Pourtant, il y eut jadis un homme pour soutenir cette idée à titre privé (et ne pensez pas que je m'appuie sur lui).
Il s'agit du futur pape Innocent III (1160-1216) : Lotario, de la famille des comtes de Segni, (Gavignano, 1160–Pérouse, 1216), élu pape le 8 janvier 1198 sous le nom d'Innocent III, est considéré comme le plus grand pape du Moyen Âge. Intellectuel et homme d'action, préoccupé de remplir au mieux sa fonction religieuse, il fut un chef à la décision rapide et autoritaire1. Il cherchera à exalter au mieux la justice et la puissance du Saint-Siège de façon à renforcer son autorité suprême, gage selon lui de la cohésion de la chrétienté.
Avant d’être pape et comme théologien privé, enseigne que « tout homme, bon ou mauvais, au moment de quitter cette terre et avant de paraître devant son juge, voit lui apparaître Notre Seigneur Jésus Christ crucifié. Le méchant voit le Christ pour sa confusion, afin qu’il rougisse de n’être pas racheté par le sang du Sauveur. Ses fautes exigent qu’il en soit ainsi. »
In Innocent III, De contemptu mundi sive de miseria conditione humanae, Libri III
CAPUT 43
D’Innocent III, Le mépris du monde ou la misère de la condition humaine, Livre 3, Chapitre 43.
De adventu Christi ad diem mortis cujuslibet hominis. Au sujet de la venue du Christ au jour de la mort de chaque homme.
Videt etiam tam bonus quam malus, antequam egrediatur anima de corpore Christum in cruce positum. Malus videt sibi ad confusionem, ut erubescat se non esse redemptum sanguine Christi, sua culpaexigente. Unde de malis dicitur in Evangelio: «Viderunt inquem pupugerunt quod intelligitur de adventu Christi ad judicium, et de adventu ejus addiem mortis cujuslibet hominis. Bonus vero videt adexsultationem. Et hoc habemus ex verbis Apostoli, qui ait: «Usque in adventum Domini nostri Jesu Christi,» id est ad diem mortis, quando, apparet tam bonis quam malis Christus in cruce positus: et ipse Christus de Joanne Evangelista ait: «Siceum volo manere donec veniam » scilicet veniam ad obitum ejus. Quatuornamque leguntur adventus Christi, duo visibiles, et duo invisibiles.Primus adventus visibilis fuit in carne, quando natus est de Virgine; aliusadventus visibilis est ad judicium, quando judicabit bonos et malos, quando statuet ovesa dextris, hoedos vero a sinistris. Primus adventus invisibilis fit in mentejusti, per gratiam; unde Christus de viro justo ait: «Ad eum veniemus, etmansionem apud eum faciemus.» Est ergo anima justi sedes et habitaculum Dei, sicut scriptum est: «Anima justi sedes Dei,» quia sedet Deus in eo pergratiam. Secundus adventus invisibilis est in obitu uniuscujusque fidelis;unde
Joannes in Apocalypsi: desiderans liberaria carcere corporis ad Christum ait: «Veni Domine Jesu » scilicet ad obitum meum; unde dicitur, quod in die obitus sui, obviam venit ei Christus.
« Aussi tant le bon, que le mauvais voit le Christ en croix, avant que l’âme ne sorte du corps. Le mauvais le voit à sa confusion, pour rougir de ne pas être racheté par le sang du Christ, sa faute l’exigeant. C’est pourquoi il est dit du méchant dans l’évangile : « ils verront celui qu’ils ont transpercé » (Jn, 19, 37), parce qu’il est compris au sujet de la venue du Christ au jugement et de sa venue au jour de la mort de chaque homme.
Le bon en revanche le voit à son exultation, ce que nous avons dans les paroles de l’Apôtre qui affirme : « jusqu'à l’avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ » (I Tim, 6, 14), c’est-à-dire au jour de la mort, quand le Christ apparaîtra en croix tant aux bon qu’aux méchants, et de même le Christ de l’évangéliste Jean affirme : « Ainsi je veux que celui-ci demeure, jusqu’à ce que je vienne » (Jn,21, 22), c’est-à-dire « jusqu’à ce que je vienne à sa mort ».
De fait, sont lues quatre venues du Christ ; deux visibles et deux invisibles.
La première venue visible fut dans la chair, quand il est né de la Vierge ; l’autre venue visible est au Jugement, quand il jugera les bons et les méchants, quand il établira ses brebis à sa droite, les boucs à sa gauche.
La première venue invisible fut dans l’esprit des justes, par grâce ; d’où que le Christ dit de l’homme juste : « Nous viendrons chez eux, et nous y ferons notre demeure » (Jn, 14, 23). Donc l’âme des justes est le siège et la demeure de Dieu, ainsi qu’il est écrit : « l’âme des justes est le trône de Dieu », parce que Dieu siège en eux par la grâce. La deuxième venue invisible est au trépas de chaque fidèle ; d’où ce que dit Jean, dans l’Apocalypse : désirant être libéré de la prison du corps il demande au Christ : « Viens, Seigneur Jésus » (Ap, 22, 20), c’est-à-dire à ma mort ; d’où il est dit qu’au jour de sa mort, le Christ vint à sa rencontre.
Rappelons que ceci n’est pas un enseignement pontifical. Mais il manifeste que cette idée a toujours couru dans l’Eglise chez des fidèles et même des théologiens.



