Indicateur de progrès économique

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Christophe
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Indicateur de progrès économique

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Bonjour

Si l'économie a pour finalité la satisfaction des besoins matériels de l'homme, alors un indicateur du progrès économique doit refléter la capacité du système économique à satisfaire les besoins matériels de l'homme.
Bien que les biens matériels qui répondent à des besoins ne soient pas tous "marchands" (c'est-à-dire soumis à la loi du marché), leur valeur monétaire peut néanmoins être évaluée. Et l'on peut évaluer le progrès économique d'un pays par l'augmentation du revenu des habitants.

Toutefois, il est nécessaire de prendre en compte certains éléments supplémentaires :
  • La répartition de cette richesse, car le revenu moyen peut cacher de grandes disparités et donc de profonds dysfonctionnement du système économique
  • L'évaluation non seulement du revenu national, mais également du patrimoine national. Le revenu national (et son évolution) montre le dynamisme économique quand le patrimoine reflète la performance cumulative du système économique en tenant compte de ce que nous avons hérité des générations précédentes ou de la nature généreuse.
  • Cette évaluation du patrimoine doit prendre en compte autant les mécanismes de création de richesse, comme ceux qui sont destructeurs de richesse (pollutions, destructions, vieillissement, etc.). On pourra donc calculer un "revenu net moyen" qui va caractériser l'augmentation nette de la richesse par habitant : l'amélioration ou la détérioration de la capacité du système à satisfaire les besoins économiques de la population.
Cela peut paraître futile, mais avoir un (ou plusieurs) bon(s) indicateur(s) peut faciliter l'orientation de l'économie vers sa finalité authentique tant nous sommes "obnibulés" par l'aiguille indiquée sur le compteur... Aujourd'hui, l'indicateur utilisé est le PIB qui n'est pas dépourvu de qualités mais souffre également d'insuffisances de graves insuffisances signalées dans d'autres messages.

Pax
Christophe
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Pneumatis
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Re: Indicateur de progrès économique

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Bonjour,

Je fais remonter ce sujet parce que je me pose quelques questions économiques et il me semble qu'en ces temps de crise, l'économétrie qui nous sert non seulement à qualifier une conjoncture de "crise" mais aussi à objectiver les moyens d'en sortir, est un peu au coeur du problème.

Nous sommes en effet couramment les yeux fixés sur la croissance du PIB pour orienter notre politique économique. D'autant plus que des lois économiques comme la Loi d'Okun, mettent en corrélation mathématique (et linéaire) la croissance du PIB et la variation du taux de chômage. On imagine alors aisément qu'avec des outils pareils, au problème sociologique assez central de l'accès au travail on réponde par une contemplation béate du PIB.
Dans Caritas in Veritate, Benoit XVI a écrit :Le grand défi qui se présente à nous, qui ressort des problématiques du développement en cette période de mondialisation et qui est rendu encore plus pressant par la crise économique et financière, est celui de montrer, au niveau de la pensée comme des comportements, que non seulement les principes traditionnels de l’éthique sociale, tels que la transparence, l’honnêteté et la responsabilité ne peuvent être négligées ou sous-évaluées, mais aussi que dans les relations marchandes le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale. C’est une exigence de l’homme de ce temps, mais aussi une exigence de la raison économique elle-même. C’est une exigence conjointe de la charité et de la vérité.
Trouver sa place à l'intérieur de l'activité économique, c'est nécessairement trouver sa place dans les indicateurs économétriques. Il en découle la nécessité de proposer des indicateurs économiques basées sur une évaluation objective (chiffrée) des relations de gratuité, de miséricorde et de communion (Caritas in Veritate). La difficulté est évidemment de formaliser les données, et si elles n'existent pas, de les collecter.
Dans Caritas in Veritate, Benoit XVI a écrit :34. L’amour dans la vérité place l’homme devant l’étonnante expérience du don. La gratuité est présente dans sa vie sous de multiples formes qui souvent ne sont pas reconnues en raison d’une vision de l’existence purement productiviste et utilitariste.
Dans Wikipedia, on trouve aussi ceci :
Marilyn Waring, première femme députée au Parlement néo-zélandais, a souligné que les tâches ménagères et le temps consacré par les parents à l’éducation des enfants, en particulier par les femmes et surtout les femmes dites « inactives », étaient occultés par les mesures de production par individu. En outre, des indicateurs comme le PIB mesurent mal l'économie informelle ou les services domestiques comme le faisait remarquer Alfred Sauvy.
A son tour, la commission Stiglitz semble avoir commencé à remettre en cause (Dieu merci) le PIB comme indicateur économique de référence. Il semble que cette commission ait pu notamment établir qu'en France les services produits par les ménages en 2009 pour leur propre usage ajouteraient 35% à la richesse nationale (source : Wikipedia). Nous ne sommes pas là dans le don et la gratuité mais dans le service informel non marchand dont le PIB ne tient déjà plus compte.

