Dieu et Victor Hugo

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Re: Dieu et Victor Hugo

par Cinci » lun. 28 oct. 2013, 17:46

Merci pour votre message, MB. Je n'avais pas vu ces propos touchant la qualité des différents auteurs. Aïe !

:exclamation:

Re: Dieu et Victor Hugo

par MB » dim. 27 oct. 2013, 20:49

Avé

Que Victor Hugo se soit amusé à faire tourner les tables, franchement, on s'en f... C'est sans doute une abomination, mais c'est surtout son affaire et pas la nôtre. Mon boulot ne consiste pas à dire qui est sauvé et qui ne l'est pas. Cela n'engage que moi, mais j'aime autant éviter de me mettre à la place de Dieu.

Il est très dangereux de vouloir "christianiser" les appréciations qu'on porte à la production littéraire, surtout celle de ce 19ème siècle si complexe. On risque de tomber dans une forme ou une autre de censure à la Jdanov. D'autant que nombre de ces auteurs échappent quelque peu à des classifications claires... Prenez Barbey d'Aurevilly, incontestablement catholique, mais qui a failli être condamné pour immoralité à cause de l'une de ses œuvres (toutes étant plus ou moins sulfureuses)... et qui a défendu bec et ongles les Fleurs du mal. Et que dire de Huysmans après tout (cf. certaines pages d'A rebours) ? Sans parler d'auteurs du 20ème siècle : savez-vous, François67, que certaines œuvres de Mauriac figuraient dans les listes déconseillées par l'Eglise (peut-être à l'Index, je n'ai pas vérifié) ?

Le conformisme bête, au 19ème siècle, a parfois pris la forme d'un certain cléricalisme, d'un certain catholicisme moralisateur. Ajoutez à cela la complicité de l'Eglise catholique envers certains régimes (le Second empire, par exemple, dont il faut bien reconnaître, malgré ses réalisations, qu'il est né du crime et de la forfaiture). Lorsqu'un archevêque de Paris explique à des savants, à la fin de ce siècle-là, que si les résultats de leurs travaux ne correspondent pas à l'enseignement de l'Eglise, ils doivent "refaire leurs calculs", pardonnez-moi, mais je me mets spontanément dans le camp d'en face... Je pense que lorsqu'un Hugo ou un Mirbeau s'en prennent au catholicisme, ils pensent plutôt à cela.
Je vous accorderai volontiers que la version laïcarde de ce conformisme a aussi existé (et que, de nos jours, le conformiste bête correspondrait à un lecteur de Télérama). Aujourd'hui, ces auteurs attaqueraient autre chose que l'Eglise...

De façon générale, il ne me paraît pas utile de juger ou de condamner un auteur parce qu'il serait chrétien ou non. On lui demande d'abord d'être un bon auteur. Comme le dit Wilde, il n'y a pas de livres moraux ou immoraux, il y a des livres bons ou mauvais. Je me moque bien de savoir que Colette était divorcée et bisexuelle : ce qui compte est qu'elle a écrit des choses magiques ; c'est cela qui reste. Baudelaire a créé une imagerie de la perversité qui existe encore de nos jours : on s'en f..., c'est beau et, surtout, ça révèle des choses de nous-mêmes (c'est pour cette raison que toute bonne littérature est utile, d'ailleurs). De plus, des auteurs qui sont en dehors de nos questionnements peuvent avoir des réponses très intéressantes à y apporter. Un personnage aussi surprenant que Houellebecq - je sais, certains vont se hérisser, mais tant pis - a compris plus de choses que bien des philosophes ou des théologiens... Et puis le réel est assez complexe comme ça pour qu'on s'amuse à le caser de force dans nos classements... Si on se disait tout simplement que Hugo avait été un "chercheur" ?

Amicalement
MB

Re: Victor Hugo sataniste?

par p.cristian » sam. 26 oct. 2013, 2:30

Matthew a écrit :victor hugo n'était-il pas sataniste ?
La Fin de Satan est un vaste poème épique et religieux de Victor Hugo (5700 vers).
source : http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Fin_de_Satan
Merci je ne connaissais pas.

Mais en lisant en diagonale, j'y lis surtout un chant d'Amour à Dieu par un Satan torturé, cet ange déchu qui ne demande que la rédemption.. et qui finit par la trouver.

Si ce texte est sataniste, il faudrait qu'on m'en explique la définition.

