par Pneumatis » mer. 24 mars 2010, 0:25
Luis a écrit :Je ne suis pas d'accord : je crois que Benoît XVI parle de principes et non des modèles économiques, qui témoignent justement d'une vision de l'existence purement productiviste et utilitariste, non en raison des données qu'ils intègrent, mais en raison de leur objet même.
Mais il s'agit exactement de la même chose il me semble. Je crois que c'est parce que vous limitez vous-même le champ de l'économie aux relations marchandes que vous l'opposez à des données telles que celles qui quantifieraient l'activité gratuite ou solidaire.
Une définition assez générale de l'économie, ou de l'activité économique, se formule ainsi :
l'activité humaine ou son étude, qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et services.
Cette activité humaine concerne déjà aussi la réalité du don et de la gratuité. Ils font donc déjà partie de l'activité économique telle qu'elle se définie. Je pense, comme vous, qu'il faut en ajouter dans la réalité de l'activité humaine, oui. Mais je ne pense pas qu'ils en soit absents. Et si cette réalité est présente à l'activité humaine, alors elle doit être prise en compte dans les sciences économiques. Pour l'heure ce n'est pas le cas. Leur prise en compte, dans un élargissement des sciences économiques à cette branche ignorée de l'activité économique qu'est le don, en tant que richesse, amènerait de fait à une incitation au développement de cette richesse bien réelle.
Le don est présent, insuffisamment présent certes, mais il est présent dans l'activité humaine productrice et médiatrice de biens et service. Il n'y est simplement pas comptabilisé (valorisé), et en tant que tel n'est pas considéré comme une richesse. Il n'est donc guère plus considéré que comme une activité parasite dans les calculs de corrélation des indices existants.
En bref, je prétends ici qu'il faut compléter le modèle économique en y intégrant cette réalité économique qu'est le don. Et de ce que j'en comprends, vous opposez cette réalité du don aux autres réalités économiques, en réduisant a priori la définition de l'économie au cadre limité des modèles théoriques existants, qui ignorent effectivement cette réalité. Ce n'est pas parce que le don est absent de nos modèles économiques qu'il n'est pas une activité économique. En tant qu'activité économique, même (et surtout) potentielle, il doit être abordé par les sciences économiques, au même titre que n'importe quelle autre richesse.
La question qui me vient, en choisissant un peu trop rapidement mes termes (désolé), c'est de savoir si il faut considérer le "don" comme une "activité économique" ou comme une "richesse économique" ? Quelque chose me dit qu'il est les deux. Le don est à la fois une activité productrice ou médiatrice de biens et de services. Mais c'est aussi une richesse pour lui-même dans ce qu'il satisfait les personnes par sa seule existence (indépendamment des biens et services qu'il véhicule). Je me rends compte, sans m'assurer que cela tiendrait debout mathématiquement, que c'est peut-être là la condition pour pouvoir équilibrer économiquement le don. Pour faire une petite analogie comptable, au crédit irait la valeur du service rendu gratuitement (en terme de satisfaction du besoin), et au débit la richesse humaine qu'est le don lui-même pour celui qui le pratique. Bon d'accord, c'est très simpliste dit comme ça, mais c'est pour montrer qu'un équilibre économique est possible dès lors qu'on considère le don comme un bien en lui-même, en plus d'être une activité économique. A ce sujet, j'aimerais bien que Charles développe un peu ces théories du don et du contre-don et de ce qu'il évoque ensuite...
Ailleurs vous dites une chose très intéressante Luis, et qui m'interpelle : c'est que la gratuité c'est justement ce qui ne se mesure pas. Je suis d'accord a priori, et en effet ça met tout mon plan par terre. Mais je ne suis pas en reste. Je vais encore y réfléchir parce que j'abandonne rarement comme ça une intuition pour revenir bredouille à mon point de départ (oui, parce qu'avant-hier encore, sur le sens de ces passages de Caritas in Veritate, je pensais tout comme vous, figurez-vous). La nuit porte conseil.
Ceci dit, si quelqu'un d'autre à une opinion argumentée à proposer là-dessus...