Si on veut donc pousser plus loin, il convient de trouver un indicateur de progrès économique qui permettrait de mesurer, pourquoi pas en valeur de biens, la quantité de dons reçus par les associations caritatives, ou encore de comptabiliser le temps consacré par les familles à l'éducation des enfants et aux tâches ménagères, au bénévolat. Ou encore valoriser plus fortement l'activité d'intérêt générale constituée par les services de santé et de sécurité. Valoriser l'activité cultuelle et culturelle. Mesurer également la solidarité d'un pays avec d'autres pays, etc... En modifiant les indicateurs de progrès, on modifie le cadre de référence de l'économie. Imaginez que demain on puisse évaluer la croissance économique d'un pays comme une part de la croissance du don fraternel entre les hommes vivants dans ce pays... Il me semble aujourd'hui que c'est exactement ce que suggère Benoit XVI dans son encyclique.

Si il y a des amateurs d'économie... moi je suis incapable de savoir comment on peut formaliser concrètement un indicateur économique, ni précisément ce qu'on peut mettre dedans, mais ce sont des pistes de réflexion que je propose et laisse au soin de personnes plus compétentes de développer.
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Cgs
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Re: Indicateur de progrès économique

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Bonjour,

Cette façon de penser l'économie bouleverse les fondements sur lesquels elle s'est constituée depuis le XVIIIème siècle. En effet, toute la microéconomie du XIXème siècle est fondée sur un postulat d'individus rationnels, sans aucune considération éthique ou sociologique.

Aujourd'hui, la recherche en économie a essayé d'élargir cette vision trop mécaniste de l'homme. Il y a beaucoup de travaux là-dessus, par exemple les théories du don et du contre-don. Cela fait longtemps que je n'étudie plus cela de près, mais il y a, à mon avis, deux axes de recherche possibles :

:arrow: essayer de prendre en compte, par une logique de marché, ce qui n'entre pas dans le PIB. On sait faire de façon méthodologique, mais on se heurte à des problèmes de mesure.
:arrow: truver un nouveau cadre d'analyse économique, non à travers du prisme du marché qui équilibre l'offre et la demande, mais à travers un autre prisme qui prendrait en compte les insuffisances du marché. A ma connaissance, aucun modèle radicalement différent de l'analyse néo-classique du XIXème siècle n'a été trouvé à ce jour.

Voici pour ces quelques pistes de réflexion. Si on entre dans la technique, j'ai peur que l'on se noie assez vite. On peut en revanche discuter sur les principes et leur possible utilisation concrète en économie.

Bien à vous,
Cgs
Mes propos qui apparaissent en vert comme ceci indiquent que j'agis au nom de la modération du forum.
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Re: Indicateur de progrès économique

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Bonjour,

Le PIB a de gros inconvénients, mais aussi certaines vertus. Il ne faudrait pas jeter le bébé avec l'eau du bain.

Comment monétariser l'amour, la haine, le bonheur ? Le Bhoutan a eu l'ambition de le faire, et c'est dans ce pays qu'ont lieu les persécutions et les expulsions de chrétiens.


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Luis
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Re: Indicateur de progrès économique

Message non lu par Luis »

Je suis d'accord avec gerardh, et je crois que c'est une très grande erreur que de chercher à quantifier ce qui ne peut l'être par définition : une action réellement gratuite n'attend rien en retour, elle n'a aucune "valeur" ou une valeur infinie. En quelle monnaie un telle action peut-elle s'exprimer ?

Déjà, au lieu d'essayer de le faire au niveau d'un pays, essayez de construire cet indicateur pour vous-même. Qu'en déduisez-vous ? Ne vous trouveriez-vous pas au final dans le cas de celui qui glorifie ses bonnes actions ? Mais Notre Seigneur voit tout et nous demande d'accomplir la charité dans le secret.

