Bonjour Antony !
Je m'étais déjà présenté il y a quelque temps de ça. Je suis athée apostat.
J'ai une question à vous poser, aux croyants cathos et à tous les autres.
Je vais essayer d'y répondre pas à pas, puisqu'en fait vous en soulevez plusieurs !
Pourquoi croire que vivre éternellement par un paradis fait de vous un être supérieur ? :o
Que voila une drôle d'idée ! Jamais il ne m'est venu à l'esprit que je pouvais être supérieur à un excellent ami athée par le simple fait que je crois à la vie éternelle ! Enfin, c'est une idée intéressante, je vais la creuser...
Je pense que les croyants font une erreur fondamentale dans la perception de la vie, ils pensent que tous les humains, même non-croyants, cherchent à vivre pour l'éternité, à vaincre la mort, que ce soit pour une vie d'éternité terrestre ou céleste.
Oui... et non.
Nous pensons que l'être humain, a en lui-même, un désir de communion d'Amour avec Dieu, son Créateur, qui nous a créés pour que nous puissions librement l'aimer. Pour ceux qui y auront accès, cette communion d'amour ne sera complète et irréversible qu'après notre mort terrestre.
Ce désir est cependant obscurci dans sa manifestation par un tas de choses : externes (une idéologie qui le nie par exemple

) ou internes (ce que nous appelons le péché, c'est-à-dire la tendance qu'ont les hommes à se détourner de Dieu pour ne se préoccuper que d'eux-mêmes). Quelque soit l'obscurcissement de cette idée, l'homme gardera toujours une forme de sens du fait qu'il est destiné à la vie éternelle avec Dieu. En mettant de côté les autres visions religieuses de l'au-delà, même ceux qui ne croient pas en Dieu substitueront, d'une façon ou une autre, ce "paradis céleste" par un paradis de leur conception, en visant un bien "à portée". Pour certains, c'est une société égalitaire et juste (coucou les communistes !). Pour d'autres, c'est la richesse, le pouvoir, la connaissance, le sexe, le plaisir, bref, vous voyez l'idée. Un chrétien y verra autant de manifestations tordues de ce "désir inné" du Paradis (où nous serons dans un bonheur éternel) détourné de son objectif.
La vision des "religions" (terme tellement large qu'il est à peu près vide de sens) qui les représente comme ayant pour unique finalité la vie après la mort est caricaturale, en tout cas quand on parle du christianisme. Le Paradis n'est pour nous qu'une partie d'un tableau beaucoup plus large.
Or, c'est faux. Je suis athée, aussi en partis parce que la Bonne Nouvelle, de l'annonce d'une vie éternelle au près de son créateur, ne m'attire pas.
Votre non-attirance pas contraire à la véritable doctrine catholique, que j'ai tenté d'expliquer plus haut. Il ne s'agit pas de dire que chaque homme désire explicitement la vie éternelle, mais qu'implicitement et au fond de lui-même il la désire. C'est d'autant plus le cas si votre manque d'attirance envers la "vie éternelle" est basée sur une mauvaise compréhension de celle-ci, ce qui, je pense, est le cas.
A vrai dire, je perçois toute vie éternelle (terrestre ou céleste) comme une absurdité totale, pour moi une vie sans fin, c'est une vie sans but et sans projet. Puisque c'est la finalité de la vie qui donne le sens de la vie, c'est aussi sa fin qui fait sa beauté.
Il me semble que vous confondez deux sens du mot fin. "Fin" dans le sens "the end" en anglais (la fin d'un film) et la "fin" au sens métaphysique du terme, qui signifie peu ou prou "direction", "objectif", "but" ("à cette fin...").
Par exemple, la fin d'un stylo, c'est d'écrire. La fin d'une bactérie, c'est de se diviser pour se reproduire. La fin d'une blague, c'est de faire rire.
Si par "vie sans fin" on entendait une vie de plaisirs ininterrompus, comme les musulmans le font dans leur conception du Paradis (les 70 vierges, toussa toussa) effectivement cela finirait pas être très ennuyant, parce qu'aucune chose finie ne peut combler le coeur de l'Homme. Il a en effet été fait pour l'Infini.
Voici ce que nous croyons : la fin de l'être humain, au second sens du terme, c'est d'aimer Dieu, et d'être aimé par Lui. Dieu nous a créé par Amour a-fin que nous L'aimions. C'est inscrit dans notre être (j'en ai parlé plus haut). Là où cet Amour sera consommé, total, ce sera le Paradis. Au Paradis, on est, pour ainsi dire, un "être humain accompli". Nous aurons atteint le but de notre existence, ce pour quoi nos avons été créés.
Vous me direz peut-être que c'est mortellement ennuyant.
Je ne sais pas si vous êtes de ceux qui crachez sur la monogamie et la fidélité conjuguale.
Si oui, passez au paragraphe suivant.
Si non, je dirais que c'est un peu la même chose que dans une relation monogame où n veut être fidèle ; notre amour est "fixé" sur une même personne, et n'a pas la moindre intention d'aller voir ailleurs ("qu'est-ce que c'est rasoir !" diraient les polyamoureux) ; tout ce qui se passe c'est que cet amour s'approfondit. Au Paradis c'est un peu pareil ; nous y aimerons Dieu parfaitement et pour toujours.
Benoît XVI, que vous citez, a fait une analogie entre le Paradis et deux amoureux se regardant dans les yeux (

). Vous savez, ce genre de moments où l'on souhaiterait que le temps s'arrête ? C'est parce que nous y entrevoyons ce qui se passera quand il s'arrêtera effectivement !
