par Cinci » ven. 28 sept. 2012, 15:37
Iskander,
Le jihad est un effort que le musulman doit fournir pour le bien de l'Islam . La guerre devient un jihad si elle est légitime en regard de la charia mais elle n'est pas systématiquement un jihad
comme :
«Un islam où la doctrine du jihâd n'existerait pas ne serait plus l'islam de Mahomet et du Coran.» - Felix M. Pareja,
Islamologie, Beyrouth, 1964, p.666
«...tiré de la racine arabe
j-h-d qui évoque la notion d'effort et que l'on retrouve 41 fois dans le Coran, le terme
jihâd est le substantif de la troisième forme verbal
jâhada qui signifier «lutter, combattre». Dans le Coran, le terme
jihâd est souvent accompagné des mots
fî sabîl Allâh («dans le sentier d'Allah») et l'expression dans son ensemble est généralement comprise dan le sens d'une lutte armée pour la cause d'Allah. La première édition de l'
Encyclopédie de l'islam définit le jihâd comme la propagation de l'islam par les armes (D. B. Mac Donald, «djihad», dans
Encyclopédie de l'islam, I (1913), p.1072)
«... juridiquement, d'après la doctrine classique générale et dans la tradition historique, le djihâd consiste dans l'action armée en vue de l'expansion de l'islam et, éventuellement, de sa défense. Il procède du principe fondamental d'universalisme de l'islam : cette religion et ce qu'elle implique de puissance temporelle, doit s'étendre à tout l'univers, au besoin par la force.» (E. Tyan,
Encyclopédie de l'islam, 2e édition, 1962, p.551)
Dans le
Dictionnaire historique de l'islam de Dominique et Janine Sourdel, le jihâd est défini comme la guerre ou l'effort de guerre, selon le sens éthymologique du terme, prescrit par la loi contre les infidèles, c'est à dire l'action armée visant au triomphe de l'islam (D. et J. Sourdel,
Dictionnaire historique de l'islam, PUF, 1996 p.436)
Louis Gardet ne fait qu'abonder dans ce sens quand il dit que «le jihâd a pour but de propager ou défendre l'islam car il s'agit d'élargir toujours plus, jusqu'à la dimension du monde, la superficie des terres où seront reconnus les droits de Dieu et les droits des hommes reconnus par le Coran (L. Gardet, «Djihâd», dans
Dictionnaire de l'islam. Religion et civilisation, Paris, Encyclopeadia Universalis et Albin Michel, 1997, p. p.238)
Le jihâd représente aussi une obligation qui, souvent, n'incombe pas à chaque musulman en particulier mais à la communauté des croyants (Umma) en général. Ainsi, le jihâd surtout quand il revêt un caractère offensif, correspond à une obligation collective (
fard-al-kifaya) que
l'action de quelques uns suffit à remplir. Cependant dans les cas où il est mené dans un but défensif, comme par exemple lors de l'invasion d'un pays musulman par des troupes infidèles, le jihâd peut se muer en obligation individuelle, c'est à dire un devoir qui s'impose à chaque musulman. De nos jours, cette interprétation recueille une audience certaine dans les sociétés musulmanes qui voient comme autant d'agressions et d'invasions la présence de troupes occidentales en Arabie saoudite, en Irak, en Afghanistan voire même en Palestine, considérée par d'aucun comme un pays musulman occupé par les juifs.
[...]
Apparu en Arabie dans le deuxième quart du XVIIIe siècle, le wahhabisme, du nom de son fondateur, le théologien Ibn al-Wahhab (1702-1792), est une doctrine politico-religieuse qui réclame une application stricte et intégrale de la loi islamique (chari'a) et rejette comme autant d'innovations coupables tout ce qui s'éloigne de la pratique et des enseignements de Mahomet et de ses compagnons. Est ainsi condamné, outre la consommation de tabac, d'alcool et de viande de porc, tout ce qui rappelle le polythéisme et l'idolâtrie : pélerinages aux tombeaux des prophètes et des califes, stèles funéraires, musique, danse, représentations humaines ou animalières dans l'art, etc.
