Que penser du courant libertarien ?
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Olivier
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Que penser du courant libertarien ?
Une société sans Etat: l'Islande médiévale
Pour plusieurs historiens, l'Islande médiévale (930-1262) représente le modèle d'une société qui, pendant environ 300 ans, fut une terre de liberté et de prospérité alors que dans le reste de l'Europe les gens s'entretuaient.
L'Islande médiévale n'est pas le seul exemple d'une société très décentralisée à laquelle on réfère pour illustrer que les lois et les habitudes sociales ne sont pas nécessairement le résultat de lois votées par un parlement, mais qu'elles sont d'abord issues de l'interaction libre des individus, antérieure même aux textes législatifs.
À ce titre, l'Irlande celtique et le début de la colonisation de l'Ouest américain sont des exemples de systèmes très décentralisés.
Dans un texte intitulé « Making Sense of English Law Enforcement in the 18th Century », David Friedman démontre également que l'Angleterre de l'époque n'avait pas de police étatique et que les poursuites contre les criminels se faisaient par les individus eux-mêmes.
Pour beaucoup, l'État est l'appareil qui est le plus susceptible d'organiser efficacement la vie en société. Sans un tel appareil, la vie ressemblerait à une lutte perpétuelle entre tous les membres de la communauté. La vie politique et économique serait instable, ce qui freinerait l'innovation et l'amélioration des conditions de vie des hommes.
De plus une des principales raisons pour croire que l'État est nécessaire est qu'il n'y aurait aucun exemple de société libertarienne dans l'histoire des sociétés occidentales. Cela serait une preuve de son impraticabilité réelle.
Mais l'exemple de l'Islande médiévale prouverait le contraire: non seulement qu'une société libertarienne a déjà existé, mais qu'elle offrait des perspectives et des conditions de vie supérieures à celles du reste de l'Europe.
Pour appuyer leurs positions et analyses, les historiens et commentateurs qui défendent ce point de vue s'appuient sur les sagas, des récits écrits par les gens de l'époque et qui décrivent leurs conditions de vie. Ces histoires donnent de bonnes indications sur les coutumes de l'époque. La saga de Njal présente l'histoire non pas d'un guerrier mais bien d'un avocat. Ce qui laisse croire que la société de cette époque préférait que les conflits soient réglés par l'arbitrage plutôt que par les armes. Cette abondante documentation est comparable aux legs qu'ont laissés les philosophes athéniens.
L'Islande est une île au nord de l'Europe qui s'étend sur 103 000 km², ce qui équivaut environ à la superficie de l'État de la Virginie aux États-Unis. Selon Birgir T. Runolfsson Solvason, auteur de Ordered Anarchy, State, and Rent-Seeking: The Icelandic Commonwealth, 930-1264, l'Islande comptait 30 000 habitants en 930 et 60 000 cent ans plus tard. Certains auteurs identifient cette période comme celle de la " société libre " (Free State Period) alors que pour d'autres, tels que Solvason, il s'agit de la période du Commonwealth (Icelandic Commonwealth). Les premiers occupants de ce territoire sont arrivés de la Norvège.
À l'époque, la Norvège adopte les règles féodales ce qui ne plaît pas aux " Vikings ". Les relations entre les rois, les seigneurs et les serfs sont jugées trop contraignantes et l'Islande, terre inoccupée, apparaît donc comme une solution pour construire une société plus libre.
Les premiers occupants arrivent donc vers 930. L'occupation du territoire qui va suivre sera nettement différente du développement que connaissent la plupart des pays européens de l'époque.
Les institutions politique de l'Islande médiévale.
Les institutions de l'Islande n'étaient pas fondées sur une conception territoriale des rapports sociaux entre ceux qui étaient représentants et ceux qui étaient représentés.
Il n'y avait pas de roi en Islande, mais plutôt des chefs de clan qui vendaient, aux fermiers et aux commerçants, des services de police et de protection en retour d'argent ou d'échange de droits.
Les fermiers, comme les commerçants, pouvaient changer de chef de clan si ce dernier, aux yeux des consommateurs, offrait des services de piètre qualité ou à des prix irraisonnables.
Sauf que, quand les gens changeaient de chef de clan, ils n'étaient pas obligés de déménager puisque les accords entre les producteurs et les consommateurs étaient volontaires, sans égard à la situation géographique du vendeur et de l'acheteur.
Nul ne pouvait imposer sa volonté sur un territoire en particulier.
Certains facteurs peuvent expliquer cela, notamment le fait que les habitants de l'Islande étaient libres de ne se procurer des services de protection et de police que s'ils jugeaient utiles de le faire.
Ceux qui n'échangeaient ni de l'argent, ni des droits, se protégeaient eux-mêmes. Aussi, plusieurs chefs de clan offraient des services selon certaines conditions propres à leur "entreprise". Comme personne n'avait de monopole, nul ne pouvait contraindre par la force les fermiers et commerçants sans mettre en péril sa propre vie suite à des représailles.
Les ressources financières limitées des chefs de clan peuvent également expliquer que ceux-ci n'entretenaient pas de rapport coercitif envers les habitants puisque les guerres coûtent très cher, autant en termes de ressources matérielles qu'humaines.
Le titre et les prérogatives du chef de clan n'étaient pas publics mais privés. Ils appartenaient aux chefs et non pas aux clients. Aussi, si quelqu'un voulait acheter le poste d'un chef de clan et que celui-ci trouvait la transaction intéressante, il pouvait vendre.
Les mêmes conditions que celles qui prévalaient auparavant s'appliquaient pour le nouveau chef de clan vis-à-vis les fermiers et les commerçants: les accords étaient volontaires. Il est important de noter que le simple fait d'être chef de clan ne voulait rien dire si personne n'était prêt à payer pour ses services.
Pour établir les lois et les règles de droit les chefs de clan se basaient sur la récitation du héraut suivant l'assemblée annuelle des chefs de clan qui durait deux semaines par année et durant lesquelles les lois étaient votées, soit par les chefs de clan eux-mêmes ou par leurs représentants.
Le héraut était le seul membre permanent de l'assemblée. Les responsabilités du héraut étaient de mémoriser les lois qui étaient votées par l'assemblée.
Il agissait également comme conseiller auprès des chefs de clan, des fermiers et des commerçants sur la signification et la portée des lois. Enfin, comme son titre l'indique, après chaque assemblée le héraut récitait devant les villageois et les chefs de clan toutes les lois en vigueur.
Les chefs de clan n'étaient pas obligés de vendre leur service de protection suivant toutes les lois énumérées par le héraut. Ils étaient libres de vendre ce qu'ils jugeaient bon. Sauf qu'il est possible de croire qu'une certaine forme d'accord implicite existait puisque la littérature ne rapporte pas de guerre interminable entre chefs de clan, du moins durant de longues années.
La troisième institution politique de l'Islande médiévale était les tribunaux.
Les juges et jurys étaient convoqués seulement suivant la commission d'un crime et ils étaient choisit parmi la population de l'île.
C'est donc dire que les parties impliquées pouvaient choisir les gens qui devaient juger la cause. Il faut noter aussi que dans les tribunaux de première instance, la majorité absolue (50% + 1) n'est pas la règle qui permet de condamner un individu.
Une telle situation fait en sorte que les conflits ne pouvaient pas se régler simplement par favoritisme puisque 80% des membres de la cour devaient se mettre d'accord, ce qui laisse peu de place au clientélisme.
L'exemple de l'Islande médiévale prouverait non seulement qu'une société libertarienne a déjà existé, mais qu'elle offrait des perspectives et des conditions de vie supérieures à celles du reste de l'Europe.
Les trois institutions mentionnées ci-haut, soit le chef de clan, le héraut et les tribunaux, étaient les principales institutions de l'Islande médiévale. Bien sûr, les relations pouvaient être bien plus complexes qu'elles ne le sont décrites ici. Mais il est possible de dire, somme toute, que les institutions politiques de cette époque ressemblaient fortement à ce que propose aujourd'hui la philosophie libertarienne: des institutions volontaires, non coercitives et marchandes.
Les Vikings n'auraient-ils pas mieux fait de suivre le mode de gestion féodal en vogue à l'époque ?
Aussi, les conditions de vie étaient-elles réellement supérieures par rapport au reste de l'Europe de l'époque ? Il est très difficile de répondre à ces questions puisque l'histoire est toujours influencée par ceux qui la racontent. Mais les sagas, ces récits islandais de l'époque, nous montrent que les institutions de l'Islande étaient différentes de celles du reste de l'Europe et que la vision des habitants sur la société n'était pas la même qu'ailleurs.
Quels sont les avantages d'une telle société ?
Ils peuvent être nombreux. Tout d'abord, les services que les gens recevaient correspondaient aux coûts de production.
Quand un fermier ou un marchand optait pour un chef de clan plutôt que pour un autre, c'est parce qu'il y avait, entres autres, des incitatifs monétaires pour faire ce choix. Pour que ces incitatifs se transforment en « réalité marchande », il faut que le chef de clan vende le produit suivant une logique des coûts: il ne peut vendre sous les coûts de production puisqu'il ne pourra rester en affaire très longtemps, et il ne peut vendre à des prix exorbitants puisque dans ce cas personne n'achètera son produit.
Aujourd'hui, il est difficile de connaître les véritables coûts de production de la sécurité. Même si un budget est déposé par les autorités politiques qui nous informe que tel ou tel ministère a obtenu un montant de fonctionnement X, rien ne prouve que ce montant X soit le montant optimal. La valeur d'un produit ne se détermine que lorsqu'il y a plusieurs producteurs qui font le même produit. La valeur marchande dans l'absolu n'existe pas.
Ensuite, les informations issues de l'interaction des chefs de clan, des commerçants et des fermiers sur le marché de la sécurité et des tribunaux étaient adéquates puisque les gens qui fournissaient les services de police participaient au processus de perte et profit issu de l'activité marchande.
Si, par exemple, un chef de clan décidait de vendre un procédé plutôt qu'un autre et que les consommateurs étaient satisfaits. Le résultat sera, en principe, une hausse de la satisfaction des acheteurs et peut-être aussi une hausse des ventes.
Si, au contraire, un chef de clan décide d'imposer une manière de faire et que ses clients y voient des contraintes, ils quitteront dès que possible leur chef de clan. Cela pourrait aussi faire en sorte que les nouveaux clients soient moins nombreux à frapper à la porte du chef de clan pour acheter des services de protection.
Le processus de perte et profit envoie une information vitale aux producteurs et aux consommateurs. Le prix sert également d'indicateur pour le consommateur et le producteur sur une très grande variété de sujets.
Dans une gestion monopolisée ce genre d'information n'existe pas. S'il n'y a qu'un seul chef de clan et que celui-ci décide de mettre en place un système Y, nul ne peut alors s'y soustraire. Dans ce cas, le producteur a " carte blanche " et les consommateurs n'ont pas accès aux innovations techniques et technologiques qu'un autre producteur pourrait introduire.
Si un procédé meilleur que celui employé par le producteur n'est pas disponible en raison du monopole, l'information issue de l'interaction des agents dans le marché ne sera pas disponible non plus.
Enfin, les libertés individuelles sont protégées dans un tel système puisque nul n'est dans l'obligation d'interagir avec un chef de clan contre son gré. Bien sur, de nombreux avantages sont associés à l'achat d'un service de sécurité, mais si un individu juge qu'il est plus utile de ne pas s'associer à aucun chef de clan, libre à lui de le faire.
Également, puisque les lois n'étaient pas toutes les mêmes, les acheteurs pouvaient tenter de trouver un producteur qui offrait des services qui répondaient à leurs principes philosophiques.
Cette situation n'est pas unique, ni étrange. Par exemple, aux États-Unis, certains États appliquent encore la peine de mort alors que d'autres ne l'appliquent plus. Un individu peut dans ce cas choisir de s'établir dans un État qui ne préconise pas la peine de mort plutôt que dans un autre où la peine de mort est toujours en vigueur s'il juge, par exemple, que les coûts relatifs à un déménagement sont minimes comparés au risque d'être trouver coupable d'un délit menant à la peine de mort.
L'effondrement du système.
Quelles sont les raisons qui peuvent maintenant expliquer l'effondrement du modèle politique et économique de l'Islande médiévale ?
Deux raisons complémentaires apparaissent les plus plausibles selon certains historiens. La première est la centralisation et le quasi monopole de la sécurité à partir du 13e siècle.
La deuxième est l'établissement d'une taxe qui a permis le transfert du pouvoir progressivement des fermiers et des commerçants vers les familles riches qui tentaient de centraliser et de prendre le contrôle des activités de protection et de police.
La monopolisation progressive du système explique en partie l'effondrement du modèle de l'Islande médiévale tel que présenté ici. Au tournant du 12e siècle, seulement cinq familles contrôlaient quatre-vingt pour cent de la fourniture de services de sécurité sur l'île. Ce qui amena des problèmes jusque-là évités en Islande. Ces cinq familles, en raison de leur position de force vis-à-vis les fermiers et les commerçants, initièrent des guerres pour contrôler les territoires qui appartenaient aux autres familles ou aux autres petits chefs de clan restés indépendants.
Ces guerres ont fini par exaspérer les membres des familles et ceux qui se battaient en leurs noms, ce qui amena les gens à faire appel au roi de Norvège vers 1264.
Dès que le roi prit contrôle de la situation le système changea.
On peut donc dire que ce n'est pas parce qu'il y avait une trop grande libéralisation de la production de la sécurité que le système s'est effondré, mais bien, selon certains historiens, parce qu'il n'y avait plus assez de pluralisme décentralisé et que les familles qui exerçaient le monopole sur une partie du territoire voulaient étendre leur position de force à l'ensemble du territoire.
La deuxième raison qui constitue en fait l'explication de la première et qui pourrait expliquer la fin du régime est l'établissement d'une taxe territoriale vers 1096. Cette taxe devait servir à l'entretient des églises sur tout le territoire de l'île. Sauf que, comme les églises étaient souvent construites sur des terres qui appartenaient aux chefs de clan, ceux-ci prenaient l'argent destiné aux églises et le conservait et l'utilisait à leur avantage.
Comme les chefs de clan ne payaient pas cette taxe, ils ont pu accumuler une fortune disproportionnée par rapport à la population en général sans pour autant que cette fortune soit le résultat d'actions sur le marché.
