Ombiace a écrit : ↑dim. 29 déc. 2024, 22:41
Au fond, d'ailleurs, puisque les mines et talents sont souvent interprétés comme des dons (vertueux, spirituels, ou autres..), je trouve étrange que le Seigneur lui-même les ait utilisés dans ses paraboles de manière comptable.
Et moi je m’étonne qu’un membre éminent de notre Eglise, fréquentant un si éminent forum, ignore que le talent attique, adopté chez les Juifs depuis les conquêtes d’Alexandre, pesait environ 26 kilos et que cette monnaie valait 60 mines ou 6.000 drachmes.
Va falloir que je songe à présent et me renseigne, peut-être pourrais-je demander des émoluments à ce forum !
Bon, blague à part (vous répondre me repose de devoir répondre jusqu’à pouvoir en être entendu, à d’innocents tradis qui veulent recruter des parfaits en se démontrant tels - qu’ils ne sont pas si innocents !), je ne l’ai jamais vérifié (je compte sur vous !) mais je ne suis pas certain que cette interprétation typiquement française que vous évoquez soit possible dans d’autres langues, à cause de l’équivoque portant sur le mot de « talent ».
Concernant celui de « mines », elles font penser à une entreprise d’exploitation industrielle et cela revient un peu ou à peu près au même que d’évoquer de l’argent puisqu’il s’agir d’une richesse bien matérielle et que l’extraction de quoi, on ne le sait pas, sinon que ce serait convertible en argent – et non pas le métal, haha !
Première conclusion : la parabole de Mathieu se passe dans un milieu plus relevé que celle de Luc : il ne s’agit plus de rigoler, le patron est un gros riche et ses subalternes des chanceux, en comparaison toujours !
Pour ce qui est du rapport avec l’humilité, je ne le vois pas, à moins de prendre la parabole de Mathieu où la récompense est la même pour tous et de l’interpréter ainsi. Du coup, avec notre interprétation « française », cela voudrait dire que peu importe les talents reçus, il y aura égalité et « remise à niveau » au ciel. D’autant que dans Mathieu seul le maître s’est adapté à la capacité de chacun en délivrant ses « pièces » (et de considérer déjà que ce n’était pas pour leur force musculaire vu le poids de cette monnaie, héhé !).
Il me semblerait plus logique de penser à un impact sur la vertu de justice ou d’équité, d’égalité, que sur celle d’humilité, à moins d’évoquer la jalousie et l’obligation de devoir y résister, et d’y voir un acte d’humilité (çà s’effiloche en moult détours…)
Tant qu’on en est à faire le tour des vertus, ce n’est donc pas la paresse qui est ici sanctionnée (l’argent aurait pu être placé à la banque : c’est très avantgardiste pour l’époque !), ni un mauvais travail ou résultat, mais l’intention mauvaise et délibérée de boycott, explicitement due à une certaine animosité envers le maître (je ne développerai pas…) : rien à voir avec l’humilité, sinon à considérer qu’en avoir devrait pouvoir nous mettre à l’abri d’une telle attitude qui relève du jugement (vrai ou faux : qu’importe !) ou du sentiment (idem) !
En effet, si dans St Luc seulement il y est question du contexte qui donne à cette parabole d’évoquer le jugement dernier… :
- [+] Texte masqué
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dans Mathieu, l’usage en plus du mot « talent » prête à confusion avec ceux qui désignent des qualités personnelles, et transforme cette parabole en une apologie du développement personnel, qui viendrait réjouir nos cœurs s’ils s’étaient sentis blessés par la rigueur impartiale des châtiments liés à nos péchés et en dépit de tous nos efforts pour avancer spirituellement.
Ici encore, la rigueur est déplacée et reportée, davantage attribuée, sur autre chose de plus vital mais qui est différent du pardon et vient s’y ajouter, qui nous rappelle le commandement des origines par lequel nous devions dominer la terre, lequel dissimulait car supposait un certain travail mais qui était de pur mérite, non pour subsister, et qui ne se rattachait à aucune fatigue - au sens de souffrance, car s’il y a une notion de repos intermittent, liée à la fête, la bonne et saine fatigue n’est pas exclue, elle évite la surchauffe et oblige à une variété d’activités, promeut aussi le loisir.
D’ailleurs ce n’est pas la fin de l’histoire, mais une anecdote dans la vie de ce maître et de ses serviteurs. Beaucoup moins chez Luc, à cause de la mort des ennemis du maître qui donnent une fin en centrant sur eux l’attention finale.
En quelque sorte, ce serait une réponse à l’alternative que la parabole n’évoque pas, d’un serviteur excellent qui aurait épargné et accumulé du profit, réalisé des bénéfices et grandement accru son bien, puis aurait connu un revers impossible à prévoir et perdu plus que ce qu’il avait gagné auparavant.
Ce fantasme fut fréquent chez les catholiques pratiquants car la théologie scolastique y conduit comme nécessairement : un seul péché mortel au dernier moment et c’est l’enfer pour celui qui avait jusqu’alors réalisé un parcours d’excellence !
Ceci est une déduction logique du fait de la notion élaborée de mortalité spirituelle et met l’accent sur la grandeur de Dieu et la gratuité de sa miséricorde, le fait qu’il ne nous doit rien.