Quand Benoît XVI dit que le principe de gratuité doit trouver sa place dans l'activité économique, je ne crois pas du tout que cela implique la création d'un indicateur. Cela veut simplement dire qu'il nous faut au quotidien donner du temps à nos collègues et à nos clients, ne pas toujours (justement !) faire le compte de ce temps donné, comme ces consultants qui facturent à l'heure et qui ne répondent plus à aucune question sitôt le temps imparti dépassé.
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Re: Indicateur de progrès économique

Message non lu par Pneumatis »

Gerardh et Luis, je crois que vous avez mal compris mon propos. Valoriser sous forme d'un indicateur qui pourra être utiliser en économétrie, cela ne veut pas dire monétariser quelque chose. C'est juste le prendre en compte comme faisant partie des critères de mesure économique, comme on prend déjà en compte le taux d'alphabétisation ou l'espérance de vie dans le calcul de l'IDH par exemple. Ou encore comme on prend en compte tout un tas de critères écologiques pour obtenir l'indicateur économique qu'on appelle "emprunte écologique".

Ici je propose juste de réfléchir à un nouvel indicateur, qui prenne en compte une activité économique bien réelle qui est celle de la solidarité, de la gratuité et du don. Pour mesurer cette activité, il faut évidemment pouvoir la fonder sur des données statistiques bien réelles, corrélatives de la solidarité ou de la fraternité.

Je ne crois pas proposer autre chose que ce qu'évoque Benoit XVI dans l'encyclique que j'ai cité. Remettre de la gratuité dans l'activité économique (pas juste le commerce, ni les services, ni la production, mais l'économie en tant que système de modélisation sociologique) suppose nécessairement que cette gratuité puisse être valorisée au niveau économétrique. Je dis une bétise ? Help ?
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Re: Indicateur de progrès économique

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Luis a écrit :Quand Benoît XVI dit que le principe de gratuité doit trouver sa place dans l'activité économique, je ne crois pas du tout que cela implique la création d'un indicateur. Cela veut simplement dire qu'il nous faut au quotidien donner du temps à nos collègues et à nos clients, ne pas toujours (justement !) faire le compte de ce temps donné, comme ces consultants qui facturent à l'heure et qui ne répondent plus à aucune question sitôt le temps imparti dépassé.
Ca existe déjà ça. On n'a pas à inventer la gratuité ou le don, ils existent, même si ils ne sont pas encore assez pratiqués.
Benoit XVI a écrit :La gratuité est présente dans sa vie sous de multiples formes qui souvent ne sont pas reconnues en raison d’une vision de l’existence purement productiviste et utilitariste
Il ne s'agit pas tant de prendre conscience individuellement du jour au lendemain qu'il faut aimer son prochain, Dieu merci l'encyclique est plus précise que cela. Il s'agit de reconnaitre cette réalité du don et de la gratuité dans l'économie, en la prenant en compte dans nos modèles économiques. Tout comme on commence depuis quelques années, je n'exagère pas, à se rendre compte qu'il faut y intégrer le stock fini des ressources naturelles, ou la gestion des déchets.
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Re: Indicateur de progrès économique

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Ben, l'activité économique proprement dite n'est pas la modélisation de cette dernière.

Donc, non, je ne crois pas que "remettre de la gratuité dans l'activité économique" suppose que la gratuité puisse être mesurée. L'activité économique, c'est vous et moi qui la faisons d'abord, avant qu'on ne la mesure.

Je crois à l'exact contraire en fait : c'est quand on cessera de vouloir mesurer l'activité économique de la façon la plus systématique possible qu'on aura alors permis de remettre de la gratuité dans le jeu. Parce qu'alors, on comptera moins. Compter va à l'encontre de la gratuité.
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Re: Indicateur de progrès économique

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Pneumatis a écrit :Il s'agit de reconnaitre cette réalité du don et de la gratuité dans l'économie, en la prenant en compte dans nos modèles économiques.
Je ne suis pas d'accord : je crois que Benoît XVI parle de principes et non des modèles économiques, qui témoignent justement d'une vision de l'existence purement productiviste et utilitariste, non en raison des données qu'ils intègrent, mais en raison de leur objet même.

Que dit Benoît XVI ?
Le grand défi qui se présente à nous, qui ressort des problématiques du développement en cette période de mondialisation et qui est rendu encore plus pressant par la crise économique et financière, est celui de montrer, au niveau de la pensée comme des comportements, que non seulement les principes traditionnels de l’éthique sociale, tels que la transparence, l’honnêteté et la responsabilité ne peuvent être négligées ou sous-évaluées, mais aussi que dans les relations marchandes le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale.
Je résume : "Le défi est de montrer que dans les relations marchandes le principe de gratuité et la logique du don trouvent leur place dans l'activité économique normale".