Quelques extraits rapidement choisis:

Hélas ! hélas ! mieux vaut l’étable où naît Jésus
Que Babel et Ninive et Tyr et Babylone,
Et Job sur son fumier que Satan sur son trône !

(Satan parlant de Dieu)
Je l’aime d’être bon, moi qui suis le mauvais.

Je l’adore, ô terreur, plus que Jephté son prêtre,
Plus qu’Amos son prophète et David son chanteur.
Je l’aime d’être vrai, moi qui suis le menteur.

Je l’aime d’être beau, moi qui suis le difforme.
Que j’oublie un instant ! — ô souvenir ! — Je vois
Les anges lui parler dans l’ombre à demi-voix.
Que leur dit-il ; je suis jaloux ;

Dieu, je veux te chanter ; ô lumière, je t’aime !
Je veux d’un chant d’enfer ravir l’écho du ciel,
Satan est une lyre ainsi que Gabriel.
Dieu ; c’est à toi, vrai jour, c’est à toi, seul refuge,
Dieu ; c’est à toi, pasteur, roi, père, maître et juge,
Que la création songe éternellement ; —
Et fou, vieux cœur de fer attiré par l’aimant,
Je dis : gloire ! et ma strophe éclate en diadème,
Et je leur chante un hymne ineffable et suprême,
Hymne aux versets charmants d’ombre et d’extase emplis,
Et qui pourrait sortir de la bouche d’un lys,
Puis j’écoute ; et l’écho qui me répond aboie !

(le discours d'Isis)
« Hélas, dès qu’en ce bagne, où nul regard ne plonge,
« Tu fus précipité, Satan, tu fis ce songe
« De te venger, démon géant, sur l’infini !

« Ton empoisonnement du monde a commencé
« Par toi-même, ô géant d’un combat insensé.
« Le mal ne fait pas peur à Dieu ; Dieu se courrouce,
« Et frappe. Tu croyais que la vengeance est douce ;
« Elle est amère. Hélas ! le crime est châtiment.
« La croissance du mal augmente ton tourment ;

Le mal qu’on fait souffrir s’ajoute au mal qu’on souffre ;
« Ta lave au fond des nuits sur toi retombe en soufre ;
« Et toi-même on t’entend par moments l’avouer.
« Le supplice de Tout sur toi vient échouer.
Mais, Satan, il faut bien qu’à la fin on te plaigne,
« Tu dois avoir besoin de voir quelqu’un pleurer,
« Je viens à toi !

Consens ! Oh ! moi qui viens de toi, permets que j’aille
« Chez ces vivants, afin d’achever là bataille
« Entre leur ignorance, hélas, et leur raison,
« Pour mettre une rougeur sacrée à l’horizon,
« Pour que l’affreux passé dans les ténèbres roule,
« Pour que la terre tremble et que la prison croule,
« Pour que l’éruption se fasse, et pour qu’enfin
« L’homme voie, au-dessus des douleurs, de la faim,
« De la guerre, des rois, des dieux, de la démence,
« Le volcan de la joie enfler sa lave immense !

Tandis que cette vierge adorable parlait,
Pareille au sein versant goutte à goutte le lait
A l’enfant nouveau-né qui dort, la bouche ouverte,
Satan, toujours flottant comme une herbe en eau verte,
Remuait dans le gouffre, et semblait par moment
A travers son sommeil frémir éperdument ;
Ainsi qu’en un brouillard l’aube éclôt, puis s’efface,
Le démon s’éclairait, puis pâlissait ; sa face
Etait comme le champ d’un combat ténébreux ;
Le bien, le mal, luttaient sur son visage entr’eux
Avec tous les reflux de deux sombres armées ;
Ses lèvres se crispaient, sinistrement fermées ;
Ses poings s’entreheurtaient, monstrueux et noircis ;
Il n’ouvrait pas les yeux, mais sous ses lourds sourcils
On voyait les lueurs de cette âme inconnue ;
Tel le tonnerre fait des pourpres sous la nue ;
L’ange le regardait, les mains jointes ; enfin
Une clarté, qu’eût pu jeter un séraphin,
Sortit de ce grand front tout brûlé par les fièvres ;
Plus difficilement que deux rochers, ses lèvres
S’écartèrent, un souffle orageux souleva
Son flanc terrible, et l’ange entendit ce mot : Va !

Re: Dieu et Victor Hugo

par p.cristian » sam. 26 oct. 2013, 1:57

Qu'importe l'embouteilleur, pourvu qu'on ait l'ivresse ;)
et qui suis-je pour juger Hugo.
Qu'il se soit tourné vers l'occultisme après la mort de Léopoldine me semble compréhensible.

