doit l’être aussi comme le rappelle le Patriarche Bartholomé :
Everything that lives and breathes is sacred and beautiful in the eyes of God. The whole world is a sacrament. The entire created cosmos is a burning bush of God’s uncreated energies. And humankind stands as a priest before the altar of creation, as microcosm and mediator. Such is the true nature of things; or, as an Orthodox hymn describes it, “the truth of things,” if only we have the eyes of faith to see it.

Traduction : Tout ce qui vit et respire est sacré et beau aux yeux de Dieu. Le monde entier est un sacrement. Le cosmos est un buisson ardent des énergies divines. Et l’être humain microcosme et médiateur est placé comme un prêtre devant l’autel de la création, (…)

Le Patriarche orthodoxe rappelle donc la mission de l’homme qui semble un peu oublié de la théologie occidentale et qui est de ramener la création à Dieu en se faisant aussi médiateur entre la terre et le Ciel. En effet, le chrétien en tant qu’il participe à la prêtrise et à la royauté du Christ est prêtre et roi. Etant donc un christ dans le Christ il doit donc lui aussi devenir un médiateur entre la terre et le ciel.
Et c’est en faisant descendre le Ciel en soi-même, en devenant le trône de Dieu comme l‘exprime la bienheureuse Elisabeth de la Trinité que peut se réaliser cette fonction : Feu consumant, Esprit d’amour, survenez en moi » afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère.

C’est ainsi que le créé peut être perçu non plus dans la multiplicité mais dans l’unité c’est-à-dire en Dieu. l’homme entre avec le Logos et, avec Lui et sous Sa conduite, il offre l’univers à Dieu dans son intelligence, comme sur un autel » St Maxime le confesseur.


On perçoit aussi la fonction de médiateur dans le saint qui a réintégré l’état d’avant la chute et d’avant la division, et qui étant redevenu vraiment gardien et roi de la création, n’est plus craint par les animaux. C’est ainsi que St François d’Assise prêchait aux oiseaux, sermonnait les loups, et que St Séraphim de Sarov est souvent représenté en compagnie d'un ours.

Cet extrait de l’ « entretien avec un ermite de la sainte Montagne sur la prière du cœur » du Hierothée Vlachos témoigne des rapports que le saint chrétien redevenu Roi entretient avec les animaux et la nature. Par ailleurs, cette notion de royauté donne au pouvoir une toute autre signification, le roi étant celui qui rétablit l’harmonie entre les êtres.

« Les animaux de même, le craignent et l’agressent (l‘homme après le pêché originel).
Mais lorsque l’homme dans l’Esprit Saint reçoit la grâce du Christ, toutes les puissances de l’âme s’unifient et l’homme devient à l’image et à la ressemblance de Dieu, c’est-à-dire miroir, lumière et il rayonne la grâce divine jusque dans la nature irrationnelle. Alors même les animaux le reconnaissent lui obéissent et le vénèrent. Il ne manque pas d’exemple où un ascète ermite vit en convivialité avec les ours ou autres bêtes sauvages : il les nourrit et elles le servent. C’est ainsi que par la prière, par l’acquisition de la grâce divine, il redevient le roi de la nature, et s’élève même à une place plus haute qu’Adam, car Adam selon les Pères possédait le ‘selon l’image’, mais il eût fallut qu’il obéisse pour acquérir le ‘selon la ressemblance’
».

« A l’heure où mon Père spirituel de bienheureuse mémoire faisait la prière, des oiseaux venaient aux fenêtres de sa cellule et frappaient la vitre de leur bec.. On eût pu croire que c’était là la tentative du diable pour empêcher la prière. Mais en réalité ces oiseaux étaient attirés par la prière du Père !
- Père vous m’avez hisser jusqu’à la perfection, jusqu’au terme de la vie spirituelle. L’homme redevient roi …
Il sourit légèrement.
-Il y a plus haut …
. »




III


Je tenterais d’exposer rapidement les quelques éclaircissements sur Marie telle qu'ils ont pu être donnés par certains auteurs et qui se comprennent très facilement une fois compris la doctrine de l’analogie que j‘ai explicité dans un texte plus haut.
Les quelques aperçus qu’un auteur comme Jean Borella a pu donner, et qui a qualifié le dogme de l’immaculée conception comme « l’évènement théologique majeur des temps modernes » m’ont paru très éclairants, d'autant que selon moi le mystère marial souffre un peux de manque d'intelligibilité.


