Faut-il interdire la prostitution ?

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Faut-il interdire la prostitution ?

Oui !
11
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Non !
6
32%
P'têt ben qu'oui, ptêt ben qu'non...
2
11%
 
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Charles
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Message non lu par Charles »

elisseievna a écrit :La violence de la compassion

Il y a quelque chose que le discours chrétien parait manquer, à côté de quoi il semble passer sans le voir.
Ce qui violente , oppresse les femmes est souvent « invisible », non perçu, tellement hors du regard, de la conception de « la » femme, que même en l’ayant sous les yeux, « on » ne le voit pas.
Ainsi on parle des « femmes publiques », des « prostituées », et de « compassion » à leur égards.
Qu’il y a-t-il de plus violent moralement, que de dire « je te pardonne » à un innocent ? Que le refus de voir l’innocence de l’innocent ? C’est nier absolument qu’il puisse être reconnu pour innocent.
Qu’il y a-t-il de plus violent que de dire à une femme « j’ai de la compassion pour toi la prostituée » … alors qu’elle n’ « est » pas une prostituée, parce que aucune femme n’ « EST » une prostituée. C’est l’enfermer hermétiquement dans la prostitution. Les « femmes publiques », cela n’existe pas, aucune femme, aucun homme d’ailleurs, n’est « faite pour cela ». Les putes cela se fabrique, socialement, et les discours sur la place de « la femme », sont un instrument redoutable pour cela.
En ce sens, cette compassion est une violence supplémentaire, bien qu’involontaire.
Ce que vous dites de la compassion est complètement faux et intenable. La compassion peut très bien s'adresser à une personne non pas à cause de son être mais de sa situation. Et donc la pertinence de votre propos sur la violence de la compassion est nulle.

Cela dit, il rejoint un phénomène contemporain qui est le rejet de la pitié. Et aussi celui de la charité au sens d'aumône. Vous dites violence de la compassion, d'autres disent refus de la pitié, de la charité et de l'aumône. Comme si le seul secours possible qu'on pouvait attendre était exclusivement une aide impersonnelle, administrative et nécessaire... mais en aucun cas un geste spontané, délibéré, qui vienne d'une personne bien réelle.

Mais que voudriez-vous donc, Elisseievna, un monde sans pitié, ni compassion, ni amour ? Un monde où il n'y aurait que des droits et des luttes pour faire respecter ses droits ?
Dernière modification par Charles le lun. 19 sept. 2005, 14:48, modifié 2 fois.
Charles
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Message non lu par Charles »

Concernant saint Augustin, le taxer d'hypocrisie est complètement ridicule. Cela montre seulement que vous ne l'avez pas lu. S'il y a un auteur spontané, sincère, exigeant avec soi-même sur la vérité, c'est bien lui. Savez-vous qu'il écrivit à la fin de sa vie un livre entier consacré à relire et corriger son oeuvre, les Retractationes ?

Quant à l'argument en question, c'est un argument de prudence politique : de choisir un moindre mal pour éviter un plus grand mal. Je ne suis pas d'accord avec lui dans le cas de la prostitution mais on peut comprendre ce genre d'argument, c'est d'ailleurs le même qui a fait revenir les Etats-Unis sur la prohibition de l'alcool. La prohibition ayant produit plus de mal que la légalisation de l'alcool. Cet argument est aussi celui des partisans de la dépénalisation du cannabis.
elisseievna
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Message non lu par elisseievna »

La compassion :

je ne suis pas contre enfin !(!),

je dis seulement que DANS LE CAS où elle prend le sens de ne pas reconnaitre l'autre pour ce qu'il est vraiment, elle devient de la violence,
mais bien evidemment ce n'est pas toujours le cas.
elisseievna
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Message non lu par elisseievna »

Je ne parlais pas d'hypocrisie à propos de Saint Augustin, mais à propos de l'attitude à l'égard de la prostitution dans "nos" sociétés sous morale "chrétienne".

