Cinci a écrit :Bon, alors merci pour le message. Il me permet de voir que vous ne seriez pas un tenant du retour à une forme de libéralisme classique en principe.
Pour que je sois un tenant du
retour à une forme de libéralisme classique, encore aurait-il fallu que ce libéralisme classique soit appliqué à une époque...
Cinci a écrit :Vous êtes plutôt en faveur de l'État interventionniste.
Attention, en politique, l'interventionnisme a un sens précis. Un État qui intervient de temps à autre - le plus rarement possible - à la marge, ce n'est pas exactement ce qu'on appelle un État interventionniste. De même qu'accepter un État limité, ce n'est pas de l'étatisme.
Cinci a écrit :Vous voudriez faire subir une cure minceur à un gros gouvernement. Et ce serait donc une affaire de dosage.
Ça oui, clairement.
Cinci a écrit :Maintenant, dans un contexte de récession ou de crise et dont vous rendez responsable quelque gros organisme contrôlé par le gouvernement : votre suggestion serait de bien vouloir réduire l'étendu du domaine sur lequel le gouvernement pourrait avoir de l'emprise directe. Vous feriez confiance alors à l'activité spontanée, libre, des agents individuels. La police à côté pour réprimer les abus criants.
En gros, oui. Et seulement si la crise ou la récession a pour cause l'étatisme (par exemple la crise actuelle de la dette des États). Mais on pourrait imaginer que ce soit l'activité privée qui soit en crise, qui n'assume pas son rôle ou - plus souvent - qui soit inaccessible à certains. En ce cas, l'intervention publique me semble légitime, et c'est d'ailleurs pourquoi je suis favorable à un État "filet de sécurité".
Cinci a écrit :Je précise quand même que ce dont je parlais précédemment n'aboutit pas à de l'anarchie ou à une sorte de chaos. Je pensais à une sorte d'ordre même si pour être défavorable aux moins performants. Le prédateur introduit dans la mare finit par occasionner un certain ordre.
Je n'aime pas l'image du prédateur, qui laisse à entendre que le libéralisme ne serait pas opposé à ce que les forts violent les droits (au sens des droits naturels) des faibles. Or un véritable libéralisme (même classique, et même "anarchique") ne peut que condamner de tels agissements.
Cinci a écrit : Les régimes libéraux du XIXe offrant totale liberté d'entreprise aux patrons : ce n'était pas des régimes épris d'anarchisme. Tout le contraire ! l'armée ouvrait le feu sur les travailleurs pour régler les conflits de travail. On y était intolérant au désordre. La condition de l'individu dans l'ancien régime libéral n'avait rien de naturelle en le sens que celui-ci était plutôt policièrement bien encadré.
Ce genre de régimes était peut-être relativement "libéral" sur un plan économique (disons plutôt qu'il recoupait plus ou moins les aspirations du libéralisme en matière économique), mas cela n'en faisait pas pour autant des régimes libéraux au plein et vrai sens du terme. En libéralisme, le respect du droit de propriété, et
a fortiori le respect des contrats, passe après le respect du droit de vivre. Vous aurez remarqué que je n'ai pas parlé de "droit à la vie", mais bien de "droit de vivre" : le libéralisme classique n'estimant pas que les individus aient un droit (juridique) d'être nourris, soignés, blanchis, opposable à la société. Par contre, le libéralisme, même classique, même "anarchique", reconnaît sans peine que d'un point de vue moral, chacun a bien le devoir de secourir à la mesure du possible les nécessiteux (mais c'est une obligation morale, pas une obligation qu'il faut faire respecter à coups de matraque, du moins pour les libéralismes classique et "anarchique").
Pour clarifier les termes employés et ma propre position (le libéralisme de gauche), je me permets de préciser que je distingue grossièrement 5 types de libéralismes, du plus idéaliste-utopique au plus pragmatique-empirique :
1°) le libéralisme "anarchique" - ou anarchisme de marché - favorable à la suppression pure et simple de l’État et des diverses collectivités au profit de la seule initiative privée.
2°) le libéralisme classique - ou libertarianisme -, qui souhaite cantonner l’État à ses seules fonctions régaliennes (justice, sécurité).
3°) le libéralisme de gauche - ou social - qui, en outre, souhaite que l’État veille à ce qu'un certain nombre d'activités économiques cruciales au développement humain - santé, éducation-recherche, aide sociale essentiellement - soient assurées, de qualité, et accessibles à chacun indépendamment de sa capacité économique.
3° exæquo) le libéralisme de droite - ou conservateur - semblable au libéralisme classique mais qui insiste sur le respect d'un certain nombre de valeurs traditionnelles ou "naturelles" et verse parfois dans un certain "sécuritarisme" ainsi que, au plan international, une tendance à l'ingérence...
5°) le libéralisme "républicain" - ou social-conservateur - qui conjugue les deux derniers types (c'est en gros le libéralisme très modéré des néoconservateurs à l'américaine...).
