par philémon.siclone » lun. 16 nov. 2009, 18:59
Lorsqu'on lit les Évangiles, on voit qu'à tout moment les disciples sont nettement distingués de la foule. Le Christ ne s'adresse pas à la foule (turba) de la même manière qu'aux disciples (discipuli). Non pas que la foule est condamnée, mais qu'il y a réellement deux catégories de chrétiens, les disciples étant ceux qui abandonnent tout pour suivre Jésus, jusqu'à quitter le monde (St. Luc, 18, 28). On retrouve cette distinction lorsque St. Paul parle du mariage, qu'il déconseille, sauf si l'on ne peut se contenir (1re épître aux Cor., 7). Du temps des premiers siècles, où l'Église était persécutée, les exigences pour être chrétien, étaient élevées. Les pénitences, par exemple, ou l'ascèse, étaient sans commune mesure avec ce que nous connaissons, sans parler de la vie liturgique, voire la vie communautaire, qui devaient être d'un rythme autrement plus dense que ce que vivent les chrétiens de base aujourd'hui.
Les premiers relâchement commencent au moment où le christianisme devient religion d'État, et donc religion de masse : avec la Paix de l'Église. Les jeûnes et les pénitences deviennent beaucoup moins sévères. Mais c'est alors qu'apparaît de façon formelle la distinction dont je parlais plus haut : entre religieux et laïcs, entre ceux qui quittent tout, et ceux qui sont trop faibles pour se séparer complètement du monde. Deux catégories de chrétiens, deux états de vie très différents, avec des exigences qui ne sont pas les mêmes. Mais pour viser un même but : le Salut, commun à tous. Sauf que certains devront passer par le Purgatoire.
Je veux en venir aux années 1960 : époque où l'on a tout chamboulé, et où surtout le laïc a voulu se mettre à la place du prêtre, envahir le choeur, la sacristie, toucher au calice, au tabernacle, aux ostensoirs, aux espèces consacrées, administrer les sacrements, animer la prière commune, et tout cela sans avoir cependant quitté le monde, sans avoir tout abandonné pour suivre Jésus.
Paradoxalement, dans le même temps, le niveau d'exigence a d'une certaine manière augmenté vis-à-vis du paroissien lambda. Autrefois assistant anonyme et inaperçu, se livrant à ses petites dévotions sans se faire remarquer, dans la pénombre de l'église, aujourd'hui, le fidèle est tiraillé de tous les côtés. D'abord, il n'y a plus de pénombre, dans les églises actuelles, on ne peut plus se cacher. Ensuite, on est toujours sollicité, pour chanter des chants cul-cul la praline, ouvrir les bras au Notre-Père, serrer des mains, se retourner... Quand on y pense, c'est très exigeant, la participation des fidèles. Finalement, je comprends que certains se soient dit qu'ils étaient plus tranquilles avant. Et sans doute moins stressés !
Et en fait : cela n'a rien de paradoxal. Car si l'on veut gommer la distinction entre la turba et les discipuli, effectivement il est logique d'être exigeant, au risque de chasser tous les amateurs. C'est là que je veux en venir : est-ce que les réformes des années 1960 ne visaient pas à aplanir les différences, jusqu'à contester même la notion de "laïc", en relevant le niveau d'engagement dans les paroisses, en exigeant du fidèle qu'il participe activement, en remettant en cause la notion de sacré réservé à un espace réduit (le choeur), à certains objets (ustensiles sacrés, linges, sacrements) et à certaines mains vénérables (celles du prêtre), pour l'étendre à toute l'église, avec déplacement de l'autel en plein milieu et la profanation des espaces, objets et sacrements (ou plutôt l'extension de la sacralité jusqu'à ne plus avoir de sens) ? Tout est devenu sacré, et donc plus rien ne l'est.
Et bien sûr, on pouvait s'y attendre, l'exigence étant tellement élevée, le gros du peuple s'est enfui parce qu'on ne lui permettait plus de mener sa petite vie pépère dans son coin. Ce que je veux dire par là : on a sans doute raison de pousser le chrétien à ne pas vivre replié sur lui-même (sujet principal de 80 % des sermons actuels), mais a-t-on eu raison de nier cette réalité, cette distinction existant depuis toujours, entre ceux qui peuvent tout quitter, mais qui ne sont qu'une poignée de privilégiés, et les faibles, incapables de se contenir, et qui sont la majorité, bref cette distinction entre les religieux et les laïcs ? Et en plaçant la barre si haut, n'a-t-on pas précipité dehors cette nuée de faibles qui ne disposent, à présent, plus d'aucun secours de la religion ?