Je rappelle pour ôter dès maintenant tout risque de confusion et pour qu’on ne vienne pas hurler au polythéisme que chaque être est la présentification à un niveau de réalité d’un archétype divin. Chaque être étant signe de Dieu il manifeste ainsi sur le plan créé un "aspect" ou un "archétype" divin lesquels archétypes sont Dieu même car en Dieu tout est Dieu.

Dieu connaît parfaitement son essence, il la connaît donc de toutes les manières dont elle est connaissable. Or elle peut être connue non seulement en elle-même, mais selon qu’elle est participable, par mode d’une certaine ressemblance, par les créatures. Mais chaque créature a sa nature propre, selon le mode dont elle participe de la ressemblance de l’essence divine. Ainsi, quand Dieu connaît sa propre essence comme imitable de manière déterminée par telle créature, il la connaît comme étant la raison propre et l’idée de cette créature, et de même pour les autres. St Thomas, ST 1,15,2

C’est donc en ce sens que St Bonaventure peut naturellement dire que tout chose visible est signe de l’invisible mais certaines le sont plus ou moins selon leur degré de participation de l'essence divine.
Aussi, pour reprendre le symbolisme de Point (Dieu) et de la circonférence : plus les choses sont elles proches du Point central et donc plus sont-elles irradiées de Lumière, plus leur forme est pure illuminée et ressemblante à Dieu et plus ont elles une connaissance universelle des choses et de Dieu. Ainsi, les anges qui forment le premier cercle autours du Point, qui est donc le premier degré hiérarchique, connaissent les choses en Dieu même.En conclusion, chaque cercle (chaque degré hiérarchique) qui entoure le Point peut donc bien être considéré comme un reflet créé de Dieu, comme le déploiement d'aspects de l'Essence Divine (car les archétypes sont Dieu même), le dernier cercle qui est le notre étant à certains égards le moins ressemblant, ce pourquoi il est selon les théologiens « la région de la dissemblance ».

Je pense qu’on peut maintenant s’intéresser à Marie et à sa dimension symbolique. Le symbole est pour rappel un être ontologiquement lié à ce qu’il signifie car il entretient un rapport interne d’analogie avec lui de sorte qu’il de rend présent en lui ce qu’il signifie.
Toutefois, comme dit plus haut certains êtres sont plus symboliques que d‘autres, ainsi de l’homme qui fait à l’image de Dieu symbolise plus le divin qu’une pierre ou qu’un arbre qui n’est qu’un « vestige » d’un aspect divin.

En effet donc, comme tous les êtres créés qui manifestent un archétype divin ou un aspect divin, Marie est-elle aussi « un signe de l’invisible » et combien ce signe est-il chargé de sens !
Sans pêchée elle a porté le Christ, le Verbe de Dieu dans son sein. Elle fut en effet le réceptacle de la Lumière divine, du Feu divin, et à cet égard on peut déjà la rapprocher du buisson ardent qui ne se consumait pas, d’où le fait qu’elle fut toujours vierge, la virginité corporel symbolisant (en analogie réelle) sa virginité ontologique.
D’autre part, pure réceptacle sans tâche et incorruptible, on peut encore la mettre en rapport avec la materia prima, qui est la pure potentialité représentée par les eaux dans la Genèse. C’est un « quelque chose » d’ontologiquement vierge, d’entièrement réceptif à la volonté divine, au Souffle divin afin qu’Il puisse créer le monde. C’est pour ainsi dire le « réceptacle » dont les formes/essences ont besoin pour apparaître.

En rapport avec la materia prima qui permet au monde créé d’apparaître, elle peut être rapprochée de la nature pure d’avant la chute. Ainsi, peut-on déceler une analogie avec le jardin d’Eden où le Seigneur se « promenait » (Genèse 3:8). Je crois d’ailleurs que certains hymnes (orientaux ?) la qualifient de jardin de Dieu.


On voit aussi que de même que la création s’est peut-on dire opérée par l’infusion des archétypes dans les eaux primordiales, de même la rédemption qui est une recréation a été opérée par la projection du Verbe en Marie.
Ainsi on peut constater que la création et la rédemption ont nécessité le concours d’un principe passif que Marie personnifie ou symbolise (j‘emploie ici les deux termes indifféremment) ; lequel principe féminin, réceptif, est inhérent à toute action divine et toute création et c’est en effet aussi par l’union d’un principe actif masculin, le Christ et d’un principe passif féminin, l’Eglise (qui est son Corps) que naissent les chrétiens. (Union prototype de ce que doive réaliser les époux en se donnant mutuellement l’un à l’autre en ayant plus qu‘un seul corps.
Affirmant que le mari doit aimer son épouse comme le Christ a aimé l‘Eglise, St Paul a établit le parallèle entre le mariage terrestre et le mariage céleste. Et en faisant du mariage terrestre le symbole d’une chose céleste, il fait du mariage et de l‘amour des époux une chose sacrée, ce pourquoi l‘Eglise en a fait un sacrement et donc un moyen de sanctifier son existence. Mais encore faut-il que le mariage se conforme à son prototype divin, car là encore l‘image doit devenir ressemblante.)