Avant cette taxe les chefs de clan se devaient de garder les coûts de service le plus bas possible pour conserver leurs clients et ils n'avaient pas de budget suffisant pour tenter d'écraser les autres chefs de clan.
Cette taxe donna aux chefs de clan le pouvoir qui leur manquait pour tenter de contrôler l'ensemble de l'île. Non seulement les quelques familles les plus riches pouvaient s'enrichir facilement puisque les consommateurs étaient obligés de négocier avec elles, mais il était plus facile de contrôler le parlement et d'introduire des mesures coercitives et de nouvelles taxes.
Padré
sources:
Jasmin Guénette - Le Quebecois Libre
Pour plusieurs historiens, l'Islande médiévale (930-1262) représente le modèle d'une société qui, pendant environ 300 ans, fut une terre de liberté et de prospérité alors que dans le reste de l'Europe les gens s'entretuaient.
L'Islande médiévale n'est pas le seul exemple d'une société très décentralisée à laquelle on réfère pour illustrer que les lois et les habitudes sociales ne sont pas nécessairement le résultat de lois votées par un parlement, mais qu'elles sont d'abord issues de l'interaction libre des individus, antérieure même aux textes législatifs.
À ce titre, l'Irlande celtique et le début de la colonisation de l'Ouest américain sont des exemples de systèmes très décentralisés.
Dans un texte intitulé « Making Sense of English Law Enforcement in the 18th Century », David Friedman démontre également que l'Angleterre de l'époque n'avait pas de police étatique et que les poursuites contre les criminels se faisaient par les individus eux-mêmes.
Pour beaucoup, l'État est l'appareil qui est le plus susceptible d'organiser efficacement la vie en société. Sans un tel appareil, la vie ressemblerait à une lutte perpétuelle entre tous les membres de la communauté. La vie politique et économique serait instable, ce qui freinerait l'innovation et l'amélioration des conditions de vie des hommes.
De plus une des principales raisons pour croire que l'État est nécessaire est qu'il n'y aurait aucun exemple de société libertarienne dans l'histoire des sociétés occidentales. Cela serait une preuve de son impraticabilité réelle.
Mais l'exemple de l'Islande médiévale prouverait le contraire: non seulement qu'une société libertarienne a déjà existé, mais qu'elle offrait des perspectives et des conditions de vie supérieures à celles du reste de l'Europe.
Pour appuyer leurs positions et analyses, les historiens et commentateurs qui défendent ce point de vue s'appuient sur les sagas, des récits écrits par les gens de l'époque et qui décrivent leurs conditions de vie. Ces histoires donnent de bonnes indications sur les coutumes de l'époque. La saga de Njal présente l'histoire non pas d'un guerrier mais bien d'un avocat. Ce qui laisse croire que la société de cette époque préférait que les conflits soient réglés par l'arbitrage plutôt que par les armes. Cette abondante documentation est comparable aux legs qu'ont laissés les philosophes athéniens.
L'Islande est une île au nord de l'Europe qui s'étend sur 103 000 km², ce qui équivaut environ à la superficie de l'État de la Virginie aux États-Unis. Selon Birgir T. Runolfsson Solvason, auteur de Ordered Anarchy, State, and Rent-Seeking: The Icelandic Commonwealth, 930-1264, l'Islande comptait 30 000 habitants en 930 et 60 000 cent ans plus tard. Certains auteurs identifient cette période comme celle de la " société libre " (Free State Period) alors que pour d'autres, tels que Solvason, il s'agit de la période du Commonwealth (Icelandic Commonwealth). Les premiers occupants de ce territoire sont arrivés de la Norvège.
À l'époque, la Norvège adopte les règles féodales ce qui ne plaît pas aux " Vikings ". Les relations entre les rois, les seigneurs et les serfs sont jugées trop contraignantes et l'Islande, terre inoccupée, apparaît donc comme une solution pour construire une société plus libre.
Les premiers occupants arrivent donc vers 930. L'occupation du territoire qui va suivre sera nettement différente du développement que connaissent la plupart des pays européens de l'époque.
Les institutions politique de l'Islande médiévale.
Les institutions de l'Islande n'étaient pas fondées sur une conception territoriale des rapports sociaux entre ceux qui étaient représentants et ceux qui étaient représentés.
Il n'y avait pas de roi en Islande, mais plutôt des chefs de clan qui vendaient, aux fermiers et aux commerçants, des services de police et de protection en retour d'argent ou d'échange de droits.
Les fermiers, comme les commerçants, pouvaient changer de chef de clan si ce dernier, aux yeux des consommateurs, offrait des services de piètre qualité ou à des prix irraisonnables.
Sauf que, quand les gens changeaient de chef de clan, ils n'étaient pas obligés de déménager puisque les accords entre les producteurs et les consommateurs étaient volontaires, sans égard à la situation géographique du vendeur et de l'acheteur.
Nul ne pouvait imposer sa volonté sur un territoire en particulier.
Certains facteurs peuvent expliquer cela, notamment le fait que les habitants de l'Islande étaient libres de ne se procurer des services de protection et de police que s'ils jugeaient utiles de le faire.
Ceux qui n'échangeaient ni de l'argent, ni des droits, se protégeaient eux-mêmes. Aussi, plusieurs chefs de clan offraient des services selon certaines conditions propres à leur "entreprise". Comme personne n'avait de monopole, nul ne pouvait contraindre par la force les fermiers et commerçants sans mettre en péril sa propre vie suite à des représailles.
Les ressources financières limitées des chefs de clan peuvent également expliquer que ceux-ci n'entretenaient pas de rapport coercitif envers les habitants puisque les guerres coûtent très cher, autant en termes de ressources matérielles qu'humaines.
Le titre et les prérogatives du chef de clan n'étaient pas publics mais privés. Ils appartenaient aux chefs et non pas aux clients. Aussi, si quelqu'un voulait acheter le poste d'un chef de clan et que celui-ci trouvait la transaction intéressante, il pouvait vendre.
Les mêmes conditions que celles qui prévalaient auparavant s'appliquaient pour le nouveau chef de clan vis-à-vis les fermiers et les commerçants: les accords étaient volontaires. Il est important de noter que le simple fait d'être chef de clan ne voulait rien dire si personne n'était prêt à payer pour ses services.
Pour établir les lois et les règles de droit les chefs de clan se basaient sur la récitation du héraut suivant l'assemblée annuelle des chefs de clan qui durait deux semaines par année et durant lesquelles les lois étaient votées, soit par les chefs de clan eux-mêmes ou par leurs représentants.
Le héraut était le seul membre permanent de l'assemblée. Les responsabilités du héraut étaient de mémoriser les lois qui étaient votées par l'assemblée.
Il agissait également comme conseiller auprès des chefs de clan, des fermiers et des commerçants sur la signification et la portée des lois. Enfin, comme son titre l'indique, après chaque assemblée le héraut récitait devant les villageois et les chefs de clan toutes les lois en vigueur.
Les chefs de clan n'étaient pas obligés de vendre leur service de protection suivant toutes les lois énumérées par le héraut. Ils étaient libres de vendre ce qu'ils jugeaient bon. Sauf qu'il est possible de croire qu'une certaine forme d'accord implicite existait puisque la littérature ne rapporte pas de guerre interminable entre chefs de clan, du moins durant de longues années.
La troisième institution politique de l'Islande médiévale était les tribunaux.
Les juges et jurys étaient convoqués seulement suivant la commission d'un crime et ils étaient choisit parmi la population de l'île.
C'est donc dire que les parties impliquées pouvaient choisir les gens qui devaient juger la cause. Il faut noter aussi que dans les tribunaux de première instance, la majorité absolue (50% + 1) n'est pas la règle qui permet de condamner un individu.
Une telle situation fait en sorte que les conflits ne pouvaient pas se régler simplement par favoritisme puisque 80% des membres de la cour devaient se mettre d'accord, ce qui laisse peu de place au clientélisme.
L'exemple de l'Islande médiévale prouverait non seulement qu'une société libertarienne a déjà existé, mais qu'elle offrait des perspectives et des conditions de vie supérieures à celles du reste de l'Europe.
Les trois institutions mentionnées ci-haut, soit le chef de clan, le héraut et les tribunaux, étaient les principales institutions de l'Islande médiévale. Bien sûr, les relations pouvaient être bien plus complexes qu'elles ne le sont décrites ici. Mais il est possible de dire, somme toute, que les institutions politiques de cette époque ressemblaient fortement à ce que propose aujourd'hui la philosophie libertarienne: des institutions volontaires, non coercitives et marchandes.
Les Vikings n'auraient-ils pas mieux fait de suivre le mode de gestion féodal en vogue à l'époque ?
Aussi, les conditions de vie étaient-elles réellement supérieures par rapport au reste de l'Europe de l'époque ? Il est très difficile de répondre à ces questions puisque l'histoire est toujours influencée par ceux qui la racontent. Mais les sagas, ces récits islandais de l'époque, nous montrent que les institutions de l'Islande étaient différentes de celles du reste de l'Europe et que la vision des habitants sur la société n'était pas la même qu'ailleurs.
Quels sont les avantages d'une telle société ?
Ils peuvent être nombreux. Tout d'abord, les services que les gens recevaient correspondaient aux coûts de production.
Quand un fermier ou un marchand optait pour un chef de clan plutôt que pour un autre, c'est parce qu'il y avait, entres autres, des incitatifs monétaires pour faire ce choix. Pour que ces incitatifs se transforment en « réalité marchande », il faut que le chef de clan vende le produit suivant une logique des coûts: il ne peut vendre sous les coûts de production puisqu'il ne pourra rester en affaire très longtemps, et il ne peut vendre à des prix exorbitants puisque dans ce cas personne n'achètera son produit.
Aujourd'hui, il est difficile de connaître les véritables coûts de production de la sécurité. Même si un budget est déposé par les autorités politiques qui nous informe que tel ou tel ministère a obtenu un montant de fonctionnement X, rien ne prouve que ce montant X soit le montant optimal. La valeur d'un produit ne se détermine que lorsqu'il y a plusieurs producteurs qui font le même produit. La valeur marchande dans l'absolu n'existe pas.
Ensuite, les informations issues de l'interaction des chefs de clan, des commerçants et des fermiers sur le marché de la sécurité et des tribunaux étaient adéquates puisque les gens qui fournissaient les services de police participaient au processus de perte et profit issu de l'activité marchande.
Si, par exemple, un chef de clan décidait de vendre un procédé plutôt qu'un autre et que les consommateurs étaient satisfaits. Le résultat sera, en principe, une hausse de la satisfaction des acheteurs et peut-être aussi une hausse des ventes.
Si, au contraire, un chef de clan décide d'imposer une manière de faire et que ses clients y voient des contraintes, ils quitteront dès que possible leur chef de clan. Cela pourrait aussi faire en sorte que les nouveaux clients soient moins nombreux à frapper à la porte du chef de clan pour acheter des services de protection.
Le processus de perte et profit envoie une information vitale aux producteurs et aux consommateurs. Le prix sert également d'indicateur pour le consommateur et le producteur sur une très grande variété de sujets.
Dans une gestion monopolisée ce genre d'information n'existe pas. S'il n'y a qu'un seul chef de clan et que celui-ci décide de mettre en place un système Y, nul ne peut alors s'y soustraire. Dans ce cas, le producteur a " carte blanche " et les consommateurs n'ont pas accès aux innovations techniques et technologiques qu'un autre producteur pourrait introduire.
Si un procédé meilleur que celui employé par le producteur n'est pas disponible en raison du monopole, l'information issue de l'interaction des agents dans le marché ne sera pas disponible non plus.
Enfin, les libertés individuelles sont protégées dans un tel système puisque nul n'est dans l'obligation d'interagir avec un chef de clan contre son gré. Bien sur, de nombreux avantages sont associés à l'achat d'un service de sécurité, mais si un individu juge qu'il est plus utile de ne pas s'associer à aucun chef de clan, libre à lui de le faire.
Également, puisque les lois n'étaient pas toutes les mêmes, les acheteurs pouvaient tenter de trouver un producteur qui offrait des services qui répondaient à leurs principes philosophiques.
Cette situation n'est pas unique, ni étrange. Par exemple, aux États-Unis, certains États appliquent encore la peine de mort alors que d'autres ne l'appliquent plus. Un individu peut dans ce cas choisir de s'établir dans un État qui ne préconise pas la peine de mort plutôt que dans un autre où la peine de mort est toujours en vigueur s'il juge, par exemple, que les coûts relatifs à un déménagement sont minimes comparés au risque d'être trouver coupable d'un délit menant à la peine de mort.
L'effondrement du système.
Quelles sont les raisons qui peuvent maintenant expliquer l'effondrement du modèle politique et économique de l'Islande médiévale ?
Deux raisons complémentaires apparaissent les plus plausibles selon certains historiens. La première est la centralisation et le quasi monopole de la sécurité à partir du 13e siècle.
La deuxième est l'établissement d'une taxe qui a permis le transfert du pouvoir progressivement des fermiers et des commerçants vers les familles riches qui tentaient de centraliser et de prendre le contrôle des activités de protection et de police.
La monopolisation progressive du système explique en partie l'effondrement du modèle de l'Islande médiévale tel que présenté ici. Au tournant du 12e siècle, seulement cinq familles contrôlaient quatre-vingt pour cent de la fourniture de services de sécurité sur l'île. Ce qui amena des problèmes jusque-là évités en Islande. Ces cinq familles, en raison de leur position de force vis-à-vis les fermiers et les commerçants, initièrent des guerres pour contrôler les territoires qui appartenaient aux autres familles ou aux autres petits chefs de clan restés indépendants.
Ces guerres ont fini par exaspérer les membres des familles et ceux qui se battaient en leurs noms, ce qui amena les gens à faire appel au roi de Norvège vers 1264.
Dès que le roi prit contrôle de la situation le système changea.
On peut donc dire que ce n'est pas parce qu'il y avait une trop grande libéralisation de la production de la sécurité que le système s'est effondré, mais bien, selon certains historiens, parce qu'il n'y avait plus assez de pluralisme décentralisé et que les familles qui exerçaient le monopole sur une partie du territoire voulaient étendre leur position de force à l'ensemble du territoire.
