Pour faire le point jusqu'à maintenant :
Il y a de nombreuses lettres de Pie XII sans compter les encycliques, la quantité assez impressionnante de témoins, chercheurs et officiels juifs également, et puis qui vont tous se porter à la défense de l'activité du pape tant avant que pendant la Deuxième Guerre mondiale. On se rend compte que Eugénio Pacelli se sera soucié de la montée du nazisme depuis le tout début, à partir du début des années 1922-23. On apprend que l'Église catholique avait ni plus ni moins qu'interdit en conscience aux catholiques d'Allemagne de voter pour le national-socialisme depuis 1930 et donc pour l'élection de 1933 aussi. Que les rapports furent plutôt tendus entre la hiérarchie catholique et le parti nazi de 1933 jusqu'à l'élection de Pie XII. Que les évêques en Allemagne avait déjà condamné l'idéologie nazi avant 1933, et auront reconduite la chose à nouveau via les deux lettres encycliques de 1937 et 1939. L'Église catholique (de Rome certainement) condamnait les violations du droit et ainsi que l'idolâtrie de l'État et le racisme carrément. Les chefs nazis considéraient l'Église catholique comme devant être une force d'opposition pour eux, ce qui explique très bien ce qui advint de la situation de cette même Église en Pologne occupée. Pie XII était parfaitement au fait de la situation. En un mot, on imagine assez mal comment lui-même aurait pu être un bon ami du Fürher d'Allemagne, si c'est pour tenir compte de l'ensemble du dossier. Le pape Pie XII n'aura jamais fait l'honneur de rendre une seule visite en personne au dictateur du Reich, et lors de sa propre élection à la chaire de Pierre en 1939 : il se sera bien trouvé qu'un seul pays en Europe à n'avoir pas délégué de représentants sur place et ce fut l'Allemagne hitlérienne. La thèse d'un Pie XII complice du Führer semble plutôt difficile à défendre. On se demande comment il aurait pu travailler en faveur du parti nazi avec toutes ses prises de positions publiques défavorables à Hitler, voire à l'inverse les nationaux-socialistes pouvoir accepter un collaborateur pareil (!) Les rapports au quotidien entre l'Église et les officiels du régime sous le nazisme consistait surtout en ce que Ian Kershaw pouvait nommer comme une longue guerre d'attrition, la guerre d'usure ou une guerre des tranchées. Toutefois, il se sera bien trouvé des catholiques allemands, et qui, eux, auront tout de même trouvé du charme au régime, qui auront certainement pu trouver séduisant le chant des sirènes pendant un bon moment.
Mais voici quand même ce que disait Albert Einstein en 1940 et dans la revue
Times :
- ... lorsque la révolution nazie survint en Allemagne, c'est sur les universités que je comptais pour défendre la liberté, dont j'étais moi-même un amoureux, car je savais qu'elles avaient toujours mis en avant leur attachement à la cause de la vérité; mais non, les universités furent immédiatement réduites au silence. Alors, je me tournai vers les grands éditeurs de journaux, dont les éditoriaux enflammés des jours passés avaient proclamés leur amour de la liberté; mais eux aussi, en quelques courtes semaines et comme les universités, furent réduits au silence. Dans la campagne entreprise par Hitler pour faire disparaître la vérité, seule l'Église catholique se tenait carrément en travers du chemin. Je ne m'étais jamais spécialement intéressé à l'Église auparavant, mais maintenant je ressens pour elle grande affection et admiration, parce qu'elle seule a eu le courage et la persévérance de se poser en défenseur de la vérité intellectuelle et de la liberté morale. Je suis donc bien forcé d'avouer que, maintenant, c'est sans réserve que je fais maintenant l'éloge de ce que autrefois je dédaignais ( Times, 23 décembre, p.38)
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Moshé Sharett, qui allait devenir le premier ministre des affaires étrangères et le deuxième premier ministre d'Israël, réaffirmera ces sentiments de gratitude au cours de sa rencontre avec Pie XII, dans les derniers jours de la guerre : «Je lui ai dit que mon premier devoir était de le remercier, et à travers lui l'Église catholique, de la part des juifs, pour tout ce qu'ils avaient fait, dans divers pays, pour sauver nos coreligionnaires. Nous sommes profondément reconnaissants envers l'Église catholique » (Lapide)
De même encore, en 1945, le Grand Rabbin d'Israël, Isaac Herzog, envoya à Mgr Roncalli [futur Jean XXIII], un message où il exprimait sa gratitude pour les actions entreprises par le pape Pie XII, en faveur du peuple juif. «Le peuple d'Israël», écrivait le rabbin, «n'oubliera jamais ce que Sa Sainteté et ses illustres représentants, inspirés par les principes éternels de la religion, qui forment le fondement même de la vraie civilisation, font pour nos infortunés frères et soeurs dans l'heure la plus tragique de notre histoire, constituant ainsi une preuve vivante de la Divine Providence en ce monde» ( Cavalli «
The Good Samaritain : Jewish Praise for the Pope Pius XII», p.75)
... le 26 mai 1955, l'orchestre philarmonique d'Israël se déplaçait à Rome pour interpréter la septième symphonie de Beethoven, lors d'un concert exceptionnel, dans la salle du Consistoire du Vatican, et exprimait ainsi la profonde gratitude de l'État d'Israël pour l'aide apportée au peuple juif par le pape et l'Église catholique. La raison d'État interdisait à l'orchestre philarmonique d'Israël de jouer des morceaux de Richard Wagner, le musicien du XIXe siècle, à cause de son antisémitisme et du fait qu'il était le compositeur préféré d'Hitler [...] l'interdiction imposée par l'État d'Israël ne fut jamais levée. Dans les années 1950 et 60, une part non-négligeable de la population isrélienne, qui comprenait entre autre des centaines de milliers de rescapés des camps de concentration et d'extermination nazis, considérait toujours les oeuvres de cet auteur, même jusqu'à son nom, comme des symboles du régime hitlérien. Il est donc inimaginable que le gouvernement israélien ait payé un voyage à Rome à l'orchestre tout entier pour aller donner un concert spécial en hommage à un chef de l'Église si celui-ci avait pu être considéré comme le pape d'Hitler.