Mais il a quand même écrit ceci, qui a mes yeux est l'un des plus beaux poèmes de langue française.


Booz s'était couché de fatigue accablé ;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ;
Il était, quoique riche, à la justice enclin ;
Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ;
Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.

Sa barbe était d’argent comme un ruisseau d’avril.
Sa gerbe n’était point avare ni haineuse ;
Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse ;
« Laissez tomber exprès des épis, » disait-il.

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc ;
Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

Booz était bon maître et fidèle parent ;
Il était généreux, quoiqu’il fût économe ;
Les femmes regardaient Booz plus qu’un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens.
Mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière.

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens.
Près des meules, qu’on eût prises pour des décombres,

Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;
Et ceci se passait dans des temps très-anciens.

Les tribus d’Israël avaient pour chef un juge ;
La terre, où l’homme errait sous la tente, inquiet
Des empreintes de pieds de géants qu’il voyait,
Était encor mouillée et molle du déluge.

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ;
Or, la porte du ciel s’étant entre-bâillée
Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
Qui, sorti de son ventre, allait jusqu’au ciel bleu ;
Une race y montait comme une longue chaîne ;
Un roi chantait en bas, en haut mourait un Dieu.

Et Booz murmurait avec la voix de l’âme
« Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?
Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt.
Et je n’ai pas de fils, et je n’ai plus de femme.

» Voilà longtemps que celle avec qui j’ai dormi,
Ô Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;
Et nous sommes encor tout mêlés l’un à l’autre,
Elle à demi vivante et moi mort à demi.

» Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?
Comment se pourrait-il que j’eusse des enfants ?
Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;
Le jour sort de la nuit comme d’une victoire ;

» Mais, vieux, on tremble ainsi qu’à l’hiver le bouleau ;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe.
Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,
Comme un bœuf ayant soif penche son front vers l’eau. »

Ainsi parlait Booz dans le rêve et l’extase.
Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;
Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

Pendant qu’il sommeillait, Ruth, une moabite,
S’était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,

Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Booz ne savait point qu’une femme était là.
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d’elle.
Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

L’ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément.
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

La respiration de Booz qui dormait,
Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
On était dans le mois où la nature est douce,
Les collines ayant des lys sur leur sommet.

Ruth songeait et Booz dormait ; l’herbe était noire ;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
Une immense bonté tombait du firmament ;
C’était l’heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l’ombre
Brillait à l’occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l’œil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été,
Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles.

La Légende des siècles, Booz endormi.
[+] Texte masqué
Petite remarque, la ville de Jérimadeth n'existe pas... mais est une farce : j'ai rime à dait....

Re: Dieu et Victor Hugo

par Isabelle47 » sam. 27 oct. 2012, 14:06

La citation complète est:
"Petits séminaire, le néant enseigné; faire un prêtre, c'est vider un homme".
Le sens de "vider" s'éclaire nettement en regard de ce qui précède ("néant").
En effet, ces seules citations ne suffisent pas alors qu' il y a, chez cet auteur, des centaines de pages exprimant la même chose, des milliers de vers exaltant le spiritisme, la nécromantie, les délires occultistes. Vous me pardonnerez mais je n'ai ni le temps ni surtout l'envie de relire tout cela, d'autant que ce n'est pas le lieu ici de faire le procès de ce grand homme qui a sa place au Panthéon ;) et dont les brillantes idées politiques pourraient encore servir d'exemples à notre société et au gouvernement Hollande! :zut:

Re: Dieu et Victor Hugo

par Romanus » sam. 27 oct. 2012, 13:50

Isabelle47 a écrit : Mais il est aussi l'auteur, entre autre, de "Historiquement, un prêtre est haïssable, socialement il est nécessaire" ou "Faire un prêtre, c'est vider un homme".
Ce sont des phrases sur un manuscrit qu'il n'a jamais publié de son vivant, puisque cela a été publié en 1942. A-t-on la preuve qu'il les assumait, et qu'il en souhaitait la publication ? Ne doit-on pas au contraire conclure qu'il ne les a pas publiées parce qu'il n'était plus sûr des jugements qu'elles exprimaient ? A-t-on la preuve qu'il s'agissait de ses propres pensées plutôt que de phrases qu'il aurait imaginées pour un personnage anticlérical pour un roman ou une pièce de théâtre ?

