Je suis justement en train de lire
Noir, histoire d'une couleur de Michel Pastoureau, qui me confirme bien l'origine "païenne" (antique) du noir macabre associé aux funérailles, mais ce qui est intéressant c'est la variété des termes pour distinguer alors les noirs mats (
ater, qui a donné atroce par ex. en français) et tristes, ceux du deuil et de la pénitence, des noirs "brillants" (
niger) "blach" en vieil allemand, c.a.d lumineux (!) Il existait ainsi encore, au Moyen-Age, tant en anglais qu'en allemand un mot désignant le blanc brillant , un autre le blanc mat (
swart/blaek, wite/blank en anglais et
schwarz/blach - wiz/blank en allemand).
Le noir des Cours (porté par ex. par Charles Quint) pouvait ainsi, au XVI ème s., être selon les circonstances d'étoffe brillante, noir intense et somptueux (avec bijoux en or en rehaut), ou au contraire (deuil) être un noir mat et triste évoquant la pénitence (rappel du noir monastique des bénédictins par ex.).
Je note qu'Anubis, le dieu noir de la mort des Egyptiens, est aussi de la couleur de l'humus nourricier (noir bénéfique, signe de promesse d'une renaissance : dimension fécondante de la terre)... et je me dis donc (moi qui aime le terreau et son odeur !) que le noir chrétien peut aussi évoquer le retour à la terre dont Adam fut tiré : on a bien humus/humilité avec la promesse de la fécondité de notre être futur...
Pour le renchérissement du décorum macabre avec profusion d'ornements funèbres pour les pompes ultimes, Pastoureau le situe aux débuts de la Renaissance (Anne de Bretagne introduit par ex. le noir, remplaçant le blanc pour les reines veuves). les rois de France portent alors le deuil violet.
Ce qui est intéressant aussi, c'est la volonté des hommes de la Réforme, d'afficher le sérieux de la nouvelle "église" par le renoncement ostentatoire aux couleurs jugées mondaines (rouge, vert). L'auteur signale (dans
Bleu) qu'au XIX ème s. le capitalisme est essentiellement protestant et qu'on lui doit ces générations sinistres d'hommes en noir de pied en cap, couleur jugée la plus digne, la plus sérieuse et la plus sobre.
J'ai vu de près des "artistes contemporains" de la race des...doctrinaires amers et suffisants, arborer le noir à la façon dont ont dû le faire certains des puritains les plus austères...
Le livre est à lire en parallèle avec
Bleu, passionnant lui-aussi !
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