Lorsqu'on lit les Évangiles, on voit qu'à tout moment les disciples sont nettement distingués de la foule. Le Christ ne s'adresse pas à la foule ([i]turba[/i]) de la même manière qu'aux disciples ([i]discipuli[/i]). Non pas que la foule est condamnée, mais qu'il y a réellement deux catégories de chrétiens, les disciples étant ceux qui abandonnent tout pour suivre Jésus, jusqu'à quitter le monde (St. Luc, 18, 28). On retrouve cette distinction lorsque St. Paul parle du mariage, qu'il déconseille, sauf si l'on ne peut se contenir (1re épître aux Cor., 7). Du temps des premiers siècles, où l'Église était persécutée, les exigences pour être chrétien, étaient élevées. Les pénitences, par exemple, ou l'ascèse, étaient sans commune mesure avec ce que nous connaissons, sans parler de la vie liturgique, voire la vie communautaire, qui devaient être d'un rythme autrement plus dense que ce que vivent les chrétiens de base aujourd'hui.
Les premiers relâchement commencent au moment où le christianisme devient religion d'État, et donc religion de masse : avec la Paix de l'Église. Les jeûnes et les pénitences deviennent beaucoup moins sévères. Mais c'est alors qu'apparaît de façon formelle la distinction dont je parlais plus haut : entre religieux et laïcs, entre ceux qui quittent tout, et ceux qui sont trop faibles pour se séparer complètement du monde. Deux catégories de chrétiens, deux états de vie très différents, avec des exigences qui ne sont pas les mêmes. Mais pour viser un même but : le Salut, commun à tous. Sauf que certains devront passer par le Purgatoire.
Je veux en venir aux années 1960 : époque où l'on a tout chamboulé, et où surtout le laïc a voulu se mettre à la place du prêtre, envahir le choeur, la sacristie, toucher au calice, au tabernacle, aux ostensoirs, aux espèces consacrées, administrer les sacrements, animer la prière commune, et tout cela sans avoir cependant quitté le monde, sans avoir tout abandonné pour suivre Jésus.
Paradoxalement, dans le même temps, le niveau d'exigence a d'une certaine manière augmenté vis-à-vis du paroissien lambda. Autrefois assistant anonyme et inaperçu, se livrant à ses petites dévotions sans se faire remarquer, dans la pénombre de l'église, aujourd'hui, le fidèle est tiraillé de tous les côtés. D'abord, il n'y a plus de pénombre, dans les églises actuelles, on ne peut plus se cacher. Ensuite, on est toujours sollicité, pour chanter des chants cul-cul la praline, ouvrir les bras au Notre-Père, serrer des mains, se retourner... Quand on y pense, c'est très exigeant, la participation des fidèles. Finalement, je comprends que certains se soient dit qu'ils étaient plus tranquilles avant. Et sans doute moins stressés !
Et en fait : cela n'a rien de paradoxal. Car si l'on veut gommer la distinction entre la [i]turba [/i]et les [i]discipuli[/i], effectivement il est logique d'être exigeant, au risque de chasser tous les amateurs. C'est là que je veux en venir : est-ce que les réformes des années 1960 ne visaient pas à aplanir les différences, jusqu'à contester même la notion de "laïc", en relevant le niveau d'engagement dans les paroisses, en exigeant du fidèle qu'il participe activement, en remettant en cause la notion de sacré réservé à un espace réduit (le choeur), à certains objets (ustensiles sacrés, linges, sacrements) et à certaines mains vénérables (celles du prêtre), pour l'étendre à toute l'église, avec déplacement de l'autel en plein milieu et la profanation des espaces, objets et sacrements (ou plutôt l'extension de la sacralité jusqu'à ne plus avoir de sens) ? Tout est devenu sacré, et donc plus rien ne l'est.
Et bien sûr, on pouvait s'y attendre, l'exigence étant tellement élevée, le gros du peuple s'est enfui parce qu'on ne lui permettait plus de mener sa petite vie pépère dans son coin. Ce que je veux dire par là : on a sans doute raison de pousser le chrétien à ne pas vivre replié sur lui-même (sujet principal de 80 % des sermons actuels), mais a-t-on eu raison de nier cette réalité, cette distinction existant depuis toujours, entre ceux qui peuvent tout quitter, mais qui ne sont qu'une poignée de privilégiés, et les faibles, incapables de se contenir, et qui sont la majorité, bref cette distinction entre les religieux et les laïcs ? Et en plaçant la barre si haut, n'a-t-on pas précipité dehors cette nuée de faibles qui ne disposent, à présent, plus d'aucun secours de la religion ?