Bonjour CyberTruc,
Quelques éléments de réponse, qui, j'en ai bien conscience, ne répondront pas à toutes vos questions pertinentes.
CyberTruc a écrit : ↑mar. 10 mars 2026, 14:04
Je suis d'accord avec vous. Mais j'ajouterais que la Bible, la Tradition et le Magistère ne peuvent pas se contredire entre eux car la Vérité est une. Dès lors, les versets que j'ai rapportés ici restent pertinents même si la Bible n'est pas la seule source de vérité. Rappelons avec humilité qu'au court de son histoire, l’Église a parfois mal interprété des textes Bibliques avec des conséquences plus ou moins graves.
Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même est venu ccomplir par interprétation certaines lourdeurs de la loi pharisaïque, mal comprises.
Jésus n'a pas tout codifié, il y a des éléments de droit divins, des éléments de droit ecclésial... les paroles de Jésus sont bien sûr de droit divin, mais Jésus n'est pas rentré dans chacun des détails qui doivent régir la vie ecclésiale, points qui au demeurant peuvent tenir compte du progrès moderne ou de la vie de la société.
Je répond que l’Église a également décidé de lancer les croisades et a établit que la Terre était le centre de l’Univers. Sur bien des sujets elle s’est rétractée. Je pense donc qu’un questionnement sérieux et honnête ne peut jamais faire de mal.
Vous comparez des choses qui ne sont pas du tout sur le même plan.
La question du remariage des divorcés remariés est une question théologique. Les autres questions ne le sont pas. Si je demande à Léon XIV de dessiner les plans d'une centrale nucléaire, il y aura probablement des erreurs que relèverait facilement un ingénieur en physique nucléaire.
Les points que je questionne sont ceux-ci :
le remariage est-il toujours un péché ? Les Saintes Écritures ne mentionnent-elles pas plusieurs exceptions (voir mon premier post) qu'il ne faudrait pas ignorer ? Pourquoi faire fi de ces passages, ou leur donner des interprétations bancales ?
Parce que justement, l'incise est relativement imprécise et que c'est à l'Eglise de définir, du mieux qu'elle peut et en essayant de coller au maximum à ce qui lui a été laissé.
Remarquez qu'à supposer que l'Eglise se trompe (!), cela ne donne pas droit à la désobéissance.
Et même si les divorcés-remariés étaient en état de péché :
- que penser du second mariage ? Nous savons que dans le sacrement du mariage, “ce sont les époux qui, comme ministres de la grâce du Christ, se confèrent mutuellement le sacrement du Mariage” (Catéchisme de l’Église catholique). Nous savons également que l’Église reconnaît comme indissoluble le mariage célébré en dehors d’un cadre catholique (par exemple le mariage civile). Sans dire qu’il y aurait ici un sacrement à proprement parler, il semble tout de même qu’il y a une union à caractère indissoluble qu’il convient dès lors de prendre en compte. On en arrive alors à une situation où le divorcé-remarié pèche en restant avec son épouse, et pèche en se séparant d’elle, ce qui me semble difficilement concevable.
Alors quelques réserves.
D'abord, le mariage, pour être valide (décret Tametsi) devait être célébré devant le curé.
Et je rappelle que pendant des siècles, le mariage religieux suffisait à lui seul.
Ensuite, vous confondez deux situations : celle où aucun des époux n'est baptisé et l'autre où les deux époux sont baptisés (je mets à part le troisième cas -un seul époux baptisé - parce que mon point ne nécessite pas de rentrer dans le détail théologique).
Si deux personnes non baptisées sont mariées civilement, l'Eglise peut effectivement reconnaître la validité de leur mariage, remarquez néanmoins que cette reconnaissance est dépourvue de toute conséquence puisque, n'étant pas chrétien, a priori ils ne solliciteront jamais la sainte Eglise.
En revanche, si deux baptisés se marient civilement, l'Eglise ne considérera pas que leur mariage soit indissoluble. La meilleure preuve est que si M. veut rompre et se marier à l'Eglise avec une autre, il pourra le faire. Ils ne sont pas mariés aux yeux de l'Eglise.