EN CONTRASTE
«C'est sous forme de propagande communiste à l'encontre de ce pape résolument anti-communiste qu'ont commencé les accusations grandiloquentes contre l'attitude du pape pendant la guerre [...] la campagne de diffamation a resurgi de manière violente après la première à Berlin, en 1963, de la pièce
Le Vicaire, de Rolf Hochhuth, jeune écrivain allemand de gauche et ancien membre des jeunesses hitlériennes. L'auteur y accuse calomnieusement Eugénio Pacelli d'avoir collaboré avec les nazis [...] C'était il y a quarante ans, alors pourquoi y accorder toujours de l'importance ? Tout d'abord, parce que nous avons un devoir vis à vis la vérité. Ensuite parce que dans le combat culturel, la bataille touchant à la réputation de Pie XII est l'une des plus importantes, historiquement parlant. Une classe d'intellectuels de plus en plus gauchissant cherche à dénigrer, non seulement le catholicisme traditionnel, mais le christianisme en général et même le judaïsme. Ce n'est pas un hasard si certains des agresseurs les plus farouches, comme James Caroll, l'auteur de
Constantine's Sword, et Gary Wills, l'auteur de
Papal Sin critiquent ouvertement , de la même manière, le défunt pape Jean-Paul II. Les catholiques progressistes utilisent purement et simplement la Shoah comme une énorme matraque contre les catholiques traditionnels, en cognant sur la papauté pour, ainsi, mettre en pièce l'enseignement catholique traditionnel. Cela concerne tout particulièrement des sujets comme la sexualité, l'avortement, la contraception, la chasteté ou le rôle des femmes dans l'Église. Que ce soient d'anciens séminaristes comme Gary Wills et John Cornwall ( auteur de
Hitler's Pope), ou des prêtres défroqués comme James Caroll , ou quelque autre catholique renégat ou progressiste en colère, tous exploitent cette tragédie qu'est la Shoah, dans leurs polémiques dirigées contre le pape, afin de promouvoir leur propre programme de changements pour l'Église d'aujourd'hui.
Il faut condamner un tel détournement de la Shoah et rétablir la vérité sur Pie XII. Vérité que les médias du courant majoritaire se sont contentés d'ignorer alors qu'ils contribuaient à la promotion des succès de librairie qui exploitent cette histoire falsifiée. La controverse sur Pie XII est typique de cette lutte du progressisme contre la tradition., qu'il faut bien reconnaître pour ce qu'elle est, c'est à dire une agression contre l'Église catholique, en tant qu'institution, et contre la religion traditionnelle.
Les livres et articles présentant de telles attaques sont devenues le fond de commerce des médias du courant majoritaire. On trouve par exemple dans le numéro du 21 janvier 2002 de la revue
New Republic, un essai de Daniel Jonah Goldhagen, intitulé «Qu'aurait fait Jésus ?» , qui constitue l'un des plus odieux pamphlet contre l'Église catholique (et en particulier contre Pie XII) jamais paru dans les principales publications américaines. Le
New Republic consacre, fait sans précédent, vingt-quatre pages à cette diatribe anti-catholique de Goldhagen, et en fait sa page couverture.