Maintenant, puisque toute chose est signe de l'invisible, ce principe métaphysique féminin qui se manifeste dans la materia prima (les eaux de la Genèse) et avec Marie a une correspondance en Dieu. C’est dire qu’il y a aussi en Dieu un aspect féminin qui est traditionnellement attribué au St Esprit et qui peut aussi être attribué à l’Essence divine.
En ce sens, Marie principe féminin analogue aux eaux de la genèse, est en analogie avec l’Essence divine immaculée elle-même laquelle « est grosse du fruit Trinitaire » selon l’expression de J. Borella (bien qu’il n’y ait en réalité pas de différence réelle entre l’Essence divine et les Hypostases divines).
Ainsi donc pour conclure, « Marie Mère de Dieu » désigne le principe féminin immaculée qui au niveau humain correspond à la Vierge Marie immaculée qui conçoit le Christ, et au niveau divin à l’Essence Divine immaculée laquelle s’engendrant elle-même « conçoit » les Hypostases divines.
(Pour rappel il ne s’agit ici que d’analogies)



Pour finir, il convient peut être d’expliciter les quelques titres mariaux qui accompagnent celui de Mère de Dieu.
Marie est on le sait non seulement l’immaculée conception mais aussi Reine du Ciel et « médiatrice » de toutes les grâces. Titres qui peuvent être explicités simplement en reprenant le symbolisme du Point et du cercle, avec les cercles qui forment les degré de la hiérarchie qui entourent le Point. Ce Point c'est donc Dieu d’où descend toute grâce, toute illumination, et qui passe par les divers cercles jusqu’au notre.
Mais, Marie ayant été élevé au plus haut de ce qu’il est possible à un être humain peut être dite Reine des cieux et Reine des Anges car elle a été élevé jusqu'à la limite supérieure de la sphère des anges, à la « frontière du créé et de l’incréé » comme l’a dit le théologien orthodoxie St Grégoire Palamas.
En ce sens donc, la grâce que Dieu distribue activement passe donc par elle, et c’est pourquoi elle peut être simplement dite « médiatrice » de toutes les grâces.
Dernière modification par lmx le jeu. 01 sept. 2011, 16:09, modifié 1 fois.
Avatar de l’utilisateur
lmx
Barbarus
Barbarus

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par lmx »

Bonjour à tous

J’aimerais attirer votre un attention sur un des plus vieux symbole chrétien et qui était utilisé en signe de reconnaissance par les chrétiens durant les périodes de persécution (du moins c'est ce que l'on peut fortement présumer).
Il s’agit du carré Sator, une variété de « carré magique »  qui contient un étrange palindrome latin SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS. Ce qu'on peut traduire par "le semeure tient avec soin les roues". Quant au terme arepo il n'a aucune signification précise.
On a retrouvé ce carré en Asie Mineur, en Afrique, en Europe en Angleterre (Cirencester) et à Pompei où l’inscription découverte daterait du 1er siècle. Ce symbole continuera à être utilisé même après Moyen Age.


Voilà donc les indications basiques qui permettent de décrypter ce symbole que j'ai trouvé intriguant.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Carr%C3%A9_Sator

Si on se penche de plus près sur le carré, on remarque qu’au centre des 4 côtés se trouve un T et qui si on les rejoint par deux droites se coupant à la lettre N forment une Croix.

Image


Les 4 T peuvent être mis en rapport avec le Thau grec. Ce signe le Thau (ou Thav) a dans l’alphabet grec la forme d’un T. Mais c'est un verset d'Ezechiel qui fait mention du signe du Thau (hébreux) qui n'a toutefois pas la forme d'un T et donc d'une croix.
On peut donc se demander pourquoi voir une croix dans ce verset puisqu’il s’agit du Thau hébreux.
C'est que dans l’alphabet hébreux la lettre Thau signifie croix, les lettres de cette alphabet ont en effet toutes une signification.
D’autre part,dans l’alphabet phénicien qui est un alphabet sémite parent de l‘alphabet hébreux, la lettre Thau a-t-elle la forme d’une croix, d’un X.

http://fr.wikiversity.org/wiki/Alphabet ... /Consonnes
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tav_%28lettre%29


