Tous, à un moment donné, nous sommes rebuté par des exigences que nous aimerions bien décréter "trop hautes" (pour nous donner une raison de les éviter). Mais ce qui est demandé est demandé à tous, car il ne s'agit pas d'un chemin élitiste, que seuls quelques élus de fer et d'acier pourraient emprunter.
Par contre, on sait bien qu'on tombera, qu'on rechutera, et qu'on se plantera - et qu'il faudra demander à Dieu de nous relever.
N'est-ce pas finalement pour cette raison que nous rechignons à nous y engager ? Parce que nous préférerions une voie tranquille, une voie dans laquelle nous nous élevons par nos seules forces, nos seuls efforts, sans rater, sans manquer le but - et qu'une voie de laquelle on tombe sans cesse et sur laquelle sans cesse il faut remonter, cela est par trop crucifiant pour notre orgueil. Enfin, je dis ça, il me semble en tout cas qu'il en va ainsi.
La chasteté, ce n'est pas facile, soit. Mais pour avancer dans cette voie, il faut bien un moment s'y avancer.
Rester à l'entrée en cherchant la petite bête pour se répéter que ce qu'on vit n'est pas si mal, qu'on va bien réussir à se débrouiller comme ça, tourner autour du pot en essayant de glaner toutes les excuses possibles,
on le fait tous, à un moment ou à un autre, mais c'est justement cela qui fait qu'on n'avancera jamais dans la sainteté.
Ceci étant seulement une autre façon de dire ce qu'écrit Raistlin et que je reprendrais bien à mon compte :
Alors oui, je comprends qu’on n’ait pas la force de sacrifier aux exigences de l’amour véritable, je suis suffisamment conscient de mes propres limites pour le savoir. Mais je refuse qu’on tente de faire passer cela pour quelque chose d’acceptable. Le péché ne saurait être acceptable.
Encore une fois : la médisance est un péché véniel ; la colère, le mépris, les petites blessures infligées au quotidien, l'indifférence, la froideur, la tiédeur, l'impatience, l'égoïsme... tout ça, ce sont des péchés véniels.
Laisser voir un manque d'entrain et un agacement permanent au contact de son conjoint, c'est un péché véniel ; les paroles blessantes, ce sont des péchés véniels ; l'indifférence ou l'inconscience dans l'éducation des enfants, c'est en soi un péché véniel.
Et pourtant tout cela est grave (à des degrés divers, soit, mais en tout cas d'aucun de ces péchés on ne peut se dire "c'est véniel, ce n'est pas grave, je n'ai pas à changer cela").
Il ne nous est pas demandé simplement de ne pas voler et de ne pas tuer. Il n'y a pas un minimum syndical valable pour tous et des options pour les plus courageux ou les plus motivés.
Bien évidemment, que ça n'a rien de réjouissant de se dire ou de s'entendre dire que l'on fait fausse route sur tel point, alors qu'on sait très bien qu'il sera très difficile, et long, et laborieux, de s'améliorer sur ce point, ou d'abandonner telle attitude ou telle habitude mauvaise.
Évidemment, que c'est plus rassurant de se dire, de se répéter, qu'on est bien là où on est, et que c'est déjà pas si mal ce qu'on fait.
Mais il n'a jamais été dit que les saints devaient être rassurant et agréables. Vous trouvez Jésus rassurant et agréable ? Pas quand il nous parle de nos défauts !
"Engeance de vipère", "hommes de peu de foi", "que chacun prenne sa croix et me suive", ça n'a rien de follement rassurant. Ce qui est réellement, véritablement rassurant, c'est de savoir que, si nous décidons de le suivre, Il sera là à nous aider, à nous relever, et ne nous abandonnera jamais.
Encore une fois - et encore plein de fois s'il le faut : user de sa capacité de jugement, ce n'est pas "condamner".
Il est bien trop facile de s'estimer ou de se sentir

rapidement "condamné", "jugé", de protester que ça n'est vraiment pas sympa, et d'en prendre prétexte pour ne rien changer. Alors, oui, on a tous tendance à réagir ainsi ("machin m'a dit un truc pas agréable, c'est un méchant, je vais plutôt croire untel qui me dit tout le temps que j'ai raison" "oh, comment peux-tu me dire des choses pareilles ?! bouh, je ne t'écoute plus, et ça m'arrange bien, d'ailleurs, parce que c'était très gênant de voir pointer mes défauts ainsi")...
...mais si vous trouvez cela trop difficile, dites vous bien que les disciples ont pensé de même : "mais alors, personne ne peut être sauvé !" (à quoi Jésus répond que seul Dieu peut sauver), ou encore "si telle est la condition de l'homme vis-à-vis de la femme, mieux vaut ne pas se marier"
Donc, oui, tous, même eux, notre première attitude c'est de protester, de dire que, non, vraiment, c'est trop, de réclamer une voie tranquille dans laquelle on ne chute jamais, une sorte de progrès continu et permanent, sans fausse note, et qui ne bouleverse pas trop nos habitudes.
Mais persévérer dans cette façon de faire (qui nous est commune, à tous), c'est s'interdire tout espoir de progrès ; tout avancement ; toute évolution.
(en plus de ça, nous sommes déjà bien assez doué pour nous trouver nous-mêmes de bonnes excuses et des paroles rassurantes, sans en plus exiger d'autrui qu'il ne nous donne que et exclusivement cela).
Tout ça pour dire qu'avant même de venir poser des questions sur la contraception ou des explications sur telle position de l'Église,
il faut déjà clarifier l'état d'esprit dans lequel on fait cette démarche :
veut-on réellement connaître ce jugement et ces explications, pour chercher à les comprendre et agir en conséquence ?
ou bien cherche-t-on simplement des justifications à nos actes ?