À l'automne 2002, Goldhagen développa son article en un livre qui attaque l'Église catholique à longueur de pages,
A Moral Reckoning : The Role of the Catholic Church in the Holocaust and its Unfulfiled Duty of Repair. Goldhagen s'acharne sur Pie XII, présenté comme le symbole de la malfaisance catholique; il répète à peu près toutes les accusations portées contre le pape, même celles qui ont été le plus démenties. Mais, tandis qu'il le condamne comme antisémite et collaborateur de l'Allemagne nazie, sa diatribe anticatholique ne se limite pas à ce seul pontife. De plus, Goldhagen identifie le christianisme lui-même avec l'antisémitisme. Il déclare que la responsabilité du déchainement de haine le plus violent de tous les temps , et dans tout l'Occident, revient principalement au christianisme. Et, plus spécifiquement encore, à l'Église catholique. Il ignore ainsi, opportunément, l'antisémitisme de la Russie soviétique athée et le fait que les nazis qui ont perpétré la Shoah étaient autant anti-chrétiens qu'anti-sémites. Pour lui, comme pour Caroll et d'autres semblables détracteurs, l'antisémitisme étant une valeur qui est au coeur du catholicisme, elle est au coeur de l'antisémitisme européen. En fait, Goldhagen rejette le Nouveau Testament [...] Le livre de Goldhagen s'est taillé une place de choix durable dans la nomenclature des oeuvres anti-catholiques, à côté du livre alarmiste de Paul Blanshard, paru en 1949,
American Freedom and Catholic Power. Cette oeuvre, souvent réimprimée, constitue une matière première pour les Évangéliques non-catholiques. Goldhagen est devenu l'un des nombreux produits de base pour les laïcs de gauche qui haïssent le catholicisme à cause de l'opposition de l'Église à l'avortement, aux droits des homosexuels, à l'ordinnation des femmes et à tous les autres thèmes de la libéralisation. La demande de Goldhagen , qui réclame l'abolition de l'Église catholique d'aujourd'hui, la qualifiant d'ignominie et de danger pour le monde, devrait alerter tous les gens de foi sur la haine qui consume le coeur de certains laïcs désireux d'anéantir la religion traditionnelle. Mais que des médias du courant dominant comme l'éditeur Knopf et le magazine
New Republic aient pu le publier, c'est un scandale intellectuel et déontologique.
Mais on comprend le pourquoi de ce scandale grâce au mythe du pape d'Hitler que les médias progressistes dominants ont été si empressés à faire passer pour la vérité. Quand le livre de Cornwell,
Hitler's Pope, fut publié en 1999, il fit sensation et devint un succès de librairie dans le monde entier. Cornwell y dénonce le pape Pie XII comme l'homme d'Église le plus dangereux de toute l'histoire moderne et sans lequel Hitler n'aurait sans doute jamais pu imposer la Shoah. L'ouvrage incitait les lecteurs à croire qu'avant d'endosser la charge de pape, le cardinal Pacelli avait été un fervent partisan de Hitler. Alors, qu'en fait, il fut parmi ceux qui critiquèrent Hitler le plus tôt et le plus régulièrement ».
Source : David Dalin (Le rabbin),
Pie XII et les juifs, pp. 20-26
Avec Dalin, on a le point de vue d'un auteur juif américain. C'est fascinant. Mais un auteur juif de tendance traditionnelle ou orthodoxe, non pas de tendance libérale ou gauchiste. Dans son livre l'on signale aussi que l'Église catholique avait condamné l'antisémitisme dès 1916, chose qui explique pourquoi le cardinal Faulhaber avait condamné les persécutions contre les juifs en 1924 (Cf. lettre de Pacelli quand il était nonce à Munich). En 1916, le futur pape Pie XI était alors visiteur apostolique en Pologne et il venait de se produire là-bas des pogroms contre les juifs. Or, l'évêque Achille Ratti (futur Pie XI) avait demandé explicitement au pape Benoit XV de se prononcer clairement pour condamner la chose,
ce que Benoit XV n'aura pas manqué de faire¹. Dalin soulignera qu'en 1916, déjà, le jeune Eugénio Pacelli n'avait pas été étranger non plus à la rédaction de la réponse de Benoit XV. Il va même plus loin, en soulignant aussi que le pape Léon XIII s'était déjà exprimé publiquement lors de la célèbre affaire Dreyfuss et pour soutenir le capitaine Alfred Dreyfuss, une chose que peu de gens connaît de nos jours. Il consacre tout un chapitre dans son livre pour illustrer ce qu'aura été une longue tradition des papes en Europe et alors de défense (protection) de la minorité juive. On obtient un éclairage d'arrière-fond permettant de se rendre compte dans quelle sorte de tradition un Pie XII se situait dans ses rapports avec le peuple juif. Il mentionnera bien encore au passage la célèbre déclaration de Pie XI du 6 septembre 1938 et soit peu de temps avant sa mort : «Je ne peux m'empêcher d'être profondément ému. L'antisémitisme n'est pas compatible avec la pensée et la sublime réalité exprimée dans ce texte. C'est un mouvement de haine, un mouvement auquel, en tant que chrétiens, nous ne pouvons pas prendre part. L'antisémitisme est inacceptable; spirituellement, nous sommes tous des sémites ».
«En 1939, Jacques Maritain, le philosophe catholique sans doute le plus influent de l'époque, rendant hommage à Pie XI [...] écrivait : «Spirituellement, nous somme tous des sémites. Aucune parole plus forte n'a jamais été prononcée par un chrétien contre l'antisémitisme, et ce chrétien était le successeur de l'apôtre Pierre». («The Pagan Empire and the Power of God»,
Virginia Quarterly Review, 1939, p.161)»
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La condamnation de l'antisémitisme par Benoit XV fut publiée dans le New York Times, le 17 avril 1916, sous le titre :«Une Bulle du pape préconise l'égalité pour les juifs». Elle fut reprise dans La Civita Cattolica, le 28 avril 1916, et dans le Tablet (de Londres), le lendemain.