Ezechiel 9:4 :
Et Yahweh lui dit: "Passe par le milieu de la ville, par le milieu de Jérusalem, et marque d'un Thau le front des hommes qui soupirent et qui gémissent à cause de toutes les abominations qui s'y commettent." (traduction crampon)

Et Il lui dit : « parcours Jérusalem, tu marqueras d’une croix au front les hommes qui se lamentent et qui gémissent sur toutes ces pratiques scandaleuses qui se commettent dans cette ville » Traduction : Bible des peuples. /Cette traduction rend bien le fait que Thau signifie croix. Les autres bibles chrétiennes obscurcissent la signification chrétienne du verset et se contentent de traduire Thau par signe./



Le NT fait aussi mention d’un signe dont les élus seront marqués (Apoc 7,4)
En effet dans la Bible, l’imposition d’une marque rend un être inviolable. Dieu avait marqué Caïn d’un signe pour qu’on ne porte pas la main sur lui (Genèse 4:15)

Dans le christianisme ce signe c’est donc non seulement le Nom de Jésus, Nom au dessus de tout nom par qui tout s’accomplit dit St Paul, mais c’est aussi la Croix qui est un instrument de salut et de Vie.
Il était ainsi de coutume pour les premiers chrétiens de se faire tatouer un signe de la croix. Lactance théologien nord africain témoigne de cette coutume répandue en Afrique du nord et qui existe encore parmi les coptes en Egypte.

Maintenant, on remarque aussi qu’au côtés des T , se trouvent les lettres A et O qu’on peut mettre en rapport avec l’Alpha et l’Omega qui fait référence au Chris qui se nomme ainsi par trois fois dans l’Apocalypse, le trois étant le signe de la Trinité et donc de la plénitude de l’être.

1:8  Je suis l’Alpha et l’Oméga, le principe et la fin, dit le Seigneur Dieu, qui est, qui était, et qui doit venir, le Tout-Puissant, (le Tétragramme peut d’ailleurs être Je suis celui qui était qui est et qui sera)
21:6  Il me dit encore: Tout est accompli: Je suis l’Alpha et l’Oméga, le principe et la fin. Je donnerai gratuitement à boire de la source d’eau vive à celui qui aura soif.
22:13-14  Je suis l’Alpha et l’ Oméga, le premier et le dernier, le principe et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs vêtements dans le sang de l’Agneau; afin qu’ils aient droit à l’arbre de vie, et qu’ils entrent dans la ville par les portes.

Chaque extrémité de la croix se terminant par la lettre T et ainsi se prolongeant en croix, on peut voir dans ce symbole une croix potencée.

Image


Il est aussi significatif que les lettres du carrés soient toutes celle du pater noster (notre père) comme l’avait vu le pasteur Felix Grosser.
C’est ainsi qu’on peut former une croix avec toute ces lettres en mettant le couple AO à chaque extrémité.

Image


Jean Daniélou dans son ouvrage sur les symboles chrétiens primitifs propose de mettre en lien le mot arepo avec le mot celte arepennis qui signifie arpent. Ceci parce que, l’arpent revoie à la charrue qui était un symbole chrétien faisant référence à la nécessité de labourer son cœur avec la croix. Et d’autre part, car selon l’historien Jérôme Carcopino le carré doit être rattaché au milieu (gaulois) de St Irenée de Lyon qui a développé le symbolisme de la charrue.


Au final, c'est l'interprétation la plus vraisemblable et la plus simple que l'on peut donner du carré. Certains chercheurs récents ont essayé de déchristianiser ce symbole par des des lectures abracadabrantes manifestant le préjugé anti-chrétien qui les animent.
Ce carré daté du Moyen Age situé l'ermitage de St Antoine de Galamus met en évidence la croix avec les 4 T.
http://t3m.voila.net/doc_galamus_ermitage.htm
Avatar de l’utilisateur
lmx
Barbarus
Barbarus

Re: Aperçu sur la mystique chrétienne

Message non lu par lmx »

Bonjour à tous

La modernité étant caractérisée par un rejet du sacré, ce qui se traduit par une vision unidimensionnelle du monde, je pense qu’il est utile d’avoir en tête ce qui oppose les deux notions de sacré et de profane et bien saisir ce que l'on risque de perdre à vouloir "vivre avec son époque".


1) L’espace sacré
[+] Texte masqué
Le sacré implique une conception qualitative de la réalité possédant des degrés de réalité supérieurs que l’homme peut traverser pour accéder à la réalité suprême qui est Dieu.

