Bon ! Je te dois une réponse tout de même ! Excuse-moi de t’avoir délaissée…
Si jamais tu trouves que je paraphrase n'hésites pas à me reprendre. Mais par ailleurs : je vais être moins disponible prochainement à cause d’une série d’examens à passer dans un mois, alors…
Plus exactement je dirais que l’on se place sur le plan du "bon" plus que sur celui de la volonté. C'est à dire que : si Dieu veux notre bien de toute éternité... il est, aussi, ce bien de l'homme. Et donc nous prenons « l'initiative du rien » chaque fois que nous nous détournons de lui car nous perdons quelque chose de notre être, nous affaiblissons ce dernier qui ne peu trouver sa plénitude qu’en Dieu.Sofia a écrit :Je n'ai pas compris. "ce moment où la créature prend l'initiative du rien"... c'est quoi l'initiative du rien ? C'est quand on décide de faire quelque chose de contraire à la volonté divine ?
C'est un « avant » compris dans le sens du temps métaphysique que j'ai tenté de le décrire plus haut, et donc sur un plan qui n’est pas d’ordre chronologique mais ontologique (l’être, ce qui est ou n’est pas).Sofia a écrit :"précède la permission qu'on lui donne"... comment peut-on faire quelque chose avant que Dieu (si c'est bien Lui qui, dans ce cas, donne la permission) ne le permette ? La phrase me semble assez obscure...
Reprenons notre image :
Nous nous plaçons donc sur le plan de l'être, et dans cet ordre les choix que va poser notre volonté ne sont en aucun cas connus par Dieu au moment de notre création. (c’est ce que j’ai compris pour l’instant mais je ne suis pas à l’abris d’une mauvaise interprétation…).Olivier C a écrit :***Nota : Je met le mot « présent » entre guillemet car sur un plan métaphysique le temps chronologique n’a pas d’importance : sur le plan de l’être (ce qui est ou n’est pas) nous pouvons imaginer que dans leur relation à Dieu chaque chose créés par Dieu (les « étants ») se trouve comme dans un éternel présent à lui même. Pour donner un exemple partons de toi :
1. Au niveau du temps chronologique tel que nous l’expérimentons Sophia est bien située fin XXème, début XIXème siècle.
2. Mais sur un plan métaphysique (de l’être, de la création) Sophia a été voulue de toute éternité par Dieu, comme dans un éternel présent.
En effet une connaissance posée dans le mal reviendrais à dire que Dieu opérerait un contrôle sur notre volonté dès son origine par la connaissance qu’il aurait des choix futurs posés par celle-ci, et donc que nous serions par là même déterminés, et donc prédestinés, puisque Dieu saurait tout de nous avant même qu’il nous créé. Cela le rendrais complice en « permettant » le mal à l’avance. Dans cette compréhension Dieu ne permet le mal que dans le sens où il s’adapte instantanément à la liberté de l’homme : Dieu rectifie le tir faussé par notre péché à l’aide de son dessin de rédemption sur nous.
Compris sous cette perspective je crois que l’on peu dire que notre volonté « précède » la permission du mal par Dieu. C'est en cela, je pense, que le P. Garrigues disait que « Dieu ne connaît pas le mal moral comme le mal physique, en concevant par avance sa permission ».
Ceci répond aussi je pense à ta question sur la prédestination :
Olivier C a écrit :Si Dieu ne connaît pas le mal moral comme le mal physique, en concevant par avance sa permission (NDLR : Ce qui serait grave car cela justifierait les théories sur les âmes prédestinées ou non par Dieu, comme celle du jansénisme), comment le connaît-il donc ?
Sofia a écrit :Je ne comprends pas le lien entre ce qui est dit et ta remarque. Pourquoi cela justifierait-il la prédestination ?
Je ne sais pas si cela peut aider mais je vais compléter avec la conception chrétienne de la liberté (tradition aristotélo-thomiste) :
Sophia, qui « a été voulue de toute éternité par Dieu comme dans un éternel présent » est dotée, de par sa nature de créature spirituelle, de ce que les théologiens appellent « les deux puissances de l’âme » :
- une intelligence, qui permet de connaître la réalité du monde par abstraction et de porter un jugement moral sur une situation (ce que ne peut faire un animal, rien à voir non plus avec le QI)
- une volonté, qui pose le choix par rapport à cette situation
Et c’est bien ces deux éléments qui constituent notre liberté car on ne choisi réellement que ce que l’on connaît.
Si, tu as bien compris, c’est bien ce que dit le P. Garrigues.Sofia a écrit :Il me semble que le père Garrigues dit que Dieu n'a eu connaissance du mal que lorsque Adam et Ève ont péché. Est-ce exact ou est-ce un contre-sens de ma part (j'opte pour cette deuxième solution) ?
- Si c'est ce qu'il dit, comment Dieu pouvait avoir prévu le sacrifice du Christ de toute éternité (puisque c'est pour "racheter nos péchés") ?
- Si ce n'est pas ce qu'il dit... alors que dit-il ? Dieu "connait" le mal de tout temps ou non ?
Pour la suite : Non, Dieu n’a pas prévus le sacrifice de son fils de toute éternité, il est « l’agneau immolé dès la fondation du monde » (Ap13, 8 ; Hebreux 9, 26), dès la fondation et non pas avant.