La deuxième raison qui constitue en fait l'explication de la première et qui pourrait expliquer la fin du régime est l'établissement d'une taxe territoriale vers 1096. Cette taxe devait servir à l'entretient des églises sur tout le territoire de l'île. Sauf que, comme les églises étaient souvent construites sur des terres qui appartenaient aux chefs de clan, ceux-ci prenaient l'argent destiné aux églises et le conservait et l'utilisait à leur avantage.
Comme les chefs de clan ne payaient pas cette taxe, ils ont pu accumuler une fortune disproportionnée par rapport à la population en général sans pour autant que cette fortune soit le résultat d'actions sur le marché.
Avant cette taxe les chefs de clan se devaient de garder les coûts de service le plus bas possible pour conserver leurs clients et ils n'avaient pas de budget suffisant pour tenter d'écraser les autres chefs de clan.
Cette taxe donna aux chefs de clan le pouvoir qui leur manquait pour tenter de contrôler l'ensemble de l'île. Non seulement les quelques familles les plus riches pouvaient s'enrichir facilement puisque les consommateurs étaient obligés de négocier avec elles, mais il était plus facile de contrôler le parlement et d'introduire des mesures coercitives et de nouvelles taxes.
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Jasmin Guénette - Le Quebecois Libre
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La Démocratie, le dieu qui a échoué
[align=justify]La Démocratie, le dieu qui a échoué
par Yvan BLOT.
Un livre est paru aux États-Unis qui suscite de nombreux débats dans les milieux libertariens (ultra-libéraux) et chez les économistes.
En France, le silence a été total jusqu'à présent : Le livre n'est pas politiquement correct. Pensez, l'auteur prétend que la monarchie est de loin préférable à la démocratie ! », et ce qui est nouveau, c'est que sa démonstration est fondée sur la science économique. L'auteur Hans-Hermann HOPPE, est un allemand, professeur d'économie, docteur de l'Université de FRANCFORT sur le MAIN. Pour l'instant, il enseigne aux États-Unis, à LAS VEGAS, à l'Université du NEVADA ; et vient d'écrire un livre qui fait grand bruit outre-atlantique.
Sa thèse est la suivante : « Du point de vue de la science économique, une monarchie est un régime où le pouvoir politique est privatisé dans les mains d'une dynastie. Une démocratie est un régime où le pouvoir politique est nationalisé ou collectivisé, donc remis aux mains du peuple. »
Les conséquences sont les mêmes que pour une entreprise privée. Dès qu'elle est nationalisée, l'entreprise rentable se met à avoir des déficits (2). « Le roi, parce qu'il est propriétaire a le souci, non seulement des revenus du pouvoir mais aussi du capital. Il va donc faire des choix rationnels de bon père de famille, en ayant en vue l'intérêt à long terme de la dynastie, et du pays. Le chef démocratique élu, en revanche, n'est pas propriétaire. » Il n'est que gérant pour cinq ans, soumis à réélection. Son intérêt est de maximiser les revenus du pouvoir à court terme, pour plaire aux catégories qui vont le réélire. Il n'a aucun souci du capital à maintenir ou à accroître. Pire encore, si ce chef démocratique a des scrupules et ne joue pas le jeu politique par souci du pays en longue période, il sera sans doute battu par un démagogue sans scrupules à la prochaine élection.
En effet, pour HOPPE, le fait que le pouvoir soit ouvert à tous n'est pas nécessairement un avantage. « La compétition n'est pas toujours un bien. La compétition pour produire des biens est une bonne chose. La compétition pour escroquer autrui est un mal. Or, la compétition électorale démocratique, qui consiste à exploiter l'envie des plus nombreux contre les plus riches, est moralement dégradante. ». HOPPE ne mâche pas ses mots. Pour lui, la démocratie élève la préférence pour l'immédiat. Or, une forte préférence pour l'immédiat caractérise les êtres peu civilisés. La civilisation suppose suffisamment de discipline pour préférer un bien durable à long terme à une jouissance fugitive à court terme. Or, seule la monarchie privilégie le long terme.
La monarchie est restée le régime dominant en Europe jusqu'à la guerre de 1914-1918 (3). Pour HOPPE, la monarchie naît naturellement de la croissance des sociétés. « Certains hommes deviennent les protecteurs des autres et finissent par fonder une dynastie royale. Par contre, comme les masses n'ont pas d'ascendant naturel, les démocraties sont fondées sur la violence d'une guerre et d'une révolution. » Les États-Unis ne font pas exception et lors de l'indépendance américaine, nombreux furent les Anglais loyalistes à être expulsés, et à être expropriés de leurs biens
Pour notre auteur, l'Europe a eu le choix au début du vingtième siècle entre deux modèles opposés : le modèle autrichien des HABSBOURG et le modèle démocratique américain. Les Français avec Georges CLEMENCEAU et les Américains avec Woodrow WILSON ont tout fait pour abattre l'AUTRICHE et les anciennes dynasties d'Europe centrale et de l'Est. Résultat : on a eu HITLER et STALINE (3).
Le XX ème siècle, siècle de la démocratie triomphante, a aussi été le siècle des républiques tyranniques fasciste, national-socialiste et communiste. La démocratie dérive naturellement vers le socialisme car il est intéressant électoralement pour le pouvoir de redistribuer les revenus en frappant les moins nombreux, c'est-à-dire les riches !
Depuis que la démocratie s'est installée en Occident, les signes de décadence, liés à la préférence pour l'immédiat se sont accrus. La criminalité et la délinquance n'ont fait que croître. La sécurité sociale a déresponsabilisé les individus. La famille a perdu sa valeur économique et la natalité s'est effondrée. Les moeurs se sont dégradées et une sous-culture de masse vulgaire a envahi les esprits. La démocratie favorise l'égalitarisme. Elle favorise l'immigration de mauvaise qualité et « l'intégration forcée », alors que les monarques, comme Frédéric II de Prusse ou Marie-Thérèse d'Autriche favorisaient une immigration de qualité. Il vaut mieux naturaliser un immigré qui vit de l'aide sociale et qui vote bien plutôt qu'un immigré génial pressuré par le fisc qui votera mal, écrit en substance HOPPE.
Quel avenir ? Pour HOPPE, la démocratie occidentale va s'effondrer un jour comme l'URSS l'a fait en 1989. Car elle mange le capital passé. La dette publique s'accroît sans cesse et les régimes sociaux sont menacés de faillite. La démographie, minée par la politique anti-familiale des classes politiques démocratiques, empêchera de financer les régimes sociaux. Et pour notre auteur, cela détruira la réputation de la démocratie et fera voir son vrai visage. Comment la remplacer ? HOPPE, en bon libertarien, rêve d'un monde sans État, composé de propriétaires associés. Si ce n'est pas possible, il préfère la monarchie. Il préfère aussi les petits États, comme le Liechtenstein, Monaco ou le Luxembourg, qui font moins de mal que les grands !.
(1) Democracy, le god that failed ( La démocratie, le dieu qui a échoué), Hans-Hermann HOPPE. Transaction publishers ( New Brunswick . New Jersey . (USA 2002)
(2) NDLR : Heureusement que ce n'est pas toujours le cas, quand même.
(3) NDLR : Il faut rappeler que le principe révolutionnaire des Nationalités a été à l'origine de la politique « utopique et aventureuse » ( Cours d'Histoire de Jules ISAAC et Henri BEJEAN, classe de 3ème 1940), de Napoléon III, démocratiquement élu, en décembre 1848, d'où sont sorties les guerres civiles européennes : la guerre d'Italie ( 1859) contre l'Autriche, la guerre de 1870 contre la Prusse et les autres États allemands.
Gérard de Villèle, le 18-11-2004.
Certains semblent intéressés par ce sujet. Il se trouve que j'en ai traité dans le " dossier " de la rédaction paru dans le bulletin de l'Alliance royale numéro 25 de ce mois. Peut-être y aura-t-il quelques-uns qui le liront jusqu'au bout. A mon avis cela changera beaucoup l'atmosphère.
Et Hoppe :
Nous avons l'habitude d'utiliser des écrits d'auteurs royalistes pour appuyer notre argumentation politique. Pour une fois des arguments, positifs, concernant la monarchie ne viennent pas d'un royaliste, ni d'un monarchiste, mais d'un scientifique contemporain à l'étiquette surprenante. L'économiste autrichien Hans Hermann Hoppe semble assez connu dans les milieux libertariens ou libéraux. Il n'est que d'introduire son nom dans un moteur de recherches sur internet pour s'en rendre compte. L'un de ses livres, paru aux États-Unis : Democracy, the God that failed que l'on pourrait traduire par : Démocratie, le dieu recalé, a suscité l'intérêt d'Yvan Blot, ex-cacique du RPR et du FN, qui en a tiré le thème d'une conférence intitulée : La monarchie est-elle plus efficace que la démocratie ?
Pour Hoppe, il semble que tout tourne autour d'un principe : la préférence de l'immédiat et de son contraire, la préférence pour le long terme, qui se manifeste à travers la propriété privée. La préférence pour l'immédiat est mauvaise : elle caractérise l'attitude des adolescents pour qui un besoin, ou prétendu tel, doit être, sans attendre le résultat d'un effort, satisfait au plus vite : impulsivité, imprévoyance et désintérêt pour ce qui n'est pas eux. En revanche, la propriété privée, qui suppose épargne et investissement, est bonne, car elle implique une vision à long terme. Et Hoppe, de définir la monarchie comme un gouvernement basé sur la propriété privée où le roi, développant cette vision à long terme de ses intérêts s'efforce, par exemple, de ne pas taxer ses sujets inutilement et de ne pas agir avec excès pour maintenir sa légitimité. Le roi, en tant que propriétaire privé, ne peut détruire sans danger pour lui-même la propriété des autres ; il y a solidarité. La monarchie modère aussi la politique étrangère : le mariage est préférable à la guerre pour accroître la propriété.
Pour Hoppe, en contraste avec la modération interne et externe de la monarchie, le gouvernement nationalisé, propriété " publique ", ou démocratie, est porté à l'excès. Le président d'une démocratie se sert de l'appareil du gouvernement à son avantage, mais il n'en est pas le propriétaire, il n'en est que le gérant provisoire. Il possède l'usage des recettes de l'État, mais non son capital. Il va donc maximiser le revenu courant en ignorant la détérioration du capital. Il utilisera donc les ressources le plus vite possible pour consommer tout de suite. De plus, en république, les gouvernés se croient gouvernants et sont donc moins vigilants. Pour Hoppe, la démocratisation n'est donc pas un progrès pas plus que la nationalisation pour une entre-prise. L'État taxe, s'endette et exproprie. L'endettement, notamment, est préféré car il frappera le gouvernement futur : il n'y a pas de solidarité entre gouvernants successifs. De même, la guerre, qui fut soi-disant l'occupation des rois, a toujours été limitée en temps, en investissement monétaire et surtout en hommes, jusqu'à la Révolution. Elle est devenue totale, faisant plus de victimes dans la population que dans les armées et elle atteint son paroxysme tout au long du vingtième siècle, pourtant le siècle de la démocratie. En résumé, la monarchie est un gouvernement privatisé, où l'intérêt du roi propriétaire est basé sur le long terme, la taxation modérée et la guerre limitée. Quand le gouvernement est l'objet d'une appropriation publique, démocratique et républicaine, les effets anti-civilisateurs liés à une préférence excessive pour l'immédiat s'aggravent : le capital est gaspillé, le court terme l'emporte, la vie sociale s'infantilise, la brutalité augmente. La démocratie républicaine a conduit à l'accroissement permanent des impôts, de l'endettement public et du nombre des fonctionnaires. L'étalon or détruit, l'inflation a progressé, ainsi que le protectionnisme. De plus, les institutions du mariage et de la famille y ont été affaiblies, le nombre des enfants a baissé, le taux de divorces, d'enfants illégitimes, d'avortements a augmenté. Le taux d'épargne a baissé malgré la hausse des revenus. En comparaison avec le dix-neuvième siècle, le niveau intellectuel des élites politiques s'est dramatiquement effondré, de même que la qualité de l'enseignement public. Les taux de délinquance, de chômage, d'assistance, de parasitisme, de négligence, de brutalité et d'impolitesse, de psychopathie et d'hédonisme désordonné ont augmenté.
Les rois ne purent gouverner que parce que l'opinion publique trouvait cela légitime ; de même le gouvernement démocratique dépend de l'opinion publique. Il faut que cette opinion change, si l'on veut arrêter ce processus de déclin de la civilisation. L'idée du gouvernement démocratique sera un jour considérée comme immorale et politiquement impensable. Cette déligitimation est nécessaire pour empêcher la catastrophe sociale qui s'annonce. Ce n'est pas le gouvernement qui est la source de la civilisation, mais l'institution de la propriété privée, la défense des droits de propriété, des contrats et la responsabilité individuelle. Un gouvernement fondé sur la propriété privée est donc nécessairement plus civilisateur qu'un gouvernement dont la propriété a été collectivisée. Depuis 1918, le processus de collectivisation s'est généralisé, tous les indicateurs d'exploitation du peuple par l'État sont en hausse :
- pression fiscale : de 8 % en moyenne durant huit siècles jusqu'en 1900, elle atteint plus de 50 % aujourd'hui ;
- endettement : en monarchie pas d'inflation. En démocratie, comme dit Keynes, parfait démocrate : À long terme nous sommes tous morts, pourquoi ne pas tolérer l'inflation ? ;
- famille : depuis l'arrivée de la démocratie, tous les indicateurs de dysfonctionnement familial augmentent : baisse du nombre d'enfants, stagnation de la population de souche, augmentation des divorces, des familles monoparentales, des avortements. ;
- délinquance : Il apparaît à l'analyste, selon Hoppe, que la montée du taux de criminalité ne peut pas être expliquée sans référence au processus de démocratisation : préférence pour l'immédiat, baisse de la responsabilité, relativisme moral promu par une législation mouvante, fainéantise, manque de fiabilité, paresse, absence de courtoisie, brutalité. Il y a un lien entre la préférence pour l'immédiat et la dégradation criminelle des comportements, car pour gagner de l'argent honnêtement sur un marché, il faut un minimum de prévoyance, de patience et de sacrifice. Le meurtre, le viol, le vol, le cambriolage n'exigent pas cette discipline car la satisfaction est immédiate et la punition éloignée et incertaine.
