Quelle relation entre le prêtre et les fidèles ?

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jean_droit
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Re: Quelle relation entre le prêtre et les fidèles ?

Message non lu par jean_droit »

Je suis assez d'accord avec vous, Serge.
Mon curé n'est pas très apprécié parce qu'il a, peut être, un caractère renfermé.
Un de ses collègues m'a dit : "Il faut l'aimer".
Cette petite phrase m'est toujours présente.
Il faut essayer de le comprendre sans passer son temps à le critiquer.
Quand il dit sa messe devant une ou deux personnes, que doit-il penser en lui même.
Quand il préside des baptêmes, des mariages ou des enterrements devant des "pseudo-paroissiens" muets et "ailleurs", que doit-il penser ?
Il me semble qu'il faut entourer nos prêtres d'affection et de respect.
Et les aider ...
Mon curé m'a dit que pour Noël dernier il avait dû, seul ou non ?, balayer l'église.
Chacun peut bien, s'il le veut, consacrer quelques heures à sa paroisse et faire en sorte d'épauler le plus possible son curé.
Il faut, aussi, faire attention de ne pas en arriver à décider à la place du curé.
Un certain nombre de prêtres se plaind de l'influence envahissante de certains laïcs.
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philémon.siclone
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Confusion entre les disciples et la foule

Message non lu par philémon.siclone »

Lorsqu'on lit les Évangiles, on voit qu'à tout moment les disciples sont nettement distingués de la foule. Le Christ ne s'adresse pas à la foule (turba) de la même manière qu'aux disciples (discipuli). Non pas que la foule est condamnée, mais qu'il y a réellement deux catégories de chrétiens, les disciples étant ceux qui abandonnent tout pour suivre Jésus, jusqu'à quitter le monde (St. Luc, 18, 28). On retrouve cette distinction lorsque St. Paul parle du mariage, qu'il déconseille, sauf si l'on ne peut se contenir (1re épître aux Cor., 7). Du temps des premiers siècles, où l'Église était persécutée, les exigences pour être chrétien, étaient élevées. Les pénitences, par exemple, ou l'ascèse, étaient sans commune mesure avec ce que nous connaissons, sans parler de la vie liturgique, voire la vie communautaire, qui devaient être d'un rythme autrement plus dense que ce que vivent les chrétiens de base aujourd'hui.

Les premiers relâchement commencent au moment où le christianisme devient religion d'État, et donc religion de masse : avec la Paix de l'Église. Les jeûnes et les pénitences deviennent beaucoup moins sévères. Mais c'est alors qu'apparaît de façon formelle la distinction dont je parlais plus haut : entre religieux et laïcs, entre ceux qui quittent tout, et ceux qui sont trop faibles pour se séparer complètement du monde. Deux catégories de chrétiens, deux états de vie très différents, avec des exigences qui ne sont pas les mêmes. Mais pour viser un même but : le Salut, commun à tous. Sauf que certains devront passer par le Purgatoire.

Je veux en venir aux années 1960 : époque où l'on a tout chamboulé, et où surtout le laïc a voulu se mettre à la place du prêtre, envahir le choeur, la sacristie, toucher au calice, au tabernacle, aux ostensoirs, aux espèces consacrées, administrer les sacrements, animer la prière commune, et tout cela sans avoir cependant quitté le monde, sans avoir tout abandonné pour suivre Jésus.

Paradoxalement, dans le même temps, le niveau d'exigence a d'une certaine manière augmenté vis-à-vis du paroissien lambda. Autrefois assistant anonyme et inaperçu, se livrant à ses petites dévotions sans se faire remarquer, dans la pénombre de l'église, aujourd'hui, le fidèle est tiraillé de tous les côtés. D'abord, il n'y a plus de pénombre, dans les églises actuelles, on ne peut plus se cacher. Ensuite, on est toujours sollicité, pour chanter des chants cul-cul la praline, ouvrir les bras au Notre-Père, serrer des mains, se retourner... Quand on y pense, c'est très exigeant, la participation des fidèles. Finalement, je comprends que certains se soient dit qu'ils étaient plus tranquilles avant. Et sans doute moins stressés !