Allié dès l'origine au pouvoir saoudien avec lequel il a unifié en l'espace de deux siècles (1744-1932), la péninsule arabique
en y menant un peu partout le jihâd, le wahhabisme a puisé son inspiration dans la doctrine du juriste et théologien syrien Ibn Taymiya (1263-1328), éminent représentant du
hanbalisme, la plus stricte des quatre écoles de l'islam sunnite. A propos du jihâd, Ibn Taymiya appelle à combattre jusqu'aux dirigeants musulmans qui refuseraient d'appliquer les principes de la chari'a. Selon lui, il faut les combattre :
- ... s'ils refusent de combattre les infidèles jusqu'à ce qu'ils se convertissent. S'ils incitent aux innovations contraires au Coran, à la tradition (sunna), aux Compagnons et aux ulama [docteurs de la loi islamique] de la nation. De même à l'encontre de ceux qui combattent les musulmans jusqu'à ce qu'ils se soumettent à leur domination, acte qui implique un non-respect de la loi islamique, et tant d'autres du même genre qu'il faut combattre aussi.
Tout individu ou toute collectivité qui l'entreprennent se trouvent placés entre deux sublimes alternatives : la victoire avec le triomphe, ou la mort du martyr avec le paradis. Tout être doit vivre et mourir : or, c'est dans le jihâd qu'il peut vivre au mieux de son bonheur dans cette vie et dans l'autre. Négliger le jihâd c'est perdre ou compromettre ces deux formes de bonheur [...] le jihâd est beaucoup plus profitable et plus utile que tout autre oeuvre pénible [...] Le Prophète disait : «Je suis le prophète de la clémence, je suis le prophète du carnage. Je suis un rieur sanglant.» Sa communauté est une communauté du juste milieu. (Ibn Taymiya, cité par Jean Paul Charnay, Principes de stratégie arabe, Paris, L'Herne, 2003, p.330)
À une époque où l'empire ottoman connaît son irrémédiable déclin [1ère Guerre mondiale] face à un Occident de plus en plus hégémonique, le wahhabisme propose le jihâd comme le moyen par excellence qui permettrait aux peuples musulmans de se dégager de l'emprise de l'Occident et de retrouver la puissance qui fut la leur aux premiers siècles de l'islam.
«... suivant l'enseignement musulman, le djihad est l'un des éléments de la profession de foi, une obligation imposée à tous les musulmans par Dieu, par la révélation. Dans une guerre offensive, c'est une obligation pour la communauté musulmane dans sa totalité; dans une guerre défensive, c'est une obligation personnelle pour tout musulman mâle adulte [...] L'obligation musulman du djihad se fonde sur l'universalité de la révélation musulmane [...] Cette obligation n'a de limites ni dans le temps ni dans l'espace. Elle doit durer jusqu'à ce que le monde entier ait rallié la foi musulmane ou se soit soumis à l'autorité de l'Etat islamique [...] Jusqu'à ce moment le monde est partagé en deux, la Maison de l'islam (Dar al-islam), et la Maison de la Guerre (Dar al-harb) qui couvre le reste du monde. Entre les deux existe un état de guerre moralement nécéssaire, juridiquement et religieusement obligatoire, jusqu'au triomphe final et inévitable de l'islam.» (Bernard Lewis,
Le langage politique de l'islam, p.763)
Remis au goût du jour notamment par la confrérie égyptienne des Frères musulmans, le jihâd compris comme combat armé «dans le sentier d'Allah» ne cesse plus d'agiter les pays musulmans dans leur lutte contre l'hégémonie occidentale. Ainsi, dans les années 1950-1960, il sert plus d'une fois de catalyseur aux guerres d'indépendance menées contre le colonisateur européen. Il est également présent dans le conflit, tantôt larvé tantôt ouvert qui oppose depuis 1948, les pays arabes à l'État d'Israël et qui a, entre autres péripéties, conduit au choc pétrolier des années 1970. Enrichis par la hausse spectaculaire des prix du pétrole,
certains pays musulmans projettent d'organiser la diffusion de l'islam dans le monde en finançant non seulement la construction de mosquées et de centres islamiques mais aussi la conduite du jihâd par différents réseaux terroristes.»