Pour ce qui est de Saint Augustin, je trouve justement que ce n'est PAS un MOINDRE MAL, que de sacrifier une frange de la population féminine en en faisant des "femmes publiques".
Un moindre mal que de soumettre des femmes au viol quotidien pour .. pour quoi ? Que des hommes ne s'occupent pas de leur propre corps ? Pour qu'ils ne draguent pas la femme-propriete-affectee-à-la-reproduction-d'un-autre ? Quel pire mal que ces femmes qui par dessus le mal physique subissent la violence morale d'être étiquetées, naturalisées "femmes publiques", femmes faites pour être .. par n'importe qui, "putes" ...? Sans parler de la menace sur toute femme pas assez obéissance, d'être exclue et à son tour étiquette pute, avec le viol comme destin.

Non je n'ai pas lu Saint Augustin. Oui, il y a encore plein de gens qui aujourd'hui pensent comme lui, chez les croyants comme chez les bouff-du-curé soit disant avancés ... Cela me parait relever d'une barbarie antédiluvienne.
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Sofia
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La prostitution

Message non lu par Sofia »

Bonjour,
j'ai vu un reportage assez intéressant sur la prostitution et les travailleuses/eurs du sexe.
Je connais la position de l'Église catholique sur la prostitution (merci le CEC, c'est quand même bien pratique) :
2355 La prostitution porte atteinte à la dignité de la personne qui se prostitue, réduite au plaisir vénérien que l’on tire d’elle. Celui qui paie pêche gravement contre lui-même : il rompt la chasteté à laquelle l’engageait son Baptême et souille son corps, temple de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6, 15-20). La prostitution constitue un fléau social. Il touche habituellement des femmes, mais aussi des hommes, des enfants ou des adolescents (dans ces deux derniers cas, le péché se double d’un scandale). S’il est toujours gravement peccamineux de se livrer à la prostitution, la misère, le chantage et la pression sociale peuvent atténuer l’imputabilité de la faute.
Ce n'est donc pas sur ça que porte ma question.

Dans le reportage, une des prostituées (Sonia) présente les trois grands systèmes actuellement en vigueur dans différents pays (sous réserves qu'il n'y ait pas eu de changements depuis et qu'elle ne se trompe pas - car je n'ai pas vérifié ses dires) :
- le système règlementariste : comme son nom l'indique, il réglemente la prostitution. Des lois protègent la prostituée, qui a des droits et des devoirs.
C'est le système des Pays-Bas (et de ses prostituées en vitrine), de l'Allemagne, de la Suisse.
- le système abolitionniste : il prône l'abolition non pas de la prostitution mais de toute règlementation sur la prostitution.
C'est le cas en France ou en Belgique.
Dixit Sonia, ici, "les prostituées peuvent exister mais elle n'ont aucun droits sauf celui de payer des impôts - parce qu'elles travaillent. Les femmes ne se déclarent pas prostituées mais stripteaseuses, hôtesses, ouvrières agricoles....". Ce qui est, comme elle le dit dans l'interview, "pas du tout hypocrite".
- le système prohibitionnisme : il prohibe (interdit) la prostitution.

Sonia semble plutôt favorable au système règlementariste, qui selon elle protège les prostituées en leur donnant des droits et un statut officiel ; et qui les protègent aussi (en partie) des proxénètes et des réseaux mafieux (exemple : au lieu de travailler dans la rue avec le risque de tomber sur un détraqué elles peuvent le faire dans des maisons closes, plus sûres).

Vous, chers amis catholiques, quel système a vos faveurs et pourquoi ?
Et puisque c'est lié, pensez-vous qu'interdire le racolage (passif et actif), comme c'est le cas en France, est une bonne chose ?