- droit : en monarchie, le gouvernement ne crée pas la loi. Le droit privé général qui s'applique à tous. Le roi, comme un juge, applique la loi préexistante. Ayant lui-même des droits subjectifs, il respecte ceux des autres, même antérieurs à son autorité. Si un roi violait une propriété privée, il remettrait en cause le titre qui le fait roi. Dès lors, on ne change pas les droits des sujets sans leur consentement. Le droit privé s'impose au roi. Au contraire, un gouvernement public fait émerger un droit public orienté vers la redistribution. Son gérant se moque que la redistribution réduise la productivité dans le futur, confronté qu'il est au présent électoral et à la concurrence. D'où l'État providence. La démocratisation de la loi entraîne l'inflation de la loi et sa dépréciation par irrespect d'un droit commun qui change sans cesse. Le droit privé est perverti, de façon totalitaire, par une législation et une réglementation galopantes. La démocratie développe la collectivisation de la responsabilité individuelle.
Le déclin massif des taux de la natalité en Occident correspond à la période démocratique d'après 1918, avec une chute plus grande dans les années soixante, les plus " démocratiques " et égalitaires, par la mentalité. Ainsi, le passage de la monarchie à la démocratie n'a jamais été un progrès, mais au contraire une étape dans le déclin de notre civilisation. L'héritage biologique et juridique, le choix sélectif du conjoint et le mariage renforcent l'autorité naturelle de certaines familles dont les membres, de conduite exemplaire, sont bien placés pour jouer le rôle d'arbitre et de juge. De là, naît la monarchie de façon endogène. Ce qui est critiquable peut être le monopole du pouvoir, mais non la noblesse ou l'élite en soi.
Mais la démocratie fait pire : elle prétend faire la loi de façon constructiviste, elle détruit les aristocraties indépendantes avec leur haute culture morale et spirituelle héritée. En démocratie, les nouveaux riches n'ont pas de bon goût, ou de vertu spécifique, mais sont formés par la culture de masse prolétarienne tournée vers le présent, l'opportunisme et le matérialisme vulgaire. Cette élite-là n'a pas de raisons d'être respectée par le peuple.
Selon Hoppe, aucune société libre ne peut éviter de dégénérer en société de masse sans une aristocratie naturelle dirigée par des ascètes de la civilisation d'une moralité exemplaire. La survie du monde libre dépendra de notre capacité à produire un nombre suffisant d'aristocrates dévoués à l'esprit public. En monarchie, c'est le prince qui décide si vous pouvez participer au pouvoir. En démocratie, tout le monde peut, en théorie, participer : on élit n'importe qui. En démocratie, il n'y a pas de privilèges attachés à la personne, mais des privilèges attachés aux fonctions publiques. Les privilèges, la discrimination et le protectionnisme ne disparaissent pas. Au lieu d'être limités aux princes, ils peuvent être exercés par n'importe qui. Le gérant interchangeable profite du monopole du pouvoir avec sa vision à court terme et il est indifférent à la charge qu'il fera payer aux propriétés d'autrui. Avec le roi, le droit privé demeure le droit supérieur. Avec la démocratie, le droit public prédomine et mine le droit privé.
Le suffrage universel, combiné avec la loi de la majorité, organise une compétition entre gérants qui vont faire des promesses de type égalitariste à divers groupes sociaux pour se faire élire. La qualité des hommes baisse, comme la vie qui perd en agrément. Plutôt que de favoriser la production, la moralisation et la plus grande culture, la démocratie apporte délinquance et mauvaises manières, corruption et décadence culturelle. La compétition démocratique est mauvaise : aider A à s'associer à B pour voler C au nom de la règle de la majorité, n'a rien à voir avec la justice : c'est en quoi la démocratie est non seulement antiéconomique mais carrément immorale. La sélection d'un prince n'est pas parfaite, mais il est élevé à préserver la dynastie. S'il est très mauvais, la famille interviendra et l'entourage immédiat prendra soin de l'État. C'est pourquoi un roi n'est jamais un Hitler ou un Staline mais, ou bien un homme de qualité, ou bien, au pire, un dilettante. Par contraste, la sélection de l'homme politique par voie électorale exclut presque qu'un homme honnête ou neutre parvienne au sommet. Seul le démagogue sans inhibitions morales arrive à se faire élire président. Le gagnant est celui qui promet le plus. Résultat : Toujours plus de taxes et de dettes, toujours plus de législation et de réglementation, la corruption et l'arrogance en plus !
Oser dire que la démocratie est dans ces conditions le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple est une véritable escroquerie. Puis Hoppe (et Blot) s'attardent à décrire la perversité du socialisme qu'il soit communiste, fasciste, nazi ou simplement social démocrate, sur un plan économique et politique. Les socialistes du dix-neuvième siècle n'avaient pas tort en disant qu'ils voulaient compléter sur le plan économique ce qui a été fait par la Révolution française sur le plan politique. C'est encore, et toujours, la droite piégée !
L'immigration suscite quelques remarques de bon sens, comme celle-ci : dans une société sans État et où il n'y aurait que des propriétaires privés, les problèmes d'immigration n'existeraient pas, chaque propriétaire ayant la liberté d'exclure de sa propriété qui il veut. Hoppe affirme : pour abolir le phénomène migratoire incontrôlé, il faut abolir la démocratie. Plus précisément, le pouvoir d'admettre ou d'exclure ne devrait pas être dans les mains du gouvernement central, mais être donné aux communes, voire même aux propriétaires privés et à leurs associations de quartier. En Suisse, par exemple, les assemblées communales, et non le gouvernement, sont compétentes en matière de naturalisation. Ou encore : On pourrait imaginer aussi que chaque étranger admis soit parrainé par un citoyen prêt à l'admettre chez lui si nécessaire et prêt à payer pour tout dommage accompli par cet étranger sur le sol national.
Hoppe, en économiste libertarien, c'est-à-dire in fine, partisan d'une société de libres propriétaires, mais responsables et tournés vers l'avenir, en arrive à conclure que l'esprit conservateur et l'esprit libertarien sont complémentaires. Car, un conservateur est quelqu'un qui croit en l'existence d'un ordre naturel qui correspond à la nature des choses et à la nature de l'homme. [.] Cet ordre naturel est ancien et il est éternel.
Pour Hoppe, la famille, la propriété, la hiérarchie font partie de cet ordre naturel. Les conservateurs, et plus spécifiquement, les conservateurs helléno-chrétiens du monde occidental doivent avant tout défendre la famille, les hiérarchies sociales car les tenants de l'autorité matérielle, intellectuelle et spirituelle émergent des relations familiales et de la parenté. Ces conservateurs doivent selon lui se rallier aux idées libertariennes.
Et Hoppe de dire : La démocratie a perverti le conservatisme en faisant croire que la suppression des phénomènes contraires à l'ordre naturel (destruction des familles, de l'autorité, délinquance etc.) suppose un recours croissant à l'État. Ce conservatisme-là croit qu'il suffit de "volonté politique " pour résoudre les problèmes, mais ignore les lois économiques et les lois du comportement humain. C'est l'État, avec sa législation sociale, qui est responsable du déclin de la famille et de la régression mentale et émotionnelle des adultes à l'état d'adolescent.
Selon Hoppe, la pensée libertarienne véritable est très proche de celles des vrais conservateurs : Si les conservateurs s'intéressent à la famille, les communautés, la hiérarchie et l'autorité, et si les libertariens s'intéressent aux droits de propriété et à leur gestion, ils s'intéressent tous au même objet : l'action humaine et la coopération. Famille, autorité et hiérarchie sont les concrétisations des concepts de propriété, de production, d'échange et de contrat. La désintégration familiale et le déclin moral et culturel déploré par les conservateurs sont le résultat de la destruction des bases économiques des ménages par l'État providence.
Si Hoppe admet que beaucoup de libertariens ont combiné l'anti-étatisme avec des idées culturelles de gauche et un hédonisme débridé, se faisant les défenseurs de l'infantilisation émotionnelle et du retour à la barbarie ; que le relativisme moral et l'égalitarisme antiautoritaire sont des traits mentaux provisoires de l'adolescence, il affirme que les idées libertariennes ne consistent pas à tolérer n'importe quoi et que les milieux nihilo-libertariens anti-autorité, apôtres de la contre-culture sont des imposteurs ! Car, dans une société civilisée, le prix à payer pour un mauvais comportement est l'expulsion, les individus pourris étant mis à l'écart pour protéger les individus honnêtes. Cette exclusion décourage les mauvais comportements et en accroît le coût. Si cette règle est brisée, les gens malhonnêtes et mal élevés prolifèrent. Les résultats sont visibles : toutes les relations sociales, professionnelles ou privées sont de plus en plus égalitaires et le degré de civilisation diminue. L'identité de chacun se réduit à son seul prénom !
Pour Hoppe, la communauté est menacée par l'égalitarisme et le relativisme culturel. L'égalitarisme est incompatible avec l'idée même de propriété individuelle qui implique l'exclusivité, l'inégalité et la différence. Le relativisme culturel est incompatible avec des relations familiales normales. Égalitarisme et relativisme sont des armes pour échapper aux contraintes d'une société normale. L'égalitarisme est basé sur cette idée infantile que la propriété est " donnée " plutôt que produite et acquise par le travail productif. C'est l'arme intellectuelle des jeunes rebelles adolescents qui veulent des ressources économiques gratuites pour mener une vie " libre " de toute discipline familiale.
Il paraît difficile d'imaginer une société de libres propriétaires sans État comme Hoppe le souhaite. Mais, il dit lui-même que dans l'histoire, la forme la plus naturelle du pouvoir est la monarchie parce qu'elle émerge naturellement du besoin de protection et qu'elle est incarnée et non abstraite. Peut-on revenir à la monarchie, c'est-à-dire reprivatiser l'État ? Cela paraît difficile a priori mais ce serait une erreur de croire que l'histoire ne peut pas prendre de tournants imprévus. Qui a cru Andreï Amalrik quand il fit paraître en 1977, L'Union Soviétique survivra-t-elle en 1984 ? Il ne s'est pourtant trompé que de cinq petites années. La démocratie occidentale n'a pas de raison d'être éternelle. Hoppe explique pourquoi la démocratie va s'effondrer sous le poids de ses dettes et des dépenses sociales accompagnées de l'effondrement démographique produit par la destruction des valeurs familiales.
Finalement, on peut imaginer un régime monarchique politiquement, libéral économiquement et conservateur sur le plan culturel et moral. On peut aussi imaginer un pouvoir exécutif monarchique réel (et non purement formel comme dans les monarchies européennes sociales démocrates), un Parlement élu, avec une représentation sincère, et des référendums populaires coexistant harmonieusement. Un tel régime existe en Europe : c'est celui de la Principauté du Liechtenstein !
Et sa présentation (plus courte, nettement plus courte) sera pour le prochain numéro.
Une coproduction Blot, Hoppe & Villèle[/align]
par Yvan BLOT.
Un livre est paru aux États-Unis qui suscite de nombreux débats dans les milieux libertariens (ultra-libéraux) et chez les économistes.
En France, le silence a été total jusqu'à présent : Le livre n'est pas politiquement correct. Pensez, l'auteur prétend que la monarchie est de loin préférable à la démocratie ! », et ce qui est nouveau, c'est que sa démonstration est fondée sur la science économique. L'auteur Hans-Hermann HOPPE, est un allemand, professeur d'économie, docteur de l'Université de FRANCFORT sur le MAIN. Pour l'instant, il enseigne aux États-Unis, à LAS VEGAS, à l'Université du NEVADA ; et vient d'écrire un livre qui fait grand bruit outre-atlantique.
Sa thèse est la suivante : « Du point de vue de la science économique, une monarchie est un régime où le pouvoir politique est privatisé dans les mains d'une dynastie. Une démocratie est un régime où le pouvoir politique est nationalisé ou collectivisé, donc remis aux mains du peuple. »
Les conséquences sont les mêmes que pour une entreprise privée. Dès qu'elle est nationalisée, l'entreprise rentable se met à avoir des déficits (2). « Le roi, parce qu'il est propriétaire a le souci, non seulement des revenus du pouvoir mais aussi du capital. Il va donc faire des choix rationnels de bon père de famille, en ayant en vue l'intérêt à long terme de la dynastie, et du pays. Le chef démocratique élu, en revanche, n'est pas propriétaire. » Il n'est que gérant pour cinq ans, soumis à réélection. Son intérêt est de maximiser les revenus du pouvoir à court terme, pour plaire aux catégories qui vont le réélire. Il n'a aucun souci du capital à maintenir ou à accroître. Pire encore, si ce chef démocratique a des scrupules et ne joue pas le jeu politique par souci du pays en longue période, il sera sans doute battu par un démagogue sans scrupules à la prochaine élection.
En effet, pour HOPPE, le fait que le pouvoir soit ouvert à tous n'est pas nécessairement un avantage. « La compétition n'est pas toujours un bien. La compétition pour produire des biens est une bonne chose. La compétition pour escroquer autrui est un mal. Or, la compétition électorale démocratique, qui consiste à exploiter l'envie des plus nombreux contre les plus riches, est moralement dégradante. ». HOPPE ne mâche pas ses mots. Pour lui, la démocratie élève la préférence pour l'immédiat. Or, une forte préférence pour l'immédiat caractérise les êtres peu civilisés. La civilisation suppose suffisamment de discipline pour préférer un bien durable à long terme à une jouissance fugitive à court terme. Or, seule la monarchie privilégie le long terme.
La monarchie est restée le régime dominant en Europe jusqu'à la guerre de 1914-1918 (3). Pour HOPPE, la monarchie naît naturellement de la croissance des sociétés. « Certains hommes deviennent les protecteurs des autres et finissent par fonder une dynastie royale. Par contre, comme les masses n'ont pas d'ascendant naturel, les démocraties sont fondées sur la violence d'une guerre et d'une révolution. » Les États-Unis ne font pas exception et lors de l'indépendance américaine, nombreux furent les Anglais loyalistes à être expulsés, et à être expropriés de leurs biens
Pour notre auteur, l'Europe a eu le choix au début du vingtième siècle entre deux modèles opposés : le modèle autrichien des HABSBOURG et le modèle démocratique américain. Les Français avec Georges CLEMENCEAU et les Américains avec Woodrow WILSON ont tout fait pour abattre l'AUTRICHE et les anciennes dynasties d'Europe centrale et de l'Est. Résultat : on a eu HITLER et STALINE (3).
