par Cinci » mer. 13 juin 2012, 7:01
Christophe écrivait ceci :
l’autre grand danger est le morcellement de la société. En effet, sous l’influence de cette idéologie sont menées des politiques migratoires et d’assimilation totalement irresponsables dont le symptôme le plus criant est la montée des communautarismes qui va mettre durablement à mal la cohésion sociale et territoriale…
Il y a un chapitre de Jean Sévilla qui est intéressant à ce sujet :
- «... au Xe siècle, la fusion des groupes germaniques et de la population gallo-romaine est parvenue à son terme. Le fond de la population française est formé : il ne bougera plus jusqu'au milieu du XIXe siècle [...] c'est à dire pendant les neuf dixièmes de l'existence historique de la France, la base populaire du pays reste identique, dans une société où seules les migrations sont intérieures, des campagnes vers la ville.
[...]
... au XIXe siècle, alors que l'Europe connaît des migrations de grande ampleure (à l'origine du peuplement des États-Unis), la France ne participe pas du mouvement. En revanche, le pays subi une baisse démographique, fruit de la saignée des guerres napoléoniennes, mais aussi de comportements malthusiens en matière de natalité repérés dès le XVIIIe siècle.
C'est dans ce contexte que s'amorce un courant d'immigration [...] 70 000 étrangers avant la Révolution, ils sont 381 000 au recensement de 1851. Leur nombre augmente ensuite rapidement : 1 million en 1881. C'est une immigration de voisinage : des Belges s'installent dans le Nord de la France, des Italiens dans le Sud-Est, des Espagnols dans le Sud-Ouest. Mais ce sont le plus souvent des jeunes travailleurs, célibataires ou ayant laissé leur famille, qui viennent constituer un pécule, puis repartent chez eux.
[...]
En 1931, pour une population d'environ 38 millions d'habitants, on compte 2,8 millions d'étrangers, mais la proportion de retour au pays reste forte. Le chiffre décroit avec la crise des années trente et la Seconde Guerre mondiale. Depuis la fin du XIXe siècle, toutefois, ceux des étrangers qui sont devenus français, se sont assimilés par le biais de l'école, du service militaire, du travail ou même de la guerre. D'après Jacques Dupâquier, leur apport global à la population est passé (incluant la somme des étrangers et des descendants d'étrangers naturalisés) de 2 millions en 1914 à 4 millions en 1950.
A partir de 1956, l'expansion économique des Trente Glorieuses déclenche une troisième vague d'immigration. Il s'agit toujours d'une immigration de travail : gardant leur nationalité, les étrangers se fixent pour objectif de rentrer un jour chez eux. En 1976, ils sont 3,7 millions (7% de la population).
C'est à partir de cette époque qu'intervient un double changement. En premier lieu dans l'origine des immigrés. Au début du siècle, toute la population allogène en France provient de pays européens. Au milieu des années 1970, les Portugais, les Espagnols et les Italiens forment encore 60% du total des étrangers installés en France, tandis que les Africains représentent 34% de ce total. En 1990, le rapport s'est modifié : 45% des immigrés viennent d'Afrique - 39% du Maghreb et 6% d'Afrique noire - 40% d'Europe et 11% d'Asie (dont 5% de Turquie). En second lieu, si l'immigration a théoriquement été stoppé en 1974, la législation adoptée en 1976 - le regroupement familial - modifie la perspective, les immigrés font venir leur famille. Or, en vertu de la loi, tout enfant né en France de parents étrangers peut accéder, à sa majorité, à la nationalité française.
Dans les années 2000, le courant s'est encore accéléré et le changement de structure s'est accentué. Obtenir des chiffres officiels à ce sujet est pratiquement impossible : les différents organismes publics qui travaillent sur la question se concurrencent et ne suivent pas les mêmes méthodes d'analyse. Les statistiques comptabilisent ainsi comme immigrant toute personne étrangère née à l'étranger, mais pas les étrangers nés en France. Par ailleurs, la loi interdit d'introduire des critères d'origine ethnique dans les recensements. La démographe Michèle Tribalat explique l'absence de statistiques fiables par «la crainte d'affoler l'opinion».
[...]