Un peu HS, mais il y a beaucoup de choses intéressantes dans le reportage ("Prostitution - Travailleuses du sexe" sur dailymotion / déconseillé aux moins de 16 ans) : le rapport qu'elles ont avec leur corps, complétement désacralisé (l'une d'entre elles dit carrément "le corps n'est plus un tabernacle" ; l'exact contraire de la doctrine catholique), le sexe vu comme un service, la distinction "je ne me vends pas moi je vends mon corps", la misère sexuelle des handicapés qui payent des prostituées, les féministes (qu'elles n'aiment pas, généralement ; Sonia les accuse de ne pas écouter les prostituées et de ne pas vouloir l'égalité entre les sexes mais "la destruction de l'homme macho, et de l'homme tout simplement"), le regard de la société sur les prostitués (une prostituée qui se fait payer est une "esclave" mais la fille qui va dans des boites échangistes et ne se fait pas payer est une femme "libérée"), le fait que la prostitution est due à un concours de circonstance ("aucune petite fille de dix ans ne veut devenir pute")...

Bref, le sujet m'intéresse.

Bien à vous,
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Fée Violine
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Re: La prostitution

Message non lu par Fée Violine »

Vous, chers amis catholiques, quel système a vos faveurs et pourquoi ?
Ben c'est un peu comme si on se demandait : vaut-il mieux manger ses enfants rôtis ou en sauce ? :mal:
Mais bon, c'est ma première réaction spontanée. Les gens raisonnables qui prennent le temps de réfléchir penseront peut-être qu'il y a des systèmes moins pires que d'autres.
Je dirais aussi que la fille qui va dans les boîtes échangistes et qui ne se fait pas payer n'est en effet pas une esclave, car on peut supposer qu'elle y va librement.
Le seul cas où la prostitution a quelque chose d'humain, c'est dans le cas des handicapés, qui n'ont pas d'autres possibilités. On peut considérer que là, il y a une certaine charité.
Théophile
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Re: La prostitution

Message non lu par Théophile »

Fée Violine a écrit : Le seul cas où la prostitution a quelque chose d'humain, c'est dans le cas des handicapés, qui n'ont pas d'autres possibilités. On peut considérer que là, il y a une certaine charité.
Pardon ?
Je vous propose donc d'y aller à la place de ces filles, Fée Violine, pour vivre une certaine charité... :oops:
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Mathilde
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Re: La prostitution

Message non lu par Mathilde »

Entre la peste et le choléra, il est difficile de choisir.

Le système règlementariste semble le "moins pire" :diable:
Mais si une société règlemente, cela veut dire qu'elle reconnaît et accepte la prostitution...
Cependant, même dans les 2 autres cas de figure, on reconnaît implicitement cette pratique.
Est-ce qu'on se donne réellement les moyens de lutter contre et d'aider les femmes/hommes qui se vendent?
Et puis le sexe est tellement présent dans nos sociétés (pub, mentalités, pratiques, télé, cinéma...), que la prostitution est acceptée par une large majorité des gens. Qui voudrait vraiment la voir disparaître?
On serait étonné de savoir qui va voir ces femmes et ces hommes. Il n'y a qu'à écouter leurs témoignages...
C'est vraiment triste. :(
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ti'hamo
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Re: La prostitution

Message non lu par ti'hamo »

. Qu'une prostituée affirme qu'est préférable le système qui lui donne une reconnaissance de la société et justifie son activité, ça n'a rien d'étonnant. Mais peut-on prendre pour argent comptant, sur cette question, l'opinion d'une personne qui considère qu'elle "ne se vend pas elle mais son corps" ou qui veut à tout prix, non pas que la société lui permette d'exercer une autre activité, mais simplement qu'elle reconnaisse la prostitution ?

. Ce sont d'ailleurs 2 points intéressants :
> ce dualisme matérialiste, qui finalement est la marque de notre société ; c'est un peu, après tout, la "religion" dominante actuellement : cette idée qu'il y aurait "moi" et puis "mon corps" qui est un bien de possession, et que "mon corps" ça n'est pas moi.
On retrouve ça dans "mon corps m'appartient", et donc sur ce point fondamental prostituées et féministes se rejoignent tout à fait.

