Bonjour,
Je voudrais répondre sur la rengaine des schismatiques à propos de Dignitatis Humanae et la liberté religieuse, sur lequel la plupart s'appuient, pour l'essentiel, pour professer leur fausses idées sur le sédévacantisme ou la condamnation du Concile Vatican II.
1/ Le fait qu'un texte du concile tel que celui-ci serait en opposition avec la sainte doctrine catholique, ne rend pas le siège de Rome vacant pour autant. Popeye nous l'a démontré sur ce forum. Si il était démontré que les pères du concile ont erré, il faudrait encore démontrer qu'à ce texte aurait du s'appliquer l'infaillibilité pontificale, ce qui n'est pas une certitude. Et nos sédévacantistes nous l'ont justement écrit : celui qui croit d'un coeur sincère mais demeure dans l'erreur, n'est pas hérétique. Donc le pape qui croit d'un coeur sincère ce que professe un concile (un concile n'est pas un pape) ne serait dès lors pas un hérétique. Il faudra donc trouver autre chose que Vatican II, ou apporter à notre pape actuel la preuve qu'il est dans l'erreur avec ce concile, pour qu'il reconnaisse cette erreur et alors soit qu'il la confesse, soit qu'il persiste, seul cas où alors on pourrait le considérer comme un hérétique. Force est de constater que les papes précédent n'ont de toute façon pas été dans cette disposition de persévérer volontairement dans l'erreur ou dans l'ignorance, et donc l'accusation d'hérésie à leur encontre est tout à fait infondée (il me semble)
2/ Peut-on réellement dire que les pères conciliaire ont erré et que Dignitatis Humanae professe une hérésie ? Qu'avons-nous sur la condamnation des sédévacantistes de Dignitatis Humanae et de la liberté religieuse ? Ce que nous cite notre ami sédévacantiste, c'est un petit morceau de Quanta Cura, de Pie IX. Ce qui est savamment éludé du texte c'est ce dont parle Pie IX. Il évoque le naturalisme. Voici le passage complet :
5 - Et de fait, vous le savez parfaitement, Vénérables Frères, il s'en trouve beaucoup aujourd'hui pour appliquer à la société civile le principe impie et absurde du " naturalisme ", comme ils l'appellent, et pour oser enseigner que " le meilleur régime politique et le progrès de la vie civile exigent absolument que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la Religion que si elle n'existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre la vraie et les fausses religions ". Et contre la doctrine de la Sainte Écriture, de l'Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que : " la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n'est dans la mesure où la tranquillité publique le demande ". À partir de cette idée tout à fait fausse du gouvernement des sociétés, ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l'Église catholique et le salut des âmes, que Notre Prédécesseur Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, qualifiait de " délire " (2) : " La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l'entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu'elles soient, par les moyens de la parole, de l'imprimé ou tout autre méthode sans que l'autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite ". Or, en donnant pour certitudes des opinions hasardeuses, ils ne pensent ni ne se rendent compte qu'ils prêchent " la liberté de perdition " (3), et que " s'il est permis à toutes les convictions humaines de décider de tout librement, il n'en manquera jamais pour oser résister à la vérité et faire confiance au verbiage d'une sagesse toute humaine. On sait cependant combien la foi et la sagesse chrétienne doivent éviter cette vanité si dommageable, selon l'enseignement même de Notre Seigneur Jésus-Christ " (4).