Permettez-moi une image : c'est un peu comme un verre. Un verre plein ne peut pas être davantage rempli. En ce sens, il ne peut plus "bouger" (sauf si on le vide bien sûr), il est condamné à être "statique". Mais en même temps, il n'accomplit jamais davantage sa fonction qu'en étant plein ! C'est un peu la même chose entre nous et la vie éternelle. Oui, nous ne "changerons" plus, mais en même temps il est impossible que nous changions sans nous retrouver dans une situation "pire".
Je considère de ce fait que l'Enfer et le Paradis ne sont pas une punition et une récompense, mais des choix et des malédictions. Comme je le disais, je suis athée, mais si je me trompais à ma mort et que Dieu me jugerait, je penserais toujours la même chose. Je lui demanderais comme récompense le Néant plutôt que le Paradis. Parce que oui, moi je veux le Néant à ma mort, le fait de ne plus me souvenir de ma vie, de ne plus rien ressentir, de ne plus laisser aucune trace (c'est pour ça aussi que je suis childfree, je ne compte pas fonder de famille) , c'est ça pour moi la récompense que je désire.
Si vous vous retrouvez devant Dieu, je crains que "le Néant" ne soit pas une possibilité. Pourquoi ? Dieu ne pas détruire ce qu'il a créée. S'il vous a donné l'être, c'est que vous êtes fondamentalement un être "bon", dont l'existence est un bien, comme tout homme. Si Dieu vous annihilait, il détruirait quelque chose de bon, ce qui est absurde pour un Dieu bon !
A votre mort, si vous ne voulez vraiment pas le Paradis, vous allez quand même exister éternellement, mais d'une façon moins agréable. Ce qu'on appelle l'Enfer. Attention à ne pas se le représenter comme un endroit de souffrances extérieures, avec des petits diablotins que vous torturent et des flammes qui vous font délicieusement rôtir (
pardon, on est en Carême, je ne vais pas voir de viande pour un bout de temps 
).
L'Enfer c'est l'inverse du Paradis ; en le sens que c'est l'endroit où l'on a échoué, et ce, pour l'éternité. L'Enfer, c'est l'endroit où la vie humaine a définitivement raté sa cible, qui était d'aimer Dieu et de se laisser aimer par Lui. Dieu ne pouvant pas vous forcer à L'aimer, il vous laisse libre de votre choix et vous laisse dans votre solitude. Le problème, c'est que vous a été créé en vue de l'aimer. Vous avez donc raté le but de votre vie.
Imaginez un étudiant qui passe un concours auquel il pense depuis toujours, seule issue pour booser dans
sa passion depuis toujours, dont il est sûr qu'il le rendera heureux. Il rate lamentablement son concours. Vous avez une très faible image de ce que c'est l'enfer : c'est la privation éternelle de l'Amour de Dieu, en vue duquel vous avez été créé, et que vous avez refusé.
Félicitations ! Vous êtes un
looser existentiel pour toujours
Être un être supérieur et transcendant, être un être meilleur ne m'attire pas, je recherche juste à être moi-même.
J'ai l'impression que vous employez des termes un peu à l'arrache. Nous non plus, être "supérieur" ou "transcendants" ne nous intéresse pas. Le seul Être transcendant, c'est Dieu. Il est Créateur, nous ne sommes que des créatures. Même au Paradis, nous ne serons pas "supérieurs", au sens que nous seront des anges avec des formes de pouvoirs en plus. Non ! Nous serons toujours nous-mêmes. Mais pleinement accomplis.
Un enfant ne se satisfait jamais d'être un enfant ; il aspire à devenir "un grand", et quand il est grand, il est un peu plus lui-même ; par ex, il a gagné en force et en sagesse. Bah c'est un peu pareil. Au paradis, nous serons changés, mais nous serons au fond plus que jamais nous-mêmes.
Je pense que les croyants ne comprennent pas la sécularisation parce qu'ils pensent encore que tout le monde désire l'éternité. Posez donc la question aux passants dans la rue s'ils souhaitent vivre éternellement. Je pense qu'une grosse partie vous répondra "Non".
Rien d'étonnant à ce que l'homme de la rue, surtout dans notre société matérialiste qui n'a aucune ouverture vers la transcendance, ne se pose pas la question de la transcendance, dont la "vie éternelle" est une des manifestations.
Benoit XVI c'était déjà posé la question en posant la question dans une homélie il me semble, je le cite : "Dans mon encyclique sur l’espérance chrétienne, je me suis interrogé sur le mystère de la vie éternelle. Je me suis demandé : la foi chrétienne est-elle aussi pour les hommes d’aujourd’hui une espérance qui transforme et soutient leur vie ? Et plus radicalement : les hommes et les femmes de notre époque désirent-ils encore la vie éternelle ?"
Enfin, après 2000 ans, l'Église se pose la bonne question.
Allons. Les païens étaient déjà comme ça (leur conception de la vie après la mort était complètement déprimante et absurde). C'est juste qu'on a effectivement pas eu à se la poser depuis longtemps.
J
e tiens à préciser qu'Ulysse avait refusé la vie éternelle proposée par la Déesse Calyspo, pour pouvoir continuer à vivre avec sa femme et ses enfants sur Terre, jusqu'à sa mort terrestre. Cette question du désintérêt de l'acquisition d'une vie éternelle est donc vieille comme le monde.
La raison en est simple : Callysto lui proposait une vie éternelle terrestre, qui ne peut qu'être illusoire. Ulysse a bien fait de refuser cette contrefaçon de la véritable vie éternelle, pour jouir des biens terrestres et accomplir ses devoirs d'époux et de mari. Ainsi, il a crû dans la vertu, et est devenu un homme meilleur, ce qui, déjà, constitue un premier pas vers Celui qui est la Bonté Suprême, à savoir Dieu.