Pie XII et la shoah

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Cinci
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

Message non lu par Cinci »

ti'hamo,

Certes, vous trouverez que la question est nulle. Peut-être, et puis ce le sera de la façon dont vous voyez les choses sans doute ... une question de ressenti alors ... je n'ai peut-être pas la chance, en ce cas, d'être totalement dégagé de toutes zones d'ombres à cet égard ? Un surcroit de lumière serait apprécié. Maintenant, Cgs promet de venir rajouter quelques éléments observations. Je n'ai aucune idée à savoir quels seront ceux-ci. Et je suis bien prêt à en recevoir qui pourrait dédire plus ou moins ce que je suis en train de penser. Ma réflexion n'est pas figée dans le béton sur une pareille question, non mais vraiment pas.
Sans vouloir tout ramener à ma propre expérience, cela tout de même n'est pas sans m'évoquer les gens qui, après les examens, les diagnostics, les tentatives d'opération et la mort du patient ou l'insuffisance du traitement ou que sais-je, se mettent à demander "s'il fallait faire tout ça, finalement" : et bien, mais, oui, on a estimé d'après les données dont on disposait, la meilleure conduite à tenir, et on s'y est tenu ; et on assume le résultat, dans ses bonnes conséquences comme dans ses insuffisances ou ses échecs.
Mais cela n'a pas de sens de porter un jugement après coup sur tel examen ou telle opération uniquement à l'aune du résultat obtenu, comme si on pouvait, au moment de prendre la décision, prendre en compte le résultat qui sera obtenu et la somme de renseignements dont on ne dispose pas !
Bien, une certaine ligne ou modalité d'intervention aura pu être retenue telle que dans votre exemple du médecin. Et, dirions-nous, comme Pie XII en aura certainement préconisé une lui aussi, en fonction de différents facteurs qu'il aura dû soupeser à l'époque, on le présumerait. En pratique, il semblerait aussi que la résultante eût été de temporiser, comme veiller à ne pas trop exercer de pressions directes sur la chancellerie du IIIe Reich, par exemple, comme via l'Église catholique en Allemagne même (les évêques sur place.) A priori, la chose pourrait paraître étonnante.

Comme j'aurai déjà dit : le ''bug'' aurait pu se situer sur le pallier inférieur.

Ce serait comme sur le plan de l'Église au niveau national. L'Église d'Allemagne, tiens ! On l'admettrait comme hypothèse partielle et temporaire. Un de ces facteurs que Pie XII aurait pu considérer mais aurait pu être aussi le degré se solidarité envers le guide de la nation (Der Fürher), plutôt étroit, et consolidé jusque parmi les cercles catholiques en Allemagne, soit encore plus pendant la Guerre qu'auparavant. De sorte qu'une idée de politique diplomatique ''agressive'' par le Vatican n'aurait pas pu être à l'ordre du jour, et en ce sens qu'une ligne semblable n'aurait pas pu être appuyée sur place non plus. Je veux dire : se pourrait-il qu'un des gros obstacles ait été surtout l'état de l'opinion chez les catholiques mêmes et soit au lieu dit, comme pas loin de l'épicentre en Germanie ? En terme d'obstacle sérieux, si je disais un état de l'opinion plutôt qu'une crainte incroyable à l'effet que de vexer le Fürher aurait dû nécéssairement entraîner quinze millions de morts de plus ? Un état de l'opinion qui agit comme un frein d'inertie ? Je ne dis pas qu'il faille que ce soit la vérité coûte que coûte. Mais l'avenue pour une explication ne me paraîtrait pas fantasmagorique en soi. Il me semble que je comprendrais mieux que Pie XII ait pu vouloir jouer de prudence, s'il se révélerait que lui-même aurait su vraiment ne pas trop pouvoir compter sur des collègues et paroissiens fiables, et quand d'aventure aurait-il voulu nous en attaquer beaucoup plus la chancellerie. Sur le même plan, je comprendrais aussi ( ce qui pourrait jouer vraiment plus comme excuse cette fois) que le pape aura été repoussé hors de la sphère politique depuis «l'ère des révolutions», tout le monde ou presque ayant ''comploté'' juste avant lui pour faire du pape une figure non-interventionniste.

Par l'état de l'opinion chez les catholiques en Allemagne, je ne veux surtout pas dire que les catholiques auraient dû s'enticher eux-mêmes d'une idée de chambre à gaz en 1942. Plutôt, la Guerre étant survenue : les catholiques d'Allemagne se seront davantage solidarisés avec le Führer en tant que représentant de la nation; un peu à l'instar de ces Américains qui se seront tous rangés ou presque derrière M. le Président au temps où ce dernier sera parti en guerre en 2003. Toutes proportions gardées, je verrais bien le parallèle avec la position du pape en 42 versus celle du pape en 2003, lors que du désaccord serait bien présent d'entre le pape et le chef de gouvernement en face et puis n'allant pas non plus sans une certaine impuissance du Vatican à faire dévier quoi que ce soit dans le cours des choses, en bonne partie aussi (plus ou moins) comme dû au fait à l'opinion des catholiques présents dans le pays visé également.

Il n'y a donc, en fait, pas de polémique [...]
Il me semble y avoir ''une certaine problématique'' tout de même, dans la mesure où des adversaires de l'Église accusent et sans pour cela devoir tous être de mauvaise foi, dans la mesure aussi où une sorte d'explication ''officielle'' pourra sembler manquer de vraisemblance ou être juste assez insatisfaisante pour bien des catholiques également. Il me semble qu'à simplement vouloir montrer Pie XII tellement soucieux d'épargner des vies ici et là : on dirait qu'il ne sera pas pris en considération toute l'épaisseur ou la dimension globale, réelle, de toute l'affaire. La consistance de la réalité peut bien parfois laisser aussi des catholiques dans une position plus équivoque, moins glorieuse et affectée elle-même par le péché de l'un l'autre. Il s'en trouve des coreligionnaires parfois pour être ou avoir été impliqués dans le coeur de la problématique.
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ti'hamo
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

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@ Cinci
Cela ne sert à rien de tourner des phrases alambiquées et tourmentées (dont certaines, à force, ne veulent plus rien dire - si vous vous relisez vous vous en rendrez compte) pour rester à ce point là dans le vague : vous laissez entendre, évoquez, supputez, spéculez...
Mais point de faits, point d'analyses, rien.

Cela revient à vouloir à tout prix qu'il y ait "quelque chose à redire", mais sans même trop savoir quoi ni pourquoi. C'est à la mode de nos jours, certes, mais enfin personnellement je n'en vois pas bien l'intérêt.
Soit vous faites travail d'historien, fût-il amateur, en rappelant des faits, en évoquant comme telles des hypothèses, autrement dit en présentant une analyse, une réflexion, sous une forme rigoureuse et scientifique.
Soit vous n'avez rien à dire. Et dans ce cas là, en général, ça ne sert à rien de parler.

Et c'était le sens de mon propos : que toute cette soit-disant "polémique" semble bien plutôt le fait de ce travers courant, cette mode de vouloir donner son avis sur tout, de se donner à soi-même l'impression d'avoir un avis sur tout, mais sans effort, sans se donner la peine d'apprendre, de lire, de réfléchir et d'analyser ;
cette mode aussi d'imaginer à demi-mots des motivations louches ou secrètes dans les actes passés de personnes valant de toute façon bien plus, bizarrement, que ceux qui les dénigrent - sans le moindre petit début d'embryon de fait - et, encore une fois j'insiste, bien confortablement installés dans leur petite vie à eux, sans responsabilité lourde ni décision à prendre, et sans aucune connaissance des faits évoqués.


C'est du vent. De la philosophie de comptoir. Des phrases lancées à l'heure de l'apéro, pour donner l'impression générale d'une discussion qui n'est qu'alignement de banalités.
Pourquoi, donc, perdre son temps là-dedans ? De bons ouvrages d'historiens sont déjà sortis sur le sujet, présentant et analysant les faits.
Se demander "n'aurait-il pas dû faire autre chose ?", au vu de ces faits, n'a aucun sens, pour les raisons exposées.

C'est comme se demander autour d'un verre de rosé, à grand renfort de regards suspicieux et de sous-entendus émoustillants, si, par exemple, St Vincent de Paule n'aurait pas pu ou dû user différemment de son influence sur les grands de son temps pour lutter contre l'oppression de la classe laborieuse et des exclus de la société, au lieu de seulement créer des fondations et aider des individus,
tout cela en évitant soi-même soigneusement de fréquenter ou même de regarder les pauvres et les miséreux de son temps et de son quartier.
C'est une image, mais c'est un peu l'effet que ça fait.


On notera d'ailleurs que tous ceux qui veulent raviver, lancer, la "polémique", à coups de sous-entendus et d'insinuations (mais jamais de faits ni d'analyses sérieuses, tiens donc),
sont aussi, étrangement, les moins enclins à analyser, dénoncer et éviter les erreurs de leur époque.
“Il serait présomptueux de penser que ce que l'on sait soi-même n'est pas accessible à la majorité des autres hommes.”
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

Message non lu par ti'hamo »

Oui, c'est d'ailleurs un point à noter :
les accusateurs modernes ne parlent que "des Juifs" comme une masse, s'imaginent que le pape aurait pu ou dû faire ceci ou cela (qu'ils auraient, eux, il en sont assurés, fait sans hésiter à sa place : excommunier Hitler, prononcer un discours public contenant la phrase "la Shoah c'est mal", ce genre de choses) pour sauver "les Juifs", le groupe, la masse des Juifs,
alors que visiblement, au vu de ses actes, ledit pape s'est bien soucié de sauver, quand il le pouvait et comme il pensait le pouvoir, des personnes.

Dit autrement, on remarque dans le discours des accusateurs modernes une sorte de conception globale des êtres humains, où on ne se souciera que "des Juifs", de "l'humanité",
et dans la pensée du pape une conception bien plus individuelle (individuante ?), tournée vers la personne, chaque personne humaine.