C’est un espace qui est donc étendu intérieurement, spirituellement. Dans le judéo-christianisme on distingue 3 cieux, 3 trois degrés de réalité que St Paul a parcouru (2 co 12:2 rien à voir avec les ’NDE‘) et que permet de gravir le « poteau sacré » , c’est-à-dire le Christ pouvant être assimilé à l’Arbre de Vie dont les racines sont au ciel. Ste Thérèse de Lisieux dit dans ses vers « il est sur cette terre / un Arbre merveilleux / Sa racine ô mystère !/ Se trouve dans les Cieux » 
et St Ignace d’Antioche écrit « la machine de Jésus-Christ, qui est la croix, vous servant comme câble de l'Esprit-Saint »

Cette arbre c’est le Christ Lumière (Jean 1:1-3), l’Axe de l’univers, le rayon Divin qui traverse la réalité, la soutient comme un pilier et qui permet de s’élever dans les cieux. Le Christ est, en effet, la Voie du Ciel (Jn 14:5, Jn 1:51 où montent et descendent les anges) qu’il faut parcourir et la Porte (Jn 10:7) de la délivrance ; parvenir là c’est arriver au Centre du monde en ce Point éternel où toutes les lignes commencent et viennent aboutir comme le dit le mystique flamand Jean Ruysbroeck. C’est dans d’autres cultures parvenir au moyeu immobile de la roue qui tourne et qui entraîne l'homme dans le devenir incessant de la corruption et de la mort.
L’axe de l’univers c’est aussi la Croix qui, planté sur le Golgotha , le crâne d’Adam symbole de la nature humaine, rétablit le contact avec le Ciel.
Dans l’Eglise byzantine, la Porte du Ciel est représentée par le dôme où est peint le Christ Pantocrator (en gloire).

En Mésopotamie, les Ziggurat représentaient les 7 cieux planétaires et le prêtre qui montait au sommait de l'édifice parvenait symboliquement au sommet de l’univers. Ce qui rappelle le palais hindou à 7 étages (prâsâda) où ceux-ci sont appelés des terres (bhûmi).
On retrouve aussi un pilier axiale dans les pagodes japonaises ; dans les yourtes où le chamane grimpe pour s‘envoler dans le ciel, rite en tout point analogue à certains rites hindou où le sacrificateur parvenu au sommet du poteau sacrificiel dit être devenu immortel.
Bref, il n’y a rien qui, dans l’architecture véritablement sacrée, soit laissé au hasard, l’édifice devant « incarner » matérialiser dans ses formes des principes métaphysiques devant rappeler à l’homme sa destinée surnaturelle. Tout, en effet, dans le temple doit rappeler que l’état central perdu, celui que possédait Adam avant la chute, doit être réintégré.

A ce propos Joseph Ratzinger (Benoit XVI) qui dans « L’esprit de la liturgie » plaide pour une redécouverte de la sacralité de l’église, nous enjoint à ne pas exagérer la différence entre l’église chrétienne et les temples des autres religions. On sait que certains réformateurs modernistes pourtant épris de relativisme ont éprouvé une haine farouche pour le sacré jugé trop « païen », comme si la synagogue antique n’avait pas été un lieu sacré … Cette attitude injustement critique envers le sacré car ignorante de sa signification a aboutit à la construction d’églises désacralisées ou la profanité du lieux n'a pu que déteindre sur l’âme du fidèle et obscurcir son sens spirituel.

2) L’espace profane

Contrairement à l’espace sacré qui est intérieurement ouvert, ceci étant donc symbolisé par un axe vertical parcourant et unissant tous les degrés de réalités et, plus généralement, contrairement au monde tel qu’il est vu dans les cultures traditionnelles, l’espace profane est purement quantitatif. Il est une réalité homogène, neutre comme le dit Mircea Eliade. Ce qui veut dire que dépourvu de transcendance, le monde est clôt sur lui-même. Il n’y a donc « d’en haut » que géographique, si bien que l’expression « monter au ciel » n’a pas beaucoup de sens.
Bref, je ne pense pas qu'il y ait lieux de s'attarder sur la conception profane de l'espace. Il n'y a pas grand chose à en dire.


3) Centralité du lieux sacré


C’est l’acte de consécration qui confère un caractère central un lieu sacré. Il faut généralement pour cela que l’espace soit le lieu d’une « hiérophanie » , d’une manifestation du divin. Il y a « irruption du sens » en sorte que la situation qualitative du lieu en soit modifiée.

Mais tout lieux est potentiellement sacré. Dans le christianisme, le monde devient pour le saint qui voit les choses dans leur essence (la contemplation naturelle) et qui voit le monde rayonner de l’amour divin, un immense sacrement.