Michèle Tribalat, en additionnant les immigrés, leurs enfants et leurs petits-enfants, parvient à la conclusion que la France compte 13.5 millions de migrants : 23% de la population métropolitaine, naturalisée ou non, est d'origine étrangère récente. Mais ces chiffres prennent tout leur sens s'il sont décomposés par générations : les immigrés les plus agés viennent d'Italie et d'Espagne, tandis que les plus jeunes sont originaires du Maghreb, d'Afrique noire, de Turquie et même de Chine. Ces données doivent être analysées sur le plan géographique : selon Michèle Tribalat, la proportion de jeunes issus de l'immigration atteint 37% en Île de France, 23% en Alsace et 20% en Rhône-Alpes.
Situons-nous dans la longue durée. Entre environ le VIe siècle et le milieu du XIXe siècle, l'essentiel de la population de la France est resté inchangé. Entre la seconde moitié du XIXe siècle et les années 1960, une immigration variable dans le temps, majoritairement européenne, très minoritaire par rapport à la population globale, s'est exercée sur le terrotoire national, une partie des arrivés regagnant leur pays, l'autre s'assimilant. A partir des années 1970 a commencé une immigration de peuplement, majoritairement d'origine africaine, dont l'effet de concentration est tel qu'elle supplante la population d'origine française dans certains quartiers, dans certaines villes et dans certains départements.
«Cette situation n'a pas d'équivalent dans l'histoire de la population française», constatait Jacques Dupâquier il y a vingt ans. Une situation que Fernand Braudel, avant 1985, commentait ainsi dans L'identité de la France : «Pour la première fois, je crois, sur un plan national, l'immigration à la France une sorte de problème ''colonial'', cette fois planté à l'intérieur d'elle-même». Les deux historiens ne sont plus. Que diraient-ils aujourd'hui ?
[...]
La société repose sur un certain nombre de règles communes, de valeurs partagées, de comportements collectifs librement acceptés. Pour reprendre la définition de Renan, si la nation est «la possession en commun d'un riche legs de souvenirs» et «le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis», est-il possible que des millions d'individus arrivés en l'espace de deux ou trois décennies, et en provenance d'un univers culturel différent, aient pu assimiler le «riche legs de souvenirs français» et «la volonté de continuer à faire valoir cet héritage» ?
Jean Sévilla, Historiquement Incorrect, Paris, Fayard, 2011, pp. 286-291
Christophe écrivait ceci :
[quote] l’autre grand danger est le morcellement de la société. En effet, sous l’influence de cette idéologie sont menées des politiques migratoires et d’assimilation totalement irresponsables dont le symptôme le plus criant est la montée des communautarismes qui va mettre durablement à mal la cohésion sociale et territoriale…[/quote]
Il y a un chapitre de Jean Sévilla qui est intéressant à ce sujet :
[list]«... au Xe siècle, la fusion des groupes germaniques et de la population gallo-romaine est parvenue à son terme. Le fond de la population française est formé : il ne bougera plus jusqu'au milieu du XIXe siècle [...] c'est à dire pendant les neuf dixièmes de l'existence historique de la France, la base populaire du pays reste identique, dans une société où seules les migrations sont intérieures, des campagnes vers la ville.
[...]
... au XIXe siècle, alors que l'Europe connaît des migrations de grande ampleure (à l'origine du peuplement des États-Unis), la France ne participe pas du mouvement. En revanche, le pays subi une baisse démographique, fruit de la saignée des guerres napoléoniennes, mais aussi de comportements malthusiens en matière de natalité repérés dès le XVIIIe siècle.
C'est dans ce contexte que s'amorce un courant d'immigration [...] 70 000 étrangers avant la Révolution, ils sont 381 000 au recensement de 1851. Leur nombre augmente ensuite rapidement : 1 million en 1881. C'est une immigration de voisinage : des Belges s'installent dans le Nord de la France, des Italiens dans le Sud-Est, des Espagnols dans le Sud-Ouest. Mais ce sont le plus souvent des jeunes travailleurs, célibataires ou ayant laissé leur famille, qui viennent constituer un pécule, puis repartent chez eux.
[...]
En 1931, pour une population d'environ 38 millions d'habitants, on compte 2,8 millions d'étrangers, mais la proportion de retour au pays reste forte. Le chiffre décroit avec la crise des années trente et la Seconde Guerre mondiale. Depuis la fin du XIXe siècle, toutefois, ceux des étrangers qui sont devenus français, se sont assimilés par le biais de l'école, du service militaire, du travail ou même de la guerre. D'après Jacques Dupâquier, leur apport global à la population est passé (incluant la somme des étrangers et des descendants d'étrangers naturalisés) de 2 millions en 1914 à 4 millions en 1950.
