Est-ce parce que mes aïeux vivaient près d'Epernay et que c'est près de Port-à-Binson que la berline royale, de retour de Varennes, rencontra les membres de l'Assemblée Nationale venus à sa rencontre, est-ce l'amour du voyage et de la route, celui des grandes vacances, de l'intimité d'une famille fuyant la ville grondeuse en direction de l'Est, ou, plus certainement les épisodes troublants et inquiétants de cette journée fatale de la Révolution....toujours-est-il que chaque 21 juin je me remémore ce "voyage de Montmédy" écourté pour rester dans l'Histoire sous le nom de "Fuite à Varennes". La lecture des ouvrages de Lenôtre, Castelot, Girault de Coursac, Dumas et bien d'autres qui empruntèrent la route champenoise, s'arrêtèrent aux relais, scrutèrent le paysage, me laisse un sentiment obscur et troublant. La vérité semble ne jamais vraiment pouvoir réussir à émerger de cette affaire...
Je suis (forcément...) du côté des fugitifs traqués, sans doute trahis, j'imagine leurs espoirs au fur-et-à mesure que les lieues se multipliaient entre leur équipage et la capitale. A Châlons, en fin d'après-midi, on se croyait à l'abri de tout danger... Quelques lieues plus loin, à Poste-de-Somme-Vesle : personne, aucun hussard, aucun relais prêt... la blancheur de la plaine crayeuse de la Champagne, blafarde, poussiéreuse, et la peur qui vous étreint... Des visages harassés, des enfants épuisés, la chaleur de l'habitacle surchauffé, l'angoisse qui monte en attendant le final qui, comme pour Jésus, se joue dans les ténèbres d'une nuit malfaisante...
Je songe à eux en cette nuit du 20 au 21 juin, comme chaque année depuis trente ans déjà...étrange cette manie des dates. Peut-être l'aspect familial de l'évènement historique me touche-t-il davantage d'ailleurs : le roi aidant le dauphin à "jeter de l'eau" (uriner...) dans un vase de voyage, le relais à Chaintrix où il donne au maître de poste Jean de Lagny, royaliste qui l'a reconnu, une écuelle aujourd'hui encore conservée par ses descendants, les prières et l'espérance de Madame Elisabeth réconfortant sa belle-soeur, la simplicité et bonté des différents membres de la famille royale étonnant par leur courage et leur naturel des sujets surpris de voir une famille unie et aimante...
Il y a 218 ans à cette heure-ci ils avaient réussi à trahir la vigilance de leurs geôliers, quittaient la capitale haineuse et dangereuse et allaient vivre vingt quatre heures de liberté sans étiquette, sans espions...Des parents soucieux de la vie de leurs enfants...
Il faut que je "creuse" et trouve pourquoi cette date clef me fascine tant depuis juin 1979 très exactement....
Fuite à Varennes, 21 juin 1791
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Re: Fuite à Varennes, 21 juin 1791
Dans le film d'Ettore Scola La Nuit de Varennes (titre italien : Le monde nouveau), où le très bon jouxte le moins bon (erreurs de perspective historique, parti pris affiché pour le démocrate Payne prêchant une religion du bonheur à l'américaine...), j'aime beaucoup la réflexion et méditation du cinéaste sur la peur. A la fin du film, les masques tombent : Monsieur Jacob (le coiffeur homosexuel interprété par Brialy) effondré, se blottit sur les genoux de la comtesse de Laborde. La scène n'est pas ridicule mais très touchante à mon avis... Lui ne croit pas au bonheur, n'y a jamais cru mais se réfugie près de l'aristocrate qui le protège de façon très maternelle. Ce n'est pas un adulte, il n'est pas "émancipé", craint les fractures et les bouleversements que "le monde nouveau" va entrainer dans sa vie...
La scène où, dans l'auberge de Varennes, Hannah Schygulla (la comtesse) fait la révérence devant un mannequin portant les vêtements que le roi devait porter pour la Fête-Dieu est particulièrement belle et douloureuse...
J'ai vu ce film à sa sortie, en mai 82, et, malgré certains passages qui m'énervent toujours un peu, y trouve encore de fort beaux morceaux...
Là aussi je "creuse" car pourquoi un film vu et revu concernant un évènement lié à un passé déjà ancien me touche-t-il autant ?...
La scène où, dans l'auberge de Varennes, Hannah Schygulla (la comtesse) fait la révérence devant un mannequin portant les vêtements que le roi devait porter pour la Fête-Dieu est particulièrement belle et douloureuse...
J'ai vu ce film à sa sortie, en mai 82, et, malgré certains passages qui m'énervent toujours un peu, y trouve encore de fort beaux morceaux...
Là aussi je "creuse" car pourquoi un film vu et revu concernant un évènement lié à un passé déjà ancien me touche-t-il autant ?...
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Re: Fuite à Varennes, 21 juin 1791
Un très bon site iconographique : archim (Archives Nationales)
http://www.culture.gouv.fr/documentatio ... ssiers.htm
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Re: Fuite à Varennes, 21 juin 1791
L'heure de la trahison, avant celle des ténèbres du crépuscule de la Monarchie. Les traîtres ont fait leur boulot, les troupes qui devaient assurer la protection du Roi après Châlons se sont débandées... Tout est prêt pour que la nasse se referme sur ceux que les loges ont froidement décidé d'exterminer - même si en 1791 on parle encore de monarchie parlementaire.
On sait aujourd'hui, grâce à l'enquête des Girault de Coursac, que la berline, attelée a huit chevaux, a fait une moyenne tout-à-fait correcte pour l'époque entre Paris et Châlons, que si le pont de Varennes avait pu être franchi et le relais assuré, la suite du parcours (un vrai coupe-gorge et une côte carabinée...) aurait très certainement été un piège de plus ralentissant les fugitifs, que les officiers inexpérimentés qui se sont...couchés avec les poules au lieu d'attendre le Roi qu'ils devaient défendre, ont certainement obéi tacitement aux démagogues qui agitaient l'opinion...
Tout va se passer dans les ténèbres, à l'entrée de Varennes, là, dans la maison d'un épicier marchand de chandelles on verra la Reine de France parlementer avec Madame Sauce, lui demandant de convaincre son époux de les laisser poursuivre le voyage... Une scène unique dans l'Histoire de France certainement...
Dès le retour, le 22 juin, un gentilhomme des environs, le châtelain de Hans, venu rendre ses hommages au roi est dépecé sous les yeux de la famille royale... le calvaire commence qui va durer jusqu'au 25 juin, date de l'arrivée à Paris. A Chouilly, près d'Epernay, on crachera au visage de Louis XVI...
Otant son chapeau à son arrivée aux Tuileries, la Reine découvrira que sa chevelure a blanchi et ressemble à celle d'une femme de soixante-dix ans...
On sait aujourd'hui, grâce à l'enquête des Girault de Coursac, que la berline, attelée a huit chevaux, a fait une moyenne tout-à-fait correcte pour l'époque entre Paris et Châlons, que si le pont de Varennes avait pu être franchi et le relais assuré, la suite du parcours (un vrai coupe-gorge et une côte carabinée...) aurait très certainement été un piège de plus ralentissant les fugitifs, que les officiers inexpérimentés qui se sont...couchés avec les poules au lieu d'attendre le Roi qu'ils devaient défendre, ont certainement obéi tacitement aux démagogues qui agitaient l'opinion...
Tout va se passer dans les ténèbres, à l'entrée de Varennes, là, dans la maison d'un épicier marchand de chandelles on verra la Reine de France parlementer avec Madame Sauce, lui demandant de convaincre son époux de les laisser poursuivre le voyage... Une scène unique dans l'Histoire de France certainement...
Dès le retour, le 22 juin, un gentilhomme des environs, le châtelain de Hans, venu rendre ses hommages au roi est dépecé sous les yeux de la famille royale... le calvaire commence qui va durer jusqu'au 25 juin, date de l'arrivée à Paris. A Chouilly, près d'Epernay, on crachera au visage de Louis XVI...
Otant son chapeau à son arrivée aux Tuileries, la Reine découvrira que sa chevelure a blanchi et ressemble à celle d'une femme de soixante-dix ans...
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Re: Fuite à Varennes, 21 juin 1791
Varennes : rue de la Basse Cour, avant 1917 (la rue descend vers le pont sur l'Aire). La berline fut stoppée à l'emplacement du beffroi qu'on distingue au fond. La famille royale passa la nuit dans la Maison Sauce (à droite, premier plan). L'ensemble de la rue fut détruit lors des combats de 1917.