Le XX ème siècle, siècle de la démocratie triomphante, a aussi été le siècle des républiques tyranniques fasciste, national-socialiste et communiste. La démocratie dérive naturellement vers le socialisme car il est intéressant électoralement pour le pouvoir de redistribuer les revenus en frappant les moins nombreux, c'est-à-dire les riches !
Depuis que la démocratie s'est installée en Occident, les signes de décadence, liés à la préférence pour l'immédiat se sont accrus. La criminalité et la délinquance n'ont fait que croître. La sécurité sociale a déresponsabilisé les individus. La famille a perdu sa valeur économique et la natalité s'est effondrée. Les moeurs se sont dégradées et une sous-culture de masse vulgaire a envahi les esprits. La démocratie favorise l'égalitarisme. Elle favorise l'immigration de mauvaise qualité et « l'intégration forcée », alors que les monarques, comme Frédéric II de Prusse ou Marie-Thérèse d'Autriche favorisaient une immigration de qualité. Il vaut mieux naturaliser un immigré qui vit de l'aide sociale et qui vote bien plutôt qu'un immigré génial pressuré par le fisc qui votera mal, écrit en substance HOPPE.
Quel avenir ? Pour HOPPE, la démocratie occidentale va s'effondrer un jour comme l'URSS l'a fait en 1989. Car elle mange le capital passé. La dette publique s'accroît sans cesse et les régimes sociaux sont menacés de faillite. La démographie, minée par la politique anti-familiale des classes politiques démocratiques, empêchera de financer les régimes sociaux. Et pour notre auteur, cela détruira la réputation de la démocratie et fera voir son vrai visage. Comment la remplacer ? HOPPE, en bon libertarien, rêve d'un monde sans État, composé de propriétaires associés. Si ce n'est pas possible, il préfère la monarchie. Il préfère aussi les petits États, comme le Liechtenstein, Monaco ou le Luxembourg, qui font moins de mal que les grands !.
(1) Democracy, le god that failed ( La démocratie, le dieu qui a échoué), Hans-Hermann HOPPE. Transaction publishers ( New Brunswick . New Jersey . (USA 2002)
(2) NDLR : Heureusement que ce n'est pas toujours le cas, quand même.
(3) NDLR : Il faut rappeler que le principe révolutionnaire des Nationalités a été à l'origine de la politique « utopique et aventureuse » ( Cours d'Histoire de Jules ISAAC et Henri BEJEAN, classe de 3ème 1940), de Napoléon III, démocratiquement élu, en décembre 1848, d'où sont sorties les guerres civiles européennes : la guerre d'Italie ( 1859) contre l'Autriche, la guerre de 1870 contre la Prusse et les autres États allemands.
Gérard de Villèle, le 18-11-2004.
Certains semblent intéressés par ce sujet. Il se trouve que j'en ai traité dans le " dossier " de la rédaction paru dans le bulletin de l'Alliance royale numéro 25 de ce mois. Peut-être y aura-t-il quelques-uns qui le liront jusqu'au bout. A mon avis cela changera beaucoup l'atmosphère.
Et Hoppe :
Nous avons l'habitude d'utiliser des écrits d'auteurs royalistes pour appuyer notre argumentation politique. Pour une fois des arguments, positifs, concernant la monarchie ne viennent pas d'un royaliste, ni d'un monarchiste, mais d'un scientifique contemporain à l'étiquette surprenante. L'économiste autrichien Hans Hermann Hoppe semble assez connu dans les milieux libertariens ou libéraux. Il n'est que d'introduire son nom dans un moteur de recherches sur internet pour s'en rendre compte. L'un de ses livres, paru aux États-Unis : Democracy, the God that failed que l'on pourrait traduire par : Démocratie, le dieu recalé, a suscité l'intérêt d'Yvan Blot, ex-cacique du RPR et du FN, qui en a tiré le thème d'une conférence intitulée : La monarchie est-elle plus efficace que la démocratie ?
Pour Hoppe, il semble que tout tourne autour d'un principe : la préférence de l'immédiat et de son contraire, la préférence pour le long terme, qui se manifeste à travers la propriété privée. La préférence pour l'immédiat est mauvaise : elle caractérise l'attitude des adolescents pour qui un besoin, ou prétendu tel, doit être, sans attendre le résultat d'un effort, satisfait au plus vite : impulsivité, imprévoyance et désintérêt pour ce qui n'est pas eux. En revanche, la propriété privée, qui suppose épargne et investissement, est bonne, car elle implique une vision à long terme. Et Hoppe, de définir la monarchie comme un gouvernement basé sur la propriété privée où le roi, développant cette vision à long terme de ses intérêts s'efforce, par exemple, de ne pas taxer ses sujets inutilement et de ne pas agir avec excès pour maintenir sa légitimité. Le roi, en tant que propriétaire privé, ne peut détruire sans danger pour lui-même la propriété des autres ; il y a solidarité. La monarchie modère aussi la politique étrangère : le mariage est préférable à la guerre pour accroître la propriété.
Pour Hoppe, en contraste avec la modération interne et externe de la monarchie, le gouvernement nationalisé, propriété " publique ", ou démocratie, est porté à l'excès. Le président d'une démocratie se sert de l'appareil du gouvernement à son avantage, mais il n'en est pas le propriétaire, il n'en est que le gérant provisoire. Il possède l'usage des recettes de l'État, mais non son capital. Il va donc maximiser le revenu courant en ignorant la détérioration du capital. Il utilisera donc les ressources le plus vite possible pour consommer tout de suite. De plus, en république, les gouvernés se croient gouvernants et sont donc moins vigilants. Pour Hoppe, la démocratisation n'est donc pas un progrès pas plus que la nationalisation pour une entre-prise. L'État taxe, s'endette et exproprie. L'endettement, notamment, est préféré car il frappera le gouvernement futur : il n'y a pas de solidarité entre gouvernants successifs. De même, la guerre, qui fut soi-disant l'occupation des rois, a toujours été limitée en temps, en investissement monétaire et surtout en hommes, jusqu'à la Révolution. Elle est devenue totale, faisant plus de victimes dans la population que dans les armées et elle atteint son paroxysme tout au long du vingtième siècle, pourtant le siècle de la démocratie. En résumé, la monarchie est un gouvernement privatisé, où l'intérêt du roi propriétaire est basé sur le long terme, la taxation modérée et la guerre limitée. Quand le gouvernement est l'objet d'une appropriation publique, démocratique et républicaine, les effets anti-civilisateurs liés à une préférence excessive pour l'immédiat s'aggravent : le capital est gaspillé, le court terme l'emporte, la vie sociale s'infantilise, la brutalité augmente. La démocratie républicaine a conduit à l'accroissement permanent des impôts, de l'endettement public et du nombre des fonctionnaires. L'étalon or détruit, l'inflation a progressé, ainsi que le protectionnisme. De plus, les institutions du mariage et de la famille y ont été affaiblies, le nombre des enfants a baissé, le taux de divorces, d'enfants illégitimes, d'avortements a augmenté. Le taux d'épargne a baissé malgré la hausse des revenus. En comparaison avec le dix-neuvième siècle, le niveau intellectuel des élites politiques s'est dramatiquement effondré, de même que la qualité de l'enseignement public. Les taux de délinquance, de chômage, d'assistance, de parasitisme, de négligence, de brutalité et d'impolitesse, de psychopathie et d'hédonisme désordonné ont augmenté.
Les rois ne purent gouverner que parce que l'opinion publique trouvait cela légitime ; de même le gouvernement démocratique dépend de l'opinion publique. Il faut que cette opinion change, si l'on veut arrêter ce processus de déclin de la civilisation. L'idée du gouvernement démocratique sera un jour considérée comme immorale et politiquement impensable. Cette déligitimation est nécessaire pour empêcher la catastrophe sociale qui s'annonce. Ce n'est pas le gouvernement qui est la source de la civilisation, mais l'institution de la propriété privée, la défense des droits de propriété, des contrats et la responsabilité individuelle. Un gouvernement fondé sur la propriété privée est donc nécessairement plus civilisateur qu'un gouvernement dont la propriété a été collectivisée. Depuis 1918, le processus de collectivisation s'est généralisé, tous les indicateurs d'exploitation du peuple par l'État sont en hausse :
- pression fiscale : de 8 % en moyenne durant huit siècles jusqu'en 1900, elle atteint plus de 50 % aujourd'hui ;
- endettement : en monarchie pas d'inflation. En démocratie, comme dit Keynes, parfait démocrate : À long terme nous sommes tous morts, pourquoi ne pas tolérer l'inflation ? ;
- famille : depuis l'arrivée de la démocratie, tous les indicateurs de dysfonctionnement familial augmentent : baisse du nombre d'enfants, stagnation de la population de souche, augmentation des divorces, des familles monoparentales, des avortements. ;
- délinquance : Il apparaît à l'analyste, selon Hoppe, que la montée du taux de criminalité ne peut pas être expliquée sans référence au processus de démocratisation : préférence pour l'immédiat, baisse de la responsabilité, relativisme moral promu par une législation mouvante, fainéantise, manque de fiabilité, paresse, absence de courtoisie, brutalité. Il y a un lien entre la préférence pour l'immédiat et la dégradation criminelle des comportements, car pour gagner de l'argent honnêtement sur un marché, il faut un minimum de prévoyance, de patience et de sacrifice. Le meurtre, le viol, le vol, le cambriolage n'exigent pas cette discipline car la satisfaction est immédiate et la punition éloignée et incertaine.
- droit : en monarchie, le gouvernement ne crée pas la loi. Le droit privé général qui s'applique à tous. Le roi, comme un juge, applique la loi préexistante. Ayant lui-même des droits subjectifs, il respecte ceux des autres, même antérieurs à son autorité. Si un roi violait une propriété privée, il remettrait en cause le titre qui le fait roi. Dès lors, on ne change pas les droits des sujets sans leur consentement. Le droit privé s'impose au roi. Au contraire, un gouvernement public fait émerger un droit public orienté vers la redistribution. Son gérant se moque que la redistribution réduise la productivité dans le futur, confronté qu'il est au présent électoral et à la concurrence. D'où l'État providence. La démocratisation de la loi entraîne l'inflation de la loi et sa dépréciation par irrespect d'un droit commun qui change sans cesse. Le droit privé est perverti, de façon totalitaire, par une législation et une réglementation galopantes. La démocratie développe la collectivisation de la responsabilité individuelle.
Le déclin massif des taux de la natalité en Occident correspond à la période démocratique d'après 1918, avec une chute plus grande dans les années soixante, les plus " démocratiques " et égalitaires, par la mentalité. Ainsi, le passage de la monarchie à la démocratie n'a jamais été un progrès, mais au contraire une étape dans le déclin de notre civilisation. L'héritage biologique et juridique, le choix sélectif du conjoint et le mariage renforcent l'autorité naturelle de certaines familles dont les membres, de conduite exemplaire, sont bien placés pour jouer le rôle d'arbitre et de juge. De là, naît la monarchie de façon endogène. Ce qui est critiquable peut être le monopole du pouvoir, mais non la noblesse ou l'élite en soi.
Mais la démocratie fait pire : elle prétend faire la loi de façon constructiviste, elle détruit les aristocraties indépendantes avec leur haute culture morale et spirituelle héritée. En démocratie, les nouveaux riches n'ont pas de bon goût, ou de vertu spécifique, mais sont formés par la culture de masse prolétarienne tournée vers le présent, l'opportunisme et le matérialisme vulgaire. Cette élite-là n'a pas de raisons d'être respectée par le peuple.
Selon Hoppe, aucune société libre ne peut éviter de dégénérer en société de masse sans une aristocratie naturelle dirigée par des ascètes de la civilisation d'une moralité exemplaire. La survie du monde libre dépendra de notre capacité à produire un nombre suffisant d'aristocrates dévoués à l'esprit public. En monarchie, c'est le prince qui décide si vous pouvez participer au pouvoir. En démocratie, tout le monde peut, en théorie, participer : on élit n'importe qui. En démocratie, il n'y a pas de privilèges attachés à la personne, mais des privilèges attachés aux fonctions publiques. Les privilèges, la discrimination et le protectionnisme ne disparaissent pas. Au lieu d'être limités aux princes, ils peuvent être exercés par n'importe qui. Le gérant interchangeable profite du monopole du pouvoir avec sa vision à court terme et il est indifférent à la charge qu'il fera payer aux propriétés d'autrui. Avec le roi, le droit privé demeure le droit supérieur. Avec la démocratie, le droit public prédomine et mine le droit privé.
Le suffrage universel, combiné avec la loi de la majorité, organise une compétition entre gérants qui vont faire des promesses de type égalitariste à divers groupes sociaux pour se faire élire. La qualité des hommes baisse, comme la vie qui perd en agrément. Plutôt que de favoriser la production, la moralisation et la plus grande culture, la démocratie apporte délinquance et mauvaises manières, corruption et décadence culturelle. La compétition démocratique est mauvaise : aider A à s'associer à B pour voler C au nom de la règle de la majorité, n'a rien à voir avec la justice : c'est en quoi la démocratie est non seulement antiéconomique mais carrément immorale. La sélection d'un prince n'est pas parfaite, mais il est élevé à préserver la dynastie. S'il est très mauvais, la famille interviendra et l'entourage immédiat prendra soin de l'État. C'est pourquoi un roi n'est jamais un Hitler ou un Staline mais, ou bien un homme de qualité, ou bien, au pire, un dilettante. Par contraste, la sélection de l'homme politique par voie électorale exclut presque qu'un homme honnête ou neutre parvienne au sommet. Seul le démagogue sans inhibitions morales arrive à se faire élire président. Le gagnant est celui qui promet le plus. Résultat : Toujours plus de taxes et de dettes, toujours plus de législation et de réglementation, la corruption et l'arrogance en plus !