Un souci de statistiques, de rentabilité et de visibilité médiatique d'un côté,
le souci du prochain, de la personne humaine et du bien - fût-il secret et discret - de l'autre. M'est avis que cela, qui est un constat et non une suggestion hypothétique imaginaire se fondant sur des faits qu'on n'aurait pas encore trouvé mais on y travaille, ne joue pas trop en faveur des lanceurs de polémique.
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

Message non lu par marie du hellfest »

ti'hamo a écrit :Soit vous faites travail d'historien, fût-il amateur, en rappelant des faits, en évoquant comme telles des hypothèses, autrement dit en présentant une analyse, une réflexion, sous une forme rigoureuse et scientifique.
Soit vous n'avez rien à dire. Et dans ce cas là, en général, ça ne sert à rien de parler.

Et c'était le sens de mon propos : que toute cette soit-disant "polémique" semble bien plutôt le fait de ce travers courant, cette mode de vouloir donner son avis sur tout, de se donner à soi-même l'impression d'avoir un avis sur tout, mais sans effort, sans se donner la peine d'apprendre, de lire, de réfléchir et d'analyser ;
(...)

C'est du vent. De la philosophie de comptoir. Des phrases lancées à l'heure de l'apéro, pour donner l'impression générale d'une discussion qui n'est qu'alignement de banalités.
Pourquoi, donc, perdre son temps là-dedans ? De bons ouvrages d'historiens sont déjà sortis sur le sujet, présentant et analysant les faits.
Se demander "n'aurait-il pas dû faire autre chose ?", au vu de ces faits, n'a aucun sens, pour les raisons exposées.
Vous êtes dur. Un forum, ça sert justement à ça, non ? On expose ses idées et s'il se trouve quelqu'un de mieux renseigné sur le sujet, il nous fait partager ses connaissances (qu'on aurait pas forcément pu avoir si on avait pas commencé à parler). Cinci reste ouvert à tout élément nouveau, il me semble.
Alors après oui, c'est quand même mieux de connaître son sujet quand on veut parler, mais si à chaque fois qu'on veut intervenir sur un topic on doit d'abord passer 2 ans à potasser les bouquins de référence sur le sujet, ça va freiner quelque peu la discussion ...
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ti'hamo
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

Message non lu par ti'hamo »

Oui, bon, soit.
Mais tout de même : dans ce cas on demande ce qu'il en est, et quand on obtient des réponses ou des références, comme cela a été le cas, on va les lire, ou on prend acte. Ce que je trouve détestable c'est le fait de laisser entendre que, d'introduire des sous-entendus, de se permettre tout de même des jugements,... tout en admettant plus ou moins qu'on n'en sait rien.

Soit on pose des questions, soit on a des réponses à proposer, quoi. Mais pas de semi-accusations sans rien pour les étayer.
Et de toute façon, se lancer dans une étude historique avec en tête un jugement, c'est déjà pas bon ; on ne devrait aborder réellement le sujet qu'une fois qu'on a réussi à se mettre en tête la question "bon, que s'est-il passé ?" et en jetant "est-ce qu'il a fait ce qu'il fallait ? était-il gentil ?".
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

Message non lu par Cinci »

La fausseté est tellement près de la vérité que le sage ferait bien de se méfier un peu de lui-même quant à l'aspérité aigüe des choses. - Cicéron

Ti'hamo,

Je ne peux pas savoir en effet quel serait le propre regard que Pie XII lui-même eût porté sur la période et, après-coup, quant à savoir si de son côté quelque chose aurait pu oui ou non être fait autrement, différemment. C'est bien possible que la réponse soit «négatif !» s'agissant du pape lui-même. Et c'est pour cela que je suspend mon jugement quant à sa personne. Désolé s'il peut arriver que vous vous sentiez troublé un peu, tel du fait que je puisse me questionner moi-même et comme ''à voix haute'' sur la question. Mais je vous assure que mon idée n'est pas de m'amuser à semer la zizanie ou jeter du discrédit sur quelqu'un là-dedans, comme c'est surtout de mettre la table (un fion; si c'était possible) pour une meilleure saisie ou appréhension de l'affaire. En tout cas, moi ça m'aide parfois d'écrire un mot. Je pense qu'une piste lancée, un mot, une réflexion initiale même fausse (de moi ou quelqu'un d'autre), peut en revanche aiguillonner pour en savoir un peu plus soi-même sur la période et correlativement à l'Église et la question juive.

Ce n'est pas plus compliqué que cela.

:cyrano:
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

Message non lu par ti'hamo »

. Je n'ai pas dit que j'étais "troublé" : j'ai dit que je n'en voyais pas l'intérêt.

. Il n'y a pas à "suspendre son jugement" : si on ne connaît pas les faits, qu'on ne les a pas étudié, qu'on n'a pas lu les études qui s'y rapportent, et qu'on ne s'y est pas d'abord intéressé pour connaître et non pour juger,
alors on n'a de toute façon aucune raison ni aucun moyen de juger.
Auquel cas, on n'a pas de jugement à suspendre. Se sentir obligé, dans ces conditions, d'informer tout le monde de façon insistante qu'on "suspend son jugement", ce serait comme de bien faire savoir à tout le monde qu'on a décidé d'attendre encore un peu pour acheter une nouvelle voiture... dont on n'a de toute façon pas les moyens de se la payer !
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

Message non lu par Cinci »

Pour en savoir un peu plus :


Lacroix-Riz, A,, Le Vatican, l'Europe et Hitler, Armand Colin, 1996
Friedländer, S., Pie XII et le IIIe Reich, Seuil, Paris, 1964
Blet, P., Pie XII et la Seconde guerre mondiale d'après les archives du Vatican, Paris, 1997
De Lubac, H., Résistance chrétienne à l'antisémitisme. Souvenirs (1940-44), Fayard, Paris, 1990
Chélini, Jean, L'Église sous Pie XII. La tourmente 1939-45, Fayard, Paris, 1983
Duroselle, Jean-Baptiste, Histoire diplomatique de 1919 à nos jours, Dalloz, Paris, 1957
Miccoli, Giovanni, Les dilemnes et les silences de Pie XII. Vatican, Seconde guerre mondiale et Shoah, Ed. Complexe, Bruxelles, 2005

(Bibliographie. Source : Tornielli, Andreas, Pie XII, Tempora, Ed. du jubilé, 2009 )



«... votre Révérendissime Éminence connaît maintenant, grâce à la presse italienne, les détails de la révolte nationaliste qui a troublé ces derniers jours la ville de Munich; je n'ai donc pas besoin de les répéter dans ce respectueux rapport. Je crois toutefois opportun de communiquer à Votre Éminence quelques détails supplémentaires sur un point, à savoir sur les manifestations à caractère anticatholique qui ont accompagné la révolte elle-même, mais qui n'ont pas surpris ceux qui avaient suivi les publications des organes des radicaux de droite tels que le Volkischer Beobachter et l'Heimatland. Ce caractère s'est manifesté essentiellement dans les excitations systématiques contre le clergé catholique avec lesquelles les partisans de Hitler et de Ludendorff échauffaient la population, en particulier dans les discours sur la voie publique, exposant ainsi les ecclésiastiques aux insultes et aux moqueries . Leurs attaques prenaient toutefois spécialement de mire le savant et zélé cardinal archevêque qui, dans un sermon prononcé au Dôme le 4 de ce mois et dans sa lettre à monsieur le Chancellier du Reich publiée par l'Agence Wolff le 7 du mois dernier, avait condamné les persécutions contre les juifs » - Pacelli à Gaspari, 9 novembre 1923, Archives de la Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinnaires , Baviera 3, 396/7

«... le Concordat bavarois a été solennellement signé ici à Munich le 29 mars dernier. Reste cependant l'approbation du Landtag ou Parlement qui - après les nouvelles élections et vu le furieux vent anticatholique qui souffle en ce moment de la part des partis nationalistes, avec de violentes attaques contre le Saint-Siège, contre le cardinal archevêque, etc. - est sujet de grandes inquiètudes . Toute la situation en général est maintenant très difficile et assez préoccupante en Allemagne, à cause justement des progrès des partis nationalistes fanatiquement anticatholiques» - Archives privées Pacelli, Munich, lettre au frère Francesco, 18 avril 1924


«... après les élections du mois de septembre 1930, le parti national-socialiste deviendra une force politique incontournable pour la formation d'une majorité. Pourtant, le Saint-Siège avait soutenu la ligne de conduite suivie par l'épiscopat allemand qui avait déclaré la doctrine nazie inconciliable avec les principes de la foi catholique. À la question de savoir s'il était licite pour un catholique d'adhérer au parti hitlérien, le vicaire général de Mayence avait répondu par la négative, et d'autres évêques s'étaient exprimés de la même manière. La position du vicaire de Mayence avait été relayée par le quotidien L'Osservatore Romano, dont les épreuves sont attentivement contrôlées par le Secrétaire d'État : « Appartenir au parti national-socialiste est incompatible avec la conscience catholique, de même qu'elle est incompatible avec le socialisme dans toutes ses nuances » - L'Osservatore Romano, ''Il Partito di Hitler condamnato dall'autorità ecclesiastica'', 11 octobre 1930


Archives privées Pacelli, Munich, lettre au frère Francesco,
Orsenigo à Pacelli, 7 mars 1933, Archives de la Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinnaires, Germania, Pos. 643, p.o., fasc. 157

« ... le clergé doit constater avec peine que, en plus des six millions de catholiques qui ont voté pour le Centre et le parti populaire bavarois, il reste encore six ou sept millions de catholiques qui ont participé aux élections : il y eut en effet 39 millions d'électeurs, parmi lesquels il faut considérer - en tenant compte de la proportion d'un tiers de la population catholique en Allemagne - treize millions de catholiques. Or, on estime que ces six ou sept millions de catholiques ont voté en grande partie pour les nationaux-socialistes, malgré les règles disciplinaires promulguées par l'épiscopat envers ce parti. Ce nombre considérable de transgresseurs fait beaucoup réfléchir sur l'efficacité pratique des injonctions épiscopales pour un peuple si fanatique pour les nouvelles idées » Orsenigo à Pacelli, 7 mars 1933



  • Summi Pontificatus, lettre encyclique (20 octobre 1939)

    http://www.vatican.va/holy_father/pius_ ... us_fr.html

    [...]
    De tout ce qui est sur la terre, seule l'âme est douée d'une vie immortelle. Un système d'éducation qui ne respecterait pas l'enceinte sacrée de la famille chrétienne, protégée par la sainte loi de Dieu, qui en attaquerait les bases, qui fermerait à la jeunesse le chemin qui mène au Christ, aux sources de vie et de joie du Sauveur (cf. Is., XII, 3), qui considérerait l'apostasie du Christ et de l'Eglise comme symbole de fidélité à tel peuple ou à telle classe, prononcerait, ce faisant, sa propre condamnation et expérimenterait, le moment venu, l'inéluctable vérité des paroles du prophète : Ceux qui se détournent de toi seront inscrits sur le sable.