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Re: Fuite à Varennes, 21 juin 1791

La Reine par Kucharski, 1791.
Celle qu'il était primordial de souiller et d'éliminer : le giron royal portant les Lys de France.
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Re: Fuite à Varennes, 21 juin 1791
Lors de ma première visite dans la sinistre bourgade de Varennes-en-Argonne, reconstruite avec la banalité médiocre et économe de l'après Première Guerre Mondiale, j'ai ressenti un choc profond en arrivant au pied du beffroi reconstruit ; c'est là, sous la voûte que surmontait en 1791 l'église Saint-Gengoult, que la berline royale fut stoppée brutalement.
La niche ornant le beffroi abrite curieusement une très belle Vierge-à-l'Enfant. Dans la main droite de Marie, un sceptre orné du Lys de France domine la petite place tranquille dont Victor Hugo faisait remarquer qu'elle avait la forme triangulaire du couperet de la guillotine. Quelques mètres plus bas, l'emplacement de la maison Sauce n'offre guère qu'une stèle signalant le lieu où s'est joué le drame du 21 juin 1791. C'est petit, laid, frustrant car même l'auberge du Grand Monarque (ô dérision), près du pont sur l'Aire, a été reconstruite après 1918. La seule note d'espérance, de beauté, de paix, c'est cette image mariale, douce, prophétique peut-être, dominant la trivialité moderne d'un bourg dénaturé reflétant toute la vulgarité de l'époque contemporaine...
La niche ornant le beffroi abrite curieusement une très belle Vierge-à-l'Enfant. Dans la main droite de Marie, un sceptre orné du Lys de France domine la petite place tranquille dont Victor Hugo faisait remarquer qu'elle avait la forme triangulaire du couperet de la guillotine. Quelques mètres plus bas, l'emplacement de la maison Sauce n'offre guère qu'une stèle signalant le lieu où s'est joué le drame du 21 juin 1791. C'est petit, laid, frustrant car même l'auberge du Grand Monarque (ô dérision), près du pont sur l'Aire, a été reconstruite après 1918. La seule note d'espérance, de beauté, de paix, c'est cette image mariale, douce, prophétique peut-être, dominant la trivialité moderne d'un bourg dénaturé reflétant toute la vulgarité de l'époque contemporaine...
Dernière modification par coeurderoy le mer. 15 juil. 2009, 22:12, modifié 1 fois.
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Re: Fuite à Varennes, 21 juin 1791

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