Le lieu sacré et consacré devient le centre du monde spirituellement parlant. Il faut rappeler par ailleurs que les philosophes anciens n’ont jamais été assez naïf pour croire que l’homme se trouvait littéralement parlant au centre du monde. D’ailleurs, que ce soit en Europe ou en Inde, l’homme est situé « sous le Soleil » comme le dit la Bible, le Soleil étant le symbole de Dieu, si bien qu’être situé sous le soleil, signifie être dans la région du devenir et de la mort. Plus précisément encore dans la cosmologie aristotélicienne reprise parle christianisme, la terre se trouve dans la sphère sublunaire, peut-être au centre de cette sphère, mais dans les bas font de la création.


Le lieu sacré devient donc le centre du monde. C’est le cas de l’Eglise avec son autel qui est ouvert sur la transcendance qui sa manifeste dans l’eucharistie, ce qui fait de l’autel le cœur du l’Eglise

« la révélation d’un espace sacré permet d’obtenir un point fixe, de s’orienter dans l’homogénéité chaotique, de ‘fonder le monde’ et de vivre réellement » explique Eliade.

Au contraire dans l’expérience profane la plus souvent dominée par des considérations d‘ordre quantitatives : « il n’y a plus ’de Monde‘, mais seulement des fragments d’un univers brisé, masse amorphe d’une infinité de lieux plus ou moins neutres où l’homme se meut, commandé par les obligations de toute existence intégrée dans une société industrielle »

Le malheur est que le savant profane qui projette sa vision profane du monde sur les sociétés traditionnelles, pense que les anciens séparait signification et fonction/structure, esthétique et métaphysique, que la grossière pensée structuraliste est la pensée naturelle de l‘homme.
Fort du postulat qu’à la base de toute chose il y a un non sens comme l’a dit l'anthropologue structuraliste Levi-Strauss et donc que celui-ci soit toujours rapporté postérieurement, il ne décèle dans le dôme, le pilier, l’emblème de tel tribu etc, que nécessités matérielles ou agréments ingénieux, pour ce qui est du symbole de la tribu il n’y voit que volonté de différenciation, et dans l’idée que le monde soit soutenu par un pilier central qu’une superstition résultant d’un manque de connaissance scientifique.
Pourtant alors que le primitif dont la pensée est caractérisée  par « la participation » comme l’a vu le philosophe rationaliste Levy-Bruhl, et qui donc se meut dans aux moins deux degrés de signification, le scientifique profane imbu de son épistémologie structuraliste n’a qu’un seul degré de référence, celui du domaine physique, auquel il rapporte tout. Ce qui en toute logique devrait le conduire à reconnaître que le primitif ait une pensée peut être plus élevée et en tout cas beaucoup plus abstraite que la sienne.


4) Signification de la sacralité du lieux

Le sacré et la profane impliquent ainsi donc respectivement deux modalités d’être : la réalité et le chaos, l‘informe.

C’est pourquoi tout acte sacré en tant qu’il est une victoire sur le chaos, en tant qu’il est réel, imite un archétype divin. L’acte humain devenant analogique est en relation avec un archétype divin. Le plus souvent c’est l’acte créateur.

Ainsi, la construction de l’autel védique (hindou) du sacrifice qui symbolise l’univers et ses mondes constitue une cosmogonie : l’eau dans laquelle est gâché l’argile symbolise les eaux primordiales, l’argile qui sert de base à l’autel symbolise la Terre, et les parois latérales représentent l’atmosphère. Par ailleurs, la fumée du sacrifice qui représente l’axe du monde, passe par trois briques perforées au centre qui symbolisent les trois mondes (analogues aux trois mondes dans la tradition judéo-chrétienne), la fumée les traversant alors symbolisant la Lumière divine qui soutient le monde. Enfin, tout ceci s’accompagne naturellement d’un rituel exprimant la création d’une région cosmique.

Dans le christianisme, l’autel qui doit toujours être consacré et qui n’a donc rien d’une simple table pour faire un repas représente la pierre du sacrifice et la pierre de Bethel, là où Jacob a vu les anges monter et descendre, c’est-à-dire là où il a vu la réalité s’ouvrir intérieurement. L’autel, c’est donc une « ouverture vers le ciel » qui permet de nous libérer de l'enfermement de ce monde.

