par MB » mer. 13 juin 2007, 18:14
Avé
Je viens de voir un paysage apocalyptique, Varsovie en 45, le Rwanda en 94, etc.
Des copies de première année de fac d'histoire.
Plus précisément : dans l'université où je travaille, à côté des quatre périodes historiques enseignées, qui font chacune l'objet d'un cours (ancienne, médiévale, moderne, contemporaine), se trouvent des matières annexes, qui ont moins d'importance. Parmi elles s'en trouve une, qui se veut un enseignement de "culture générale". En gros, il s'agit, dans un cours bien ordonné et limité à quelques heures, de dire aux étudiants l'essentiel d'un thème de culture générale, histoire qu'ils sachent quand même un ou deux trucs (par exemple : "la tragédie grecque", "le catholicisme de la contre-réforme", etc.). L'enseignement est très basique, en fiches, en textes de cours assez ramassés, facile à apprendre. Je devais corriger un lot de copies.
Et là, catastrophe. Ce n'est pas que le cours ait été mal appris, car les étudiants avaient toujours fourni un petit peu d'effort, et savaient un ou deux éléments par coeur. De toute façon, comme ce n'était pas la matière principale, on ne pouvait pas s'attendre à une révision complète ; cela, c'est de bonne guerre.
Le vrai problème, c'était autre chose. Les quatre cinquièmes des copies que j'ai corrigées souffrent de très, très graves problèmes d'expression. L'orthographe évidemment, les accords entre les noms, les adjectifs et les verbes, presque toujours ("la tragédie grec", fréquent ; "il s'est fait déposé", systématique) ; ça je connaissais. Mais une incapacité totale à formuler un raisonnement complexe, je ne dis pas une grande phrase, mais simplement une phrase simple dans laquelle on aurait inséré, par exemple, une relative ! Et même les phrases les plus simples, type sujet-verbe-complément, étaient bancales ! Et même les phrases correctes montraient, par la naïveté de l'expression, une absence totale de culture de l'écrit ! Pire encore : là où les étudiants avaient appris quelque chose, ils se sentaient mal, mélangeaient les pinceaux, montraient que, depuis plusieurs années, ils n'avaient jamais entraîné leur mémoire, qu'ils étaient incapables, tout dans le même temps, de se placer de façon autonome par rapport à l'objet de leur mémoire tout en sachant le maîtriser et faire corps avec lui. Ce qu'ils apprenaient leur était totalement extérieur : on ne les avait jamais entraînés à utiliser leurs capacités de mémorisation. Pour le coup, ils n'avaient pas "appris à apprendre".
Pour les non-enseignants qui se trouvent sur ce forum, c'est peut-être difficile à comprendre, d'autant que ces défauts sont très difficiles à expliciter (le parfum d'ignorance qui se dégage d'une copie d'illettré ne se rend pas aisément). Mais les choses sont simples : j'ai eu l'impression, en lisant ces textes, que j'avais affaire à des débiles légers, des Forrest Gump, quelque chose dans ce genre-là.
Les étudiants en question, c'est visible, 1° n'ont jamais lu de livre de leur vie (ou deux ou trois en 4 ans, parce qu'on les obligeait, en traînant les pieds), 2° regardent la télé, les jeux vidéo ou MSN plusieurs heures par jour (depuis leur plus tendre enfance), 3° n'ont jamais été entraînés à la mémoire et à la concentration (sûrement rien par coeur depuis le primaire), 4° n'ont jamais vu leurs défauts de forme corrigés (dictée, orthographe, grammaire...).
Un indice éclairant : j'en ai parlé à l'un de mes amis, prof d'histoire dans un bon lycée public de province. A partir du moment où il a expliqué à ses élèves qu'il notait leur orthographe, le nombre de fautes commises a miraculeusement baissé. Cela est à la fois un espoir et une indication inquiétante : si les étudiants parlent si mal, c'est qu'on ne les y a jamais amenés...
Que des étudiants de première année ne soient pas très bons, c'est normal ; beaucoup d'entre eux ne savent pas vraiment ce qu'ils veulent étudier, et choisissent mal leur matière. Mais s'ils sont à ce point demeurés, il faut toujours se dire une chose : c'est avec ce niveau qu'ils ont eu le bac. Leurs correcteurs, en connaissance de cause, leur ont donné ce diplôme, alors que leurs incapacités sautaient aux yeux.
Je pose donc la question, en forme de cri du coeur : les profs du secondaire (et pourquoi pas du primaire) sont-ils des enc...és ?