6 - Là où la religion a été mise à l'écart de la société civile, la doctrine et l'autorité de la révélation divine répudiées, la pure notion même de la justice et du droit humain s'obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la véritable justice et du droit légitime. D'où l'on voit clairement pourquoi certains, reléguant au dernier rang les plus sûrs principes de la saine raison, sans en tenir compte, osent proclamer que : " La volonté du peuple qui se manifeste par ce qu'on dit être l'opinion publique, ou autrement, constitue la loi suprême dégagée de tout droit divin et humain, et que dans l'ordre politique des faits accomplis, par cela même qu'ils sont accomplis, ont force de droit. "
Dans ce texte, Pie IX fait référence à l'encyclique Mirari Vos de Grégoire XVI, dont voici l'extrait évoqué :
Dans Mirari Vos, Sa Sainteté Grégoire XVI a écrit :Nous venons maintenant à une cause, hélas ! trop féconde des maux déplorables qui affligent à présent l'Église. Nous voulons dire l'indifférentisme, ou cette opinion funeste répandue partout par la fourbe des méchants, qu'on peut, par une profession de foi quelconque, obtenir le salut éternel de l'âme, pourvu qu'on ait des mœurs conformes à la justice et à la probité. Mais dans une question si claire et si évidente, il vous sera sans doute facile d'arracher du milieu des peuples confiés à vos soins une erreur si pernicieuse. L'Apôtre nous en avertit : " Il n'y a qu'un Dieu, qu'une foi, qu'un baptême " (Ad Ephes. IV, 5) ; qu'ils tremblent donc ceux qui s'imaginent que toute religion conduit par une voie facile au port de la félicité ; qu'ils réfléchissent sérieusement sur le témoignage du Sauveur lui-même : " qu'ils sont contre le Christ dès lors qu'ils ne sont pas avec le Christ " (LUC. XI, 23) ; qu'ils dissipent misérablement par là même qu'ils n'amassent point avec lui, et que par conséquent, " ils périront éternellement, sans aucun doute, s'ils ne gardent pas la foi catholique et s'ils ne la conservent entière et sans altération " (Symb. S. Athanas.). Qu'ils écoutent saint Jérôme racontant lui-même, qu'à l'époque où l'Église était partagée en trois partis, il répétait sans cesse et avec une résolution inébranlable, à qui faisait effort pour l'attirer à lui : " Quiconque est uni à la chaire de Pierre est avec moi " (S. Hier. Ep. LVIII). En vain essayerait-on de se faire illusion en disant que soi-même aussi on a été régénéré dans l'eau, car saint Augustin répondrait précisément : " Il conserve aussi sa forme, le sarment séparé du cep ; mais que lui sert cette forme, s'il ne vit point de la racine ? " (S. Aug. in Psal. contra part. Donat.)
De cette source empoisonnée de l'indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire : qu'on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses, à laquelle aplanit la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l'Église et de l'État, va se répandant de toutes parts, et que certains hommes, par un excès d'impudence, ne craignent pas de représenter comme avantageuse à la religion. Eh ! " quelle mort plus funeste pour les âmes, que la liberté de l'erreur ! " disait saint Augustin (S. Aug. Ep. CLXVI). En voyant ôter ainsi aux hommes tout frein capable de les retenir dans les sentiers de la vérité, entraînés qu'ils sont déjà à leur perte par un naturel enclin au mal, c'est en vérité que nous disons qu'il est ouvert ce " puits de l'abîme " (Apoc. IX, 3), d'où saint Jean vit monter une fumée qui obscurcissait le soleil, et des sauterelles sortir pour la dévastation de la terre. De là, en effet, le peu de stabilité des esprits ; de là, la corruption toujours croissante des jeunes gens ; de là, dans le peuple, le mépris des droits sacrés, des choses et des lois les plus saintes ; de là, en un mot, le fléau le plus funeste qui puisse ravager les États ; car l'expérience nous l'atteste et l'antiquité la plus reculée nous l'apprend : pour amener la destruction des États les plus riches, les plus puissants, les plus glorieux, les plus florissants, il n'a fallu que cette liberté sans frein des opinions, cette licence des discours publics, cette ardeur pour les innovations.
Voici donc de quoi il est question (je me suis permis de mettre en gras certaines parties essentielles dont traitent ces deux textes. Le droit dont il est question dans ces textes est à remettre dans son contexte, et n'a rien à voir avec le droit évoqué dans Dignitatis Humanae, comme l'explique d'ailleurs très bien Benoit XVI dans sa réponse aux dubia de Mgr Lefebvre. Le droit qu'évoquent Pie IX et Grégoire XVI est un droit qui prétendrait que son objet a autant de prétention à la vérité que tout autre objet, dès lors qu'il émane de la liberté de conscience. Ce qui est dénoncé et condamné, c'est la fausse doctrine selon laquelle la conscience pourrait déterminer seule ce qui valeur de vérité. C'est le relativisme qu'on observe aujourd'hui, qui prétend que toutes les religions se valent. Cette doctrine était condamnée par l'Eglise et l'est toujours aujourd'hui.
Mais ce droit invoqué par les tenants du relativisme et que dénoncent l'Eglise n'est pas le droit dont parle Dignitatis Humanae : en effet, comme l'explique très bien Benoit XVI, le droit évoqué par Dignitatis Humanae est un droit de la conscience à ne subir aucune forme de coercition. La liberté de conscience dont il est question n'est pas un droit de professer l'erreur, ni même un droit de s'y complaire. C'est un droit d'institution divine, selon lequel Dieu nous a créé libre, libre de l'aimer ou de le rejeter, que cette liberté tient à sa dignité, et que sans avoir de droit de le rejeter, nous devons cependant en être libre. Léon XIII en 1888 dans Libertas Praestantissimum (qu'il faudrait certainement que les sédévacantistes condamnent également, si j'ai bien compris leur raisonnement), explicite la condamnation par l'encyclique Mirari Vos du libéralisme, en rappelant néanmoins les principes mêmes de la tolérance avec lesquels cette condamnation doit cohabiter :
Dans Libertas Praestantissimum, Léon XIII a écrit :Néanmoins, dans son appréciation maternelle, l'Eglise tient compte du poids accablant de l'infirmité humaine, et elle n'ignore pas le mouvement qui entraîne à notre époque les esprits et les choses. Pour ces motifs, tout en n'accordant de droits qu'à ce qui est vrai et honnête, elle ne s'oppose pas cependant à la tolérance dont la puissance publique croit pouvoir user à l'égard de certaines choses contraires à la vérité et à la justice, en vue d'un mal plus grand à éviter ou d'un bien plus grand à obtenir ou à conserver.