> le fait de se demander comment réglementer la prostitution, de proposer un système qui reconnaisse leur "activité", etc... mais sans demander que la société leur permette de faire autre chose (peut-être est-ce le cas dans le reportage, je ne l'ai pas regardé, je ne commente que d'après ce que vous nous en dites).
On ne peut pas jouer sur les 2 tableaux, je veux dire, en même temps essayer d'"appitoyer" les gens en jouant sur le "ce n'est pas quelque chose qu'on veut faire, on arrive là par un concours de circonstances", et en même temps réclamer une reconnaissance morale et sociale plutôt que des voies alternatives.


. C'est délicat, comme question. D'un côté il faut (il faut) ne pas justifier, ne pas encourager, ne pas excuser.
D'un autre côté il ne faut pas laisser les personnes livrées à elles-mêmes dans une sorte de monde parallèle où règnerait la loi de la jungle.
Il reste que je ne vois pas pourquoi il serait aberrant à la fois d'interdire et d'encadrer. Tout ce qu'on semble proposer, visiblement, c'est soit laisser les gens faire leurs affaires dans leur coin, soit réglementer tout ça en en faisant un métier à part entière.

Mais je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas à la fois interdire et encadrer.
. En pratique, ça reviendrait à interdire, déjà, en fonction du lieu et de l'heure (forte amende et/ou peine d'emprisonnement si pris(e) à "exercer" en-dehors des heures et lieux tolérés ; interdiction à proximité des centres-villes et lieux d'habitation). Mais la logique d'une telle mesure, si par exemple on invoque la protection des mineurs (ce qui semblerait logique), devrait également conduire à écarter de ces mêmes lieux les sex-shops, or ce n'est pas vraiment le chemin que prend notre pays...

. ça donnerait une sorte de régime de tolérance, quoi : c'est interdit, mais la peine serait plus ou moins lourde selon le lieu et l'heure où l'on est "pris". Ce qui donnerait et fait des heures et des lieux bien précis et circonscrits où ce serait possible en pratique.
Ce qui n'a rien d'hypocrite, puisque cela revient bien à inscrire dans la loi une interdiction, puis à l'assortir de tolérances locales et ponctuelles, sans même que cela soit nommé "tolérance" (c'est ça qui est bien, parce que dès qu'on dit "tolérance" les gens ont tendance à faire exprès de comprendre "autorisé et encouragé" et à prendre ça comme un blanc-seing).

. Peines plus lourdes pour le "client" (je ne sais pas ce qu'il en est actuellement).

. Si on évoque la peine de prison, cela n'a de sens, après, que si la prison était un lieu possible de réorientation et de réinsertion. Ce qui nous entraîne, donc, sur la question de la réforme des prisons et du système pénal, youpi.
Comme quoi tout est lié.


(Note : heuuu, non, se prostituer ça n'a rien d'un acte de charité, que ce soit avec des personnes handicapées ou non. Sinon je peux aussi bien prétendre que fournir de la drogue à domicile à une personne en fauteuil roulant qui aurait du mal à aller se fournir elle-même est un acte de charité...)
“Il serait présomptueux de penser que ce que l'on sait soi-même n'est pas accessible à la majorité des autres hommes.”
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Celui qui connaît vraiment les animaux est par là même capable de comprendre pleinement le caractère unique de l'homme.
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ti'hamo
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Re: La prostitution

Message non lu par ti'hamo »

"Pas d'autre possibilité" de quoi, au fait ?
“Il serait présomptueux de penser que ce que l'on sait soi-même n'est pas accessible à la majorité des autres hommes.”
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philémon.siclone
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Re: La prostitution

Message non lu par philémon.siclone »