Mais en même temps, nous éprouvons comme une injuste réduction de l’intimité que nous sommes invités à entretenir avec Dieu, ou une offense faite à celle-ci, que la contrition parfaite (jointe au désir de se confesser – pas seulement par prudence et incertitude sur la qualité de notre contrition, mais aussi pour maintenir ne serait-ce que la valeur du sacrement ! et donc le lien) peut résorber et résoudre, toutefois comme elle est présentée comme un summum et que par humilité nous sommes invités à douter de la nôtre, la contrition imparfaite supposant d’être accompagnée par - ou le préalable d’- une bonne confession pour que nous recouvrions l’état de grâce, et Jésus ayant promis de lier et délier selon les décisions qu’aura prises son Eglise, nous nous retrouvons en danger de damnation dans une situation présumée dont la connaissance a fait beaucoup de tort à l’Eglise (dans un contexte où la foi était partagée et comme universelle, où les sacrements sont donc des lieux de rencontre avec Dieu et où ne pas s’y présenter c’est récuser son autorité pourtant reconnue et en vigueur).
Dans le cadre cependant de son enseignement sur le péché contre l’Esprit, Jésus a évoqué 2 jugements, un dans ce monde et un dans l’autre, et cela offrirait selon certains une ouverture sur le fait qu’il pourrait dans l’autre adopter une décision qui ne soit pas celle de son Eglise – ce dont pour ma part je ne doute pas, vu avec quelle indépendance il aura agi ou plutôt parfois réagi face au discernement de ses disciples (la réprimande envers Pierre qu’il surnomme Satan, ou les fils de Zébédée qui veulent faire pleuvoir le soufre sur une ville, etc.), et sans même évoquer le fait que son Eglise donne des règles mais n’est pas capable de savoir ce qu’il en est vraiment au for interne, et donc de savoir si ce qu’elle croit et qui conditionne son comportement extérieur est exact.
N’oublions pas : quand bien même les confesseurs jouiraient déjà d’une grâce particulière, le secret de confession ne permet pas que la vie civile en bénéficie et en soit éclairée, sinon par l’exécution cachée ou non de la pénitence et le regain de conscience de celui qui aura été absous – ou le constat de leur échec pour les autres, à charge pour eux de rebondir.
Jésus lèvera tous les malentendus et il n’y aura plus de quiproquos.
Toujours est-il qu’il ne faut pas trop jouer aux charades genre : bout de ficelle/selle de cheval etc. avec les paraboles, et que si déjà on peut extrapoler un sens à cause de l’amphibologie des mots, amphibologie qui n’existait pas du temps de Jésus, c’est aller bien trop loin me semble-t-il quand vous faites un rapport comme celui-ci :
Ombiace a écrit : ↑sam. 28 déc. 2024, 20:19
Je me demande ainsi si celui qui ramène 5 mines à son maître dispose de 5 /2 fois plus d'humilité que celui qui n'en ramène que 2, et infiniment plus que que ce serviteur, pourtant apparemment humble qui enterre son unique mine .. (?)
Qu'en diriez vous, svp ?
Ainsi, sous prétexte de l’omniscience de Jésus, seulement s’imaginer qu’il les a tous voulus que nous pourrions leur donner, à plus forte raison quand une amphibologie le suggère, c’est déjà aller trop loin… Et même si ce sens est « chrétien ».
Assumons d’en être les auteurs et non lui, et craignons qu’une telle assimilation nous égare ou nous conduise dans une impasse plus qu’elle ne nous aide à avancer dans notre réflexion, à moins de savoir au départ où nous allons et par conséquent de faire simplement de la récupération !
Cela vous arrive parfois, alors que d’autres fois vous vous collez presque de trop près au littéral. C’est là déployer l’éventail du risque couru quand on veut trop jouer en autodidacte… Le contraire peut certes donner l’impression de briser nos ailes, mais rien ne nous oblige à ne pas les garder cachées ni à souhait les déployer. Il est toutefois vrai qu’il faut parfois donner l’air de consentir à faux, et que ce peut être éprouvant, si on veut parvenir jusqu’aux diplômes et la reconnaissance officielle, les récompenses, etc.
Si vous avez envie de conduire une méditation sur l’humilité, celle-ci- vous aurait-elle été suggérée par la lecture des évangiles, il y a bien d’autres moyens que celui qui consiste à rester sur cette lecture. En 2000 ans, combien ont écrit dessus ! Mais vous refusez d’en lire un seul auteur, qui y a mis tout son cœur, et sous prétexte que « c’est trop long » : (or plus il y a mis de cœur, plus hélas cela risque de l’être !)
Bon désolé, je ne voulais pas vous « chambrer ». Alors il me reste à vous dire qu’un des meilleurs moyens est accessible à tous : il se tient dans l’adoration et sa pratique.
Sinon, l’exemple de Marie est en général considéré pour être le meilleur, et là, on reboucle sur les évangiles, en particulier le début de Luc ou pour une simple parole : Jean avec ce mariage à Cana. Mais alors, il y a aussi les révélations mystiques, genre Maria Valtorta, Maria d’Agreda etc. : il faut le dire, elles sont fort utiles pour cela, qu’elles soient ou non agréées ou reconnues officiellement par l’Eglise, et souvent plus que les considérations théologiques ou philosophiques des « savants ». Et il y a aussi tout l’Ancien Testament où maintes femmes préfigurent à travers leurs histoires la personnalité de Marie : il y en aurait trop à citer, mais en citerai-je une seule (ou une après l’autre, en vous appâtant…) que je ne suis même pas sûr que vous iriez y voir…
Relevez-vous le défi ?
En fait, bien que j’aie voulu l’éviter, je suis quand même tombé dans le panneau : au départ, vous prétendiez vouloir parler de l’humilité de Dieu, et tout ce qui s’en est suivi parle de l’humilité de l’homme ! Nous sommes bien tous des chiens fous, qui suivons toutes les pistes qui nous passent sous le nez..
Pardon Seigneur ! Mais n’était-ce pas une façon (en creux) de rendre hommage à la vôtre…