Dieu lui-même, dans sa providence, quoique infiniment bon et tout-puissant, permet néanmoins l'existence de certains maux dans le monde, tantôt pour ne point empêcher des biens plus grands, tantôt pour empêcher de plus grands maux. Il convient, dans le gouvernement des Etats, d'imiter celui qui gouverne le monde. Bien plus, se trouvant impuissante à empêcher tous les maux particuliers, l'autorité des hommes doit "permettre et laisser impunies bien des choses qu'atteint pourtant et à juste titre la vindicte de la Providence divine" (S. August., De lib. arb., lib. I, cap. 6, nurn. 14.). Néanmoins, dans ces conjectures, si, en vue du bien commun et pour ce seul motif, la loi des hommes peut et même doit tolérer le mal, jamais pourtant elle ne peut ni ne doit l'approuver, ni le vouloir en lui-même, car, étant de soi la privation du bien, le mal est opposé au bien commun que le législateur doit vouloir et doit défendre du mieux qu'il peut. Et en cela aussi la loi humaine doit se proposer d'imiter Dieu, qui, en laissant le mal exister dans le monde, "ne veut ni que le mal arrive, ni que le mal n'arrive pas, mais veut permettre que le mal arrive. Et cela est bon". Cette sentence du Docteur angélique contient, en une brève formule, toute la doctrine sur la tolérance du mal.
Mais il faut reconnaître, pour que Notre jugement reste dans la vérité, que plus il est nécessaire de tolérer le mal dans un Etat, plus les conditions de cet Etat s'écartent de la perfection ; et, de plus, que la tolérance du mal appartenant aux principes de la prudence politique, doit être rigoureusement circonscrite dans les limites exigées par sa raison d'être, c'est-à-dire par le salut public. C'est pourquoi, si elle est nuisible au salut public, ou qu'elle soit pour l'Etat la cause d'un plus grand mal, la conséquence est qu'il n'est pas permis d'en user, car, dans ces conditions, la raison du bien fait défaut. Mais, si, en vue d'une condition particulière de l'Etat, l'Eglise acquiesce à certaines libertés modernes, non qu'elle les préfère en elles-mêmes, mais parce qu'elle juge expédient de les permettre, et que la situation vienne ensuite à s'améliorer, elle usera évidemment de sa liberté en employant tous les moyens, persuasion, exhortations, prières, pour remplir comme c'est son devoir, la mission qu'elle a reçue de Dieu, à savoir, de procurer aux hommes le salut éternel.
Mais une chose demeure toujours vraie, c'est que cette liberté, accordée indifféremment à tous et pour tous, n'est pas, comme nous l'avons souvent répété, désirable par elle-même, puisqu'il répugne à la raison que le faux et le vrai aient les mêmes droits, et, en ce qui touche la tolérance, il est étrange de voir à quel point s'éloignent de l'équité et de la prudence de l'Eglise ceux qui professent le Libéralisme.
Voilà, comme vous le voyez, Léon XIII a déjà précédé Dignitatis Humanae. Pour rappeler le contexte, son encyclique visait à éclairer les fidèles catholiques sur la liberté humaine.
Voilà, question 1 : déposez-vous également Léon XIII ?
Question 2 : que pensez-vous de cette continuité de la Sainte Doctrine Catholique qui va de Grégoire XVI à Pie IX, à Léon XIII et jusqu'au Concile Vatican II, sans jamais dévier de sa route, mais toujours en s'explicitant un peu mieux, selon les nécessités du temps dans lequel nous vivons ? C'est tellement vrai que l'encyclique qui condamne le libéralisme religieux (celle de Grégoire XVI) et celle qui invoque la tolérance (celle de Léon XIII) s'appuient toutes deux sur des citations de Saint Augustin qui vont chacune dans leur sens. Il faudrait donc qu'il y ait une contradiction dans l'esprit même de Saint Augustin, et qu'on ne sache plus à laquelle de ses pensées se vouer.