Ce qu'il faut, ce n'est pas intégrer la charité aux modèles économiques, comme si c'était une variable. Il faut au contraire montrer que les modèles économiques ne seront jamais suffisants pour décrire la réalité de l'activité économique qui, elle, comporte des relations de don insaisissables dans les modèles, parce que non comptables.
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Re: Indicateur de progrès économique

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Luis a écrit :Je ne suis pas d'accord : je crois que Benoît XVI parle de principes et non des modèles économiques, qui témoignent justement d'une vision de l'existence purement productiviste et utilitariste, non en raison des données qu'ils intègrent, mais en raison de leur objet même.
Mais il s'agit exactement de la même chose il me semble. Je crois que c'est parce que vous limitez vous-même le champ de l'économie aux relations marchandes que vous l'opposez à des données telles que celles qui quantifieraient l'activité gratuite ou solidaire.

Une définition assez générale de l'économie, ou de l'activité économique, se formule ainsi : l'activité humaine ou son étude, qui consiste en la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et services.

Cette activité humaine concerne déjà aussi la réalité du don et de la gratuité. Ils font donc déjà partie de l'activité économique telle qu'elle se définie. Je pense, comme vous, qu'il faut en ajouter dans la réalité de l'activité humaine, oui. Mais je ne pense pas qu'ils en soit absents. Et si cette réalité est présente à l'activité humaine, alors elle doit être prise en compte dans les sciences économiques. Pour l'heure ce n'est pas le cas. Leur prise en compte, dans un élargissement des sciences économiques à cette branche ignorée de l'activité économique qu'est le don, en tant que richesse, amènerait de fait à une incitation au développement de cette richesse bien réelle.

Le don est présent, insuffisamment présent certes, mais il est présent dans l'activité humaine productrice et médiatrice de biens et service. Il n'y est simplement pas comptabilisé (valorisé), et en tant que tel n'est pas considéré comme une richesse. Il n'est donc guère plus considéré que comme une activité parasite dans les calculs de corrélation des indices existants.

En bref, je prétends ici qu'il faut compléter le modèle économique en y intégrant cette réalité économique qu'est le don. Et de ce que j'en comprends, vous opposez cette réalité du don aux autres réalités économiques, en réduisant a priori la définition de l'économie au cadre limité des modèles théoriques existants, qui ignorent effectivement cette réalité. Ce n'est pas parce que le don est absent de nos modèles économiques qu'il n'est pas une activité économique. En tant qu'activité économique, même (et surtout) potentielle, il doit être abordé par les sciences économiques, au même titre que n'importe quelle autre richesse.

La question qui me vient, en choisissant un peu trop rapidement mes termes (désolé), c'est de savoir si il faut considérer le "don" comme une "activité économique" ou comme une "richesse économique" ? Quelque chose me dit qu'il est les deux. Le don est à la fois une activité productrice ou médiatrice de biens et de services. Mais c'est aussi une richesse pour lui-même dans ce qu'il satisfait les personnes par sa seule existence (indépendamment des biens et services qu'il véhicule). Je me rends compte, sans m'assurer que cela tiendrait debout mathématiquement, que c'est peut-être là la condition pour pouvoir équilibrer économiquement le don. Pour faire une petite analogie comptable, au crédit irait la valeur du service rendu gratuitement (en terme de satisfaction du besoin), et au débit la richesse humaine qu'est le don lui-même pour celui qui le pratique. Bon d'accord, c'est très simpliste dit comme ça, mais c'est pour montrer qu'un équilibre économique est possible dès lors qu'on considère le don comme un bien en lui-même, en plus d'être une activité économique. A ce sujet, j'aimerais bien que Charles développe un peu ces théories du don et du contre-don et de ce qu'il évoque ensuite...

Ailleurs vous dites une chose très intéressante Luis, et qui m'interpelle : c'est que la gratuité c'est justement ce qui ne se mesure pas. Je suis d'accord a priori, et en effet ça met tout mon plan par terre. Mais je ne suis pas en reste. Je vais encore y réfléchir parce que j'abandonne rarement comme ça une intuition pour revenir bredouille à mon point de départ (oui, parce qu'avant-hier encore, sur le sens de ces passages de Caritas in Veritate, je pensais tout comme vous, figurez-vous). La nuit porte conseil.

Ceci dit, si quelqu'un d'autre à une opinion argumentée à proposer là-dessus...
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Re: Indicateur de progrès économique

Message non lu par Pneumatis »

Bonjour,

Je reviens sur cette histoire de gratuité qui ne peut être mesurée. En fait, c'est idiot. La plupart des dons, hors service rendu de la main à la main, sont comptabilisés, que ce soient dans vos déclarations d'impôts ou dans les bilans des entreprises. C'est prévu dans les plans comptables. J'ai un ami chef d'entreprise qui consacre systématiquement un certain pourcentage de son chiffre d'affaire à des oeuvres de charité. Ca rentre dans son bilan comptable. Il est même obligé de le déclarer, sinon il aurait le fisc sur le dos à cause d'erreurs dans la comptabilité. N'est-ce pas un don pour autant ?

