Vous ne m'avez pas bien compris Adoremus, car ce que vous dites c'est déjà ce que je dis :
4) Mais la composition du NOM, son ordonnancement, est en partie nouveau. Les matériaux sont anciens pour la plupart, mais l'architecture est nouvelle.
5) Le NOM a été présenté à la fois comme une réforme du missel romain antérieur, mais pourtant porté le nom de "NOVUS ORDO MISSÆ", ce qui est significatif et vrai : il s'agit bien d'un NOVUS ORDO
Il reste qu'un grand nombre des "matériaux" utilisé est traditionnel, c'est un fait.
Le graduel est "traditionnel". L'antiphonaire est traditionnel. Les collectes sont traditionnelles, à part quelques compositions nouvelles et quelques "fusions" de collectes.
Le sanctoral a été profondément remanié. C'est sans doute regrettable, mais ce domaine-ci à toujours été un peu celui de la "politique des papes", au sens noble. La célébration des saints a toujours été le lieu de profonds changements.
Quels sont les actes majeurs sur le calendrier ?
La suppression de la Septuagésime.
L'invention des 34 semaines du Temps ordinaire.
Pour la messe :
- ajouts de nouveaux "canons".
- déplacement du "mysterium fidei".
- modifications des prières de l'offertoire.
- révision totale du lectionnaire (mais préservation de certaines lectures sur tel temps et telle année.)
Pour l'Office :
- Répartition sur 4 semaines.
- (les Laudate ont été supprimée par Pie X).
- Déplacement de l'hymne.
- Modification profonde de la structure des heures.
Mais même dans le cas de l'Office, si on prend l'Antiphonaire, les pièces sont pour la plupart anciennes.
Je ne dis pas qu'il n'y a rien de neuf, je dis qu'un grand nombre des matériaux fait partie de l'histoire de la liturgie romaine.
Ajoutons à cela :
1) Que l'introduction de compositions nouvelles a toujours existé dans l'histoire de la liturgie romaine (et heureusement, car sinon il n'y aurait jamais eu de liturgie !).
2) Que la modification de certains éléments structurels également.
Le problème n'est donc pas là.
Le problème de fond, vous le soulevez, et je ne l'ai jamais nié : les modifications structurelles sont tellement nombreuses que l'on peut objectivement dire que nous avons affaire avec un nouveau rite.
Là-dessus je suis d'accord.
Ce à quoi on peut répondre :
1) C'est grave.
ou :
2) C'était nécessaire.
Mais attention, il est difficile de dire que c'est du jamais vu ! Car, il faut le rappeler, la fusion entre la liturgie gallicane et romaine ne fut pas un détail mineur dans l'histoire de la liturgie romaine, et pourtant ce fut une réalité. Les conditions de la fusion et de la création de la liturgie franco-romaine sont tout à fait différentes, mais ça c'est tout de même réellement passé.
Je veux dire : la liturgie romaine "traditionnelle" c'est la liturgie franco-romaine apparue sous Charlemagne. Ça n'est pas une liturgie apparue comme telle juste après la mort et la Résurrection du Christ.
Le problème de la réforme de Paul VI, ce qui doit poser question, ça n'est donc ni son ampleur, ni le fait qu'elle ait globalement remplacé l'ancien rite (après tout, deux rites ont totalement disparus après la création de la liturgie franco-romaine).
Non, le problème est le suivant :
- Compte tenu de l'ampleur de la réforme et de la manière très procédurière, "expertisante", avec laquelle elle a été réalisée et appliquée, la question est : la violence inévitable qu'elle a apporté avec elle était-elle nécessaire ? L'impression que la liturgie est un domaine d'expertise comme un autre, que cette réforme a dans l'esprit supposé, était-il un risque à prendre nécessaire ?
C'est là le point fondamental me semble-t-il. Au fond, vous trouverez de nombreux points d'accord entre Sacrosanctum Concilium et la réforme post-conciliaire. Mais il y a un point du Concile qui pose question :
Afin que soit maintenue la saine tradition, et que pourtant la voie soit ouverte à un progrès légitime, pour chacune des parties de la liturgie qui sont à réviser, il faudra toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique, pastorale. En outre, on prendra en considération aussi bien les lois générales de la structure et de l’esprit de la liturgie que l’expérience qui découle de la récente restauration liturgique et des indults accordés en divers endroits. Enfin, on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique
.