« Ainsi, explique Jean Hani, par le rite de consécration, l’autel chrétien, devient le centre du monde et se situe sur l’axe terre-ciel, ce qui le rend propre à devenir le lieu d’une théophanie, d’une manifestation divine, le lieu où le monde céleste entre en contact avec le monde terrestre. »

Conclusions qui sont aussi celles de Joseph Ratzinger (Benoît XVI) : «  De par sa position l’autel tout à la fois désigne l’Orient et en fait partie. Dans la synagogue, le Tabernacle de la Parole dirigeait vers Jérusalem ; dans l’église l’autel est le nouveau point focal de la liturgie, qui reprend sous une forme nouvelle, la signification du Temple. L’Eucharistie nous donne accès à la liturgie céleste, elle est l’acte par lequel l’adoration éternelle de Jésus Christ nous est rendue présente ici-bas. L’autel ouvre ainsi le ciel à la communauté rassemblée, ou plutôt conduit celle-ci, au-delà d’elle-même, dans la communauté de tous les saints. L’autel est pour ainsi dire une ouverture vers le ciel ; bien loin de fermer l’espace de l’église il permet à la fois l’entrée de celui qui est l’Orient dans la communauté rassemblée et l’échappée de celle-ci hors de la prison de ce monde. »

Si l’église est cruciforme, alors l’autel qui peut être situé soit dans le chœur, représente la tête du Christ étendu vers l’Orient, ce qui fait de l'espace qui va de l'entrée à l'autel "la voie du salut". Ou s’il est situé à la croisée du transept, donc au centre de la croix, il représente le cœur du Christ d’où jaillit la grâce qui donne la vie à ses membres que sont les chrétiens.


a) Sacralité des actes

Non seulement le lieux mais l’acte peut devenir sacré. Ainsi naturellement de la construction du lieux sacré, de certains métiers faisant appels à des connaissances sacrées, ou du mariage.

Encore en Inde, certains métiers peuvent ou pouvaient avoir une dimension sacrée et font de leurs artisans de véritables prêtres accomplissant un sacerdoce en cela qu‘ils se conforment à des réalités divines. A cet égard Plotin explique « les métiers tels que l’architecture ou la menuiserie qui façonnent la matière en des formes travaillées, peuvent être dits, en ce qu’ils se réfèrent à un modèle, tirer leurs principe de ce royaume là et des pensées de là-bas. »
Ce qui rappelle que le tabernacle avait été construit selon un archétype divin, une pensée de là-bas. (Exode 25:9).

De même dans le christianisme, la construction de l’église est une cosmogonie :

« la construction du temple imite la création du monde. Il en va d’ailleurs de même pour les opérations de tous les métiers et de tous les arts, à des points de vues différents, car il est dit que l’homme a été placé sur terre ut operaretur ‘pour y travailler’, c’est-à-dire continuer la création. La création c’est essentiellement le cosmos succédant au chaos, c’est-à-dire l’ordre, l’organisation au désordre, au tohu bohu de la Genèse. Ordo ab chao. C’est l’Esprit pénétrant la substance informe. De même, l’architecte fabrique un édifice organique à partir de la matière brute et dans cette réalisation il imite le créateur, qu’on a appelé à la suite de Platon, le Grand Architecte de l’Univers, parce que dit encore le philosophe « Dieu est géomètre ». La géométrie base de l’architecture, fut, jusqu’au début de l’époque moderne, une science sacrée dont la formulation pour l’Occident vient principalement du Timée de Platon et par celui-ci remonte aux pythagoriciens. » Jean Hani

D’autres actes peuvent avoir une dimension éminemment sacrée comme le mariage qui peut et doit dans le christianisme imiter une réalité divine, cette imitation lui conférant une consistance propre qui sanctifie les époux. Il faut en effet se rappeler que ce qui est profane est comme n’existant pas et donc que sacraliser son existence équivaut à se mouvoir dans le réel, à devenir de plus en plus réel.

Le mariage suppose en effet l’union du pôle masculin et féminin, deux pôles qui sont contraires ici bas, mais qui en Dieu sont à l’état archétypal et donc indistincts. En Dieu les deux pôles correspondent à sa "nature" -divine- féminine, et à sa "puissance" pôle masculin (cf rom 1:20), mais en Lui ils n’impliquent ni distinction ni détermination et sont donc totalement un.
Ces deux pôles sont aussi exprimés par le Christ et l’Eglise son « épouse », son corps, et qui dans sa face divine, n’est pas différente du Christ.
C’est donc pourquoi le mariage monogame est le seul qui soit véritablement conforme à l‘ordre céleste, et c’est la raison pour laquelle le Christ a rétablit ce qui était prévu à l’origine dans la Genèse : que l’homme quitte sa maison et s’unisse à sa femme pour ne plus faire qu’une seule chair, union perpétuelle, imitant ainsi l’indistinction des principes dans l’Unité divine. D’autre part, la nature humaine morcelée en principes féminins et masculins distincts et opposés est rétablit dans l’unité dans le mariage.
On peut donc regretter que l’accent fut plus mis sur la virginité et ce au détriment du mariage. Pourtant, c’est bien St Paul qui, malgré certaines paroles, parle du « mystère » du mariage et qui le met non seulement en correspondance avec la mariage mystique, mais avec le mariage céleste celui du Christ et de l‘Eglise. Heureusement Jean Paul II a rappelé tout ce qu’il fallait savoir sur le mariage.