    [...]

    La conception qui assigne à l'Etat une autorité illimitée est une erreur, Vénérables Frères, qui n'est pas seulement nuisible à la vie interne des nations, à leur prospérité et à l'augmentation croissante et ordonnée de leur bien-être : elle cause également du tort aux relations entre les peuples, car elle brise l'unité de la société supranationale, ôte son fondement et sa valeur au droit des gens, ouvre la voie à la violation des droits d'autrui et rend difficiles l'entente et la vie commune en paix. Le genre humain, en effet, bien qu'en vertu de l'ordre naturel établi par Dieu, il se divise en groupes sociaux, nations ou Etats, indépendants les uns des autres pour ce qui regarde la façon d'organiser et de régir leur vie interne, est uni cependant par des liens mutuels, moraux et juridiques, en une grande communauté, ordonnée au bien de toutes les nations et réglée par des lois spéciales qui protègent son unité et développent sa prospérité.

    Or, qui ne voit que l'affirmation de l'autonomie absolue de l'Etat s'oppose ouvertement à cette loi immanente et naturelle ou, pour mieux dire, la nie radicalement, laissant au gré de la volonté des gouvernants la stabilité des relations internationales et enlevant toute possibilité de véritable union et de collaboration féconde en vue de l'intérêt général ? Car, Vénérables Frères, pour que puissent exister des contacts harmonieux et durables et des relations fructueuses, il est indispensable que les peuples reconnaissent et observent les principes de droit naturel international qui règlent leur développement et leur fonctionnement normaux. Ces principes exigent le respect des droits de chaque peuple à l'indépendance, à la vie et à la possibilité d'une évolution progressive dans les voies de la civilisation; ils exigent en outre, la fidélité aux traités stipulés et sanctionnés conformément aux règles, du droit des gens.

    Il n'est pas douteux que la condition préalable et nécessaire de toute vie commune pacifique entre les nations, l'âme même des relations juridiques existant entre elles, se trouve dans la confiance mutuelle, dans la prévision et la persuasion d'une réciproque fidélité à la parole donnée, dans la certitude que d'un côté comme de l'autre on est bien convaincu que mieux vaut la sagesse que les armes guerrières (Eccle., IX, 18) et que l'on est disposé à discuter et à ne pas recourir à la force ou à la menace de la force au cas où surgiraient des délais, des empêchements, des modifications et des contestations, toutes choses qui peuvent dériver, non de la mauvaise volonté, mais du changement des circonstances et de réels conflits d'intérêts.

    Mais d'autre part, détacher le droit des gens de l'ancre du droit divin pour le fonder sur la volonté autonome des Etats, ce n'est pas autre chose que le détrôner et lui enlever ses titres les plus nobles et les plus valides, en le livrant au funeste dynamisme de l'intérêt privé et de l'égoïsme collectif, uniquement tourné à la mise en valeur de ses propres droits et à la méconnaissance de ceux des autres.

    Il est vrai aussi qu'avec l'évolution des temps et les changements substantiels des circonstances, non prévus et peut-être impossibles à prévoir au moment de la stipulation, un traité, ou quelques-unes de ses clauses peuvent devenir ou paraître injustes, ou irréalisables, ou trop lourdes pour l'une des parties; et il est clair que, si cela arrivait, on devrait instituer à temps une loyale discussion pour modifier ou remplacer le pacte. Mais considérer par principe les traités comme éphémères et s'attribuer tacitement la faculté de les annuler unilatéralement le jour où ils ne conviendraient plus, ce serait détruire toute confiance réciproque entre les Etats. L'ordre naturel se trouverait renversé, des fossés de séparation impossibles à combler se creuseraient entre les peuples et les nations.

    [...]

    A l'opposé, tout autre édifice qui n'est pas solidement fondé sur la doctrine du Christ, repose sur le sable mouvant et est destiné à une ruine misérable (cf. Matth., VII, 26-27).

    Vénérables Frères, l'heure à laquelle vous parvient Notre première Encyclique est, à bien des égards, une véritable hora tenebrarum (cf. Luc, XXII, 53), où l'esprit de la violence et de la discorde verse sur l'humanité la sanglante coupe de douleurs sans nom. Est-il nécessaire de vous assurer que Notre cœur paternel, dans son amour compatissant, est tout près de ses fils, et plus spécialement de ceux qui sont éprouvés, opprimés, persécutés ? Les peuples entraînés dans le tragique tourbillon de la guerre n'en sont peut-être encore qu'au commencement des douleurs (Matth., XXIV, 8) ; mais déjà dans des milliers de familles règnent la mort et la désolation, les lamentations et la misère. Le sang d'innombrables êtres humains, même non combattants, élève un poignant cri de douleur, spécialement sur une nation bien-aimée, la Pologne qui, par sa fidélité à l'Eglise, par ses mérites dans la défense de la civilisation chrétienne, inscrits en caractères indélébiles dans les fastes de l'histoire, a droit à la sympathie humaine et fraternelle du monde, et attend, confiante dans la puissante intercession de Marie Auxilium Christianorum, l'heure d'une résurrection en accord avec les principes de la justice et de la vraie paix. [...]

Le 2 août 1941, depuis Londres, le cardinal primat de Pologne, August Hlond, écrit au cardinal secrétaire d'État Maglione : «Il faut faire triompher la vérité, en la rendant évidente et claire; le silence et l'équivoque auraient des conséquences fatales. Le cardinal transmet à Rome un rapport secret du délégué du gouvernement de Pologne, dans lequel on peut lire : On entend des citoyens en Pologne se plaindre que le pape ne proteste pas contre les crimes par lesquels les Allemands font mourir 3000 prêtres polonais dans les camps de concentrations, que le pape n,a pas élevé la voix pour condamner l'exécution de centaines de prêtres et d'apôtres laïcs parmi lesquels des Camériers pontificaux exterminés sans l'ombre d'une faute.»

Le 3 novembre 1941, l'archevêque de Cracovie, Adam Sapieha, écrit lui aussi au Secrétaire d'État pour l'informer que « neuf évêques ont été expulsés de leur résidence, parmi lesquels certains ont simplement été éloignés et internés, d'autres emprisonnés ou mis dans des camps de concentration. Le nombre de prêtres emprisonnés depuis le début de la guerre ou déportés dans des camps s'élèvent à deux milles cinq cents . Beaucoup d'entre eux ne vivent plus [...] Pour le bien de l'Église, j'ose humblement observer que, en raison de la véhémence de la persécution à laquelle elle se trouve exposée, une voix de protestation et de blâme de la part du Saint-Siège serait indispensable ».

L'archevêque de Cracovie écrit de nouveau à Rome le 28 février 1942 [...] le 25 avril, Sapieha confie la lettre pour Pie XII, écrite en langue latine, à don Pirro Scavizzi, chapelain militaire de l'ordre de Malte, qui traversait l'Europe de long en large pour recueillir des informations sur la situation des réfugiés et des persécutés et qui effectuera six voyages en Russie. [...] environ un mois après sa rencontre avec Sapieha, le chapelain arrive à Rome, obtient une audience avec le pape Pacelli au cours de laquelle il décrit les terribles conditions des juifs et les persécutions contre les catholiques en Pologne [...] Scavizzi transmet au Saint-Siège les quatre longs rapports contenant des révélations sur le sort des juifs en Europe de l'Est. Dans le premier d'entre eux, daté du 6 janvier 1942, le prêtre défini d'une gravité exceptionnelle la situation des juifs dans les pays du Reich ou ses alliés :« Le nombre des exécutions de juifs s'élève jusqu'à présent à environ un million» Dans un deuxième document daté du 11 avril de la même année, il note : «Le mot d'ordre est : «Exterminez-les sans pitié''. Les révélations de Scavizzi et la copie de la lettre de Sapieha sont discutées aux plus hauts niveaux de la Secrétairie d'État.
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

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Autour de l'Encyclique de 1937 et celle de 1939 :
  • ... la formulation de la requête [de l'épiscopat allemand, pour une lettre en 37] présentée au pape, en effet, ne doit pas laisser penser que les évêques fussent unanimes sur l'attitude à adopter envers le nazisme. Si l'on voulait classer en quelque sorte les tendances existantes dans la conférence épiscopale allemande en les regroupant autour de deux des principaux noms, il y aurait d'une part le cardinal de Breslau, Adolf Bertram, et de l'autre l'évêque de Berlin, Konrad Graf von Preysing. Dans ce second groupe, qui rassemblait les opposants au régime les plus résolus, militait l'évêque de Münster, Clemens August von Galen. Ce dernier avait déclaré à ses confrères aussitôt qu'Hitler avait pris le pouvoit : «Nous sommes entre les mains de criminels et de fous » En mai 1940, Von Galen n'hésitera pas à présenter sa démission du diocèse lorsque le cardinal Bertram enverra à Hitler une lettre de voeux pour son anniversaire, écrite au nom de tout l'épiscopat. Le cardinal de Breslau, âgé, avait vécu les conséquences du Kulturkampf; il ne faisait absolument pas reposer ses espoirs dans le chancellier du Reich(1), mais était toutefois plus enclin au compromis parce qu'une lutte ouverte aurait réduit l'Église à un tas de ruines.