[quote="Luis"]Je ne suis pas d'accord : je crois que Benoît XVI parle de principes et non des modèles économiques, qui témoignent justement d'une vision de l'existence purement productiviste et utilitariste, non en raison des données qu'ils intègrent, mais en raison de leur objet même.[/quote]
Mais il s'agit exactement de la même chose il me semble. Je crois que c'est parce que vous limitez vous-même le champ de l'économie aux relations marchandes que vous l'opposez à des données telles que celles qui quantifieraient l'activité gratuite ou solidaire.
Une définition assez générale de l'économie, ou de l'activité économique, se formule ainsi : [i]l'activité humaine ou son étude, qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et services[/i].
Cette activité humaine concerne déjà aussi la réalité du don et de la gratuité. Ils font donc déjà partie de l'activité économique telle qu'elle se définie. Je pense, comme vous, qu'il faut en ajouter dans la réalité de l'activité humaine, oui. Mais je ne pense pas qu'ils en soit absents. Et si cette réalité est présente à l'activité humaine, alors elle doit être prise en compte dans les sciences économiques. Pour l'heure ce n'est pas le cas. Leur prise en compte, dans un élargissement des sciences économiques à cette branche ignorée de l'activité économique qu'est le don, en tant que richesse, amènerait de fait à une incitation au développement de cette richesse bien réelle.
Le don est présent, insuffisamment présent certes, mais il est présent dans l'activité humaine productrice et médiatrice de biens et service. Il n'y est simplement pas comptabilisé (valorisé), et en tant que tel n'est pas considéré comme une richesse. Il n'est donc guère plus considéré que comme une activité parasite dans les calculs de corrélation des indices existants.
En bref, je prétends ici qu'il faut compléter le modèle économique en y intégrant cette réalité économique qu'est le don. Et de ce que j'en comprends, vous opposez cette réalité du don aux autres réalités économiques, en réduisant a priori la définition de l'économie au cadre limité des modèles théoriques existants, qui ignorent effectivement cette réalité. Ce n'est pas parce que le don est absent de nos modèles économiques qu'il n'est pas une activité économique. En tant qu'activité économique, même (et surtout) potentielle, il doit être abordé par les sciences économiques, au même titre que n'importe quelle autre richesse.
La question qui me vient, en choisissant un peu trop rapidement mes termes (désolé), c'est de savoir si il faut considérer le "don" comme une "activité économique" ou comme une "richesse économique" ? Quelque chose me dit qu'il est les deux. Le don est à la fois une activité productrice ou médiatrice de biens et de services. Mais c'est aussi une richesse pour lui-même dans ce qu'il satisfait les personnes par sa seule existence (indépendamment des biens et services qu'il véhicule). Je me rends compte, sans m'assurer que cela tiendrait debout mathématiquement, que c'est peut-être là la condition pour pouvoir équilibrer économiquement le don. Pour faire une petite analogie comptable, au crédit irait la valeur du service rendu gratuitement (en terme de satisfaction du besoin), et au débit la richesse humaine qu'est le don lui-même pour celui qui le pratique. Bon d'accord, c'est très simpliste dit comme ça, mais c'est pour montrer qu'un équilibre économique est possible dès lors qu'on considère le don comme un bien en lui-même, en plus d'être une activité économique. A ce sujet, j'aimerais bien que Charles développe un peu ces théories du don et du contre-don et de ce qu'il évoque ensuite...
Ailleurs vous dites une chose très intéressante Luis, et qui m'interpelle : c'est que la gratuité c'est justement ce qui ne se mesure pas. Je suis d'accord a priori, et en effet ça met tout mon plan par terre. Mais je ne suis pas en reste. Je vais encore y réfléchir parce que j'abandonne rarement comme ça une intuition pour revenir bredouille à mon point de départ (oui, parce qu'avant-hier encore, sur le sens de ces passages de Caritas in Veritate, je pensais tout comme vous, figurez-vous). La nuit porte conseil.
Ceci dit, si quelqu'un d'autre à une opinion argumentée à proposer là-dessus...