D'ailleurs je ne suis pas sûr que "Faire un prêtre, c'est vider un homme" soit anticlérical. Cela peut vouloir dire vider un homme de sa nature médiocre pour en faire un saint ou un ange. Cela peut être une manière de parler de l'expérience du vide, de l'expérience du désert.

Re: Dieu et Victor Hugo

par Isabelle47 » sam. 27 oct. 2012, 13:19

Le XX ème siècle, côté littérature: C. Péguy, Paul Claudel, Bernanos :coeur:

Hugo n'a cessé d'errer entre athéisme, occultisme, saint simonisme considéré comme un "nouveau christianisme" (sic) et une forme floue de déisme.
Son talent et sa capacité d'écrire au kilomètre, tout comme son opportunisme, lui ont aussi permis d'écrire des poèmes tels que ceux que vous citez, Etienne Lorant.
Mais il est aussi l'auteur, entre autre, de "Historiquement, un prêtre est haïssable, socialement il est nécessaire" ou "Faire un prêtre, c'est vider un homme".

Re: Dieu et Victor Hugo

par françois67 » sam. 27 oct. 2012, 12:37

Bonjour,
personne ne vous interdit de l'apprécier, bien au contraire.
Seulement, il est dommage qu'il faille le mettre sur un pied d'égalité avec Maupassant ou Voltaire: c'est à dire le lire avec réserve.
Dommage qu'à part Chateaubriand, tous les auteurs français à partir de la seconde moitié du XVIIIème siècle n'aient été que des athées et/ou des anticléricaux.
Certes, au XXème siècle il y a encore François Mauriac, mais c'est bien maigre comme consolation.
Bien à vous.

Re: Dieu et Victor Hugo

par etienne lorant » sam. 27 oct. 2012, 11:18

Isabelle47 a écrit : Il est difficile (impossible) de concilier ésotérisme, anticléricalisme avec la foi catholique, vous ne pensez pas?
La seule façon de parvenir à concilier "ésotérisme, anticléricalisme avec la foi catholique", c'est la conversion, le repentir.
Et aussi longtemps que personne n'est en mesure de prouver que VH ne s'est pas repenti avant de mourir , je continuerai d'apprécier à sa juste valeur un poème comme celui-ci :

Le crucifix

[...] La flagellation du Christ n'est pas finie.
Tout ce qu'il a souffert dans sa lente agonie,
Au mont des Oliviers et dans les carrefours,
Sous la croix, sur la croix, il le souffre toujours.
Après le Golgotha, Jésus, ouvrant son aile,
A beau s'être envolé dans l'aurore éternelle,
Il a beau resplendir, superbe et gracieux,
Dans la tranquillité sidérale des cieux,
Dans la gloire, parmi les archanges solaires,
Au-dessus des douleurs, au-dessus des colères,
Au-dessus du nuage âpre et confus des jours ;
Chaque fois que sur terre et dans nos temples sourds
Et dans nos vils palais, des docteurs et des scribes
Versent sur l'innocent leurs lâches diatribes,
Chaque fois que celui qui doit enseigner, ment,
Chaque fois que d'un traître il jaillit un serment,
Chaque fois que le juge, après une prière,
Jette au peuple ce mot : Justice ! et, par derrière,
Tend une main hideuse à l'or mystérieux,
Chaque fois que le prêtre, époussetant ses dieux,
Chante au crime hosanna, bat des mains aux désastres,
Et dit : gloire à César ! là-haut, parmi les astres,
Dans l'azur qu'aucun souffle orageux ne corrompt,
Christ frémissant essuie un crachat sur son front.
[+] Texte masqué
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassi ... cifix.html

Re: Dieu et Victor Hugo

par Isabelle47 » ven. 26 oct. 2012, 23:49

etienne lorant a écrit :
Isabelle47 a écrit : Peut-être quelqu'un qui ne fait ni spiritisme ni ne s'adonne à l'ésotérisme, comme le faisait Hugo et comme l'interdit l'Eglise?
Donc, un bon chrétien, c'est quelqu'un qui ne fait pas les choses qu'interdit l'Eglise et si vous le permettez, j'élargis votre définition à toutes les interdictions du catéchisme. Mais c'est une définition par la négative. Le bon chrétien vient à l'autre bout des interdictions : c'est celui ou celle qui, ne faisant pas les choses que l'Eglise, accomplit aussi la volonté de Dieu - ou du moins, cherche de tout son coeur, de toute son âme et de toutes ses forces, à l'accomplir.