A partir de 1956, l'expansion économique des Trente Glorieuses déclenche une troisième vague d'immigration. Il s'agit toujours d'une immigration de travail : gardant leur nationalité, les étrangers se fixent pour objectif de rentrer un jour chez eux. En 1976, ils sont 3,7 millions (7% de la population).
C'est à partir de cette époque qu'intervient [b]un double changement[/b]. En premier lieu dans l'origine des immigrés. Au début du siècle, toute la population allogène en France provient de pays européens. Au milieu des années 1970, les Portugais, les Espagnols et les Italiens forment encore 60% du total des étrangers installés en France, tandis que les Africains représentent 34% de ce total. En 1990, le rapport s'est modifié : 45% des immigrés viennent d'Afrique - 39% du Maghreb et 6% d'Afrique noire - 40% d'Europe et 11% d'Asie (dont 5% de Turquie). En second lieu, si l'immigration a théoriquement été stoppé en 1974, la législation adoptée en 1976 - le regroupement familial - modifie la perspective, les immigrés font venir leur famille. Or, en vertu de la loi, tout enfant né en France de parents étrangers peut accéder, à sa majorité, à la nationalité française.
Dans les années 2000, le courant s'est encore accéléré et le changement de structure s'est accentué. [u]Obtenir des chiffres officiels à ce sujet est pratiquement impossible[/u] : les différents organismes publics qui travaillent sur la question se concurrencent et ne suivent pas les mêmes méthodes d'analyse. Les statistiques comptabilisent ainsi comme immigrant toute personne étrangère née à l'étranger, mais pas les étrangers nés en France. Par ailleurs, la loi interdit d'introduire des critères d'origine ethnique dans les recensements. La démographe Michèle Tribalat explique l'absence de statistiques fiables par «la crainte d'affoler l'opinion».
[...]
Michèle Tribalat, en additionnant les immigrés, leurs enfants et leurs petits-enfants, parvient à la conclusion que la France compte 13.5 millions de migrants : 23% de la population métropolitaine, naturalisée ou non, est d'origine étrangère récente. Mais ces chiffres prennent tout leur sens s'il sont décomposés par générations : les immigrés les plus agés viennent d'Italie et d'Espagne, tandis que les plus jeunes sont originaires du Maghreb, d'Afrique noire, de Turquie et même de Chine. Ces données doivent être analysées sur le plan géographique : selon Michèle Tribalat, la proportion de jeunes issus de l'immigration atteint [u]37% en Île de Franc[/u]e, 23% en Alsace et 20% en Rhône-Alpes.
Situons-nous dans la longue durée. Entre environ le VIe siècle et le milieu du XIXe siècle, l'essentiel de la population de la France est resté inchangé. Entre la seconde moitié du XIXe siècle et les années 1960, une immigration variable dans le temps, majoritairement européenne, très minoritaire par rapport à la population globale, s'est exercée sur le terrotoire national, une partie des arrivés regagnant leur pays, l'autre s'assimilant. A partir des années 1970 a commencé une immigration de peuplement, majoritairement d'origine africaine, dont l'effet de concentration est tel qu'elle supplante la population d'origine française dans certains quartiers, dans certaines villes et dans certains départements.
«Cette situation n'a pas d'équivalent dans l'histoire de la population française», constatait Jacques Dupâquier il y a vingt ans. Une situation que Fernand Braudel, avant 1985, commentait ainsi dans [i]L'identité de la France[/i] : «Pour la première fois, je crois, sur un plan national, l'immigration à la France une sorte de problème ''colonial'', cette fois planté à l'intérieur d'elle-même». Les deux historiens ne sont plus. Que diraient-ils aujourd'hui ?
[...]
La société repose sur un certain nombre de règles communes, de valeurs partagées, de comportements collectifs librement acceptés. Pour reprendre la définition de Renan, si la nation est «la possession en commun d'un riche legs de souvenirs» et «le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis», est-il possible que des millions d'individus arrivés en l'espace de deux ou trois décennies, et en provenance d'un univers culturel différent, aient pu assimiler le «riche legs de souvenirs français» et «la volonté de continuer à faire valoir cet héritage» ?
Jean Sévilla, [u]Historiquement Incorrect[/u], Paris, Fayard, 2011, pp. 286-291[/list]