Oser dire que la démocratie est dans ces conditions le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple est une véritable escroquerie. Puis Hoppe (et Blot) s'attardent à décrire la perversité du socialisme qu'il soit communiste, fasciste, nazi ou simplement social démocrate, sur un plan économique et politique. Les socialistes du dix-neuvième siècle n'avaient pas tort en disant qu'ils voulaient compléter sur le plan économique ce qui a été fait par la Révolution française sur le plan politique. C'est encore, et toujours, la droite piégée !
L'immigration suscite quelques remarques de bon sens, comme celle-ci : dans une société sans État et où il n'y aurait que des propriétaires privés, les problèmes d'immigration n'existeraient pas, chaque propriétaire ayant la liberté d'exclure de sa propriété qui il veut. Hoppe affirme : pour abolir le phénomène migratoire incontrôlé, il faut abolir la démocratie. Plus précisément, le pouvoir d'admettre ou d'exclure ne devrait pas être dans les mains du gouvernement central, mais être donné aux communes, voire même aux propriétaires privés et à leurs associations de quartier. En Suisse, par exemple, les assemblées communales, et non le gouvernement, sont compétentes en matière de naturalisation. Ou encore : On pourrait imaginer aussi que chaque étranger admis soit parrainé par un citoyen prêt à l'admettre chez lui si nécessaire et prêt à payer pour tout dommage accompli par cet étranger sur le sol national.
Hoppe, en économiste libertarien, c'est-à-dire in fine, partisan d'une société de libres propriétaires, mais responsables et tournés vers l'avenir, en arrive à conclure que l'esprit conservateur et l'esprit libertarien sont complémentaires. Car, un conservateur est quelqu'un qui croit en l'existence d'un ordre naturel qui correspond à la nature des choses et à la nature de l'homme. [.] Cet ordre naturel est ancien et il est éternel.
Pour Hoppe, la famille, la propriété, la hiérarchie font partie de cet ordre naturel. Les conservateurs, et plus spécifiquement, les conservateurs helléno-chrétiens du monde occidental doivent avant tout défendre la famille, les hiérarchies sociales car les tenants de l'autorité matérielle, intellectuelle et spirituelle émergent des relations familiales et de la parenté. Ces conservateurs doivent selon lui se rallier aux idées libertariennes.
Et Hoppe de dire : La démocratie a perverti le conservatisme en faisant croire que la suppression des phénomènes contraires à l'ordre naturel (destruction des familles, de l'autorité, délinquance etc.) suppose un recours croissant à l'État. Ce conservatisme-là croit qu'il suffit de "volonté politique " pour résoudre les problèmes, mais ignore les lois économiques et les lois du comportement humain. C'est l'État, avec sa législation sociale, qui est responsable du déclin de la famille et de la régression mentale et émotionnelle des adultes à l'état d'adolescent.
Selon Hoppe, la pensée libertarienne véritable est très proche de celles des vrais conservateurs : Si les conservateurs s'intéressent à la famille, les communautés, la hiérarchie et l'autorité, et si les libertariens s'intéressent aux droits de propriété et à leur gestion, ils s'intéressent tous au même objet : l'action humaine et la coopération. Famille, autorité et hiérarchie sont les concrétisations des concepts de propriété, de production, d'échange et de contrat. La désintégration familiale et le déclin moral et culturel déploré par les conservateurs sont le résultat de la destruction des bases économiques des ménages par l'État providence.
Si Hoppe admet que beaucoup de libertariens ont combiné l'anti-étatisme avec des idées culturelles de gauche et un hédonisme débridé, se faisant les défenseurs de l'infantilisation émotionnelle et du retour à la barbarie ; que le relativisme moral et l'égalitarisme antiautoritaire sont des traits mentaux provisoires de l'adolescence, il affirme que les idées libertariennes ne consistent pas à tolérer n'importe quoi et que les milieux nihilo-libertariens anti-autorité, apôtres de la contre-culture sont des imposteurs ! Car, dans une société civilisée, le prix à payer pour un mauvais comportement est l'expulsion, les individus pourris étant mis à l'écart pour protéger les individus honnêtes. Cette exclusion décourage les mauvais comportements et en accroît le coût. Si cette règle est brisée, les gens malhonnêtes et mal élevés prolifèrent. Les résultats sont visibles : toutes les relations sociales, professionnelles ou privées sont de plus en plus égalitaires et le degré de civilisation diminue. L'identité de chacun se réduit à son seul prénom !
Pour Hoppe, la communauté est menacée par l'égalitarisme et le relativisme culturel. L'égalitarisme est incompatible avec l'idée même de propriété individuelle qui implique l'exclusivité, l'inégalité et la différence. Le relativisme culturel est incompatible avec des relations familiales normales. Égalitarisme et relativisme sont des armes pour échapper aux contraintes d'une société normale. L'égalitarisme est basé sur cette idée infantile que la propriété est " donnée " plutôt que produite et acquise par le travail productif. C'est l'arme intellectuelle des jeunes rebelles adolescents qui veulent des ressources économiques gratuites pour mener une vie " libre " de toute discipline familiale.
Il paraît difficile d'imaginer une société de libres propriétaires sans État comme Hoppe le souhaite. Mais, il dit lui-même que dans l'histoire, la forme la plus naturelle du pouvoir est la monarchie parce qu'elle émerge naturellement du besoin de protection et qu'elle est incarnée et non abstraite. Peut-on revenir à la monarchie, c'est-à-dire reprivatiser l'État ? Cela paraît difficile a priori mais ce serait une erreur de croire que l'histoire ne peut pas prendre de tournants imprévus. Qui a cru Andreï Amalrik quand il fit paraître en 1977, L'Union Soviétique survivra-t-elle en 1984 ? Il ne s'est pourtant trompé que de cinq petites années. La démocratie occidentale n'a pas de raison d'être éternelle. Hoppe explique pourquoi la démocratie va s'effondrer sous le poids de ses dettes et des dépenses sociales accompagnées de l'effondrement démographique produit par la destruction des valeurs familiales.
Finalement, on peut imaginer un régime monarchique politiquement, libéral économiquement et conservateur sur le plan culturel et moral. On peut aussi imaginer un pouvoir exécutif monarchique réel (et non purement formel comme dans les monarchies européennes sociales démocrates), un Parlement élu, avec une représentation sincère, et des référendums populaires coexistant harmonieusement. Un tel régime existe en Europe : c'est celui de la Principauté du Liechtenstein !
Et sa présentation (plus courte, nettement plus courte) sera pour le prochain numéro.
Une coproduction Blot, Hoppe & Villèle[/align]
le désordre établi
Contrairement à Guelfo (que je remercie de son intervention), je ne suis pas juriste. Je serais donc content que vous m’éclairiez sur ces notions de droit que vous connaissez bien, et en particulier, que vous me montriez en quoi mon ignorance a rendu ma réponse impertinente, dans tous les sens du mot.Avant de critiquer mon post, veillez à vous cultiver un peu en matière juridique, notamment à faire les distinctions de base. (Droit public, droit privé, droit pénal, droit civil, droit personnel, droit réel etc.)
Pour l'instant, et en attendant, vous me cherchez une vaine querelle de mots.
Christian
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Re: droit et moralité
[align=justify]Bonsoir Christian
Je ne partage pas l'idée selon laquelle "le droit fonde la morale", mais je suis bien obligé d'admettre que le droit positif est obligatoire en conscience, sous quelques réserves néanmoins. Je renvoie au sujet sur la désobéissance civique : http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?t=721
Inutile de vous signifier ce que je pense du principe anarchiste de souveraineté individuelle. La seule légitimité pleinement conforme à la doctrine chrétienne est le droit divin.
La liberté religieuse est un droit naturel dont la négation est toujours illégitime. Je renvoie à l'encyclique Rerum novarum qui pose le principe selon lequel tout contrat contenant des dispositions contraires au droit naturel est illégitime. Nul ne peut abdiquer les droits attachés à la dignité de sa nature...
Bien à vous
Christophe[/align]
C'est une doctrine qui plus proche de Bakounine que de saint Paul de Tharse que vous nous développez là... :roll:Christian a écrit :Sûrement pas. Le droit positif est simplement celui en vigueur dans une juridiction donnée (de lege late). Promulgué par quelque junte ou canailles accaparant le pouvoir, non seulement la conscience morale n’oblige nullement à le respecter, mais fait même obligation de lui désobéir.Le droit fonde la morale (le droit positif est obligatoire en conscience)
Je ne partage pas l'idée selon laquelle "le droit fonde la morale", mais je suis bien obligé d'admettre que le droit positif est obligatoire en conscience, sous quelques réserves néanmoins. Je renvoie au sujet sur la désobéissance civique : http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?t=721
Vous avez raison sur un point : ce n'est pas parce que le contenu de la charia choque qu'il est illégitime... Pour autant, il l'est, illégitime. Ce qui fait la légitimité d'une loi, c'est son adéquation au bien commun. Un loi contraire au droit naturel ne peut avoir aucune légitimité.La charia est un des nombreux systèmes juridiques de notre époque. Son contenu peut nous choquer, certes, comme beaucoup de règles suivies par nos contemporains, ce n’est pas néanmoins ce qui la délégitime. Toutes les lois sont justes, par définition, (ce qui ne veut pas dire moralement justifiées), si elles sont approuvées formellement par chacun de ceux auxquelles elles s’appliquent. De quelle légitimité supérieure pourraient-elles se prévaloir ?
Inutile de vous signifier ce que je pense du principe anarchiste de souveraineté individuelle. La seule légitimité pleinement conforme à la doctrine chrétienne est le droit divin.
Un libéral qui tente de légitimiter la négation de la liberté religieuse ? On croit rêver ! :blink:Si un adulte s’est déclaré musulman et le manifeste par sa pratique, il sait à quoi il s’engage. Il prend des risques, comme un alpiniste, un soldat, un pompier… avec la différence que ces derniers ne peuvent parfois pas éviter d’être tués, alors qu’il ne dépend que du musulman de ne pas voler ou renier sa religion. Nous fusillons nos déserteurs passés à l’ennemi, lorsque souvent les malheureux sont des conscrits qui n’ont pas demandé à servir leur pays. La charia est barbare, offusquante, anachronique, mais ce qui la rend illégitime, comme le droit romain ou tout autre, est de s’appliquer à des êtres humains qui ont eu le malheur de tomber dedans à leur naissance.
La liberté religieuse est un droit naturel dont la négation est toujours illégitime. Je renvoie à l'encyclique Rerum novarum qui pose le principe selon lequel tout contrat contenant des dispositions contraires au droit naturel est illégitime. Nul ne peut abdiquer les droits attachés à la dignité de sa nature...
Certaines dispositions de la Chariah sont contraires au droit naturel, donc illégitimes. Les clercs ne sont pas les autorités civiles compétentes pour exercer la justice. Cette collusion du politique et du religieux étant elle-même contre-nature et illégitime.Le droit positif doit être laissé aux autorités légitimes des différentes communautés selon leur compétences
Ah ? Je croyais justement que vous critiquiez l’application de la charia par les autorités compétentes des juridictions islamiques.
Bien à vous
Christophe[/align]
« N'ayez pas peur ! » (365 occurrences dans les Écritures)
dangereuse ?
Avant d'accuser les gens d'être dangereux, vous feriez bien de réflechir et de lire celui que vous accusez. C'est grave ça.
C'est vous qui êtes dangereux mon jeune ami, vous enverriez bien des gens en prison, avec la meilleure conscience du monde, tout en vous trompant à force de vouloir trancher des choses que vous ne maîtrisez pas.
Le droit positif est obligatoire en conscience dans les relations privées (vente, location, droit patrimonial de la famille etc.) en droit privé. Il est évident que la "morale" ne précise pas si le transfert de propriété lors d'une vente se fait lors de la conclusion du contrat ou lors de la tradition de la chose ou lors du paiement du prix. Donc, le droit positif s'imposera en conscience car c'est lui qui le décidera.
La morale est obligatoire pour tous, c'est même ce que j'ai expressément écrit.
C'est vous qui êtes dangereux mon jeune ami, vous enverriez bien des gens en prison, avec la meilleure conscience du monde, tout en vous trompant à force de vouloir trancher des choses que vous ne maîtrisez pas.
Le droit positif est obligatoire en conscience dans les relations privées (vente, location, droit patrimonial de la famille etc.) en droit privé. Il est évident que la "morale" ne précise pas si le transfert de propriété lors d'une vente se fait lors de la conclusion du contrat ou lors de la tradition de la chose ou lors du paiement du prix. Donc, le droit positif s'imposera en conscience car c'est lui qui le décidera.
La morale est obligatoire pour tous, c'est même ce que j'ai expressément écrit.
Loué soit Jésus-Christ
RE: Droit et moralité
Bonjour Christophe
Nous voilà repartis pour un tour
Ce qui pose un problème. En effet, une action imposée de force cesse par nature d’être morale. Une femme mariée violée par un quidam n’est pas adultère. Un otage qui emmène des braqueurs en fuite dans sa voiture n’est pas leur complice. Et inversement, un contribuable qui paie ses impôts n’est pas généreux, ou pour reprendre un exemple que j’ai donné ici, des esclaves attelés à la construction d’une léproserie ne sont pas des philanthropes, ou si nous le croyions, il faudrait les fouetter davantage pour qu’ils soient encore plus généreux.
Le moyen du droit est la violence physique (ou la menace de l’appliquer) et la violence ne peut pas faire advenir le Bien. C’est précisément la leçon de Celui qui a renoncé à la tentation des royaumes de la terre, qui a mis en garde ceux qui tirent l’épée ; la leçon a contrario de tous les bâtisseurs d’utopies paradisiaques à coup de bottes. Si comme on dit « un bien peut survenir d’un mal », nous le devons à la résilience des êtres humains et au travail récupérateur de la Providence. Le Bien ne peut être que la conséquence de l’amour.
Le droit, incapable de réaliser le Bien, peut néanmoins limiter le Mal. Il peut prévenir une des conditions qui, justement, rendent le Bien impossible, c à d la violence. La seule fonction du droit est de préserver cette sphère où chacun de nous, préservé de l’agression physique d’autrui, y compris celle des autorités politiques, peut exercer sa responsabilité d’agir selon sa conscience (éclairée par l’enseignement des sages, de l’Eglise, etc.) et par amour.