Cordialement,
Mikaël
[quote="Cinci"]Bon, alors merci pour le message. Il me permet de voir que vous ne seriez pas un tenant du retour à une forme de libéralisme classique en principe.[/quote]
Pour que je sois un tenant du [b]retour[/b] à une forme de libéralisme classique, encore aurait-il fallu que ce libéralisme classique soit appliqué à une époque... ;)
[quote="Cinci"]Vous êtes plutôt en faveur de l'État interventionniste.[/quote]
Attention, en politique, l'interventionnisme a un sens précis. Un État qui intervient de temps à autre - le plus rarement possible - à la marge, ce n'est pas exactement ce qu'on appelle un État interventionniste. De même qu'accepter un État limité, ce n'est pas de l'étatisme.
[quote="Cinci"]Vous voudriez faire subir une cure minceur à un gros gouvernement. Et ce serait donc une affaire de dosage.[/quote]
Ça oui, clairement.
[quote="Cinci"]Maintenant, dans un contexte de récession ou de crise et dont vous rendez responsable quelque gros organisme contrôlé par le gouvernement : votre suggestion serait de bien vouloir réduire l'étendu du domaine sur lequel le gouvernement pourrait avoir de l'emprise directe. Vous feriez confiance alors à l'activité spontanée, libre, des agents individuels. La police à côté pour réprimer les abus criants.[/quote]
En gros, oui. Et seulement si la crise ou la récession a pour cause l'étatisme (par exemple la crise actuelle de la dette des États). Mais on pourrait imaginer que ce soit l'activité privée qui soit en crise, qui n'assume pas son rôle ou - plus souvent - qui soit inaccessible à certains. En ce cas, l'intervention publique me semble légitime, et c'est d'ailleurs pourquoi je suis favorable à un État "filet de sécurité".
[quote="Cinci"]Je précise quand même que ce dont je parlais précédemment n'aboutit pas à de l'anarchie ou à une sorte de chaos. Je pensais à une sorte d'ordre même si pour être défavorable aux moins performants. Le prédateur introduit dans la mare finit par occasionner un certain ordre.[/quote]
Je n'aime pas l'image du prédateur, qui laisse à entendre que le libéralisme ne serait pas opposé à ce que les forts violent les droits (au sens des droits naturels) des faibles. Or un véritable libéralisme (même classique, et même "anarchique") ne peut que condamner de tels agissements.
[quote="Cinci"] Les régimes libéraux du XIXe offrant totale liberté d'entreprise aux patrons : ce n'était pas des régimes épris d'anarchisme. Tout le contraire ! l'armée ouvrait le feu sur les travailleurs pour régler les conflits de travail. On y était intolérant au désordre. La condition de l'individu dans l'ancien régime libéral n'avait rien de naturelle en le sens que celui-ci était plutôt policièrement bien encadré.[/quote]
Ce genre de régimes était peut-être relativement "libéral" sur un plan économique (disons plutôt qu'il recoupait plus ou moins les aspirations du libéralisme en matière économique), mas cela n'en faisait pas pour autant des régimes libéraux au plein et vrai sens du terme. En libéralisme, le respect du droit de propriété, et [i]a fortiori[/i] le respect des contrats, passe après le respect du droit de vivre. Vous aurez remarqué que je n'ai pas parlé de "droit à la vie", mais bien de "droit de vivre" : le libéralisme classique n'estimant pas que les individus aient un droit (juridique) d'être nourris, soignés, blanchis, opposable à la société. Par contre, le libéralisme, même classique, même "anarchique", reconnaît sans peine que d'un point de vue moral, chacun a bien le devoir de secourir à la mesure du possible les nécessiteux (mais c'est une obligation morale, pas une obligation qu'il faut faire respecter à coups de matraque, du moins pour les libéralismes classique et "anarchique").
Pour clarifier les termes employés et ma propre position (le libéralisme de gauche), je me permets de préciser que je distingue grossièrement 5 types de libéralismes, du plus idéaliste-utopique au plus pragmatique-empirique :
1°) le libéralisme "anarchique" - ou anarchisme de marché - favorable à la suppression pure et simple de l’État et des diverses collectivités au profit de la seule initiative privée.
2°) le libéralisme classique - ou libertarianisme -, qui souhaite cantonner l’État à ses seules fonctions régaliennes (justice, sécurité).
3°) le libéralisme de gauche - ou social - qui, en outre, souhaite que l’État veille à ce qu'un certain nombre d'activités économiques cruciales au développement humain - santé, éducation-recherche, aide sociale essentiellement - soient assurées, de qualité, et accessibles à chacun indépendamment de sa capacité économique.
3° exæquo) le libéralisme de droite - ou conservateur - semblable au libéralisme classique mais qui insiste sur le respect d'un certain nombre de valeurs traditionnelles ou "naturelles" et verse parfois dans un certain "sécuritarisme" ainsi que, au plan international, une tendance à l'ingérence...
5°) le libéralisme "républicain" - ou social-conservateur - qui conjugue les deux derniers types (c'est en gros le libéralisme très modéré des néoconservateurs à l'américaine...).
Cordialement,
Mikaël