Le Concile appelait clairement à un changement des "formes" issus de celles préexistantes. Mais surtout, il appelait à ce que l'on n'innove que si l'utilité de l'Église l'exige.
Était-ce le cas ?
Déplacer le Mysterium Fidei était-il nécessaire, absolument nécessaire, à l'Église ?
Inventer de nouvelles prières eucharistiques ? Cela était-il nécessaire ?
L'un des changements les plus visibles est le passage du psautier d'un cycle d'une semaine à quatre. Là, le changement est profond, et peut-être choquant. Mais il faut reconnaître qu'à l'usage, d'un point de vue pratique, l'utilité est avérée (surtout quand l'utilisation de l'ancien cycle est toujours possible, cf. l'Antiphonaire Monastique).
La suppression de la Septuagésime et la suppression des références au jeûne et aux pénitences corporelles (qui est systématique ! cf. oraisons et hymnes notamment), cela était-il nécessaire, surtout quand le Concile dit :
Le double caractère du temps du Carême, qui, surtout par la commémoration ou la préparation du baptême et par la pénitence, invite plus instamment les fidèles à écouter la Parole de Dieu et à vaquer à la prière, et les dispose ainsi à célébrer le mystère pascal, ce double caractère, aussi bien dans la liturgie que dans la catéchèse liturgique, sera mis plus pleinement en lumière.
Comment met-on plus pleinement en lumière ce qu'on l'on supprime quasi systématiquement ?
Il y a des points graves et sérieux qui permet, me semble-t-il, de considérer que sur un certains nombre de points les désirs et convictions personnelles et les décisions d'experts ont supplantés la question du bien véritable de l'Église.
Cela est vrai, je pense.
Mais attention à ne pas mettre tout dans un même sac.
Les "innovations" en matière liturgique sont normales et souhaitables. Et parfois, la modification profonde d'un rite est nécessaire (où alors il faut considérer que la fusion du rite gallican et vieux-romains est une erreur et souhaiter la redécouverte ou recomposition de cette liturgie perdue). De plus, il y a toujours eu des particularités locales à préserver, ou à laisser émerger, quand cela est en accord avec la structure du rite concerné et avec la théologie de l'Église.
Vous ne m'avez pas bien compris Adoremus, car ce que vous dites c'est déjà ce que je dis :
[quote]4) Mais la composition du NOM, son ordonnancement, est en partie nouveau. Les matériaux sont anciens pour la plupart, mais l'architecture est nouvelle.
5) Le NOM a été présenté à la fois comme une réforme du missel romain antérieur, mais pourtant porté le nom de "NOVUS ORDO MISSÆ", ce qui est significatif et vrai : il s'agit bien d'un NOVUS ORDO[/quote]
Il reste qu'un grand nombre des "matériaux" utilisé est traditionnel, c'est un fait.
Le graduel est "traditionnel". L'antiphonaire est traditionnel. Les collectes sont traditionnelles, à part quelques compositions nouvelles et quelques "fusions" de collectes.
Le sanctoral a été profondément remanié. C'est sans doute regrettable, mais ce domaine-ci à toujours été un peu celui de la "politique des papes", au sens noble. La célébration des saints a toujours été le lieu de profonds changements.
Quels sont les actes majeurs sur le calendrier ?
La suppression de la Septuagésime.
L'invention des 34 semaines du Temps ordinaire.
Pour la messe :
- ajouts de nouveaux "canons".
- déplacement du "mysterium fidei".
- modifications des prières de l'offertoire.
- révision totale du lectionnaire (mais préservation de certaines lectures sur tel temps et telle année.)
Pour l'Office :
- Répartition sur 4 semaines.
- (les Laudate ont été supprimée par Pie X).
- Déplacement de l'hymne.
- Modification profonde de la structure des heures.
Mais même dans le cas de l'Office, si on prend l'Antiphonaire, les pièces sont pour la plupart anciennes.
Je ne dis pas qu'il n'y a rien de neuf, je dis qu'un grand nombre des matériaux fait partie de l'histoire de la liturgie romaine.
Ajoutons à cela :
1) Que l'introduction de compositions nouvelles a toujours existé dans l'histoire de la liturgie romaine (et heureusement, car sinon il n'y aurait jamais eu de liturgie !).
2) Que la modification de certains éléments structurels également.
Le problème n'est donc pas là.
Le problème de fond, vous le soulevez, et je ne l'ai jamais nié : les modifications structurelles sont tellement nombreuses que l'on peut objectivement dire que nous avons affaire avec un nouveau rite.