On peut dire que Dieu veux « par avance », « dès avant la fondation du monde », que nous soyons sauvé, et le garant de cette création est le Christ, l’agneau sans tâche :
Jean 1, 2-3 Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut.
Mais Dieu ne savait pas « par avance » que nous choisirions le mal. Il n’était pas prévu de toute éternité que le Christ soit sacrifié pour racheter l’humanité, il aurait très bien pu en être autrement. C’est pourquoi l’Apocalypse dit que l’agneau est immolé seulement à partir de la fondation du monde et non pas avant cette fondation. C’est l’incarnation, dans son mystère de rédemption, qui rend possible la blessure de l’agneau :
Apocalypse 13, 8 : « Et ils l'adoreront, tous les habitants de la terre dont le nom ne se trouve pas écrit, dans le livre de vie de l'Agneau égorgé dès l'origine du monde ».
Souvent dans les bibles l’expression « dès l'origine du monde » se rattache au livre de vie, mais ce n’est pas l’ordre du texte grec. Cette expression renvoyée au livre de vie peut aussi passer pour notre démonstration, mais la rend moins évidente...
1 Pierre 1, 19-20 : « […] un agneau sans reproche et sans tâche, le Christ, discerné avant la fondation du monde et manifesté dans les derniers temps à cause de vous. »
Hébreux 9, 26 : « car alors il [le Christ] aurait dû souffrir plusieurs fois depuis la fondation du monde ».
Le père Garrigues a longtemps médité ce verset d’Isaïe :Sofia a écrit :Un des textes dit que Dieu "connait le mal" mais qu'il lui reste inconcevable. Je ne vois pas pourquoi, ni comment c'est possible.
Est-ce que Dieu comprend les motifs d'une personne qui commet une mauvaise action ? Si une femme tue son mari pour se venger parce qu'il l'a trompé, Dieu peut-il concevoir ce qui s'est passé dans son esprit ?
Isaïe 53, 7 : « Maltraité, il s'humiliait, il n'ouvrait pas la bouche, comme l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir, comme devant les tondeurs une brebis muette, il n'ouvrait pas la bouche ».
Pour le Père Garrigues l’agneau « n’ouvrait pas la bouche » sous les coups car il ne les voyait pas venir à l’avance, cet agneau était tellement innocent qu’il était dans l’incapacité de prévoir à nouveau d’autre coups alors même qu’il en avait déjà reçu précédemment . Car pour le Père Garrigues le mal étonne toujours Dieu. Dieu est innocent du mal, sans complicité avec lui.
Donc pour la femme qui tue son mari infidèle Dieu peut certainement appréhender les idées et les sentiments de détresse de cette femme, mais il ne comprendra certainement pas ce « ressort » qui la poussera à compenser sa souffrance par le meurtre de son mari.
Mais attention : Cette perfection de Dieu dans le bien, dans son innocence, ne l’éloigne pas pour autant de nous. Une des tentations que nous aurions spontanément serait de croire que cette absence de mal en Dieu le rend inaccessible pour les pauvres pécheurs que nous sommes. En tant qu’hommes et femmes partageants cette complicité dans le mal nous avons quelquefois la tentation de croire que cette perfection de Dieu peut être hautaine et froide et ne nous rejoints pas dans notre humanité. Mais ce serait oublier que le péché ne fait pas partie de notre humanité, il blesse au contraire notre capacité de relation à l’autre et n’est certainement pas la vraie source de la compassion. La complicité dans le mal ne nous rapproche jamais ni de Dieu, ni de notre prochain.
« Jésus a partagé notre condition humaine en tout excepté le péché ».
Quand à Marie, elle a été proclamée (au bout d’une polémique de plus de 1000 années) Immaculée Conception : Le mal n’a jamais eu aucun pouvoir sur Marie, aucun droit à revendiquer sur elle. Et cette absence de blessure narcissique rend Marie tellement plus proche de nous : en elle l’orgueil n’a laissé aucune trace de blessure dans sa relation à Dieu et aux autres. N’ayant jamais connus cet état nous ne pouvons que tenter d’imaginer (vainement) un tel état de grâce dans une créature.
Pour donner le dernier mot à l’Ecriture sur notre questionnement je finis mon post par la citation d’un très bel hymne biblique, que nous pouvons méditer tous les deux…
Bien à toi. Olivier C
Ephésiens 1, 3-12 a écrit : Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ,
qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ.
C'est ainsi qu'Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde,
pour être saints et immaculés en sa présence, dans l'amour,
déterminant d'avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ.
Tel fut le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce,
dont Il nous a gratifiés dans le Bien‐Aimé.
En lui nous trouvons la rédemption, par son sang,
la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce, qu'Il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence.
Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté,
ce dessein bienveillant qu'Il avait formé en lui par avance,
pour le réaliser quand les temps seraient accomplis :
ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ,
les êtres célestes comme les terrestres.
C'est en lui encore que nous avons été mis à part, désignés d'avance,
selon le plan préétabli de Celui qui mène toutes choses au gré de sa volonté,
pour être, à la louange de sa gloire, ceux qui ont par avance espéré dans le Christ.



