Ce genre de régimes était peut-être relativement "libéral" sur un plan économique (disons plutôt qu'il recoupait plus ou moins les aspirations du libéralisme en matière économique), mais cela n'en faisait pas pour autant des régimes libéraux au plein et vrai sens du terme.
En effet, car ces régimes mettaient bien davantage l'accent sur la liberté du capital d'une classe de possédants à respecter. On parle d'une sorte de libéralisme économique couplée parallèlement à un dur conservatisme en matière sociale (répression des anormaux, chasse aux mendiants, prison pour les efféminés, la troupe peut ouvrir le feu sur les autochtones un peu agités dans les colonies, etc)
Dans vos catégories :
- 2°) le libéralisme classique - ou libertarianisme -, qui souhaite cantonner l’État à ses seules fonctions régaliennes (justice, sécurité).
- 3° exæquo) le libéralisme de droite - ou conservateur - semblable au libéralisme classique mais qui insiste sur le respect d'un certain nombre de valeurs traditionnelles ou "naturelles" et verse parfois dans un certain "sécuritarisme" ainsi que, au plan international, une tendance à l'ingérence...
Aussi, ne vous apparaît-t-il pas une chose curieuse si, afin de pouvoir parler «libéralisme au plein sens du terme» vous devriez y joindre dorénavant certaines valeurs en extra ? Il ne vous semblerait pas un peu étrange ainsi, tel comme en retour de ce que je viens de préciser, qu'un libéralisme classique soit lui-même déficient à certains égards, comme par rapport à ce qui serait le vrai libéralisme ? le libéralisme classique serait juste moins adapté à notre époque ?
JE VOUDRAIS REPRENDRE
En fait, il faudrait peut-être exprimer en quoi le libéralisme classique : il abandonnait par-dessus tout les questions morales et le grand domaine du social («les grandes valeurs d'entraide») à la sphère personnelle privée et à l'Église (à divers églises). Il détruisait pour commencer le règne plus ancien des corporations, régie, anciens droits, privilèges, etc. «Liberté aux entrepreneurs !» Quant à la sphère sociale de soutien ? On la laissait à des acteurs non-gouvernementaux comme jadis. L'appareil de l'État n'avait pas un liard à donner aux pauvres, aux nécéssiteux, aux chômeurs, etc. Du reste, il n'y avait pas d'impôt non plus. La charité ? il fallait toujours qu'elle provienne des familles et/ou de l'Église.
Ce sont bien des individus qui donnaient bénévolement à l'Église, laquelle se chargeait d'une redistribution ici et là (= les bonnes oeuvres). Il y avait une société civile chrétienne et qui devait marcher de pair avec le gouvernement; tout à côté du gouvernement.
Je dirais donc que vous n'êtes pas tenant du libéralisme classique tout à fait, gentil athée. Oui, mais c'est parce que vous n'avez pas tellement le choix non plus d'une manière. Vous devrez y faire accroc, précisément à raison de certaines valeurs de solidarité minimales auxquelles vous tenez bien sûr et dont l'Église ne pourrait plus se charger de nos jours. Les mesures étatiques et supplétives ''en extra'', aujourd'hui, mais elles servent à permettre au libéralisme économique de continuer de tourner. Je pense que c'est comme ça que l'économiste Keynes voyait aussi ces éventuelles mesures ou interventions de l'État dans le champ économique ou autres. C'était dans l'objectif de venir en aide au libéralisme bien sûr.
Et c'est bien pour cela aussi que je pensais dosage.
Vous auriez été d'accord avec le père de l'État Providence sur le principe même d'une possible intervention «en extra» de la part du gouvernement. Or c'est le degré de prodigalité ou l'extensivité d'une main-mise directe du gouvernement, dans diverses affaires qui vous préoccupe. C'est une histoire de jeu d'équilibre en somme.
Vous voulez dire qu'un trop plein d'étatisme mal-balancé fini par provoquer des catastrophes de plus grande ampleure que si la machinerie gouvernementale, une super-bureaucratie de grands mandarins, aurait dû rester en réserve de la république. En impliquant un grand noyau décisionnel centralisé : des sommes en jeu sont plus importantes, l'on manipule plus de matière, les effets se font sentir à plus grande distance et la bourde commise par d'un des grands acteurs fait plus de dégâts. Il y a une histoire de volume là-dedans aussi.
Au début
Il n'y aura jamais eu de libéralisme parfaitement appliqué, si vous voulez. C'est vrai. Il aurait fallu que je m'exprime autrement sans doute.Pour que je sois un tenant du retour à une forme de libéralisme classique, encore aurait-il fallu que ce libéralisme classique soit appliqué à une époque...
Je ferais donc erreur (ce que j'ai fait au début, par mégarde) si je devais vous associer davantage à des fanatiques du marché libre. Non, vous seriez presque keynésien à votre façon pourtant. Sauf, d'une manière beaucoup plus restreinte ou limitée que ce semble être le cas aujourd'hui, notamment en matière de finance. Car ceux que l'on nomme les néolibéraux sont en faveur de ponctionner les gouvernements ou siphonner les États (les endetter jusqu'au 5e ciel) pour le plus grand bien des compagnies privées (cf.subventions publiques à coup de milliards). Et ce serait le genre de choses dont vous ne voudriez pas.