Si l’individu n’est pas souverain, la Croix n’a aucun sens. Une bonne légion d’anges, et nous entrions au paradis à grands coups d’ailes sur les fesses. Je ne suis pas théologien, mais si j’ai compris quelque chose de l’amour des époux, c’est qu’il est le reflet, très pâle mais néanmoins fidèle, de l’amour divin. Voudrais-je que mon épouse soit forcée de m’aimer sous peine de sanctions ? quel sens cela aurait-il ?
En amour, comme dans l’ensemble de notre vie quotidienne, faire des gestes sans y croire est pour moi l’exemple même de la pornographie. L’amour sanctifie tout. Mais la parodie de l’amour, les gestes du travail sans la passion du métier, les visites ‘parce que ça se fait’, les gestes de la charité par devoir subi, voilà ce qui salit la vie. Et un individu qui n’est pas souverain en droit vit cette vie-là.
Et donc si un groupe d’adultes décide de vivre selon la charia, au nom de quoi l’interdire ? Nous ne pouvons que traiter leur conviction comme une idéologie. Une idéologie ne se réfute pas, elle s’invalide toute seule ou se démode dans la concurrence avec d’autres idéologies.
Notre devoir est d’accueillir et donner refuge à ceux qui ne veulent pas vivre selon la charia, d’aller à leur secours là où ils se trouvent. Nous devons aussi par notre exemple attirer à nous des musulmans. Mais de même qu’il était profondément anti-chrétien de convertir de force, à peine de tortures, des infidèles, il serait anti-chrétien d’interdire à des adultes consentants, athées, communistes, socialistes, capitalistes ou musulmans, de vivre comme ils l’entendent. Entre eux.
Bien cordialement
Christian
Nous voilà repartis pour un tour
Le droit, effectivement, ne fonde pas la morale, il en est une des branches. Il est cette partie de la morale qui n’est pas seulement obligatoire en conscience, mais qui peut, et même doit, nous être imposée, par la force s’il le faut. Car le droit est simplement la norme qui légitime l’usage de la force.Je ne partage pas l'idée selon laquelle "le droit fonde la morale"
Ce qui pose un problème. En effet, une action imposée de force cesse par nature d’être morale. Une femme mariée violée par un quidam n’est pas adultère. Un otage qui emmène des braqueurs en fuite dans sa voiture n’est pas leur complice. Et inversement, un contribuable qui paie ses impôts n’est pas généreux, ou pour reprendre un exemple que j’ai donné ici, des esclaves attelés à la construction d’une léproserie ne sont pas des philanthropes, ou si nous le croyions, il faudrait les fouetter davantage pour qu’ils soient encore plus généreux.
Le moyen du droit est la violence physique (ou la menace de l’appliquer) et la violence ne peut pas faire advenir le Bien. C’est précisément la leçon de Celui qui a renoncé à la tentation des royaumes de la terre, qui a mis en garde ceux qui tirent l’épée ; la leçon a contrario de tous les bâtisseurs d’utopies paradisiaques à coup de bottes. Si comme on dit « un bien peut survenir d’un mal », nous le devons à la résilience des êtres humains et au travail récupérateur de la Providence. Le Bien ne peut être que la conséquence de l’amour.
Le droit, incapable de réaliser le Bien, peut néanmoins limiter le Mal. Il peut prévenir une des conditions qui, justement, rendent le Bien impossible, c à d la violence. La seule fonction du droit est de préserver cette sphère où chacun de nous, préservé de l’agression physique d’autrui, y compris celle des autorités politiques, peut exercer sa responsabilité d’agir selon sa conscience (éclairée par l’enseignement des sages, de l’Eglise, etc.) et par amour.
Inutile de vous signifier ce que je pense du principe anarchiste de souveraineté individuelle
Si l’individu n’est pas souverain, la Croix n’a aucun sens. Une bonne légion d’anges, et nous entrions au paradis à grands coups d’ailes sur les fesses. Je ne suis pas théologien, mais si j’ai compris quelque chose de l’amour des époux, c’est qu’il est le reflet, très pâle mais néanmoins fidèle, de l’amour divin. Voudrais-je que mon épouse soit forcée de m’aimer sous peine de sanctions ? quel sens cela aurait-il ?
En amour, comme dans l’ensemble de notre vie quotidienne, faire des gestes sans y croire est pour moi l’exemple même de la pornographie. L’amour sanctifie tout. Mais la parodie de l’amour, les gestes du travail sans la passion du métier, les visites ‘parce que ça se fait’, les gestes de la charité par devoir subi, voilà ce qui salit la vie. Et un individu qui n’est pas souverain en droit vit cette vie-là.
J’ai un grand problème avec cette notion de ‘droit naturel’. Nous savons assez bien — le Seigneur nous l’a enseigné — ce qui est bon, donc naturel, pour l’être humain. Mais nous tâtonnons encore dans notre recherche de ce qui est bon pour la société. Le droit est la science des normes d’une société humaine, et cette science progresse, certes, mais elle n’est pas définitive. Nous ne pouvons donc pas démontrer, comme nous le ferions d’une loi de la chimie, que la charia est contraire au droit naturel.Certaines dispositions de la Chariah sont contraires au droit naturel, donc illégitimes
Et donc si un groupe d’adultes décide de vivre selon la charia, au nom de quoi l’interdire ? Nous ne pouvons que traiter leur conviction comme une idéologie. Une idéologie ne se réfute pas, elle s’invalide toute seule ou se démode dans la concurrence avec d’autres idéologies.
Notre devoir est d’accueillir et donner refuge à ceux qui ne veulent pas vivre selon la charia, d’aller à leur secours là où ils se trouvent. Nous devons aussi par notre exemple attirer à nous des musulmans. Mais de même qu’il était profondément anti-chrétien de convertir de force, à peine de tortures, des infidèles, il serait anti-chrétien d’interdire à des adultes consentants, athées, communistes, socialistes, capitalistes ou musulmans, de vivre comme ils l’entendent. Entre eux.
Bien cordialement
Christian
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Re: Droit et moralité
[align=justify]Bonsoir Christian ;-)
Il me semble que la moralité ou l'immoralité d'un acte accompli sous la contrainte provient essentiellement de l'adhésion ou du rejet de la conscience de celui qui agit. Obéir à une loi juste, non à cause de la coercition mais en raison d'une adhésion de la conscience me semble être une attitude que l'on peut en toute justice qualifier de "morale".
Mais il faut se garder de sombrer dans le pacifisme yéyé. L'usage de la force n'est pas un mal, s'il est légitime. Lorsque le Christ - qui a offert le sacrifice de Sa vie par amour pour toute l'humanité - chasse par la force les marchands hors de la maison de Son Père, Il le fait par amour et en toute justice.
Je demande aussi que sur les routes à double sens les conducteurs que je croise conduisent du côté opposé au mien. Que ce soit à gauche, à droite, par contrainte ou par préférence personnelle, cela m'est égal. Il faut qu'un choix soit fait. C'est l'Etat qui le fait ? Quel est le problème ?
Que pensez-vous de l'article qui condamne à mort les apostats ? Pensez-vous qu'une telle disposition soit compatible avec le consentement libre dont vous demandez le respect ?
Bien à vous dans le Seigneur
Christophe[/align]
:blink: Christian, je crois que votre compte a été usurpé... :lol:Christian a écrit :Car le droit est simplement la norme qui légitime l’usage de la force.
Vous avez raison. Elle n'en devient pas pour autant immorale. ;-)En effet, une action imposée de force cesse par nature d’être morale.
Il me semble que la moralité ou l'immoralité d'un acte accompli sous la contrainte provient essentiellement de l'adhésion ou du rejet de la conscience de celui qui agit. Obéir à une loi juste, non à cause de la coercition mais en raison d'une adhésion de la conscience me semble être une attitude que l'on peut en toute justice qualifier de "morale".
Je préfère réserver le terme "violence" aux cas d'usage illégitime de la force. Car il est des usages légitimes de la force, par exemple quand il s'agit de faire respecter le droit, et il est impropre de parler dans ces cas de violence.Le moyen du droit est la violence physique (ou la menace de l’appliquer) et la violence ne peut pas faire advenir le Bien.
Je vous renvoie au message de bajulans sur l'exégèse du " Tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée " ( Mt 26.52 ). Cette sentence extraite du droit pénal juif interdit - sous peine de mort - de se révolter contre une autorité, même injuste. Et cela vient contredire deux de vos positions : 1) pour Jésus, l'usage de la force par l'autorité publique n'est pas condamné et 2) l'obéissance aux lois et à l'autorité temporelle, même injuste, est requise.C’est précisément la leçon de Celui qui a renoncé à la tentation des royaumes de la terre, qui a mis en garde ceux qui tirent l’épée ; la leçon a contrario de tous les bâtisseurs d’utopies paradisiaques à coup de bottes.
Tout à fait d'accord. :wub:Si comme on dit « un bien peut survenir d’un mal », nous le devons à la résilience des êtres humains et au travail récupérateur de la Providence. Le Bien ne peut être que la conséquence de l’amour.
Mais il faut se garder de sombrer dans le pacifisme yéyé. L'usage de la force n'est pas un mal, s'il est légitime. Lorsque le Christ - qui a offert le sacrifice de Sa vie par amour pour toute l'humanité - chasse par la force les marchands hors de la maison de Son Père, Il le fait par amour et en toute justice.
Vous pratiquez la confusion des genres... Je ne suis pas fondamentaliste et je ne demande pas que la loi positive reprenne - sous peine de sanction - tous les articles de la loi divine. Mais certaines transgressions de la loi divine violent - outre les droits de Dieu - les droits d'autrui. Et je demande que les droits de chacun et de tous soient respectés, en faisant usage de la force publique si nécessaire. Parce que le Droit naturel et divin est une volonté de Dieu, il s'agit de souveraineté divine. Je demande que la vie des foetus humains soit respectée, je préférerai que ce soit par amour de la vie, mais je me contenterai de la contrainte. Je préférerai une adhésion de la conscience, mais je me contenterai de la peur du gendarme.Si l’individu n’est pas souverain, la Croix n’a aucun sens. Une bonne légion d’anges, et nous entrions au paradis à grands coups d’ailes sur les fesses. Je ne suis pas théologien, mais si j’ai compris quelque chose de l’amour des époux, c’est qu’il est le reflet, très pâle mais néanmoins fidèle, de l’amour divin. Voudrais-je que mon épouse soit forcée de m’aimer sous peine de sanctions ? quel sens cela aurait-il ?Inutile de vous signifier ce que je pense du principe anarchiste de souveraineté individuelle
Je demande aussi que sur les routes à double sens les conducteurs que je croise conduisent du côté opposé au mien. Que ce soit à gauche, à droite, par contrainte ou par préférence personnelle, cela m'est égal. Il faut qu'un choix soit fait. C'est l'Etat qui le fait ? Quel est le problème ?
Parce que la société est une société humaine et que la société est ordonnée à l'homme comme à sa fin, il est assez évident qu'une loi positive qui est contraire à ce qui est bon pour l'homme n'est pas une loi conforme au droit naturel. Si vous n'en êtes pas capable, l'Eglise - " experte en humanité " - ne manque pas d'enseigner aux hommes les conditions d'une vie sociale juste et conforme à la nature de l'homme.J’ai un grand problème avec cette notion de ‘droit naturel’. Nous savons assez bien — le Seigneur nous l’a enseigné — ce qui est bon, donc naturel, pour l’être humain. Mais nous tâtonnons encore dans notre recherche de ce qui est bon pour la société. Le droit est la science des normes d’une société humaine, et cette science progresse, certes, mais elle n’est pas définitive. Nous ne pouvons donc pas démontrer, comme nous le ferions d’une loi de la chimie, que la charia est contraire au droit naturel.
Que signifie "vivre selon la charia" ? On peut vivre selon l'Islam, mais on vit sous la charia.Et donc si un groupe d’adultes décide de vivre selon la charia, au nom de quoi l’interdire ?
Que pensez-vous de l'article qui condamne à mort les apostats ? Pensez-vous qu'une telle disposition soit compatible avec le consentement libre dont vous demandez le respect ?
Bien à vous dans le Seigneur
Christophe[/align]
« N'ayez pas peur ! » (365 occurrences dans les Écritures)
Re: Droit et moralité
Christophe,
J’ai l’impression que nous ne nous comprenons pas, et cela me navre car je crois nos positions assez proches.
Tout ce paragraphe me paraît contredit par l’examen de l’histoire et l’examen de conscience. Je ne sais pas d’où Bajulans tire son exégèse, mais les Juifs se sont révoltés constamment contre leur roi collaborateur des Romains, et loin de considérer la plus célèbre de ces révoltes comme un crime passible de la peine de mort, ils ont fait de ses combattants à Massada de véritables héros et modèles pour les générations à venir.
Quant à obéir « aux lois et à l'autorité temporelle, même injuste, », c’est se rendre soi-même complice de l’injustice. Quoi, il suffirait de déclarer « je n’ai fait qu’obéir aux ordres » pour s’exonérer d’avoir convoyé des innocents à la mort, d’avoir fusillé des civils ? Je ne crois pas que vous pensez ce que vous avez écrit là (d’ailleurs cela contredirait ce que vous écrivez par ailleurs de l’obéissance à la charia).
Bien à vous
Christian
J’ai l’impression que nous ne nous comprenons pas, et cela me navre car je crois nos positions assez proches.