    [...]

    ... les deux représentants les plus en vue de l'aile anti-nazie de l'épiscopat étaient les deux prélats les plus proches de Pacelli, ses amis depuis l'époque de la nonciature en Allemagne : c'est le cardinal Secrétaire d'État [Pacelli donc] qui avait proposé et obtenu leur nomination épiscopale - survenu en 1932 pour von Preysing et en 1933 pour von Galen. Le 21 décembre 1936, au nom de Pie XI, le cardinal Secrétaire d'État convoque à Rome, pour le mois de janvier suivant [...] le 17 janvier, malgré son état de santé précaire, Pie XI veut recevoir la délégation allemande. Au cour de la rencontre, von Galen déclare au pape : «Nous avons affaire à un adversaire qui ne connaît ni la vérité ni la fidélité. Ce qu'ils appellent Dieu n'est pas notre Dieu, c'est quelque chose de diabolique» (2)

    (1) Goebbels lui-même considérait les deux lignes de conduite de l'épiscopat catholique comme opposées au régime, définissant celle de Bertram comme ''radicale'' et celle de Von Preysing comme ''ultra-radicale''. Cf. Miccioli
    (2) Cf. Volk, Ludwig, Akten Kardinal Michael Von Fauhlaber 1917-1945, Mayence, 1975

    Source : Andreas Tornielli, p. 290

    **

    ... le 30 avril 1937, Pacelli écrit une note à transmettre chiffrée au nonce apostolique à Bucarest, Andréas Cassulo, par laquelle il demande que l'encyclique contre le nazisme soit diffusée et faite connaître en Roumanie; en effet, des nouvelles de ce pays étaient parvenues à Rome sur le fait que le nazisme rencontrait un consensus diffus parmi la population allemande : «Je n'ai pas manqué de soumettre au S. Père l'important rapport de Votre Très Révérende Excellence no, 900 du 13 de ce mois, avec les documents joints. L'auguste Pontife [Pie XI] a ressenti une peine profonde en apprenant de l'exposé du député de Timisoara que la population allemande de Roumanie, y compris les catholiques, admire monsieur Hitler comme un héros malgré sa haine de l'Église, et en partage les doctrines nationales-socialistes condamnées par la récente Encyclique comme étant incompatibles avec la foi catholique [...]»(1)


    ... quelques jours après cette communication [à Bucarest], le Saint-Siège se trouve impliqué dans un incident diplomatique provoqué par les paroles d'un cardinal américain. Une agence de presse des États-Unis publie en effet à grand bruit le texte d'un discours prononcé le 18 mai 1937 par l'archevêque de Chicago, Georges William Mundelein, au cours d'une rencontre privée avec cinq cents prêtres de son diocèse. Parlant de la situation délicate en Allemagne, le cardinal avait critiqué la propagande nazie et prononcé des mots très durs contre le chancellier du Reich. «Vous me demanderez peut-être comment il est possible qu'une nation de soixante-six millions d'habitants, des hommes intelligents, veuille se soumettre à un étranger, à un tapissier autrichien, une nullité de surcroît, à ce que l'on me dit, et à quelques complices tels que Goebbels et Göring, qui décident de chaque mouvement du peuple allemand». Le cardinal en arrivait à supposer de manière polémique que soixante-six millions d'Allemands avaient été amputés de leurs cerveaux sans s'en apercevoir. (2)

    Le 28 mai, le ministre de la propagande Goebbels prononce en présence de vingt milles personnes un discours en réponse aux paroles de Mundelein, qui se transforme en une très dure attaque contre l'Église catholique. Il affirme que « les crimes contre nature sont désormais pratiqués en masse dans les couvents», il parle de « la décadence morale générale du clergé à une échelle si effrayante et scandaleuse qu'elle ne s'était jamais produite dans toute l'histoire de la culture de l'humanité». Mundelein est présenté comme une marionette des juifs américains et Goebbels promet que l'Église catholique en Allemagne disparaîtra dans la boue et la honte.

    (1) Illustration photographique de cette minute du cardinal Pacelli portant numéro 1585/31 reproduite dans Pio XII, Il papa degli ebrei, Casale, Monferrato, 2001
    (2) Martini, Angelo, «Pio XII e Hitler», La Civita Cattolica, 116 (1965)

    Source : idem, p. 304



    «Son Éminence [le cardinal Gerlier] m'a répété ce qu'elle m'avait déjà dit, à savoir que M. Franco lui a rapporté que, dans l'entretien qu'il a eu il y a plusieurs mois avec M. Hitler, celui-ci lui a assuré que le Saint-Père était son ennemi personnel »

    Le cardinal Pierre-Marie Gerlier, archevêque de Lyon, s'était rendu en Espagne du 9 au 18 juin, à l'occasion de la bénédiction à Madrid de l'église de Saint-Louis-des-Français, restaurée grâce à l'ambassade de France. Le 13 juin, il avait été reçu par le généralissime Franco et avait eu un long entretien avec ce dernier. La rencontre entre Hitler et Franco à laquelle la dépêche fait allusion avait eu lieu le 23 octobre 1940 - dépêche du 30 septembre 1941 du nonce apostolique en France, Valerio Valeri au cardinal Maglione, Actes et documents, vol 5, doc. 106
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Pour croiser avec Ian Kershaw :

... though, among fervents catholics, Hitler had never managed before the seizure of power to shake off the allegations that he was basically opposed to Christianity, elsewhere - and not least among significant sections of the protestant clergy - he undoubtedly had some success in cultivating the image of one who, while not devout in a conventionnal church-going sense, entertained a belief of God or ''Providence'' and would transcend denominational divides in working for moral and ethical renewal in Germany (p.107)

... far more remarkable than Goebbels swallowing the religious nimbus of the Führer which his own propaganda had helped to manufacture is the fact that even prominent churchmen - some of them hardly won over by to National socialism - appear to have convinced themselves that Hitler was deeply religious in character. No less a figure than cardinal Faulhaber himself, Archbishop of Freising and Munich, one of the dominant influence in the Catholic Church, and on numerous occasions an outspoken critic of the anti-church policies of the Nazi regime, wrote in a confidential report following a three hour private audience with Hitler on 4 november 1936 that he had been very impressed by him and convinced that he was a deeply religious person. ''The Reich Chancellor undoubtedly lives in belief of God'', wrote Faulhaber. (p.109)

... even leaving aside the nazified wing, there was generally far mor enthusiasm for nazism in the protestant church than among the catholic clergy ( p.110)

... in the case of the Catholic Church, were the ideological clash with the regime was more fundamental and the ''Church struggle'' a relentless war of attrition ( p.112)


Kershaw, Ian, The Hitler Myth, Oxford University Press, 1987



Bibliographie :

Rychlak, Ronald, Hitler, la guerre et le pape, Genesis Press, 2001
McInerny, Ralph, The Defamation of Pius XII, St Augustine'Press, 2000
Lapide, Pinchas, Last Three Popes and the Jews, Souvenir, 1967
Lichten, Joseph L., A Question of Judgment, 1963
Levai, Jeno, Hungarian Jewry and the Papacy : Pius XII Did Not Remain Silent, Sands, London, 1968
Gilbert, Martin (Sir), The Unsung Heroes of the Holocaust, ?

Guenther Lewy, The Catholic Church and Nazi Germany, 1964
Friedlander, Saul, Pie XII et le IIIe Reich, 1966
Cornwell, John, Hitler's Pope : The Secret History of Pius XII, Viking Books, 1999
Goldhagen, D, Jonah, A Moral Reckoning : the Role of the Catholic Church in the Holocaust and In Unfulfilled Duty, Knopf, 2002


[ Note : Livia RothKirchen, historienne renommée, spécialiste des juifs de Slovaquie à Yad Vashem - le mémorial et musée de l'Holocauste, à Jérusalem - écrivit une mémorable et décapante analyse du livre de Friedlander. Cf. David Dalin, p.32]


La meilleur de ces oeuvres, Hitler, the War, and the Pope, qui constitue l'étude la plus complète, la plus fouillée, la plus élégante produite à ce jour, réfute, point par point, de manière éclatante, chacune des allégations du livre de Cornwell (p.27)

... parmi ceux-ci, on trouve l'historien et diplomate israélien Pinchas Lapide, ancien consul d'Israël à Milan, qui avait pu parler avec de nombreux juifs italiens rescapés de la Shoah. Dans Three Popes and the Jews, publié en 1967 après de méticuleuses et exhaustives recherches, Lapide démontre de manière convaincante, «que le rôle de Pie XII a été déterminant pour sauver au minimum 700 000, si ce n'est 860 000 juifs, d'une mort certaine aux mains des nazis». Ce livre reste une référence, écrite par un chercheur juif, sur le sujet.

Joseph L. Lichten, le représentant à Rome de l'association juive contre l'antisémitisme (Anti-Defamation League) écrivit en 1963, une monographie qui eut beaucoup d'influence et fut souvent citée. Ce texte, intitulé A Question of Judgment réfutait les allégations fausses et malveillantes de la pièce de Rolf Hochhuth, Le Vicaire, et fixait pour la postérité la haute opinion qu'avaient de Pie XII les personnalités juives, pendant et après la Seconde guerre mondiale (p.33)

Jeno Levai, le grand historien juif hongrois, fut si exaspéré par les accusations de ''silence'' fait au pape qu'il écrivit Hungarian Jews and the Papacy publié en anglais en 1968, avec une introduction et une conclusion percutante de Robert M.W. Kempner, substitut du procureur américain à Nuremberg. En 1938, l'auteur avait pu voir Eugénio Pacelli, alors Secrétaire d'État au Vatican, lorsque ce dernier avait fait, à Budapest, une série de discours pénétrant contre le nazisme et le communisme. [...] malheureusement ignoré par la plupart des détracteurs du pape, son travail magistral,s'attachant à l'expérience des juifs en Hongrie, réfute toutes les principales charges élevées contre Pie XII. Il démontre à partir des archives de l'Église et de l'État hongrois, comment le nonce apostolique et les évêques sont intervenus, encore et encore, sur ordre du pape. «Grâce à ces directives en automne et en hiver 1944, il n'y avait pratiquement plus d'institutions catholiques à Budapest qui n'avaient servis de refuges à des juifs persécutés».