Je suis d'accord avec Mathilde. Si la société était réellement charitable envers ces femmes qui vendent leur corps, elle emploierait de vrais moyens pour traiter le problème à la source. Et à la source, on trouve comme par hasard la misère de notre société. Savez-vous qu'en Espagne les femmes vendent de plus en plus leurs cheveux, par exemple ? ça commence avec les cheveux, puis viennent les organes, et le corps tout entier. On dénonce volontiers les fléaux de notre temps : le chômage, les profits capitalistes disproportionnés, le surendettement dû à la stagnation des salaires et à la flambée des prix, cette dernière facilitée par le micro-crédit. Ces injustices sociales créent de la misère, c'est une évidence, mais nos élites laissent régner l'argent-roi grâce auquel elles sont en place. A partir du moment où il y a de l'exclusion, on ne peut pas s'étonner qu'il y ait de la prostitution. C'est inévitable. On peut en dire de même pour le crime et le banditisme. Mais c'est un problème vieux comme le monde...

Me direz-vous : en attendant, que fait-on ? Le système français est sans doute le pire, qui laisse les prostituées à la merci des proxénètes sans pour autant interdire la prostitution. Il faudrait soit l'interdire, donc, soit l'encadrer. Si on l'interdit, on ne règle pas le problème de la misère, et surtout on rend la pratique clandestine, avec tous les risques que cela comporte. Il faudrait au moins, si on choisit cette option (qui est la meilleure, à mon avis), d'une part prendre en charge complètement, par l'Etat, celles qui ont fait le tapin jusqu'ici et vont se retrouver sans rien : les loger, leur verser une pension, leur offrir un suivi médical et psychologique, et surtout les protéger, leur permettre par exemple de changer de ville avec une nouvelle identité, et d'autre part mettre les proxénètes hors d'état de nuire, leur interdire sous peine d'emprisonnement d'approcher leurs anciennes "protégées". Il faudrait aussi démanteler tous les réseaux criminels, les filières pornographiques, de drogue, etc. Bref, tout un programme... Car tout ceci est lié. Et commencer un vrai travail de prévention, en suivant de près les personnes à risques, celles qui tournent mal dès le collège, le lycée, car c'est là que tout commence.

Ceci dit, il me semble quand même que la plupart des prostituées sont d'origine étrangère. Cela rend le problème encore plus compliqué, parce qu'il est lié à l'immigration clandestine, qui est déjà un problème compliqué en soit. Doit-on expulser les prostituées entrées illégalement sur notre sol ? Et si on les prend en charge pour leur éviter de retomber sous la coupe de proxénètes violents, voire meurtriers, ne va-t-on pas créer un appel d'air ?

Il faudra, un jour, je pense, que les dirigeants mondiaux se mettent d'accord pour détruire les filières criminelles internationales. Mais c'est pas demain la veille...
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Re: La prostitution

Message non lu par Anonymus »

Mais peut-on prendre pour argent comptant, sur cette question, l'opinion d'une personne qui considère qu'elle "ne se vend pas elle mais son corps"
Je n'aime pas vraiment ce genre de mépris. Les prostitué(e)s restent des personnes avant tout; et ce sont elles qui sont le plus directement concerné par le problème. Connaître leur avis sur la question me semble essentiel.
ce dualisme matérialiste, qui finalement est la marque de notre société ; c'est un peu, après tout, la "religion" dominante actuellement : cette idée qu'il y aurait "moi" et puis "mon corps" qui est un bien de possession, et que "mon corps" ça n'est pas moi.
C'est une défense psychologique classique. Combien de prostituées tombent dans l'alcool, la drogue ou la dépression ? On ne peut pas vraiment le leur reprocher.
En pratique, ça reviendrait à interdire, déjà, en fonction du lieu et de l'heure (forte amende et/ou peine d'emprisonnement si pris(e) à "exercer" en-dehors des heures et lieux tolérés ; interdiction à proximité des centres-villes et lieux d'habitation)
Les prostituées sont des personnes extrêmement fragiles. Les repousser dans des coins perdus les rend encore plus vulnérables aux agressions/viols/proxénète ? De plus elles "travaillent" la nuit en général; les mineurs n'ont donc rien à faire à ces heures là dans la rue.
ça donnerait une sorte de régime de tolérance, quoi : c'est interdit, mais la peine serait plus ou moins lourde selon le lieu et l'heure où l'on est "pris".
Je ne pense pas qu'il soit utile de condamner les prostituées. La plupart ne font pas ce métier par choix.