L'Eglise n'exige pas le mariage religieux à l'Eglise pour des non baptisés (évidemment), donc il faut bien se raccrocher à la seule chose qu'ils ont, à savoir le mariage civil. Mais pour des baptisés appelés à se marier religieusement, le mariage civil n'a aucune valeur.
- en poursuivant le premier point, je rappelle que dans l’union charnelle, l’homme et la femme font véritablement un, peu importe qu’ils soient mariés ou non et même dans les pires circonstances : “Ne le savez-vous pas ? Celui qui s’unit à une prostituée ne fait avec elle qu’un seul corps. Car il est dit : Tous deux ne feront plus qu’un.” (1 Co 6, 16). Il y a donc une véritable union des corps (“tous deux ne feront qu’une seule chair”) telle que décrite dans la Bible entre le divorcé-remarié et sa nouvelle épouse. Ils font véritablement un.
En poussant à l'extrême votre logique, l'homme qui a couché avec une prostituée serait engagé avec elle jusqu'à la mort ?
- suite au point précédent, je ne puis m’empêcher de relever qu’un divorcé-remarié (ou un homme toujours marié) qui coucherait avec une femme différente tous les soirs aurait toujours de bon droit accès aux sacrements, alors que l’homme remarié vivant le plus chrétiennement possible, fidèle à sa seconde épouse, élevant ses enfants dans la foi chrétienne, en est exclu automatiquement sans autre forme de procès.
Alors oui mais non.
L'homme qui coucherait avec une femme différente tous les soirs serait dans une situation de fornication et coupé de la grâce divine. Il devra donc se confesser, avec un profond regret, et dans l'intention de ne plus jamais repécher à l'avenir. Ce qui est incompatible avec le fait, sitôt de sortir du confessionnal, d'appeler Micheline pour planifier son prochain RDV galant. Donc, non.
Par ailleurs, l'homme divorcé remarié ne vit pas "le plus chrétiennement possible", puisqu'il vit maritalement avec une femme qui n'est pas la sienne.
- le divorcé-remarié est il dans un état constant de péché répété, ou a-t-il péché une fois en se remariant pour ensuite en subir les conséquences mais sans re-commettre de faute continuellement ? La question est développée ici :
https://www.lavie.fr/actualite/societe/ ... -19974.php par Mgr Jean-Paul Vesco
notons que ce n'est que l'opinion personnelle de Mgr Vesco, qui s'inscrit en faux contre la Tradition et le Magistère.
Je ne suis pas d'accord avec sa thèse, car le péché, dans le cas du divorcé remarié, ne se limite pas au remariage, mais est réitéré à chaque union sexuelle avec celle qui n'est pas sa femme. En effet, l'Eglise n'autorise pour un baptisé catholique que de coucher avec sa femme avec qui on s'est marié à l'Eglise. Il n'y aurait plus de péché, comme nous le disait Jean-Paul II, si le divorcé remarié vivait avec sa femme comme frère et soeur.
Voilà donc mon opinion. Je comprend bien la logique de mon Église mais différents éléments dans cette logique me semblent pour le moins discutables… donc je suis venu en discuter ici car je suis personnellement concerné. C’est important pour moi.
Je ne peux que saluer votre démarche de questionnement. Je tempère néanmoins en disant que la loi ne peut pas changer au motif que l'on est soi même dans une situation réprimée par la loi et que celle-ci ne nous va pas. Ou pour le dire plus précisément : la validité et le bien fondé de la loi ne peuvent pas dépendre de notre situation personnelle. Un exemple caricatural : la loi interdit de frapper quelqu'un, j'ai un voisin absolument insupportable qui me casse les oreilles avec sa musique tous les soirs, bien que ce soit entendable, ce n'est pas un motif pour aller lui casser la figure parce que j'ai envie, ce serait toujours un délit.