De plus, dans cet ouvrage, l'introduction et la conclusion de Robert M.W. Kempner, fort captivante, méritent en elles-mêmes l'attention. En sa qualité de magistrat au procès de Nuremberg, il n'hésite pas à assimiler les calomniateurs de Pie XII aux révisionnistes qui contestent la pleine réalité de la Shoah. :

Ces dernières années, il n'a pas manqué de tentatives invraisemblables ou malveillantes, pour éclipser ce fait historique ou en donner une interprétation malsaine [...] ce qui nous préoccupe ici, c'est une autre manière, délibérée ou à tout le moins irréfléchie, de procéder pour minimiser la culpabilité des vrais responsables. Il s'agit de faire porter la responsabilité de la Shoah, non pas à Hitler en tant que personnage central du système de liquidation, mais à Pie XII, et de propager, par l'écrit et au théâtre, une nouvelle théorie. Celle-ci soutient que Pie XII n'aurait jamais protesté énergiquement contre Hitler et sa «Solution finale du problème juif» et c'est ainsi que la catastrophe aurait prise les proportions que l'on sait. Mais l'hypothèse et la conclusion qui en découle sont toutes deux indéfendables. Les archives, aussi bien du Vatican et des autorités diocésaines que du ministère des affaires étrangères de Ribbentrop, contiennent toute une série de protestations, directes ou indirectes, publiques ou par voie diplomatiques, secrètes ou affichées.

J'ai moi-même une connaissance approfondie du rôle considérable joué par l'Église catholique dans la lutte contre la «Solution finale» en Hongrie et je l'ai toujours souligné, entre autre dans mon livre Eichmann and His accomplices. Ni la pièce de Rolf Hochhuth ni les ouvrages de Guenther Lewy et Saul Friedländer ne fournissent de raisons valables de changer de point de vue. Les documents de l'Église, publiés pour la première fois dans le présent livre par Levai renforcent l'opinion favorable que j'ai de l'attitude du Vatican à l'époque, et du pape Pie XII pour lequel j'ai la plus grande estime et ce depuis mon séjour à Berlin. ( intro. de Kempner, p. 34)


Richard Breitman, le seul historien autorisé à étudier les dossiers classés secrets de l'espionage américain pendant la Seconde guerre mondiale, fait observer que certains de ces documents démontrent à quel point Hitler se méfiait du Saint-Siège parce qu'il cachait des juifs. Il existe de nombreuses traces d'échanges entre des nazis qui partageaient l'opinion de Reinhard Heydrich, un dirigeant nazi haut placé, quand il disait à ses subordonnés à la fin du printemps 1943 : « Nous ne devons pas oublier qu'au bout du compte, le pape, à Rome, est un ennemi du National-Socialisme, plus dangereux que Churchill ou Roosevelt» (p.36)

Martin Gilbert [ biographe officiel de Churchill; lui-même d'origine juive] explique comment Pie XII fut l'un des premiers à condamner publiquement les atrocités des nazis [...] Dans son livre, il raconte les exploits de catholiques extraordinnaires qui, sous la direction de Pie XII, au péril de leur vie et de leur église, sauvèrent des juifs à travers toute l'Europe occupée. Dans l'ensemble, Gilbert estime que jusqu'à un demi million de juifs furent sauvés par les différentes Églises chrétienne et dans la plupart des cas, par le clergé et les laïcs de l'Église catholique, religion majoritaire dans les pays occupés. Quand on lui demanda, dans un récent entretien, s'il était d'accord avec l'estimation, publiée par le Vatican en 1998, selon laquelle Pie XII serait directement intervenu personnellement ou par ses représentants, pour sauver des centaines de milliers de juifs, Gilbert répondit : « Oui [...] des centaines de milliers de juifs ont été sauvés par l'Église catholique, sous la conduite et avec le soutien du pape Pie XII. À mon avis, cette estimation est absolument exact » ( an interview with Sir Martin Gilbert, Inside the Vatican, août 2003; Cf. Doino, William, «Stories of the Righteous : Jews, Catholics and the Holocaust) [ainsi] Beaucoup auront entendu parler de Raoul Wallenberg, le jeune diplomate suédois dont il est reconnu qu'il sauva des dizaines de milliers de juifs, à Budapest, pendant la Guerre, et de Mgr Angelo Rotta, l'héroïque ambassadeur du Vatican en Hongrie. D'autres prêtres catholiques impliqués dans le sauvetage de juifs, comme le cardinal Pietro Palazzini, ont été de même honorés par Israël.


Source : David Dalin, Pie XII et les juifs. Le mythe du pape d'Hitler, Tempora, New-York, 2005


Deux petits documents ramenés au jour récemment :

Pacelli exprima aussi ses opinions franchement anti-nazies au cours de conversations privées avec deux diplomates américain en 1937 et 1939. Alfred W Klieforth, consul général des États-Unis à Berlin, décrit une rencontre mémorable de trois heures avec le futur pape, en 1937, durant laquelle il s'avéra que ce dernier considérait Hitler non seulement comme un scélérat malhonnête, mais aussi comme quelqu'un de fondamentalement pervers. Dans un rapport officiel qu'il envoya plus tard au Département d'État américain, au sujet de cette rencontre, Klieforth notait encore que le cardinal ne croyait pas Hitler capable de modération, malgré les apparences. et qu'il était définitivement opposé à toute forme de compromis avec le national-socialisme.

Pacelli était ami avec Joseph P. Kennedy. Dans un entretien privé au Vatican en avril 1938, alors que ce dernier exerçait les fonctions d'ambassadeur des États-Unis en Angleterre, Pacelli lui donna un exemplaire d'un mémorandum confidentiel qu'il avait écrit. Dans ce document, il expliquait en détail pourquoi il était opposé au national-socialisme (l'une des raisons étant que cette doctrine portait atteinte au principe fondamental de liberté religieuse). Ce mémorandum était, en majeur partie, consacré à dénoncer les évêques autrichiens qui avaient publié une déclaration favorable à l'occupation de l'Autriche par les nazis. Pacelli pensait que les prélats avaient subis des pressions, et il confia à Kennedy combien l'Église se sentait parfois impuissante et isolée dans son combat quotidien contre toutes sortes d'extrémismes politique [...] Pacelli ajouta que «les preuves de bonne foi de la part du régime nazi était totalement inexistantes» et «qu'il était hors de question d'envisager la possibilité d'un accord ou d'un compromis politique avec ces individus ».

La rencontre de trois heures avec Pacelli, ainsi que les positions anti-nazies de Pacelli, sont décrites dans un rapport du Département d'État établi par Klieforth en 1939 et présentées dans des exposés donnés en 2003 à la Harvard University par Jay Pierrepont Moffat, qui dirigeait les Affaires européennes au Département d'État. Le rapport de Klieforth est discuté dans Frances d'Émilio, «Researcher : Wartime pope's anti-nazi stand was strong in private contacts, Associated Press, 21 août 2003; et dans Laurie Goodstein, «New Look at Pius XII 's View of nazis», New York Times, 31 août 2003 ( D. Dalin, p.104)



DES ACTIONS DE PIE XII DURANT LA GUERRE

... il existe de nombreux témoignages , de première main, attestant des ordres explicites de Pie XII, notamment celui de Mgr John Patrick Carroll-Abbing [...] sur les instructions formelles de Pie XII, offrit le gîte et le couvert à des juifs pendant l'occupation de Rome. Il publia deux essais, A Chance to Live en 1952 et But for the grace of God, en 1965, où il décrit avec force détails la lutte de Pie XII pour secourir les juifs, lutte dans laquelle lui-même était directement impliqué. Dans une interview remarquable, donnée au magazine Inside the Vatican (aoüt/septembre 2001), Mgr Carroll-Abbing relate comment le pape lui ordonna expressément de sauver des juifs. Évoquant l'idée selon laquelle lui-même aurait agi, ainsi que d'autres comme lui, malgré le silence du pape, il affirme que «c'est un mensonge flagrant ! J'ai souvent parlé avec le pape Pie XII pendant la guerre, personnellement, et face à face, et ce n'est pas une fois mais plusieurs fois qu'il m'a dit de prêter assistance aux juifs. J'atteste que c'est le pape lui-même qui m'a donné oralement, face à face, l'ordre explicite de secourir les juifs».

Dans d'autres pays aussi, le pape ordonna au clergé catholique d'aider les juifs menacés par les nazis. Le témoignage personnel de Tibor Baranski, qui a reçu de Yad Vashem le titre de «Juste des Nations» pour ses actions secourables, est particulièrement convaincant [...] En 1980, le Président Carter le nomma au U.S. Holocaust Memorial Concil. «J'agissais vraiment selon les ordres du pape Pie XII», témoigna-t-il récemment. «Je faisais ce travail pour le compte de l'ambassade pontificale»

En France aussi, des catholiques ont risqué leur vie pour sauver et protéger des juifs. Dans son volumineux ouvrage Résistance chrétienne à l'antisémitisme le jésuite français Henri de Lubac, prêtre et théologien, et grand défenseur de Pie XII, rend compte de ses efforts pour porter aide et secours aux juifs de la France de Vichy. Même une calomniatrice aussi véhémente que Susan Zuccotti, couvre d'éloges le Père de Lubac, pour ses actions en faveur des juifs français, dans son ouvrage The Holocauste, the French and the Jews. Ces actions, comme Lubac l'explique clairement dans son ouvrage, furent directement suggérées par Pie XII.