Je ne sais pas si je suis un bon chrétien mais je sais que je ne jugerai de personne ici-bas, et si c'est un homme est coupable je dois m'efforcer de le retirer de ses erreurs et de ses fautes, non pas le déclarer mauvais et le mettre à l'écart. Pourquoi faut-il toujours placer les gens dans des catégories ? Nous devons dépasser cette façon de voir, ou bien nous faisons exactement comme les juifs aussi établissaient des catégories sur les personnes et finalement ils ont crucifié Jésus.
Ne caricaturez pas ce que j'ai écrit, s'il vous plait.
Il est difficile (impossible) de concilier ésotérisme, anticléricalisme avec la foi catholique, vous ne pensez pas?
Or, Hugo n'a jamais caché ses activités ésotéristes ni ses prises de positions anticléricales, c'est même son "fond de commerce"!
Je ne juge pas l'homme ni de son salut, certainement pas, je me contente de lire sa littérature où s'exprime à longueur de pages son idéologie occultiste.

Re: Dieu et Victor Hugo

par françois67 » ven. 26 oct. 2012, 23:38

Bonsoir,
au moins sommes-nous d'accords sur la seconde partie.
Pour la première, j'émets des réserves. N'oubliez-pas que Dieu est miséricordieux pour celui qui se repentit, qui fait une démarche de conversion sincère.
Cependant, j'espére que vous ne contestez pas que Dieu se venge de ceux qui lui auront été infidéles, comme dans l'Apocalypse. En aucun cas Dieu ne pardonne automatiquement les péchés.
Quant au Salut de l'âme de Victor Hugo, je lui souhaite le meilleur, vraiment, et je ne puis savoir s'il s'est converti à la fin de sa vie. Je dis juste que cela me semble improbable malheureusement, et quant à mon jugement, il est hautement imparfait et indigne de celui de Dieu qui connaît tout sur tout bien mieux. Tout ce que j'affirme, c'est qu'au vu de ce qu'on sait de lui, la perspective est peu reluisante...
Bien à vous.

Re: Dieu et Victor Hugo

par Toto » ven. 26 oct. 2012, 23:14

Francois67, je ne suis pas en accord avec vous ; quels que soient les crimes, mêmes énormes, des gens, Jésus a donné sa vie pour les racheter et veut les sauver.
Souvenons-nous de ce que disait le Saint Curé d'Ars : "Jésus vous pardonne plus rapidement qu'une mère ne retire son enfant du feu", ou ce que disait Jésus à Sainte-Madeleine : "pas une âme ne va en enfet qu'elle ne se soit arrachée de mes bras".
Il est absolument impossible de commencer à décréter qui devrait aller au Ciel, qui probablement devrait aller en enfer. Ce n'est pas notre domaine, et nous devrions commencer par nous occuper de notre propre âme. Comme le dit la messe des défunts : "et dont [en parlant du défunt] vous seul connaissez la droiture".
Tout comme pour la conversion au seuil de la mort ; je suis sûr que vous connaissez l'exemple archi-connu de cet homme qui s'était jeté d'un pont, et se repentant in extremis avant de mourir, a été pardonné et introduit au Purgatoire, et dont le Saint Curé d'Ars a relaté le destin à sa veuve.
Par ailleurs, même d'un point de vue humain, on peut accorder quelques circonstances atténuantes à Victor Hugo ; frappé profondément par un décès de sa fille chérie, il a pu aller commettre des actions abominables qu'il n'aurait pas commises en "temps normal".

Maintenant, nous sommes d'accord pour considérer que le spiritisme est un scandale, une abomination, qu'il ne faut pas la pratiquer, et que Victor Hugo a écrit des textes attaquant profondément l'église ou ses membres (je me souviens de son combat incessant contre la loi Falloux). Apprécier ses textes littéraires ne doit pas faire illusion au point d'oublier d'autres facettes beaucoup moins reluisantes du personnage, et le fait que la miséricorde divine soit infinie n'interdit pas, au contraire, de condamner ces pratiques malfaisantes.