Avé
Je viens de voir un paysage apocalyptique, Varsovie en 45, le Rwanda en 94, etc.
Des copies de première année de fac d'histoire.
Plus précisément : dans l'université où je travaille, à côté des quatre périodes historiques enseignées, qui font chacune l'objet d'un cours (ancienne, médiévale, moderne, contemporaine), se trouvent des matières annexes, qui ont moins d'importance. Parmi elles s'en trouve une, qui se veut un enseignement de "culture générale". En gros, il s'agit, dans un cours bien ordonné et limité à quelques heures, de dire aux étudiants l'essentiel d'un thème de culture générale, histoire qu'ils sachent quand même un ou deux trucs (par exemple : "la tragédie grecque", "le catholicisme de la contre-réforme", etc.). L'enseignement est très basique, en fiches, en textes de cours assez ramassés, facile à apprendre. Je devais corriger un lot de copies.
Et là, catastrophe. Ce n'est pas que le cours ait été mal appris, car les étudiants avaient toujours fourni un petit peu d'effort, et savaient un ou deux éléments par coeur. De toute façon, comme ce n'était pas la matière principale, on ne pouvait pas s'attendre à une révision complète ; cela, c'est de bonne guerre.
Le vrai problème, c'était autre chose. Les quatre cinquièmes des copies que j'ai corrigées souffrent de très, très graves problèmes d'expression. L'orthographe évidemment, les accords entre les noms, les adjectifs et les verbes, presque toujours ("la tragédie grec", fréquent ; "il s'est fait déposé", systématique) ; ça je connaissais. Mais une incapacité totale à formuler un raisonnement complexe, je ne dis pas une grande phrase, mais simplement une phrase simple dans laquelle on aurait inséré, par exemple, une relative ! Et même les phrases les plus simples, type sujet-verbe-complément, étaient bancales ! Et même les phrases correctes montraient, par la naïveté de l'expression, une absence totale de culture de l'écrit ! Pire encore : là où les étudiants avaient appris quelque chose, ils se sentaient mal, mélangeaient les pinceaux, montraient que, depuis plusieurs années, ils n'avaient jamais entraîné leur mémoire, qu'ils étaient incapables, tout dans le même temps, de se placer de façon autonome par rapport à l'objet de leur mémoire tout en sachant le maîtriser et faire corps avec lui. Ce qu'ils apprenaient leur était totalement extérieur : on ne les avait jamais entraînés à utiliser leurs capacités de mémorisation. Pour le coup, ils n'avaient pas "appris à apprendre".
Pour les non-enseignants qui se trouvent sur ce forum, c'est peut-être difficile à comprendre, d'autant que ces défauts sont très difficiles à expliciter (le parfum d'ignorance qui se dégage d'une copie d'illettré ne se rend pas aisément). Mais les choses sont simples : j'ai eu l'impression, en lisant ces textes, que j'avais affaire à des débiles légers, des Forrest Gump, quelque chose dans ce genre-là.
Les étudiants en question, c'est visible, 1° n'ont jamais lu de livre de leur vie (ou deux ou trois en 4 ans, parce qu'on les obligeait, en traînant les pieds), 2° regardent la télé, les jeux vidéo ou MSN plusieurs heures par jour (depuis leur plus tendre enfance), 3° n'ont jamais été entraînés à la mémoire et à la concentration (sûrement rien par coeur depuis le primaire), 4° n'ont jamais vu leurs défauts de forme corrigés (dictée, orthographe, grammaire...).
Un indice éclairant : j'en ai parlé à l'un de mes amis, prof d'histoire dans un bon lycée public de province. A partir du moment où il a expliqué à ses élèves qu'il notait leur orthographe, le nombre de fautes commises a miraculeusement baissé. Cela est à la fois un espoir et une indication inquiétante : si les étudiants parlent si mal, c'est qu'on ne les y a jamais amenés...
Que des étudiants de première année ne soient pas très bons, c'est normal ; beaucoup d'entre eux ne savent pas vraiment ce qu'ils veulent étudier, et choisissent mal leur matière. Mais s'ils sont à ce point demeurés, il faut toujours se dire une chose : c'est avec ce niveau qu'ils ont eu le bac. Leurs correcteurs, en connaissance de cause, leur ont donné ce diplôme, alors que leurs incapacités sautaient aux yeux.
Je pose donc la question, en forme de cri du coeur : les profs du secondaire (et pourquoi pas du primaire) sont-ils des enc...és ?