... le sauvetage des juifs par le Père Pierre-Marie Benoit (activité pour laquelle il allait, plus tard, être honoré, par Yad Vashem, du titre de «Juste des Nations») fut accompli avec l'aide inconditionnel du pape, au plan moral et au plan financier. Le 16 juillet 1943, Benoit avait rencontré Pie XII [...] En 1976, Benoit réitera publiquement son éloge de Pie XII, à l'occasion du centenaire de sa naissance. Et il insista particulièrement sur l'aide financière que le pape lui avait directement fournie pour ses opérations de sauvetages. Dans son livre L'incroyable mission du Père Benoit, Fernande Leboucher (assistante et collaboratrice du Père Benoit dans ses activités de sauvetage) souligne qu'ils recevaient bien de l'aide directement de Pie XII « ... le Vatican a offert de fournir tous les fonds, quels qu'ils soient, dont le Père Benoit pourrait avoir besoin pour son activité. On estime à environ quatre millions de dollars les sommes ainsi transférées du Vatican à l'oeuvre de sauvetage de Benoit. Et ces fonds provenaient pour la plupart de l'American Catholic Refugees Comittee, organisme catholique officiel de collecte et de distribution dont les fonds était mis à la disposition de Pie XII. (p. 138)

Source : David Dalin (Le rabbin) - spécialiste de l'histoire juive américaine et des relations juives et chrétiennes, professeur d'Histoire et de Science-Politique à Ave Maria University, auteur de plusieurs livres dont Religion and State in the American Jewish experience.
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Cgs
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

Message non lu par Cgs »

Merci Cinci pour ces éléments ! De mon côté, j'ai continué la lecture du livre de P. Blet sj, et ai découvert à quel point le Vatican s'est démené pour lutter contre les régimes totalitaires, avec mesure et prudence.

Bien à vous,
Cgs
Mes propos qui apparaissent en vert comme ceci indiquent que j'agis au nom de la modération du forum.
Cinci
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

Message non lu par Cinci »

Cgs,

Oui, et puis j'espère toujours que vous viendrai nous ramener quelques éléments intéressants trouvés chez Pierre Blet. J'aimerais bien examiné de visu l'ouvrage de Jeno Levai, entre autres. Le propos de Kempner ... qui fut magistrat lors du procès de Nuremberg ... mouais ... mouais, mouais ... comme le genre de détails qui font mal à ''son'' Hochhuth. À vrai dire, les détails s'empilent quand on regarde ça de plus près. Éventuellement, il y a les propos d'Annie Lacroix-Riz qui seront aussi à examiner. Les accusations qui sont lancées de son côté seraient d'une autre nature, je croirais. Elle ne se bornerait pas à l'accusation de ''silence'' autant qu'à une accusation touchant des actions politiques, des sympathies avec des individus louches. En attendant, il me frappe la quantité impressionnante de défenseurs juifs dont le pape Pie XII semble bien pouvoir bénéficier. La thèse d'un Pie XII pro-nazi semble définitivement avoir plus que du plomb dans l'aile. C'est vraiment surprenant tout ce décalage d'avec l'image confusément charriée aujourd'hui et dans la culture ''at large'' (cinéma, livre, revue, etc.)
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lmx
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

Message non lu par lmx »

Annie Lacroix-Riz n'est pas historienne mais idéologue communiste, ce qu'elle écrit n'a pas beaucoup d'importance à part pour les nostalgiques de Staline.

A nouveau nos "libres" médias aux mains du grand capital se livrent au bourrage de crâne anticommuniste et antisoviétique. sous le titre "Staline, le tyran rouge", M6 se prépare, si l'on se fie aux bandes annonces et au titre de l'émission, à livrer un document où l'exagération, la caricature, le manichéisme et l'ignorance délibérée du contexte historique sont bien partis pour l'emporter sur le débat scientifique. Bien entendu l'inévitable procureur Nicolas Werth, spécialisé dans l'anticommunisme avec son maître Courtois, servira de caution universitaire à l'entreprise. Bien entendu, pour dénoncer le "totalitarisme rouge", il n'y aura qu'un seul point de vue représenté... et aucun contradicteur, vive le "pluralisme"! Bien entendu, l'URSS, qui nous a délivrés du nazisme au prix d'immenses sacrifices, et qui pendant 70 ans a permis au camp du travail de tenir tête au capital sur la scène mondiale, sera de nouveau diabolisée... Le CISC réagira à cette émission après l'avoir dûment visionnée car qui sait, comme il se doit et si l'émission comporte par extraordinaire des aspects instructifs, nous le signalerons objectivement. Nous proposons aux visiteurs de ce site de nous faire part de leurs réactions, nous les transmettrons éventuellement à la direction de la chaîne et au CSA avec nos propres commentaires en réclamant qu'une véritable émission historique, donnant également la parole aux amis de la Révolution d'Octobre, soit enfin organisée sur les grandes chaînes audiovisuelles nationales. Nous ne réclamons aucune idéalisation du passé soviétique, seulement une approche objective, tenant compte de tous les faits, du contexte, ne grossissant pas démesurément les faits de répression tout en ignorant les apports indéniables de l'URSS à la défense de la paix, à la cause du socialisme, du progrès social, de l'antifascisme et de l'émancipation sociale et nationale dans le monde.
http://www.northstarcompass.org/french/ ... nrouge.htm

c'est ce qu'on appelle une historienne :clap:
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

Message non lu par Cinci »

Pour faire le point jusqu'à maintenant :

Il y a de nombreuses lettres de Pie XII sans compter les encycliques, la quantité assez impressionnante de témoins, chercheurs et officiels juifs également, et puis qui vont tous se porter à la défense de l'activité du pape tant avant que pendant la Deuxième Guerre mondiale. On se rend compte que Eugénio Pacelli se sera soucié de la montée du nazisme depuis le tout début, à partir du début des années 1922-23. On apprend que l'Église catholique avait ni plus ni moins qu'interdit en conscience aux catholiques d'Allemagne de voter pour le national-socialisme depuis 1930 et donc pour l'élection de 1933 aussi. Que les rapports furent plutôt tendus entre la hiérarchie catholique et le parti nazi de 1933 jusqu'à l'élection de Pie XII. Que les évêques en Allemagne avait déjà condamné l'idéologie nazi avant 1933, et auront reconduite la chose à nouveau via les deux lettres encycliques de 1937 et 1939. L'Église catholique (de Rome certainement) condamnait les violations du droit et ainsi que l'idolâtrie de l'État et le racisme carrément. Les chefs nazis considéraient l'Église catholique comme devant être une force d'opposition pour eux, ce qui explique très bien ce qui advint de la situation de cette même Église en Pologne occupée. Pie XII était parfaitement au fait de la situation. En un mot, on imagine assez mal comment lui-même aurait pu être un bon ami du Fürher d'Allemagne, si c'est pour tenir compte de l'ensemble du dossier. Le pape Pie XII n'aura jamais fait l'honneur de rendre une seule visite en personne au dictateur du Reich, et lors de sa propre élection à la chaire de Pierre en 1939 : il se sera bien trouvé qu'un seul pays en Europe à n'avoir pas délégué de représentants sur place et ce fut l'Allemagne hitlérienne. La thèse d'un Pie XII complice du Führer semble plutôt difficile à défendre. On se demande comment il aurait pu travailler en faveur du parti nazi avec toutes ses prises de positions publiques défavorables à Hitler, voire à l'inverse les nationaux-socialistes pouvoir accepter un collaborateur pareil (!) Les rapports au quotidien entre l'Église et les officiels du régime sous le nazisme consistait surtout en ce que Ian Kershaw pouvait nommer comme une longue guerre d'attrition, la guerre d'usure ou une guerre des tranchées. Toutefois, il se sera bien trouvé des catholiques allemands, et qui, eux, auront tout de même trouvé du charme au régime, qui auront certainement pu trouver séduisant le chant des sirènes pendant un bon moment.

Mais voici quand même ce que disait Albert Einstein en 1940 et dans la revue Times :

  • ... lorsque la révolution nazie survint en Allemagne, c'est sur les universités que je comptais pour défendre la liberté, dont j'étais moi-même un amoureux, car je savais qu'elles avaient toujours mis en avant leur attachement à la cause de la vérité; mais non, les universités furent immédiatement réduites au silence. Alors, je me tournai vers les grands éditeurs de journaux, dont les éditoriaux enflammés des jours passés avaient proclamés leur amour de la liberté; mais eux aussi, en quelques courtes semaines et comme les universités, furent réduits au silence. Dans la campagne entreprise par Hitler pour faire disparaître la vérité, seule l'Église catholique se tenait carrément en travers du chemin. Je ne m'étais jamais spécialement intéressé à l'Église auparavant, mais maintenant je ressens pour elle grande affection et admiration, parce qu'elle seule a eu le courage et la persévérance de se poser en défenseur de la vérité intellectuelle et de la liberté morale. Je suis donc bien forcé d'avouer que, maintenant, c'est sans réserve que je fais maintenant l'éloge de ce que autrefois je dédaignais ( Times, 23 décembre, p.38)
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Moshé Sharett, qui allait devenir le premier ministre des affaires étrangères et le deuxième premier ministre d'Israël, réaffirmera ces sentiments de gratitude au cours de sa rencontre avec Pie XII, dans les derniers jours de la guerre : «Je lui ai dit que mon premier devoir était de le remercier, et à travers lui l'Église catholique, de la part des juifs, pour tout ce qu'ils avaient fait, dans divers pays, pour sauver nos coreligionnaires. Nous sommes profondément reconnaissants envers l'Église catholique » (Lapide)

De même encore, en 1945, le Grand Rabbin d'Israël, Isaac Herzog, envoya à Mgr Roncalli [futur Jean XXIII], un message où il exprimait sa gratitude pour les actions entreprises par le pape Pie XII, en faveur du peuple juif. «Le peuple d'Israël», écrivait le rabbin, «n'oubliera jamais ce que Sa Sainteté et ses illustres représentants, inspirés par les principes éternels de la religion, qui forment le fondement même de la vraie civilisation, font pour nos infortunés frères et soeurs dans l'heure la plus tragique de notre histoire, constituant ainsi une preuve vivante de la Divine Providence en ce monde» ( Cavalli «The Good Samaritain : Jewish Praise for the Pope Pius XII», p.75)

... le 26 mai 1955, l'orchestre philarmonique d'Israël se déplaçait à Rome pour interpréter la septième symphonie de Beethoven, lors d'un concert exceptionnel, dans la salle du Consistoire du Vatican, et exprimait ainsi la profonde gratitude de l'État d'Israël pour l'aide apportée au peuple juif par le pape et l'Église catholique. La raison d'État interdisait à l'orchestre philarmonique d'Israël de jouer des morceaux de Richard Wagner, le musicien du XIXe siècle, à cause de son antisémitisme et du fait qu'il était le compositeur préféré d'Hitler [...] l'interdiction imposée par l'État d'Israël ne fut jamais levée. Dans les années 1950 et 60, une part non-négligeable de la population isrélienne, qui comprenait entre autre des centaines de milliers de rescapés des camps de concentration et d'extermination nazis, considérait toujours les oeuvres de cet auteur, même jusqu'à son nom, comme des symboles du régime hitlérien. Il est donc inimaginable que le gouvernement israélien ait payé un voyage à Rome à l'orchestre tout entier pour aller donner un concert spécial en hommage à un chef de l'Église si celui-ci avait pu être considéré comme le pape d'Hitler.