Je terminerai ce post en écrivant une réflexion qui n’apportera rien à la discussion mais que j’ai sur le cœur : ce n’est pas un secret qu’il est bien trop fréquent que des personnes qui ne le devraient pas reçoivent la communion. Je parle du pécheur invétéré qui n’a absolument aucune intention de changer et qui se complaît dans son péché quel qu’il soit, je parle du tonton complètement athée qui est venu à la communion de son neveu et qui fait la file comme tout le monde pour suivre le protocole, je parle de toutes ces apparentes hosties dont nous savons qu’elles sont véritablement le corps de notre Seigneur Jésus-Christ qui sont prises avec la plus totale désinvolture. N’est-ce pas là le drame ? Est-ce vraiment à la personne remariée - qu’elle pense être dans le péché ou non, qu’elle le soit effectivement ou pas - est-ce bien à cette personne qui vit ardemment sa foi et qui languit après le Christ “comme le cerf après les sources d’eau”, est-ce bien à elle qui gémit “me voici devant toi comme une terre assoiffée” devant son Seigneur qu’elle reconnaît et qu’elle aime mais qu’elle ne peut approcher; est-ce vraiment à elle qu’il faut le refuser ?
Qu'il y ait sûrement des gens qui communient n'importe comment, oui. Est-ce une raison pour faire de même, non. Toutes proportions gardées, vous me faites penser à la FSSPX qui essaye de légitimer désespérement ses nouveaux sacres en expliquant que puisque les Chinois font n'importe quoi, eux aussi ils ont le droit, c'est dire la pauvreté de leur argumentation et la faiblesse de leur position...
j'ai envie de dire, au contraire ; il y a suffisamment de mal comme cela sur terre, cela devrait nous pousser à tenter de "compenser" par un plus grand respect du sacrement.
La communion n'est pas un dû, c'est un immense cadeau, mais il est conditionné au fait d'être en état de grâce ; de la même manière, et j'ai bien conscience des limites de la comparaison, si la Reine d'Angleterre ou le Pape au temps de sa vie décidait de venir chez moi, je m'arrangerais pour que mon logis soit aussi propre que possible. Le "logis" de notre Seigneur dans l'Hostie, c'est notre coeur, qui doit être aussi propre que possible, c'est à dire être en état de grâce. Les divorcés remariés ne le sont objectivement pas.
De manière analogue, dans notre paroisse, on a deux catéchumènes qui vivent en couple, ils se sont engagés devant l'évêque, une fois le baptême célébré, à vivre comme frère et soeur jusqu'à leur mariage religieux. Cela va être dur, disent-ils, mais ils le font par obéissance envers l'Eglise.
J'entends parfaitement que cela puisse être un motif de souffrance que de devoir s'abstenir de relations conjugales avec celle que l'on aime et dont on est aimé. Mais cet effort a pu être réalisé par plein de prêtres, de religieux, de célibataires cherchant à se marier qui n'ont pas pu l'être... Il suffit de se tourner vers la vie de Notre Seigneur et de sa sainte Mère, qui ont énormément souffert, le premier par obéissance au Père. Le bonheur n'est pas pour la vie terrestre, il est pour la vie céleste... à condition d'y arriver.
Qu'allez vous dire - selon l'imagerie populaire - à saint Pierre à votre mort ? Comment les divorcés remariés expliqueront-ils qu'ils ont préféré, en toute connaissance de cause, la jouissance du corps au lieu des instructions et préceptes du corps mystique du Christ, son Eglise, dirigée par le vicaire du Fils de Dieu, successeur de saint Pierre ?
A un moment, la seule chose qui va compter, c'est de savoir si on est au ciel ou en enfer. Ce serait dommage de risquer la damnation éternelle...
je prierai pour vous.
j'ai bien conscience du caractère lacunaire de ma réponse, mais trouver tous les éléments pour répondre à votre question prendrait trop de temps, je ne suis pas théologien, je me bornerai juste à dire "à un moment, il faut faire confiance à l'Eglise".