Source : J. Bourlard,
Le Jihâd. Les textes fondateurs de l'islam face à la modernité, préface de Marie-Thérèse Urvoy, Éditions de Paris, 2008, pp. 18-28
Iskander,
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Le jihad est un effort que le musulman doit fournir pour le bien de l'Islam . La guerre devient un jihad si elle est légitime en regard de la charia mais elle n'est pas systématiquement un jihad [/quote]
comme :
«Un islam où la doctrine du jihâd n'existerait pas ne serait plus l'islam de Mahomet et du Coran.» - Felix M. Pareja, [i]Islamologie[/i], Beyrouth, 1964, p.666
«...tiré de la racine arabe [i]j-h-d[/i] qui évoque la notion d'effort et que l'on retrouve 41 fois dans le Coran, le terme [i]jihâd[/i] est le substantif de la troisième forme verbal [i]jâhada[/i] qui signifier «lutter, combattre». Dans le Coran, le terme [i]jihâd[/i] est souvent accompagné des mots [i]fî sabîl Allâh[/i] («dans le sentier d'Allah») et l'expression dans son ensemble est généralement comprise dan le sens d'une lutte armée pour la cause d'Allah. La première édition de l'[i]Encyclopédie de l'islam[/i] définit le jihâd comme la propagation de l'islam par les armes (D. B. Mac Donald, «djihad», dans [i]Encyclopédie de l'islam[/i], I (1913), p.1072)
«... juridiquement, d'après la doctrine classique générale et dans la tradition historique, le djihâd consiste dans l'action armée en vue de l'expansion de l'islam et, éventuellement, de sa défense. Il procède du principe fondamental d'universalisme de l'islam : cette religion et ce qu'elle implique de puissance temporelle, doit s'étendre à tout l'univers, au besoin par la force.» (E. Tyan, [i]Encyclopédie de l'islam[/i], 2e édition, 1962, p.551)
Dans le [i]Dictionnaire historique de l'islam[/i] de Dominique et Janine Sourdel, le jihâd est défini comme la guerre ou l'effort de guerre, selon le sens éthymologique du terme, prescrit par la loi contre les infidèles, c'est à dire l'action armée visant au triomphe de l'islam (D. et J. Sourdel, [i]Dictionnaire historique de l'islam[/i], PUF, 1996 p.436)
Louis Gardet ne fait qu'abonder dans ce sens quand il dit que «le jihâd a pour but de propager ou défendre l'islam car il s'agit d'élargir toujours plus, jusqu'à la dimension du monde, la superficie des terres où seront reconnus les droits de Dieu et les droits des hommes reconnus par le Coran (L. Gardet, «Djihâd», dans [u]Dictionnaire de l'islam. Religion et civilisation[/u], Paris, Encyclopeadia Universalis et Albin Michel, 1997, p. p.238)
Le jihâd représente aussi une obligation qui, souvent, n'incombe pas à chaque musulman en particulier mais à la communauté des croyants (Umma) en général. Ainsi, le jihâd surtout quand il revêt un caractère offensif, correspond à une obligation collective ([i]fard-al-kifaya[/i]) que [u]l'action de quelques uns suffit à remplir[/u]. Cependant dans les cas où il est mené dans un but défensif, comme par exemple lors de l'invasion d'un pays musulman par des troupes infidèles, le jihâd peut se muer en obligation individuelle, c'est à dire un devoir qui s'impose à chaque musulman. De nos jours, cette interprétation recueille une audience certaine dans les sociétés musulmanes qui voient comme autant d'agressions et d'invasions la présence de troupes occidentales en Arabie saoudite, en Irak, en Afghanistan voire même en Palestine, considérée par d'aucun comme un pays musulman occupé par les juifs.
[...]
Apparu en Arabie dans le deuxième quart du XVIIIe siècle, le wahhabisme, du nom de son fondateur, le théologien Ibn al-Wahhab (1702-1792), est une doctrine politico-religieuse qui réclame une application stricte et intégrale de la loi islamique (chari'a) et rejette comme autant d'innovations coupables tout ce qui s'éloigne de la pratique et des enseignements de Mahomet et de ses compagnons. Est ainsi condamné, outre la consommation de tabac, d'alcool et de viande de porc, tout ce qui rappelle le polythéisme et l'idolâtrie : pélerinages aux tombeaux des prophètes et des califes, stèles funéraires, musique, danse, représentations humaines ou animalières dans l'art, etc.