La plupart des prostitués que je vois ne sont pas françaises, et il m'étonnerait fort qu'elles aient des papiers en règle. Le proxénétisme est aujourd'hui l'une des ressources majeures du crime organisé avec la drogue et les armes. Ils les forcent par différentes méthodes plus abominables les une que les autres: ils peuvent les amener en France en leur mentant sur ce qu'elles viennent y faire; les contraindre par la force; menace sur leurs familles.
Parait-il que l'avortement forcé est courant si la prostituée tombe enceinte à cause de son "travail".

Il me semble donc injuste des les condamner en plus à des peines de prison/ amendes.

Pour ce qui est des prostituées françaises, elles peuvent également être obligés soit par quelqu'un, soit car c'est leur seul moyen de subsistance.

Les prostituées qui exercent ce métier par choix (c'est à dire qu'elles ne sont pas forcés et qu'elles pourraient gagner leur vie autrement) sont une minorité et ne sont pas représentatives de la "profession".
. Peines plus lourdes pour le "client" (je ne sais pas ce qu'il en est actuellement).
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Sofia
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Re: La prostitution

Message non lu par Sofia »

ti'hamo a écrit :On ne peut pas jouer sur les 2 tableaux, je veux dire, en même temps essayer d'"appitoyer" les gens en jouant sur le "ce n'est pas quelque chose qu'on veut faire, on arrive là par un concours de circonstances", et en même temps réclamer une reconnaissance morale et sociale plutôt que des voies alternatives.
Bonsoir,
je réponds juste rapidement à cette remarque : les prostituées du reportage ne cherchent pas à apitoyer les gens, au contraire. Elles se disent très contentes d'exercer un "métier" qui leur convient parfaitement et leur plait, même si elles ont commencé "un peu par hasard". Elles ne veulent pas "sortir de la prostitution", puisque de leur point de vue les deux protagonistes y gagnent : de l'argent pour la (ou le) prostituée et des relations sexuelles pour le client.
Après, représentent-elles la majorité des prostituées... j'en doute.
Puis ça me semble glauque et triste, à moi, mais si vous faisiez campagne contre la prostitution (par exemple), pour quels motifs voudriez-vous l'interdire dans le cas où les deux parties sont majeures et (très ?) consentantes ? C'est ça qui me pose question.

Bien à vous.
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philémon.siclone
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Re: La prostitution

Message non lu par philémon.siclone »

Parce que justement il n'y a pas que deux parties, mais trois. Vous oubliez le souteneur. Et la prostituée est rarement libre de ses faits et gestes. Certaines vivent quasiment à l'état d'esclave sexuelle, et risquent même de finir assassinées. Bien souvent les souteneurs appartiennent à des réseaux criminels, qui pratiquent différents trafics illégaux. Ils ne reculent pas devant le meurtre.