Là-dessus je suis d'accord.
Ce à quoi on peut répondre :
1) C'est grave.
ou :
2) C'était nécessaire.
Mais attention, il est difficile de dire que c'est du jamais vu ! Car, il faut le rappeler, la fusion entre la liturgie gallicane et romaine ne fut pas un détail mineur dans l'histoire de la liturgie romaine, et pourtant ce fut une réalité. Les conditions de la fusion et de la création de la liturgie franco-romaine sont tout à fait différentes, mais ça c'est tout de même réellement passé.
Je veux dire : la liturgie romaine "traditionnelle" c'est la liturgie franco-romaine apparue sous Charlemagne. Ça n'est pas une liturgie apparue comme telle juste après la mort et la Résurrection du Christ.
Le problème de la réforme de Paul VI, ce qui doit poser question, ça n'est donc ni son ampleur, ni le fait qu'elle ait globalement remplacé l'ancien rite (après tout, deux rites ont totalement disparus après la création de la liturgie franco-romaine).
Non, le problème est le suivant :
- Compte tenu de l'ampleur de la réforme et de la manière très procédurière, "expertisante", avec laquelle elle a été réalisée et appliquée, la question est : la violence inévitable qu'elle a apporté avec elle était-elle nécessaire ? L'impression que la liturgie est un domaine d'expertise comme un autre, que cette réforme a dans l'esprit supposé, était-il un risque à prendre nécessaire ?
C'est là le point fondamental me semble-t-il. Au fond, vous trouverez de nombreux points d'accord entre Sacrosanctum Concilium et la réforme post-conciliaire. Mais il y a un point du Concile qui pose question :
[quote]Afin que soit maintenue la saine tradition, et que pourtant la voie soit ouverte à un progrès légitime, pour chacune des parties de la liturgie qui sont à réviser, il faudra toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique, pastorale. En outre, on prendra en considération aussi bien les lois générales de la structure et de l’esprit de la liturgie que l’expérience qui découle de la récente restauration liturgique et des indults accordés en divers endroits. Enfin, [b]on ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique[/b][/quote].
Le Concile appelait clairement à un changement des "formes" issus de celles préexistantes. Mais surtout, il appelait à ce que l'on n'innove que si l'utilité de l'Église l'exige.
Était-ce le cas ?
Déplacer le Mysterium Fidei était-il nécessaire, absolument nécessaire, à l'Église ?
Inventer de nouvelles prières eucharistiques ? Cela était-il nécessaire ?
L'un des changements les plus visibles est le passage du psautier d'un cycle d'une semaine à quatre. Là, le changement est profond, et peut-être choquant. Mais il faut reconnaître qu'à l'usage, d'un point de vue pratique, l'utilité est avérée (surtout quand l'utilisation de l'ancien cycle est toujours possible, cf. l'Antiphonaire Monastique).
La suppression de la Septuagésime et la suppression des références au jeûne et aux pénitences corporelles (qui est systématique ! cf. oraisons et hymnes notamment), cela était-il nécessaire, surtout quand le Concile dit :
[quote]
[b]Le double caractère du temps du Carême[/b], qui, surtout par la commémoration ou la préparation du [b]baptême [/b]et par la [b]pénitence[/b], invite plus instamment les fidèles à écouter la Parole de Dieu et à vaquer à la prière, et les dispose ainsi à célébrer le mystère pascal, [b]ce double caractère, aussi bien dans la liturgie que dans la catéchèse liturgique, sera mis plus pleinement en lumière[/b]. [/quote]
Comment met-on plus pleinement en lumière ce qu'on l'on supprime quasi systématiquement ?
Il y a des points graves et sérieux qui permet, me semble-t-il, de considérer que sur un certains nombre de points les désirs et convictions personnelles et les décisions d'experts ont supplantés la question du bien véritable de l'Église.
Cela est vrai, je pense.
Mais attention à ne pas mettre tout dans un même sac.
Les "innovations" en matière liturgique sont normales et souhaitables. Et parfois, la modification profonde d'un rite est nécessaire (où alors il faut considérer que la fusion du rite gallican et vieux-romains est une erreur et souhaiter la redécouverte ou recomposition de cette liturgie perdue). De plus, il y a toujours eu des particularités locales à préserver, ou à laisser émerger, quand cela est en accord avec la structure du rite concerné et avec la théologie de l'Église.