Allié dès l'origine au pouvoir saoudien avec lequel il a unifié en l'espace de deux siècles (1744-1932), la péninsule arabique [b]en y menant un peu partout le jihâd[/b], le wahhabisme a puisé son inspiration dans la doctrine du juriste et théologien syrien Ibn Taymiya (1263-1328), éminent représentant du [u]hanbalisme[/u], la plus stricte des quatre écoles de l'islam sunnite. A propos du jihâd, Ibn Taymiya appelle à combattre jusqu'aux dirigeants musulmans qui refuseraient d'appliquer les principes de la chari'a. Selon lui, il faut les combattre :
[list]... s'ils refusent de combattre les infidèles jusqu'à ce qu'ils se convertissent. S'ils incitent aux innovations contraires au Coran, à la tradition (sunna), aux Compagnons et aux ulama [docteurs de la loi islamique] de la nation. De même à l'encontre de ceux qui combattent les musulmans jusqu'à ce qu'ils se soumettent à leur domination, acte qui implique un non-respect de la loi islamique, et tant d'autres du même genre qu'il faut combattre aussi.
Tout individu ou toute collectivité qui l'entreprennent se trouvent placés entre deux sublimes alternatives : la victoire avec le triomphe, ou la mort du martyr avec le paradis. Tout être doit vivre et mourir : or, c'est dans le jihâd qu'il peut vivre au mieux de son bonheur dans cette vie et dans l'autre. Négliger le jihâd c'est perdre ou compromettre ces deux formes de bonheur [...] le jihâd est beaucoup plus profitable et plus utile que tout autre oeuvre pénible [...] Le Prophète disait : «Je suis le prophète de la clémence, je suis le prophète du carnage. Je suis un rieur sanglant.» Sa communauté est une communauté du juste milieu. ([b]Ibn Taymiya[/b], cité par Jean Paul Charnay, [u]Principes de stratégie arabe[/u], Paris, L'Herne, 2003, p.330)[/list]
À une époque où l'empire ottoman connaît son irrémédiable déclin [1ère Guerre mondiale] face à un Occident de plus en plus hégémonique, le wahhabisme propose le jihâd comme le moyen par excellence qui permettrait aux peuples musulmans de se dégager de l'emprise de l'Occident et de retrouver la puissance qui fut la leur aux premiers siècles de l'islam.
«... suivant l'enseignement musulman, le djihad est l'un des éléments de la profession de foi, une obligation imposée à tous les musulmans par Dieu, par la révélation. Dans une guerre offensive, c'est une obligation pour la communauté musulmane dans sa totalité; dans une guerre défensive, c'est une obligation personnelle pour tout musulman mâle adulte [...] L'obligation musulman du djihad se fonde sur l'universalité de la révélation musulmane [...] Cette obligation n'a de limites ni dans le temps ni dans l'espace. Elle doit durer jusqu'à ce que le monde entier ait rallié la foi musulmane ou se soit soumis à l'autorité de l'Etat islamique [...] Jusqu'à ce moment le monde est partagé en deux, la Maison de l'islam (Dar al-islam), et la Maison de la Guerre (Dar al-harb) qui couvre le reste du monde. Entre les deux existe un état de guerre moralement nécéssaire, juridiquement et religieusement obligatoire, jusqu'au triomphe final et inévitable de l'islam.» (Bernard Lewis, [u]Le langage politique de l'islam[/u], p.763)
Remis au goût du jour notamment par la confrérie égyptienne des Frères musulmans, le jihâd compris comme combat armé «dans le sentier d'Allah» ne cesse plus d'agiter les pays musulmans dans leur lutte contre l'hégémonie occidentale. Ainsi, dans les années 1950-1960, il sert plus d'une fois de catalyseur aux guerres d'indépendance menées contre le colonisateur européen. Il est également présent dans le conflit, tantôt larvé tantôt ouvert qui oppose depuis 1948, les pays arabes à l'État d'Israël et qui a, entre autres péripéties, conduit au choc pétrolier des années 1970. Enrichis par la hausse spectaculaire des prix du pétrole, [u]certains pays musulmans projettent d'organiser la diffusion de l'islam dans le monde en finançant non seulement la construction de mosquées et de centres islamiques mais aussi la conduite du jihâd par différents réseaux terroristes[/u].»
Source : J. Bourlard, [u]Le Jihâd. Les textes fondateurs de l'islam face à la modernité[/u], préface de Marie-Thérèse Urvoy, Éditions de Paris, 2008, pp. 18-28