Bref, au niveau de l'activité professionnelle en elle-même, beaucoup de choses sont déjà comptabilisées. Il manque une valorisation de certaines activités hors cadre professionnel, d'une part (si on veut être cohérent). Mais surtout il manque une valorisation au niveau macroéconomique, d'autre part, par l'existence d'indicateurs économiques. Ce dernier point n'a d'ailleurs aucunement vocation à confisquer la gratuité en la "monétarisant", mais simplement à la reconnaitre comme une richesse à part entière dans le système.
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Re: Indicateur de progrès économique

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Notre grand copain humoriste disait toujours :

"Le jour où il pleuvra des euros, les pauvres n'auront pas de sacs" :siffle:

(forcément, il les auront fabriqué pour les autres !)


Et çà, je vous promets que c'est le vrai progrès de la société libérale avancée !!!
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Indicateur de progrès économique

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Anti-libéralisme primaire ?



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Re: Indicateur de progrès économique

Message non lu par Christophe »

Bonjour à tous

Vaste sujet ! Sans doute la problématique initiale n'est peut-être pas suffisamment définie et implique de nombreuses digressions. J'assume ma part de responsabilité, étant l'initiateur de ce fil. (À ma décharge, difficile de rentrer dans des détails économiques sur un forum catholique généraliste). Ainsi, ce fil aurait pu être scindé en plusieurs :
  • Avantages et inconvénients de l'indicateur PIB
  • Les indicateurs alternatifs (IDH, BNB…)
  • L'économie du don
  • La valeur du don est-il mesurable ?
Benoît XVI a peut-être à l'esprit (dans les extraits cités de Caritas in Veritate) le modèle de l'économie du don, modèle qui s'oppose à l'économie marchande mais est toutefois un modèle économique précis. Je ne pense pas qu'il faille faire rentrer le fait de dire « bonjour » à son voisin dans le champs économique. Mais le modèle économique du don a déjà quelques succès, notamment dans le champs de l'économie « immatérielle ».

Ainsi, le monde du « logiciel libre » relève souvent de ce modèle. Mozilla est gratuit et est financé par les dons. Le modèle de l'économie du don est sans doute un modèle pertinent pour l'industrie du disque (je veux dire, une fois que les majors seront mortes). De façon plus anecdotique, votre forum préféré La Cité catholique a adopté en début d'année ce modèle économique : auparavant, le service était gratuit pour l'utilisateur et les coûts supportés par l'administration, dorénavant, les coûts sont financés par des dons volontaires. Car il ne faut pas confondre le modèle gratuit, le modèle de l'économie du don et le bénévolat. Par exemple, Google offre des services gratuits, mais financés par la publicité : il y a une contre-partie théoriquement obligatoire : le « temps de cerveau disponible »…

À ma connaissance, le chiffre d'affaire de toutes les sociétés qui tiennent une comptabilité entre dans le calcul du PIB. Y compris celles qui utilisent le modèle de l'économie du don. Par contre, ce qui relève du bénévolat ou qui est pratiqué dans un cadre privé (familiale, amical…) n'est pas pris en compte dans le calcul du PIB.

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Re: Indicateur de progrès économique

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Bonjour,

J'ai retiré de travaux personnels anciens l'idée qu'il y aurait deux dimensions orthogonales (donc indépendantes l'une de l'autre). Sur l'axe des x il y aurait l'efficacité (ou mieux l'efficience) économique , et sur l'axe des y il y aurait l'équité (que certains appelleraient le social).

Les équations économiques, qui font intervenir des formules avec des dérivées partielles et des lagrangiens, font apparaître mathématiquement des concepts duaux qui reviennent à des prix absolus ou relatifs. D'où la justification de la monétarisation. Nul doute qu'il devrait y voir l'équivalent sur l'axe des y à savoir des variables duales qui seraient le pendant des prix dans les dimensions équitables ou sociales. Je n'ai pas poussé mes investigtions plus loin...

Cela dit "l'homme ne vivra pas de pain seulement mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu". Et "nul ne peut servir deux maîtres : Dieu et Mammon". C'est certainement une troisième dimension, une sorte d'axe des z, celui-là spirituel ...


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