Re: Dieu et Victor Hugo

par françois67 » ven. 26 oct. 2012, 22:50

etienne lorant a écrit :
Isabelle47 a écrit : Peut-être quelqu'un qui ne fait ni spiritisme ni ne s'adonne à l'ésotérisme, comme le faisait Hugo et comme l'interdit l'Eglise?
Donc, un bon chrétien, c'est quelqu'un qui ne fait pas les choses qu'interdit l'Eglise et si vous le permettez, j'élargis votre définition à toutes les interdictions du catéchisme. Mais c'est une définition par la négative. Le bon chrétien vient à l'autre bout des interdictions : c'est celui ou celle qui, ne faisant pas les choses que l'Eglise, accomplit aussi la volonté de Dieu - ou du moins, cherche de tout son coeur, de toute son âme et de toutes ses forces, à l'accomplir.

Je ne sais pas si je suis un bon chrétien mais je sais que je ne jugerai de personne ici-bas, et si c'est un homme est coupable je dois m'efforcer de le retirer de ses erreurs et de ses fautes, non pas le déclarer mauvais et le mettre à l'écart. Pourquoi faut-il toujours placer les gens dans des catégories ? Nous devons dépasser cette façon de voir, ou bien nous faisons exactement comme les juifs aussi établissaient des catégories sur les personnes et finalement ils ont crucifié Jésus.
Bonsoir,
écoutez, Etienne Lorent; c'est incontestable que l'art de Victor Hugo est d'une incroyable beauté; il est certain qu'il est l'un des plus grands auteurs de tous les temps (même si moi, je préfère largement Pierre Corneille). C'est bien joli tout cela, mais restez objective, n'allez pas faire dans le sentimentalisme à l'eau de rose: la thèse comme quoi Victor Hugo serait sauvé par Dieu, comme quoi il serait un homme bon, juste car il a écrit de beaux textes est intenable: Maupassant écrit également magnifiquement, Flaubert et Voltaire non moins bien; pourtant, ces personnes sont moralement et chrétiennement une honte pour la France. Victor Hugo, il est vrai, croyait en Dieu; mais croire en Dieu est loin d'être suffisant pour le Salut de l'âme.

Pour le Salut "par le négatif" comme vous accusez le magistère de le faire, et n'y voyez aucune insulte ni rien, mais ça aussi c'est très sentimal voire enfantin. Et surtout, c'est très loin d'être basé sur des bases réelles de la Bible. En effet, il y a de fortes contraintes qui empêchent d'accéder au Paradis si elles sont transgressées et non repenties. Or je crois qu'en la matière, la Bible se trouve bourrée de condamnations de l'adoration des esprits et d'autres dieux.

Quant à votre comparaison avec le bon larron, je rappelle que celui-ci s'était converti avant de mourir, chose qui reste peu probable avec Victor Hugo. Ce serait en rupture totale avec sa philosophie de vie.

Bien à vous.

Re: Dieu et Victor Hugo

par Romanus » ven. 26 oct. 2012, 22:27

Isabelle47 a écrit : Peut-être quelqu'un qui ne pratique pas de spiritisme ni ne s'adonne à aucune forme d'ésotérisme, comme l'a fait Hugo avec frénésie et comme l'interdit l'Eglise?
Je trouve le spiritisme tellement incroyable et absurde que cela n'arrive pas à me gêner ou me choquer. C'est comme la "maison hantée" à Disneyland Paris qui n'a pas réussi à me faire peur le moins du monde.

Re: Dieu et Victor Hugo

par etienne lorant » ven. 26 oct. 2012, 22:22

Isabelle47 a écrit : Peut-être quelqu'un qui ne fait ni spiritisme ni ne s'adonne à l'ésotérisme, comme le faisait Hugo et comme l'interdit l'Eglise?
Donc, un bon chrétien, c'est quelqu'un qui ne fait pas les choses qu'interdit l'Eglise et si vous le permettez, j'élargis votre définition à toutes les interdictions du catéchisme. Mais c'est une définition par la négative. Le bon chrétien vient à l'autre bout des interdictions : c'est celui ou celle qui, ne faisant pas les choses que l'Eglise, accomplit aussi la volonté de Dieu - ou du moins, cherche de tout son coeur, de toute son âme et de toutes ses forces, à l'accomplir.

Je ne sais pas si je suis un bon chrétien mais je sais que je ne jugerai de personne ici-bas, et si c'est un homme est coupable je dois m'efforcer de le retirer de ses erreurs et de ses fautes, non pas le déclarer mauvais et le mettre à l'écart. Pourquoi faut-il toujours placer les gens dans des catégories ? Nous devons dépasser cette façon de voir, ou bien nous faisons exactement comme les juifs aussi établissaient des catégories sur les personnes et finalement ils ont crucifié Jésus.

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