Et en fait : cela n'a rien de paradoxal. Car si l'on veut gommer la distinction entre la turba et les discipuli, effectivement il est logique d'être exigeant, au risque de chasser tous les amateurs. C'est là que je veux en venir : est-ce que les réformes des années 1960 ne visaient pas à aplanir les différences, jusqu'à contester même la notion de "laïc", en relevant le niveau d'engagement dans les paroisses, en exigeant du fidèle qu'il participe activement, en remettant en cause la notion de sacré réservé à un espace réduit (le choeur), à certains objets (ustensiles sacrés, linges, sacrements) et à certaines mains vénérables (celles du prêtre), pour l'étendre à toute l'église, avec déplacement de l'autel en plein milieu et la profanation des espaces, objets et sacrements (ou plutôt l'extension de la sacralité jusqu'à ne plus avoir de sens) ? Tout est devenu sacré, et donc plus rien ne l'est.

Et bien sûr, on pouvait s'y attendre, l'exigence étant tellement élevée, le gros du peuple s'est enfui parce qu'on ne lui permettait plus de mener sa petite vie pépère dans son coin. Ce que je veux dire par là : on a sans doute raison de pousser le chrétien à ne pas vivre replié sur lui-même (sujet principal de 80 % des sermons actuels), mais a-t-on eu raison de nier cette réalité, cette distinction existant depuis toujours, entre ceux qui peuvent tout quitter, mais qui ne sont qu'une poignée de privilégiés, et les faibles, incapables de se contenir, et qui sont la majorité, bref cette distinction entre les religieux et les laïcs ? Et en plaçant la barre si haut, n'a-t-on pas précipité dehors cette nuée de faibles qui ne disposent, à présent, plus d'aucun secours de la religion ?
Anima nostra sicut passer erepta est de laqueo venantium
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Re: Confusion entre les disciples et la foule

Message non lu par Invité »

Si je puis me permettre, cette analyse n’est –elle pas biaisée
1-par le sentiment de décalage entre ce qui est ressenti par rapport a la pratique séculaire édifiée progressivement ,et la simplification brusque a une tentative de revenir a la simplicité apostolique ?
2-par une pratique apostolique, mais lue au travers des écrits postapostoliques ?
Je m’explique :
Si je puis partager votre perception de la lecture des Evangiles et des lettres apostoliques où y a bien un appel ,et que l’acceptation de cet appel a devenir disciple par rapport au mélange bigarré qui compose la foule, qui elle ne fait qu’écouter , distingue l’une de l’autre .Mais cela reste malgré tout qu’il y a un appel dans lequel les membres ne sont pas différents ( dans cet appel ). Il n’y a pas deux classes de chrétiens .Il peut y avoir des charges dans cet appel sous conditions de les remplir.-Tite 1 :5-7
Ceux qui quittèrent tout ne négligèrent pas pour autant leurs engagements familiaux au point de les abandonner. Par exemple Jésus guérit un jour la belle-mère de Pierre- Jean se vit confier par Jésus sa mère. La distinction laïc – religieux n’était pas . Il suffit de relire la lettre de Paul en 1 Tim. 3 :1 a 5 : si quelqu’un aspire a la charge d’évêque( episcope= surveillant) il faut qu’il saut irréprochable , mari d’une seule femme , présidant sa maison d’une belle manière , qui tienne ses enfants dans la soumission.Ces presbytres quittèrent tout , c'est-à-dire parfois des emplois lucratifs , leurs intérêts personnels , pour s’occuper plus pleinement de l’ecclésia locale .Cette séparation se fit progressivement ,par l’établissement d’une religion d’état. D’excellents ouvrages historiques relatent l’Eglise des premiers siècles .. Ils devinrent des « fonction rémunérées » aux quelles ont vint a demander des exigences qui n’étaient pas apostoliques , tel que le célibat .
Pour ce qui est de l’autel tourné vers le peuple ou pas , de toucher au calice ,rien n’est dit dans ce domaine, la coupe contenant le vin n’était l’objet d’un rite , car elle n’était que l’un des éléments ordinaire de la table –Mat 22 :20 .
Je puis comprendre votre difficulté dans cette cassure des années 60 ,pour un catholique mais , n’est –ce pas une tentative a désacraliser des détails inutiles a l’enseignements , qui encombrent la foi. ?- 2 Cor. 5 :7
Cordialité a vous tous
Le Béréen
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philémon.siclone
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Re: Confusion entre les disciples et la foule

Message non lu par philémon.siclone »

Vous ne prenez pas en compte l'évolution vivante de l'organisation de l'Eglise, surtout dans les premiers siècles. Tous les choix étaient justifiés. Et l'Eglise agit sous l'inspiration du Saint-Esprit. C'est bien beau de citer la Bible, mais ce n'est pas un code religieux. Il ne faut pas prendre le NT pour la Thora. L'Eglise est vivante.
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