Bref, ces considérations synthétiques de Mircea Eliade résument brillamment ce qui opposent la conscience moderne et profane qui tend très clairement à enfermer l’homme dans ses déterminismes psycho biologiques, et la conscience sacrée, laquelle voyant la possibilité de sacraliser des actes comme la mariage (et l’amour) y voit du même coup plus que du biologique, plus que du processus chimique :

« pour la conscience moderne : un acte physiologique, l’alimentation, la sexualité, etc. n’est rien de plus qu’un processus organique, quelque soit le nombre de tabous qui l’entravent encore. Mais pour ‘le primitif’, un tel acte n’est jamais simplement physiologique; il est, ou peut devenir un sacrement, une communion au sacré. » 




Pour résumer toutes les considérations précédentes.

L’acte sacré est donc un acte véritable, réel, surchargé de sens et qui possède donc une consistance. C’est un acte aussi religieux (au sens de dévotionnel) que métaphysique.
Aussi, quand le Christ dit « vous ne pouvez rien faire sans rien moi » doit on sûrement interpréter cette parole comme une invitation à sanctifier nos actes pour qu’ainsi ils deviennent réels.

Le sacré, on l’a vu, fonde ontologiquement la réalité, c’est lui qui fait passé le lieu profane, informe, neutre, du chaos primordial à la réalité, et qui du même coup ouvre la réalité vers le haut.

« L’Eglise, explique Jean Hani, étant une croix cardinale orientée et centrée sacralise réellement l’espace. Elle est l’omphalos de la cité sur laquelle elle rayonne, comme la cathédral est l’omphalos du diocèse, la primatiale celui de la nation, et la basilique papale celui de l’univers »

C’est pourquoi donc la construction de l’édifice sacré, comme celui de l’autel védique est fondamentalement une cosmogonie imitant l’acte créateur. En effet, il est dit dans la Tradition Juive : « Le Très Saint a créé le monde comme un embryon. Tout comme l’embryon croit, à partir du nombril, de même Dieu a commencé à créé le monde à partir du nombril, de même Dieu a commencé à créer le monde par le nombril et de là il s’est répandu dans toutes les directions. »

Et la construction de l’église qui débute par la fixation d’un point imite cette création primordiale :

« Elle (l’opération), constitue la fixation d’un centre, et, dans le symbolisme architectural, ce centre est regardé comme le centre du monde : il est un omphalos. Tout point de la surface terrestre peut, en effet, être pris pour le centre du monde, toutes les lignes verticales rayonnant de tous les points de la terre vers le ciel, et la distance aux astres étant infinie. Quand le centre est choisi et mis en rapport, par l’orientation avec le rythme céleste, il est réellement assimilé au Centre du monde, à cet axe immobile autour duquel tourne la ‘roue cosmique’. Ce centre, cet axe symbolise le principe divin agissant dans le monde, Dieu ‘moteur immobile‘. C’est un point sacré le lieu où l’homme entre en contact avec la Divinité … »

La nécessité de déterminer un centre étant que « ‘pour vivre dans le Monde’, explique Mircea Eliade, il faut le fonder et aucun monde ne peut naître dans le chaos de l’homogénéité et de la relativité de l’espace profane. La découverte ou la projection d’un point fixe -le Centre- équivaut à la Création du monde … »


Voilà, j’espère que ces quelques aperçus auront fait comprendre la distinction entre le sacré et le profane et ce que cela signifie pour un espace comme l’Eglise.

Sources

Mircea Eliade "Le sacré et le profane"
Jean Hani "Le symbolisme du temple chrétien" (pour tout savoir sur le symbolisme des parties de l‘église, et notamment sur l‘autel cœur de l’église … On trouvera des aperçus très précieux sur le temps liturgique, temps sacré qui récapitule la Vie du Christ, et qui doit devenir notre )
Joseph Ratzinger "L’esprit de la liturgie"
Répondre

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 5 invités