Je vais vous raconter une histoire qui est arrivée à un de mes collègues de travail. Il marchait sur un trottoir dans le quartier de Pigalle, Place de Clichy. Il passe devant un espèce de bar à filles. Le type qui était devant lui propose de rentrer, pour voir des filles. Un autre type sort à ce moment, un gros bras, et gentiment, à deux, ils l'entraînent à l'intérieur. Ils l'installent au bar, où l'attendait effectivement une fille qui commence à parler avec lui. Le mec du bar leur sert deux verres. Pendant ce temps, les gros bras se tiennent derrière. Pendant ce temps, un autre type qui marchait dans la rue se fait entraîner à l'intérieur à son tour, se fait prendre tout son blé, puis jeter dehors comme un malpropre. A un moment, ils lui demandent de payer l'addition (pour le verre) : 500 balles (c'était à l'époque des francs). Je n'ai rien sur moi, il leur répond. D'accord, on t'accompagne au distributeur. Il y avait peu de distributeurs, encore, à cette époque (c'était dans les années 80). On le met à l'arrière d'une voiture, entre le gros bras et la fille, plus les deux mecs de devant. Ils l'emmènent vers le distributeur, et commencent à le menacer de lui péter la figure. Mais profitant d'un moment d'inattention, il se sauve en courant. Il a eu la peur de sa vie.

ça donne un peu une idée de à qui on a affaire.

Maintenant, effectivement, dans de simples relations privées, si mademoiselle x propose à monsieur y de le rencontrer en privé en échange d'un dédommagement, je ne vois pas comment on peut l'interdire. Ce qu'il faut interdire, surtout, ce sont les réseaux mafieux.
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ti'hamo
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Re: La prostitution

Message non lu par ti'hamo »

> Anonymus
. Ce n'est pas du mépris. J'ai dit : évidemment qu'une prostituée ne va pas dire "il faut interdire totalement la prostitution, arrêtez moi". Mais quand on voit sur quel mode de pensée est construite sa justification, et bien on voit que ça ne marche pas. C'est tout.


. Quand je parle d'interdire la prostitution dans certains lieux fréquentés (ben, non, navré, on a bien précisé que le but est de ne pas donner pignon sur rue à cette activité),
j'ai aussi dit que le but était de ne pas envoyer les gens se débrouiller entre eux dans leur coin sinon ce sera la loi de la jungle.
Donc, cela implique que les lieux de tolérance soient l'objet d'une surveillance et d'un contrôle accrus.


D'autre part, il ne faudrait pas idéaliser l'image d'épinal des "maisons closes" : à mon avis ça n'est pas moins sordide, et ça n'est pas non plus une garantie du respect des femmes (vu que la prostitution, en soi, déjà, viole ce respect).
Une maison close est tenue par quelqu'un, qui met forcément la pression parce que son but est d'amener du client, et la concurrence entre les "filles" est forcément forte, ce qui fait qu'on imagine plutôt l'ambiance d'une maison close propice à pousser à assouvir toujours plus de demandes perverses des clients et à culpabiliser celles qui auraient des scrupules qu'à inspirer de grands principes d'humanisme et de respect à ses tenanciers et clients.


. "En France, le client n'est pas condamner; sauf si le prostitué(e) est mineur."
Bon, et bien donc voilà déjà le problème.



.
"Puis ça me semble glauque et triste, à moi, mais si vous faisiez campagne contre la prostitution (par exemple), pour quels motifs voudriez-vous l'interdire dans le cas où les deux parties sont majeures et (très ?) consentantes ? C'est ça qui me pose question."
Ca, c'est justement le problème de notre société qui pose comme principe implicite que tout ce qui se passe entre des adultes déclarés consentants, n'a pas à être réglementé.
C'est là-dessus qu'essayent de jouer les partisans de l'euthanasie, d'ailleurs.
Mais l'euthanasie, pour autant, est encore interdite. Donc, c'est encore jouable.

On peut jouer sur le fait qu'il s'agit le plus souvent de filles exploitées, étrangères, et qu'il faut lutter contre ce fléau.
Après, on est bien conscient qu'il y a aussi des femmes qui font ça par choix ou qui disent le faire par choix ; mais le rôle d'une société et d'un État n'est pas d'apporter sa caution morale aux affaires de coucheries de tout un chacun. "conception dégradante de la femme", ça devrait déjà représenter un motif satisfaisant.
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