EN CONTRASTE

«C'est sous forme de propagande communiste à l'encontre de ce pape résolument anti-communiste qu'ont commencé les accusations grandiloquentes contre l'attitude du pape pendant la guerre [...] la campagne de diffamation a resurgi de manière violente après la première à Berlin, en 1963, de la pièce Le Vicaire, de Rolf Hochhuth, jeune écrivain allemand de gauche et ancien membre des jeunesses hitlériennes. L'auteur y accuse calomnieusement Eugénio Pacelli d'avoir collaboré avec les nazis [...] C'était il y a quarante ans, alors pourquoi y accorder toujours de l'importance ? Tout d'abord, parce que nous avons un devoir vis à vis la vérité. Ensuite parce que dans le combat culturel, la bataille touchant à la réputation de Pie XII est l'une des plus importantes, historiquement parlant. Une classe d'intellectuels de plus en plus gauchissant cherche à dénigrer, non seulement le catholicisme traditionnel, mais le christianisme en général et même le judaïsme. Ce n'est pas un hasard si certains des agresseurs les plus farouches, comme James Caroll, l'auteur de Constantine's Sword, et Gary Wills, l'auteur de Papal Sin critiquent ouvertement , de la même manière, le défunt pape Jean-Paul II. Les catholiques progressistes utilisent purement et simplement la Shoah comme une énorme matraque contre les catholiques traditionnels, en cognant sur la papauté pour, ainsi, mettre en pièce l'enseignement catholique traditionnel. Cela concerne tout particulièrement des sujets comme la sexualité, l'avortement, la contraception, la chasteté ou le rôle des femmes dans l'Église. Que ce soient d'anciens séminaristes comme Gary Wills et John Cornwall ( auteur de Hitler's Pope), ou des prêtres défroqués comme James Caroll , ou quelque autre catholique renégat ou progressiste en colère, tous exploitent cette tragédie qu'est la Shoah, dans leurs polémiques dirigées contre le pape, afin de promouvoir leur propre programme de changements pour l'Église d'aujourd'hui.

Il faut condamner un tel détournement de la Shoah et rétablir la vérité sur Pie XII. Vérité que les médias du courant majoritaire se sont contentés d'ignorer alors qu'ils contribuaient à la promotion des succès de librairie qui exploitent cette histoire falsifiée. La controverse sur Pie XII est typique de cette lutte du progressisme contre la tradition., qu'il faut bien reconnaître pour ce qu'elle est, c'est à dire une agression contre l'Église catholique, en tant qu'institution, et contre la religion traditionnelle.

Les livres et articles présentant de telles attaques sont devenues le fond de commerce des médias du courant majoritaire. On trouve par exemple dans le numéro du 21 janvier 2002 de la revue New Republic, un essai de Daniel Jonah Goldhagen, intitulé «Qu'aurait fait Jésus ?» , qui constitue l'un des plus odieux pamphlet contre l'Église catholique (et en particulier contre Pie XII) jamais paru dans les principales publications américaines. Le New Republic consacre, fait sans précédent, vingt-quatre pages à cette diatribe anti-catholique de Goldhagen, et en fait sa page couverture.

À l'automne 2002, Goldhagen développa son article en un livre qui attaque l'Église catholique à longueur de pages, A Moral Reckoning : The Role of the Catholic Church in the Holocaust and its Unfulfiled Duty of Repair. Goldhagen s'acharne sur Pie XII, présenté comme le symbole de la malfaisance catholique; il répète à peu près toutes les accusations portées contre le pape, même celles qui ont été le plus démenties. Mais, tandis qu'il le condamne comme antisémite et collaborateur de l'Allemagne nazie, sa diatribe anticatholique ne se limite pas à ce seul pontife. De plus, Goldhagen identifie le christianisme lui-même avec l'antisémitisme. Il déclare que la responsabilité du déchainement de haine le plus violent de tous les temps , et dans tout l'Occident, revient principalement au christianisme. Et, plus spécifiquement encore, à l'Église catholique. Il ignore ainsi, opportunément, l'antisémitisme de la Russie soviétique athée et le fait que les nazis qui ont perpétré la Shoah étaient autant anti-chrétiens qu'anti-sémites. Pour lui, comme pour Caroll et d'autres semblables détracteurs, l'antisémitisme étant une valeur qui est au coeur du catholicisme, elle est au coeur de l'antisémitisme européen. En fait, Goldhagen rejette le Nouveau Testament [...] Le livre de Goldhagen s'est taillé une place de choix durable dans la nomenclature des oeuvres anti-catholiques, à côté du livre alarmiste de Paul Blanshard, paru en 1949, American Freedom and Catholic Power. Cette oeuvre, souvent réimprimée, constitue une matière première pour les Évangéliques non-catholiques. Goldhagen est devenu l'un des nombreux produits de base pour les laïcs de gauche qui haïssent le catholicisme à cause de l'opposition de l'Église à l'avortement, aux droits des homosexuels, à l'ordinnation des femmes et à tous les autres thèmes de la libéralisation. La demande de Goldhagen , qui réclame l'abolition de l'Église catholique d'aujourd'hui, la qualifiant d'ignominie et de danger pour le monde, devrait alerter tous les gens de foi sur la haine qui consume le coeur de certains laïcs désireux d'anéantir la religion traditionnelle. Mais que des médias du courant dominant comme l'éditeur Knopf et le magazine New Republic aient pu le publier, c'est un scandale intellectuel et déontologique.

Mais on comprend le pourquoi de ce scandale grâce au mythe du pape d'Hitler que les médias progressistes dominants ont été si empressés à faire passer pour la vérité. Quand le livre de Cornwell, Hitler's Pope, fut publié en 1999, il fit sensation et devint un succès de librairie dans le monde entier. Cornwell y dénonce le pape Pie XII comme l'homme d'Église le plus dangereux de toute l'histoire moderne et sans lequel Hitler n'aurait sans doute jamais pu imposer la Shoah. L'ouvrage incitait les lecteurs à croire qu'avant d'endosser la charge de pape, le cardinal Pacelli avait été un fervent partisan de Hitler. Alors, qu'en fait, il fut parmi ceux qui critiquèrent Hitler le plus tôt et le plus régulièrement ».

Source : David Dalin (Le rabbin), Pie XII et les juifs, pp. 20-26


Avec Dalin, on a le point de vue d'un auteur juif américain. C'est fascinant. Mais un auteur juif de tendance traditionnelle ou orthodoxe, non pas de tendance libérale ou gauchiste. Dans son livre l'on signale aussi que l'Église catholique avait condamné l'antisémitisme dès 1916, chose qui explique pourquoi le cardinal Faulhaber avait condamné les persécutions contre les juifs en 1924 (Cf. lettre de Pacelli quand il était nonce à Munich). En 1916, le futur pape Pie XI était alors visiteur apostolique en Pologne et il venait de se produire là-bas des pogroms contre les juifs. Or, l'évêque Achille Ratti (futur Pie XI) avait demandé explicitement au pape Benoit XV de se prononcer clairement pour condamner la chose, ce que Benoit XV n'aura pas manqué de faire¹. Dalin soulignera qu'en 1916, déjà, le jeune Eugénio Pacelli n'avait pas été étranger non plus à la rédaction de la réponse de Benoit XV. Il va même plus loin, en soulignant aussi que le pape Léon XIII s'était déjà exprimé publiquement lors de la célèbre affaire Dreyfuss et pour soutenir le capitaine Alfred Dreyfuss, une chose que peu de gens connaît de nos jours. Il consacre tout un chapitre dans son livre pour illustrer ce qu'aura été une longue tradition des papes en Europe et alors de défense (protection) de la minorité juive. On obtient un éclairage d'arrière-fond permettant de se rendre compte dans quelle sorte de tradition un Pie XII se situait dans ses rapports avec le peuple juif. Il mentionnera bien encore au passage la célèbre déclaration de Pie XI du 6 septembre 1938 et soit peu de temps avant sa mort : «Je ne peux m'empêcher d'être profondément ému. L'antisémitisme n'est pas compatible avec la pensée et la sublime réalité exprimée dans ce texte. C'est un mouvement de haine, un mouvement auquel, en tant que chrétiens, nous ne pouvons pas prendre part. L'antisémitisme est inacceptable; spirituellement, nous sommes tous des sémites ».

«En 1939, Jacques Maritain, le philosophe catholique sans doute le plus influent de l'époque, rendant hommage à Pie XI [...] écrivait : «Spirituellement, nous somme tous des sémites. Aucune parole plus forte n'a jamais été prononcée par un chrétien contre l'antisémitisme, et ce chrétien était le successeur de l'apôtre Pierre». («The Pagan Empire and the Power of God», Virginia Quarterly Review, 1939, p.161)»

___

¹ La condamnation de l'antisémitisme par Benoit XV fut publiée dans le New York Times, le 17 avril 1916, sous le titre :«Une Bulle du pape préconise l'égalité pour les juifs». Elle fut reprise dans La Civita Cattolica, le 28 avril 1916, et dans le Tablet (de Londres), le lendemain.
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Re: Pie XII - Des milliers de Juifs sauvés...