Bien sûr. S’il y a adhésion de l’exécutant, il n’y a pas contrainte, par définition. C’est ainsi que toute société humaine fonctionne. Tous les jours, nous recevons des instructions et nous nous conformons à des pratiques librement consenties (prendre sa place dans la queue, suivre une prescription médicale, répondre à la demande d’un client ou d’un supérieur…).Il me semble que la moralité ou l'immoralité d'un acte accompli sous la contrainte provient essentiellement de l'adhésion ou du rejet de la conscience de celui qui agit
A mon avis, vous avez tort. Car mettre à l’amende ou mettre en prison quelqu'un est une violence physique, au Zimbabwe ou à Paris, commis par une mafia ou un gouvernement légitime. Il faut le répéter sans cesse et en prendre pleinement conscience pour souligner la gravité de l’acte. Le droit ne sait faire que ça, condamner une action ou la rendre obligatoire, sous peine de violence. Que parfois la violence soit justifiée en rétribution d’un acte prohibé demande à être soigneusement vérifié, contrôlé, entouré de sauvegardes, et n’élimine pas le fait qu’elle reste une violence (si elle ne l’était pas, elle n’aurait pas valeur de châtiment et dissuasion).Je préfère réserver le terme "violence" aux cas d'usage illégitime de la force
Je vous renvoie au message de bajulans sur l'exégèse du " Tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée " ( Mt 26.52 ). Cette sentence extraite du droit pénal juif interdit - sous peine de mort - de se révolter contre une autorité, même injuste. Et cela vient contredire deux de vos positions : 1) pour Jésus, l'usage de la force par l'autorité publique n'est pas condamné et 2) l'obéissance aux lois et à l'autorité temporelle, même injuste, est requise
Tout ce paragraphe me paraît contredit par l’examen de l’histoire et l’examen de conscience. Je ne sais pas d’où Bajulans tire son exégèse, mais les Juifs se sont révoltés constamment contre leur roi collaborateur des Romains, et loin de considérer la plus célèbre de ces révoltes comme un crime passible de la peine de mort, ils ont fait de ses combattants à Massada de véritables héros et modèles pour les générations à venir.
Quant à obéir « aux lois et à l'autorité temporelle, même injuste, », c’est se rendre soi-même complice de l’injustice. Quoi, il suffirait de déclarer « je n’ai fait qu’obéir aux ordres » pour s’exonérer d’avoir convoyé des innocents à la mort, d’avoir fusillé des civils ? Je ne crois pas que vous pensez ce que vous avez écrit là (d’ailleurs cela contredirait ce que vous écrivez par ailleurs de l’obéissance à la charia).
Je ne dis pas autre chose. Car il s’agit dans les exemples que vous donnez, non pas de faire le Bien, mais de ne pas faire le Mal : ne pas tuer un être humain en gestation, suivre une règle simple pour ne pas tuer un automobiliste. C’est bien cette non agression physique d’autrui que le droit doit prévenir. Et seulement cela.Je ne suis pas fondamentaliste et je ne demande pas que la loi positive reprenne - sous peine de sanction - tous les articles de la loi divine. Mais certaines transgressions de la loi divine violent - outre les droits de Dieu - les droits d'autrui. Et je demande que les droits de chacun et de tous soient respectés, en faisant usage de la force publique si nécessaire. Parce que le Droit naturel et divin est une volonté de Dieu, il s'agit de souveraineté divine. Je demande que la vie des foetus humains soit respectée, je préférerai que ce soit par amour de la vie, mais je me contenterai de la contrainte. Je préférerai une adhésion de la conscience, mais je me contenterai de la peur du gendarme.
Je demande aussi que sur les routes à double sens les conducteurs que je croise conduisent du côté opposé au mien. Que ce soit à gauche, à droite, par contrainte ou par préférence personnelle, cela m'est égal. Il faut qu'un choix soit fait. C'est l'Etat qui le fait ? Quel est le problème ?
Cette déclaration de principe soulève plus de problèmes qu’elle n’en résout. Est-ce que devoir faire un service militaire, payer des impôts, manger gras, avoir des relations sexuelles hors mariage, pratiquer l’alpinisme, la plongée sous-marine ou autre activité dangereuse, regarder la télévision plus d’une heure par jour, ne sont pas des comportements évidemment contraires à ce qui est bon pour l'homme ? Moi, je dirais oui. Ces activités sont donc non-conformes au droit naturel. Ne doivent-elles pas être prohibées ? ;-)Parce que la société est une société humaine et que la société est ordonnée à l'homme comme à sa fin, il est assez évident qu'une loi positive qui est contraire à ce qui est bon pour l'homme n'est pas une loi conforme au droit naturel
J’ai répondu à cette question dans ma contribution précédente. Etre libre, c’est être libre de s’engager. Que serait un homme sans une communauté, et une communauté sans l’engagement fort de ses membres ? Certains se sentent assez libres de leurs attachements matériels et de leurs instincts pour s’engager sur toute une vie et au risque de leur vie : les mariés, les prêtres, les soldats, les sauveteurs… Qu’un homme fasse ce choix (‘la fidélité ou la mort’) choque ma sensibilité par son anachronisme et sa stupidité, mais on ne saurait légiférer contre ces attributs humains (d'ailleurs pratiquement, comment procéder?). Il suffit de laisser l’Histoire les désélectionner.Que pensez-vous de l'article qui condamne à mort les apostats ? Pensez-vous qu'une telle disposition soit compatible avec le consentement libre dont vous demandez le respect ?
Bien à vous
Christian
Re: dangereuse ?
Tout d'abord, je vous remercie de faire preuve d'un minimum de courtoisie et surtout de ne pas me faire de procès d'intention.bajulans a écrit :Avant d'accuser les gens d'être dangereux, vous feriez bien de réflechir et de lire celui que vous accusez. C'est grave ça.
C'est vous qui êtes dangereux mon jeune ami, vous enverriez bien des gens en prison, avec la meilleure conscience du monde, tout en vous trompant à force de vouloir trancher des choses que vous ne maîtrisez pas.
Le droit positif est obligatoire en conscience dans les relations privées (vente, location, droit patrimonial de la famille etc.) en droit privé. Il est évident que la "morale" ne précise pas si le transfert de propriété lors d'une vente se fait lors de la conclusion du contrat ou lors de la tradition de la chose ou lors du paiement du prix. Donc, le droit positif s'imposera en conscience car c'est lui qui le décidera.
La morale est obligatoire pour tous, c'est même ce que j'ai expressément écrit.
Je n'ai pas l'intention d'envoyer qui que ce soit en taule, je me permets simplement de vous faire remarquer que le droit et la morale sont deux choses différentes, et que leur confusion mène généralement vers des situations désagréables.
Un merveilleux exemple de ce phénomène est la théocratie iranienne. Itou pour le socialisme.
Donc non, la morale n'est pas "obligatoire pour tous": la morale est personnelle, contrairement au droit, qui lui s'impose à tous, par la force s'il le faut.
Deus lo volt
Christian, je te suis sur toute la ligne, sauf en ce qui concerne tes propos sur la charia.
D'accord, tu n'aimes pas le concept de droit naturel, mais par quoi le remplaces-tu ? Dès lors que, très justement, tu refuses le positivisme juridique, je ne vois pas très bien ce qui peut fonder ta conception du droit.
D'accord, tu n'aimes pas le concept de droit naturel, mais par quoi le remplaces-tu ? Dès lors que, très justement, tu refuses le positivisme juridique, je ne vois pas très bien ce qui peut fonder ta conception du droit.
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Re: Droit et moralité
Cher Christian
Il faut effectivement obéir aux lois et à l'autorité temporelle, même injuste... SAUF si elles obligent à transgresser la loi divine.
Au plaisir de vous lire.
Christophe
Je ne confond pas légalité et légitimité, puisque je refuse ce que guelfo nomme - à juste titre - le positivisme juridique. Cela dit, j'ai l'impression de répondre à côté de votre remarque...Christian a écrit :A mon avis, vous avez tort. Car mettre à l’amende ou mettre en prison quelqu'un est une violence physique, au Zimbabwe ou à Paris, commis par une mafia ou un gouvernement légitime.Je préfère réserver le terme "violence" aux cas d'usage illégitime de la force
J'ai briévement exposé la conception catholique sur l'objection de conscience dans le fil suivant : http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?t=721Quant à obéir « aux lois et à l'autorité temporelle, même injuste, », c’est se rendre soi-même complice de l’injustice. Quoi, il suffirait de déclarer « je n’ai fait qu’obéir aux ordres » pour s’exonérer d’avoir convoyé des innocents à la mort, d’avoir fusillé des civils ? Je ne crois pas que vous pensez ce que vous avez écrit là (d’ailleurs cela contredirait ce que vous écrivez par ailleurs de l’obéissance à la charia).
Il faut effectivement obéir aux lois et à l'autorité temporelle, même injuste... SAUF si elles obligent à transgresser la loi divine.
Au plaisir de vous lire.
Christophe
« N'ayez pas peur ! » (365 occurrences dans les Écritures)
Encore une fois, il faut s'entendre sur les mots :
1) Les libertariens sont généralement des tenants de la doctrine jusnaturaliste, et ne sont donc pas suspects de relativisme.
2) Les libertaires sont des anars collectivistes. Je connais mal ce courant, mais il me semble qu'en effet il attire pas mal de nihilistes.
1) Les libertariens sont généralement des tenants de la doctrine jusnaturaliste, et ne sont donc pas suspects de relativisme.
2) Les libertaires sont des anars collectivistes. Je connais mal ce courant, mais il me semble qu'en effet il attire pas mal de nihilistes.
Re: Epistémologie libertaire
Bonsoir Charles,
D’ailleurs, je ne vois pas qui pourrait se réclamer de Stirner. Il serait paradoxal que lui, l’Unique, fut exemplaire.
Comme le dit plus haut Gaudeamus, la plupart des libertariens sont tenants du droit naturel. Loin de Stirner, ils revendiquent l’ascendance d’Aristote et St Thomas d’Aquin, et beaucoup sont chrétiens.
S’il fallait me coller une étiquette, celle de ‘libertarien’ ne me vexerait pas. Or je crois à la Vérité. Je ne serai pas sur ce forum si je n’y croyais pas. Sur aucun autre d’ailleurs, car à quoi bon un débat lorsque chaque intervention commence par la déclaration implicite : « ce que je vais vous dire n’est pas vrai ».
Mais la question de la Vérité n’a rien à voir avec celle de la législation. La législation impose, c’est son but. La Vérité s’impose, on ne l’impose pas. Nous avons trop rebattu le sujet pour que je m’y attarde.
Bien à toi
Christian
Oui, je suis allé voir — il se trouve que je connaissais déjà. Je n’ai pas trouvé d’ailleurs dans les pages du Cato Institute mention de Stirner, qui n’y est pas en odeur de sainteté. Ses citations éparses que tu proposes reflètent la mentalité de certains de nos contemporains, comme une sélection de n’importe quel auteur pourrait le faire. Mais notre époque n’est pas stirnérienne, et les Français encore moins que d’autres, pas avec leur passion du petit, du règlementé, du sécurisé.Pour les libertariens, voir à la source : http://www.cato.org/research/libertaria ... arian.html
D’ailleurs, je ne vois pas qui pourrait se réclamer de Stirner. Il serait paradoxal que lui, l’Unique, fut exemplaire.
Comme le dit plus haut Gaudeamus, la plupart des libertariens sont tenants du droit naturel. Loin de Stirner, ils revendiquent l’ascendance d’Aristote et St Thomas d’Aquin, et beaucoup sont chrétiens.
S’il fallait me coller une étiquette, celle de ‘libertarien’ ne me vexerait pas. Or je crois à la Vérité. Je ne serai pas sur ce forum si je n’y croyais pas. Sur aucun autre d’ailleurs, car à quoi bon un débat lorsque chaque intervention commence par la déclaration implicite : « ce que je vais vous dire n’est pas vrai ».
Mais la question de la Vérité n’a rien à voir avec celle de la législation. La législation impose, c’est son but. La Vérité s’impose, on ne l’impose pas. Nous avons trop rebattu le sujet pour que je m’y attarde.
Bien à toi
Christian
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Libertarisme et relativisme
Bonsoir Gaudeamus, et tous les autres... :P
On peut distinguer tant que l'on voudra entre les différentes écoles libertaires - l'école capitaliste et l'école communiste - pourtant elles partagent toutes deux le même culte de l'individu et de sa subjectivité. Et - comme aime à le dire Charles -, pour ces gens-là, l'imposition d'une norme sociale ou l'affirmation de la vérité sont vécues comme des violences et jugées illégitimes. La norme sociale se voulant l'affirmation d'une certaine vérité, tout relativiste pleinement conséquent se doit rejoindre les bataillons du libertarisme... ( La réciproque n'est peut-être pas si évidente, bien que j'ai cru remarquer que depuis une certaine discussion que j'ai eu avec Christian, il me semble avoir évolué et ne plus rejeter d'emblée l'institution d'un corps public en charge de faire respecter "le Droit". )
On pourra disserter longtemps sur l'origine de cette crise de l'autorité mais il me semble que le protestantisme n'y est pas étranger, soit comme vecteur soit comme symptôme : on lui doit cette glorification de la subjectivité par la doctrine du libre-examen et le rejet de l'autorité écclésiale par l'acte du schisme.
En toute amitié.
Christophe[/align]
[align=justify]Il faut bien admettre - l'exemple de Christian étant assez probant - qu'il n'est pas nécessaire d'être relativiste pour être libertarien. Pourtant, je vois dans le libertarisme et dans le relativisme sceptique le même refus : celui de l'autorité - politique dans le premier cas, philosophique ou religieux dans le second.Gaudeamus a écrit :1) Les libertariens sont généralement des tenants de la doctrine jusnaturaliste, et ne sont donc pas suspects de relativisme.
2) Les libertaires sont des anars collectivistes. Je connais mal ce courant, mais il me semble qu'en effet il attire pas mal de nihilistes.
On peut distinguer tant que l'on voudra entre les différentes écoles libertaires - l'école capitaliste et l'école communiste - pourtant elles partagent toutes deux le même culte de l'individu et de sa subjectivité. Et - comme aime à le dire Charles -, pour ces gens-là, l'imposition d'une norme sociale ou l'affirmation de la vérité sont vécues comme des violences et jugées illégitimes. La norme sociale se voulant l'affirmation d'une certaine vérité, tout relativiste pleinement conséquent se doit rejoindre les bataillons du libertarisme... ( La réciproque n'est peut-être pas si évidente, bien que j'ai cru remarquer que depuis une certaine discussion que j'ai eu avec Christian, il me semble avoir évolué et ne plus rejeter d'emblée l'institution d'un corps public en charge de faire respecter "le Droit". )
On pourra disserter longtemps sur l'origine de cette crise de l'autorité mais il me semble que le protestantisme n'y est pas étranger, soit comme vecteur soit comme symptôme : on lui doit cette glorification de la subjectivité par la doctrine du libre-examen et le rejet de l'autorité écclésiale par l'acte du schisme.
En toute amitié.
Christophe[/align]
« N'ayez pas peur ! » (365 occurrences dans les Écritures)
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