L'amour fraternel (Dimanche 7/9/2008)

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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etienne lorant
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L'amour fraternel (Dimanche 7/9/2008)

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La deuxième lecture de ce dimanche a semblé résumer en quelques mots très clairs les enseignements de Jésus de ces dernières semaines. A la Loi, Il est venu associer l'Amour, en liant intimement les deux premiers commandements. Désormais, "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de toutes tes forces", est complètement indissociable de "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Je me souviens avoir écrit à ce propos que la seule manière de manifester l'amour que l'on a pour Dieu, c'est d'aimer son prochain comme soi-même.

Il y a certainement beaucoup d'autres manières d'exprimer cela. Par exemple: "Tu ne pourras accomplir complètement la Loi qui t'oblige à aimer le Seigneur au-delà de tout... que si tu t'appliques constamment à aimer ton prochain comme toi-même". Dans cette nouvelle formulation, la tension verticale de l'amour du divin ne peut que croiser, percer et soulever l'horizontale de l'embrassement humain, qui constitue la caractéristique première de l'affection entre humain: on ouvre les bras, mais on ne cherche pas à s'envoler... Or, quand l'amour rencontre l'Amour, le point central de leur rencontre, c'est la Croix.

Voici donc ce qu'écrit Paul au Romains dans son Epître (13,8-10): "Frères, ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l'amour mutuel, car celui qui aime les autres a parfaitement accompli la Loi: Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras rien, ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole: Tu aimerais ton prochain comme toi-même. L'amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, l'accomplissement parfait de la Loi, c'est l'Amour.

Une image m'a sauté aux yeux comme je recopiais (c'est vraiment ce que je viens de faire, tout "bêtement") le texte de l'épître: dans les temps anciens, lorsqu'un homme s'engageait sur un document mais qu'il ne savait pas écrire, pas même son nom, on lui disait: "Ce n'est rien, tu n'as qu'à faire une croix à la place de ton nom." Eh bien, dans l'histoire de l'Humanité, la Croix, c'est bien la signature que Jésus, dans son inconcevable humilité, est venu apposer au bas du rouleau de la Nouvelle Alliance. Et si Jésus a signé d'une croix, qui d'entre nous prétendra ne pas pouvoir signer après Lui ?

Nous n'étions qu'une quinzaine de fidèles dans la petite église de Quartes, où je ne connaissais personne. J'ai parcouru six kilomètres de route sous une averse drue et persistante pour y parvenir. Au moment du signe de paix, je me suis souvenu un instant de cette sourde, lourde et lancinante plainte que je portais dans mon coeur, chaque dimanche depuis le début de l'année 2000. Car ma sœur, ma tante et moi - et ma mère, pourvu de l'aider un peu, nous aurions pu encore communier ensemble. Et donc j'allais chaque dimanche communier seul, et pratiquement je demandais pardon au Seigneur d'être venu tout seul - où est l'amour fraternel !

Mais quelques instants auparavant, le prêtre lui-même avait laissé échapper une plainte similaire: "Entre les prêtres du diocèse, il n'y a pas vraiment de correction ni de concertation fraternelles. Que chacun se débrouille !" Puis il avait quitté l'autel pour serrer les mains, toutes les mains, et mon coeur s'est ouvert pour répéter avec un regain de douceur la finale de l'Evangile de ce dimanche: "Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux". Alors, comme d'habitude, je suis reparti dans la joie.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )

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