Message non lu par Cinci »

Un bon copain de Pie XII :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bruno_Walter

Le fameux chef d'orchestre d'origine juive se sera converti au christianisme et tout comme le grand musicien et compositeur Gustav Mahler d'ailleurs. C'est l'époque aussi où le cardinal Pacelli est nonce apostolique à Munich (1917-1924)

http://www.youtube.com/watch?v=IrFVVUcS ... re=related

En 1938, au moment même où le premier ministre britannique Neville Chamberlain tentait d'apaiser Hitler à Munich, Pie XI apparut comme l'une des rares autorités en Europe à explicitement condamner l'antisémitisme. En mars 1938, il dissoudra l'association des Amis d'Israël, une organisation catholique qui depuis de nombreuses années s'efforçait de convertir les juifs et qui avait commencé à publier des brochures manifestants des sentiments antisémites de haine envers le peuple juif. On peut lire dans le décret pontifical de dissolution : «Parce qu'il réprouve toutes les haines et animosités entre les peuples, le siège apostolique condamne au plus haut point la haine contre le peuple autrefois choisi de Dieu, cette haine qu'aujourd'hui on a coutume de désigner sous le nom d'antisémitisme». Plus tard, en ce même printemps 1938, Pie XI fut extrêmement en colère quand, à l'occasion de l'entrée triomphale de Hitler à Vienne, lors de l'Anschluss, l'archevêque d'Autriche, le cardinal Théodore Innitzer, fit sonner les cloches des églises de la ville et fit flotter le drapeau nazi. Le pape réagit en convoquant Innitzer à Rome pour le fustiger, et il fit en sorte que l'affaire soit signalée aux États-Unis, par les canaux diplomatiques, afin que les gouvernements du monde sachent quelle était la position du Vatican vis à vis de l'Allemagne hitlérienne. ( Phayer, Michael, The Catholic Church and the Holocaust 1930-1965, Indiana University Press, 2000, p.2)

La photo de Pie XI fit la couverture du numéro de février 1939 du National Jewish Monthly, périodique juif américain de premier plan publié par le B'nai B'rith. Le magazine lui consacrait l'éditorial et louait sa courageuse opposition au fascisme et à l'antisémitisme. «Quelles que soient leurs croyances religieuses personnelles», écrivait les éditorialistes, «les hommes et les femmes qui, partout, croient à la démocratie et aux droits de l'homme saluent la position ferme et inflexible du pape Pie XI contre la brutalité fasciste, le paganisme et les théories raciales». Le texte citait aussi une déclaration de Bernard J, Sheil, évêque de Chicago : «Je suis fier que la voix du pape Pie XI soit la première au monde à s'être élevée, au plan international, pour condamner sévèrement l'horrible iniquité perpétrée contre le peuple juif par un despotisme brutal. Je suis fier et heureux d'unir ma faible voix à la voix puissante de cet illustre pontife pour dénoncer ces dictatures impitoyables qui lacèrent du fouet cinglant de la persécution le dos sans défense des enfants de Dieu, et cela quelles que soient leur race, leur religion ou leur nationalité».

[...]

Aussi incroyable que cela puisse paraître, l'amitié entre Pacelli et Bruno Walter n'est jamais rapportée par les détracteurs de Pie XII, ni même par les défenseurs, qui négligent cette partie importante de sa vie. Pourtant, dans ses mémoires intitulées Theme of Variations, Bruno Walter révèle comment Pacelli contribua à faire libérer son ami juif, également musicien, Ossip Gabrilovitch, qui avait été emprisonné à tort au cours d'un pogrom antisémite en Bavière. ( Walter, Bruno, Them and Variations : An Autobiography, Knopf, New-York, 1966, p. 221)

Joseph Wirth, membre dirigeant du Parti Centriste catholique allemand, ancien ministre des affaires étrangères devint chancellier du nouveau gouvernement de Weimar en mai 1921[...] Pacelli confia au chancellier Wirth en 1922, qu'un prêtre lui avait parlé d'un complot contre Rathenau. Ami et biographe de ce dernier, le comte Harry Kessler reçut de Wirth ce compte-rendu de sa conversation avec le nonce :

  • Pacelli me fit savoir, simplement et sobrement, en quelques phrases, que la vie de Rathenau était en danger. Je ne pouvais pas lui poser de questions : l'entretien avait lieu en grand secret [...] puis l'on fit venir Rathenau lui-même. Je le suppliai de cesser de refuser une protection policière accrue [...] mais il refusa obstinément [...] avec un calme comme je n'en ai jamais vu de ma vie, il vint jusqu'à moi, et mettant ses mains sur mes épaules, me dit : «Cher ami, il n'y a pas de problème. Qui voudrait me faire du mal ?»


La réponse arriva le 24 juin quand, ayant refusé une escorte de police, il fut abattu d'une rafale de coups de feu rapides, tirés à bout portant par l'assassin qui s'était arrêté à côté de sa limousine décapotée. (Kessler, Harry, Walter Rathenau, His Life and Work, Oxford University Press, New-York, 1944, 362)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Walther_Rathenau

Ces calomniateurs [de Pie XII] ont tout autant oublié Cyrus Adler, cette grand personnalité juive américaine [...] pendant près de 50 ans, ce personnage occupa une place unique dans les milieux officiels de la société juive des États-Unis, exerçant les fonctions de président de l'American Jewish Historical Society, le Jewish Theological Seminary, et d'autres institutions juives de premier plan. Lors d'une visite à Rome en 1917, Adler fut reçu par le futur nonce dont l'immense érudition et la grande expérience l'impressionnèrent. C'était la première fois que Pacelli dans son rôle de diplomate du Vatican recevait un grand officiel juif américain, et l'entrevue fut extrêmement fructueuse. Adler le remercia pour la déclaration du Vatican [en 1916] qui condamnait l'antisémitisme. Pacelli, disait-il, était comme lui opposé à la persécution et la discrimination religieuse. Ainsi qu'il le raconte dans ses mémoires, Pacelli et lui oeuvraient pour les mêmes causes, la liberté religieuse et les droits civils pour toutes les minorités religieuses, qu'elles soient catholiques ou juives. le dialogue entre les deux hommes, qui avait commencé pendant la Première Guerre mondiale, allait se poursuivre au cours des années suivantes. En 1936, lorsque Pacelli (alors Secrétaire d'État du Vatican) effectua une visite aux États-Unis, il allait de nouveau rencontrer Adler, et aussi, en privé, deux autres personnalités juives, le juge Joseph Proskauer et Lewis S. Straus, pour discuter de sujets d'intérêts communs aux juifs et aux chrétiens.

Le sommet de la visite fut un entretien privé avec le Président Franklin Roosevelt dans sa résidence de Hyde Park, le 6 novembre 1936, deux jours après sa réelection pour un second mandat. [...] Mais plus important encore aux yeux des juifs du pays, ce fut le rôle que Pacelli joua, en sous-main, pour réduire au silence le célèbre prêtre radiophonique, antisémite, le Père Charles Coughlin, après que le sujet ait été abordé dans l'entretien avec le Président Roosevelt. [...] Ce premier objectif poursuivi par Roosevelt, et qui était de faire taire le Père Coughlin, fut immédiatement atteint. Bien que Pacelli n'ait jamais révélé ce qu'il avait dit à son confrère prêtre, le Père Coughlin annonça, le 8 novembre, qu'il faisait sa dernière émission

http://en.wikipedia.org/wiki/Charles_Coughlin

MAIS ENCORE :

... sur les quarante-quatre discours prononcés par le nonce en Allemagne, entre 1917 et 1929, quarante dénonçaient l'un ou l'autre aspect de l'idéologie nazie émergente.

Le 4 avril 1933, le cardinal Pacelli, alors Secrétaire d'État, demanda au nonce à Berlin de donner un avertissement au régime hitlérien au sujet des persécutions des juifs d'Allemagne. La lettre de Pacelli fut envoyée en réponse aux appels de personnalités juives . Ces personnes, écrit Pacelli, ont fait appel au Saint Père pour qu'il intervienne contre le danger de débordements antisémites en Allemagne [...] le Saint Père demande à votre Excellence [Mgr Cesare Orsenigo, nonce à Berlin] de s'impliquer activement en faveur des juifs d'Allemagne. Le Père Robert Lieber, qui fut l'assistant de Pacelli avant et après son élection à la papauté, écrivait en 1962, un article sur le contexte de Mit Brennender Sorge (l'encyclique anti-nazie de Pie XI, publiée en 1937, à laquelle Pacelli avait contribué). «Il est significatif, écrit-il, que la première initiative du Saint-Siège vis à vis du gouvernement de Berlin concerne les juifs. Dès le 4 avril 1933, dix jours après la Loi d'habilitation, le nonce apostolique à Berlin [Orsenigo] recevait , de Pie XI et du cardinal Pacelli, l'ordre d'intervenir en faveur des juifs, auprès du gouvernement du Reich, et de signaler tous les dangers que comporte une politique antisémite» ( Lieber, Robert, «Mit Brenneder Sorge : marz 1937 -marz 1962 » Stimmen der Zeit [le journal Voice of the Times, publié en Allemagne], mars 1962, p. 420 ) Des sceptiques ont, par le passé, mis en doute le témoignage de Lieber parce qu'il était ami et proche de Pacelli, mais on ne peut plus, aujourd'hui, réfuter l'authenticité du courrier [...] des historiens, des archivistes et les autorités du Vatican en ont donné confirmation. La date de la missive est importante, parce que, le 1er avril 1933, le nouveau gouvernement d'Hitler annonçait un vaste boycott des commerces juifs. Trois jours après, Pacelli envoyait ses instructions au nonce à Berlin.


Source : David Dalin, Pie XII et les juifs, Tempora, New York, 2005, pp. 69-102
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