Après la lecture de Varieties of Religious Experience, de James, Julien Green écrit : "Je crois qu'à vrai dire, il n'y a pas de conversion s'il n'y a pas de don total. Alors seulement Dieu donne au-delà de ce qu'on espérait, mais si l'on retient quelque chose, on impose une limite à ce qu'on offre et par conséquent à ce qu'on reçoit, et la conversion dure peu, tourne court. Il faut l'évacuation totale du monde"
Je trouve que c'est un peu exagéré. Il faut bien se dire que si saint Antoine (je parle du premier Père du désert, qui laissa tout sur un seul mot de l'Evangile entendu à l'Eglise), a pu tout abandonner d'un seul geste, ce fut encore par grâce et permission de Dieu. Saint François d'Assise connût un chemin de conversion plus rude, d'autant plus qu'il avait été bien engagé dans la vie mondaine. Pour ma part, lors de ma conversion, je me suis le jour même, qui était un dimanche, rendu à l'Eglise pour raconter ce que je venais de vivre. Au fond de moi-même, j'espérais qu'il me donnerait la confession, mais j'étais troublé jusque dans ma façon de parler, et lui n'y a pas songé. Ensuite, je suis parti avec un simple sac à dos pour rencontres les Capucins, mais j'ai subi un échec semblable... Au bilan, échec après échec, mais toujours dans la joie, j'ai réalisé que le Seigneur ne m'appelait pas à changer ma vie de cette façon-là et finalement tout mon "travail" me fut donné là où j'étais, là où je suis toujours. Au fil des ans, le service changea de forme, il comporta diverses épreuves, crucifiantes pour certaines, mais toutes libératrices. Je crois qu'il ne faut pas songer à "l'évacuation totale du monde" - sûrement l'auteur n'a écrit cela que pour indiquer la qualité du renoncement intérieur, car on évacue jamais le monde dans lequel nous sommes (aussi) appelés à rencontrer les hommes, nos frères - autant que les épreuves.
Conversion et évacuation totale du monde
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etienne lorant
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Conversion et évacuation totale du monde
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Conversion et évacuation totale du monde
"Si saint Antoine (je parle du premier Père du désert, qui laissa tout sur un seul mot de l'Evangile entendu à l'Eglise), a pu tout abandonner d'un seul geste, ce fut encore par grâce et permission de Dieu."
Idée qui me pose un réel problème : la grâce de Dieu, à vous lire, me paraît un obstacle à la liberté humaine.
Idée qui me pose un réel problème : la grâce de Dieu, à vous lire, me paraît un obstacle à la liberté humaine.
« Le Verbe s’est incarné pour la Rédemption du Péché. Faudra-t-il que le Saint-Esprit s’incarne pour la rédemption de la sottise ? » Léon Bloy
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etienne lorant
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Re: Conversion et évacuation totale du monde
Etrigan a écrit :"Si saint Antoine (je parle du premier Père du désert, qui laissa tout sur un seul mot de l'Evangile entendu à l'Eglise), a pu tout abandonner d'un seul geste, ce fut encore par grâce et permission de Dieu."
Idée qui me pose un réel problème : la grâce de Dieu, à vous lire, me paraît un obstacle à la liberté humaine.
Que la grâce fasse obstacle à la liberté humaine ? Euh, oui, d'accord, mais toujours à l'avantage de l'individu qui en bénéficie ! Ce midi, j'ai eu l'occasion de bavarder avec un jeune homme qui désire rompre avec ses études pour en entreprendre d'autres, alors qu'il ne lui reste qu'un an pour décrocher son premier diplôme. Je lui ai raconté comment mon père m'avait véritablement forcé (en insistant beaucoup : "C'est moi qui paye !") à effectuer deux années d'études de gestion avant de retourner aux études de philologies romanes qui me passionnaient. Finalement, je suis devenu libraire et j'ai constaté rapidement que sans le secours des études "forcées" en gestion, je n'aurais pas duré longtemps dans ma profession. Pour le reste, chaque fois que je m'efforce de faire un "bilan", je suis bien obligé de constater à quel point certains obstacles et certaines épreuves m'ont permis d'avancer ensuite beaucoup plus rapidement, mais aussi avec plus d'aisance. C'est un orteil cassé, le 1er janvier 2004 qui a, presque directement, abouti à ma délivrance de vingt ans de tabagie ! Cela fait drôle de songer à cela !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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